IV. — ABSORPTION DES GAZ
297. Solubilité des gaz dans Jes liquides. — Les gaz sont en général solubles dans les liquides, c'est-à-dire qu'ils peuvent s'unir aux liquides « de façon à constituer une série de systèmes liquides et homogènes, dans lesquels la proportion relative des composants varie d'une manière continue et indéfinie (*). » Cette proportion dépend en effet non seulement de la nature du gaz et de celle du liquide (^), mais encore de la pression, ainsi que Mariotte (') semble l'avoir reconnu le premier. Si la pression augmente, une nouvelle quantité de gaz se dissout; si la pression diminue indéfiniment, la dissolution s'appauvrit graduellement, et finit par perdre tout son gaz.
298. Loi d'Henry (^). — La dissolution d'un gaz dans un liquide est régie par cette loi unique, due à Henry, de Manchester (1802) :
(*) Berthelot, Essai de mécanique cfàmiquet II, i42. Paris, Dunod ; i879.
(^) La double influence de la nature du gaz et de la nature du liquide s'est immédiatement manifestée aux premiers observateurs qui ont étudié cette question (Priestley, Gavendish). Th. de Saussure, en mesurant les volumes de différents gaz absorbés par i volume d'eau ou i volume d'alcool, obtint deux séries, presque parallèles, la solubilité dans l'alcool étant en général plus grande que dans l'eau. Le parallélisme toutefois n'existe pas toujours ; ainsi les volumes de gaz oléfiantet d'acide carbonique absorbés par i volume d'eau à i8<> étant o,i55 et 1,06, les volumes des mêmes gaz absorbés par i volume d'essence de lavande à la môme température sont ^fii et 1,91.
Les nombres suivants, qui expriment le volume d'acide carbonique dissous par I volume de différents liquides à i8<», montrent bien l'influence de la nature du liquide :
Alcool de densité o,8o3 2,60
Éther de densité 0,727 2,17
Essence de lavande 1,91
Essence de térébenthine 1,66
Huile d'olive i,5i
Eau 1,06
Eau sucrée 0.7a
Eau salée o,33
(Th. de Saussube, Bibliothèque britannique ^ XLIX et L; 1812).
(') Mariotte, loc. cit.
(*) IIenby, Phil. Trans.; 1803.
dOB PRINCIPALES PROPRIÉTÉS DES GAZ.
Dans vne solution gazeuse en équilibre à une température donné€y il existe un rapport constant entre la tension du gaz dissous et la teîuion du gaz extérieur.
Ce rapport constant ^ se nomme le coefficient de solubilité du gaz dans le liquide.
On peut dire aussi que
A une température donnée^ il existe un rapport constant g entre le volume du gaz dissous^ mesuré sous la pression extérieure après r absorption^ et le volume du liquide absorbant.
Ou bien encore que
A une température donnée^ le poids du gaz dissous par un volume donné de liquide est proportionnel à la pression que ce gaz exerce sur le liquide après tabsorption (*).
De ces divers énoncés, le premier, étant le plus commode dans les applications, doit être particulièrement retenu.
Pour mesurer la quantité de gaz absorbée sous diiïérentes pressions, Henry se servait d'un large tube gradué A^ fermé à chaque extrémité par une garniture à robinet : la garniture inférieure communiquait en outre, au moyen d'un conduit flexible C, avec un tube vertical étroit B. L'appareil étant rempli de mercure jusqu'au robinet supérieur R, on y faisait arriver par R un volume déterminé te; de liquide, en laissant écouler le mercure par R', puis sur ce liquide (ce qui était un procédé assez imparfait) un volume déterminé V de gaz sous une pression P, égale à la pression barométrique augmentée de l'excès de pression produit en B. On agitait jusqu'à ce que le gaz cessât de se dissoudre; on rétablissait la pression
(*) Soit X3 le poids de gaz dissous par l'unilé de volume du liquide sous la pression P, ce dernier énoncé s'écrira
CT = îiP,
\L étant un coefficient constant, dont le rapport avec ^ est aisé à déterminer. Si en effet nous désignons par a le poids de Tunilé de volume d'air à la température de l'expérience et sous la pression 760™™, et si nous appelons d lu densité du gaz employé, nous avons
et par conséquent
ad .
