CHALEUR
Si nous supposions que la chaleur qui pénètre les corps et s’étend partout fût toujours dans cet état d’équilibre qui existe maintenant, nous ne pourrions pas nous occuper réellement des phénomènes de la chaleur; car les corps, dans l’état actuel, ont des propriétés diverses : ils sont solides, liquides, fluides élastiques. Nous ne pourrions savoir si ces états dépendent de la chaleur, ou d’autres agens, ou bien de la nature propre des corps; et comme, par hypothèse, il n’y aurait pas de variations, en supposant un état d’équilibre parfait, nous ne pourrions connaître quelle serait l’action de la chaleur sur les corps. La détermination de cette action suppose nécessairement que la chaleur est susceptible de variation, c’est-à-dire qu’elle peut augmenter ou diminuer.
Ainsi l’étude, en général, des agens suppose que nous pouvons faire varier ces agens et étudier alors, avec leurs variations , les variations correspondantes qui auront lieu dans les corps.
Si donc la chaleur doit varier, pour que nous puissions apprécier ses effets, il faut nécessairement que nous ayons un moyen d’apprécier ces variations. Comme un corps qui est différemment échauffé agit sur nos organes , d’une manière différente, il semble que , par les sensations qu’il produit en nous, il serait facile d’apprécier ses variations de chaleur. Mais il n’en est pas ainsi , lorsqu’il s’agit d’avoir des moyens d’appréciation très précis, parce que nos sensations sont extrêmement trompeuses et que nous pouvons, par exemple , croire que le même corps sera tantôt chaud, tantôt froid, quoique réellement il ne change pas d’état. Si je place ma main qui est froide sur un corps qui soit un peu plus chaud, ce corps va me paraître chaud. Si, au contraire, ma main est un peu plus chaude que ce même corps, il va me paraître froid, Yous voyez donc que la sensation que ce corps nous fait éprouver dépend absolument de l’état particulier de nos organes.
Il faut voir si la chaleur ne produit pas dans les corps des effets qui aient un certain rapport avec les variations mêmes de la chaleur. Il y en a un qui est le changement de volume que la chaleur produit lorsqu’elle s’accumule dans un corps, ou bien lorsqu’elle l’abandonne. Ainsi, en échauffant un corps quelconque solide, liquide ou fluide élastique, ce corps augmente de volume ; si ensuite le corps se refroidit, et par ce mot on entend qu’on enlève de la chaleur au corps, ses dimensions diminuent.
Yoilà les effets généraux de la chaleur sur les corps : elle les dilate tous ; c’est l’expression qu’on emploie; et lorsqu’elle les abandonne, les corps se contractent. Il s’agit de savoir si ces effets de la chaleur sur les corps sont assez constans pour que nous puissions nous en servir pour mesurer la chaleur.
La chaleur ne peut être mesurée en elle-même , nous ne pouvons la peser comme nous avons fait pour la matière, car la chaleur ne pèse pas. Mais si nous ne pouvons connaître la chaleur en elle-même, nous pouvons du moins la Connaître par ses effets, de même que nous avons apprécié la pesanteur par la vitesse qu’elle communique aux corps.