ÉLASTICITÉ. — LOI D'HENRÏ. 909
initiale P; on observait un volume v,. On recommençait ensuite
à une autre pression. On vil ainsi que, quelle que Fût la pression, un même volume w de liquide absorbait toujours le même volume *■ — v^ de gaz. D'où la loi.
De ces expériences on concluait aisément les coerficients de solubilité. En effet, quand l'équilibre était établi, le gaz non dissous remplissait le volume c, sous la pression P, et le gaz dissous occupait le volume w sous la pression P^. Mais en réunissant ces deux masses de gaz, on reconstituerait la masse initiale, de volume v sous la pression P. On a donc, d'après la loi du mélange des gaz,
Expériences de M. Bunsen. — M. Bunsen {'} a effectué sur ce sujet des expériences très précises, dont le principe esl le suivant : dans une éprouvette graduée on introduit une certaine. quantité
(') BuwsBN, Oasometrische Methodeti. Brauiischweig, 1857 (Traduction françaifle par Schneider. Paris, Masson; ISaS).
du gaz à éludier, on en mesure exactement le volume et la pression , puis on introduit un volume déterminé de liquide, on ferme Téprouvette, on Tagite vivement, on Touvre sur le mercure : le mercure monte dans Téprouvelte; on ferme de nouveau, on agile, on ouvre sur le mercure, et on continue ainsi jusqu'à ce que le volume du gaz ne diminue plus. On mesure alors le volume et la pression, et Ton a tout ce qu'il faut pour connaître le coefficient de solubilité à la température de Texpérience. Soient en effet :
^ et (^ la pression et le volume du gaz au début, p^ et v^ la pression et le volume du résidu gazeux, w le volume du liquide;
on peut écrire, comme plus haut, d'où
Pi^
Pour opérer commodément et sûrement, M. Bunsen s'est servi d'un appareil spécial, qu'il nomme V absorptiomèlre (^).
L'éprouvette graduée e porte à sa partie inférieure un anneau £, fileté extérieurement suivant un pas de vis dont l'écrou est taillé dans une pièce aa, garnie au fond d'une plaque de caoutchouc, et munie latéralement de deux ressorts en acier ccj qui s'engagent dans deux rainures verticales creusées à l'intérieur du pied /. La pièce aa étant ainsi immobilisée dans le sens horizontal, il suffira d'imprimer à l'éprouvette un faible mouvement de rotation autour
{}) À défaut de cet appareil, on peut se servir d'un tube gradué ordinaire, que l'on bouche avec le doigt pour agiter ; la manipulation ne présente aucune difficulté. La seule opération délicate est la lecture du volume du gaz au début et à la fin de l'expérience. Pour cette lecture, il faut avoir soin de porter le tube dans une éprouvette contenant au fond du mercure, puis par-dessus assez d'eau pour que le tube soit complètement immergé ; car il est absolument nécessaire que la mesure du volume d'un gaz soit faite à une température connue; sinon, cette mesure n'a aucun sens. Tenant le tube avec une pince en bois, on fait les lectures de volume et de pression, y compris celle de la colonne d'eau qui presse sur le mercure de l'éprouvette. Sans atteindre évidemment à la précision de Bunsen, on peut ainsi faire de bonnes mesures.
ÉLASTICITÉ. — LOI D'HENRÏ. 911
(le son axe, à gauche ou à droite, pour l'ouvrir ou la fermer à vo-
Fig. ôo3
lonté. L'éprouvette est placée daas un maachoD gg, conteDant à
la partie inférieure une certaine quantité de mercure, que l'on peut faire varier à volonté au moyen des tubes ri\ et par-dessus une colonne d'eau remplissant le reste du manchon afin que la température demeure constante durant tout le cours de Texpérience. Un couvercle /?, serré par la vis rf, ferme le manchon à sa partie supérieure, et, pressant par un disque de caoutchouc s sur le sommet de Téprouvette, maintient solidement celle-ci pendant les secousses violentes qu'on communique à l'instrument pour faciliter l'absorption.
Quand on veut procéder à une expérience, on remplit de mercure le tube à absorption, on y introduit, sur la cuve à mercure, une certaine quantité du gaz à examiner, et l'on effectue, comme d'ordinaire, les lectures nécessaires à la mesure et à la réduction du volume gazeux. On ajoute ensuite au gaz un volume convenable d'eau parfaitement purgée d'air, on ferme le tube à absorption avec la pièce aa^ et on l'introduit dans le manchon contenant déjà une certaine quantité de mercure. On achève de remplir l'appareil avec de l'eau. On tourne ensuite légèrement le tube à absorption autour de son axe pour l'ouvrir et établir l'équilibre entre les pressions extérieure et intérieure ; puis on referme l'instrument, et on le secoue très fortement pendant une minute. On répète cette opération aussi longtemps que le gaz éprouve une diminution appréciable lorsqu'on ouvre le tube. On procède enfin derechef aux lectures nécessaires à la mesure et à la réduction du résidu gazeux, en notant la température ainsi que la hauteur barométrique, et en relevant sur la division du tube à absorption : le niveau inférieur a du mercure dans le manchon ; le niveau supérieur b du mercure dans le tube à absorption ; le niveau supérieur c de l'eau dans le même tube; et le niveau supérieur d de l'eau dans le manchon.
En opérant ainsi, M. Bunsen a vérifié la loi d'Henry dans les limites de pression où il pouvait opérer.
11 a vérifié aussi ce fait, que, d'une manière générale, la solubilité d'un gaz dans un liquide diminue quand la température s'élève. Quelques nombres feront ressortir nettement l'influence de la température :
Coefficients de solubilité de quelques gaz dans Feau^ à différentes
températures.
M w A \ 1 . *v X Aride Acide
t Hydrogène. Aiote. Oxygène. carbonique. talforeux. Ammoniaque.
o« o^oigSo o,02o35 o,o4i i4 ï>7967 79»789 io5o
Ces résultats peuvent se représenter par des formules paraboliques entre les limites des expériences :
A.insi, Ton a entre o* et 20* :
Hydrogène. . .
Azote
Oxygène ....
Acide carboniq Acide sulfureux Ammoniaque .
'i79^7 ~~ 0,0776^ +0,00164 i^ 79,789 — 2,608 f +0,0294^ io5o — 29,5f +0,677/^ —0,00956^^
En écrivant la relation précédente sous la forme
'='-{'-lri^}
on remarque que le rapport t-, d'où dépend presque exclusive-
ment la diminution de la solubilité, ne varie guère que du simple au double pour les différents gaz, tandis que ^0, Tammoniaque même laissée de côté, varie de i à 4000 (^).
Degré (Texactitude de la loi d^ Henry. — Les déterminations de M. Bunsen n'avaient été faites que dans des limites de pression très restreintes. Les expériences plus étendues de MM. Roscoë et Ditt-
(*} £. WiEDCMANN, Wied. Afin., XVU, 349 ; 4882.
VioLLB, Coun de physique. — I. 58
mar (^) et de M. Sims (') montrèrent bientôt que pour les gaz très solubles la quantité de gaz absorbée est loin d'être proportionnelle à la pression, Fécart étant d'autant plus considérable que la température est moins élevée.
Voici, par exemple, d'après M. Sims, les poids en grammes p d'acide sulfureux et d'ammoniaque que i gramme d'eau peut dissoudre à ao® sous diverses pressions A, exprimées en millimètres de mercure (déduction faite de la tension de la vapeur d'eau).
Acide tulfureui.
AmmoDiaqu*
lOO
OyOi6
aoo
3oo
4oo
5oo
o,io4
i5oo
aooo
Ces deux gaz se dégagent cependant en totalité de leur dissolution quand on soumet celle-ci à l'action du vide, ou, ce qui revient au même, quand on l'abandonne en présence d'une atmosphère illimitée ou qu'on la fait traverser par un courant prolongé d'un autre gaz ('). Mais celte destruction de la dissolution par l'action du vide, ou par la présence d'une quantité, soit
(*) RoscoE et DiTTMAR, Chem, Soc. quart. Joum., XII, 128; 1860.
(>) Sims, Ckem. Soc. quart. Joum., XIV, 1 ; 1862.
(') Nous ne considérons pas ici les liqueurs qui résistent à l'action du Tlde> soit immédiatement, soit après avoir perdu partie d'un de leurs composants, le caractère exclusivement chimique d'un liquide que ne modifie pas l'action du vide étant manifeste (Voir Berthelot^ loc. cit.). Nous laissons également de côté les solutions salines, dont l'action sur les gaz est en général un phénomène complexe, dépendant à la fois de la solution simple et de la combinaison chimique (Voir Fbrnet, G. R., XLI, 1237, et XLVI, 620 et 674; 1855-58).
illimitée, soit incessammeat renouvelée, d'un gaz étranger, bien que parfaitement conforme aux lois de la dissolution simple, ne témoigne pas que le liquide ne renferme pas de véritables combinaisons définies (^).
La chaleur de dissolution de tout gaz très soluble surpasse en effet de beaucoup sa chaleur de liquéfaction (^). Ainsi, tandis que la chaleur de liquéfaction du gaz ammoniac est 4>4> la dissolution de ce gaz, vers i5% dégage environ 8 calories : la différence des deux nombres, représentant la chaleur qui serait dégagée par la réaction de Teau sur Tammoniaque liquide, indique nettement un phénomène chimique accompagnant le changement d'état. D'ailleurs, l'existence d'une combinaison réelle entre le gaz et l'eau peut le plus souvent être mise hors de doute par le refroidissement qui en détermine la cristallisation. L'acide sulfureux donne ainsi,à-i5%-6^ et o% trois hydrates distincts, S0^I4H0, S0^9H0 et SO^,HO. De même la solution aqueuse d'ammoniaque renferme un hydrate AzH^,2H0, que l'on peut séparer par refroidissement, et il en existe peut-être encore d'autres. Mais tous ces composés sont peu stables, et ne peuvent exister qu'en présence de certaines quantités de leurs composants; par suite, le dégagement du composant gazeux amène une décomposition qui, l'élimination du gaz dissous continuant, se poursuit j usqu'à la destruction complète du composé, et par conséquent jusqu'au dégagement total du gaz contenu dans le liquide.
Aux pressions peu élevées, l'acide carbonique suit la loi d'Henry, mais bientôt il se comporte comme un gaz très soluble, dont MM. de Khanikoff et Louguinine (*) d'abord, puis M. von Wrobleswki (^), ont cherché à mesurer l'absorption par l'eau sous les fortes pressions. MM. de Khanikoff et Louguinine, avec un instrument semblable à celui de Bunsen, ne purent pas aller bien loin.
(*) Voir Berthelot, loc* cit., i47.
(*) Dans presque tous les cas connus, la chaleur de dissolution est supérieure à la chaleur de liquéfaction. Il n*est donc peut-être aucun gaz dont la dissolution puisse être regardée comme un simple mélange, où les molécules gazeuses seraient simplement disséminées, à la manière d'une poussière très ténue, répartie uniformément dans le liquide (Berthelot).
(') De Khanikoff et Louguinine, Ann. de chim, et de p/iys., (4), XI, 442; 4867.
(*) Von Whoblewski, Wied. Ann., XVII, 103, et XVm, 290; et Journal de ja^ysigue, (2), 1,452; 1882-83.
9i6 PRINCIPALES PROPRIÉTÉS DES GAZ.
H. Yon Wroblewski s'est servi d'une pompe Cailletet, dont il avait remplacé le tube à gaz par un appareil à absorption, relié à un manomètre à air comprimé. L'appareil était disposé de manière que le gaz pût être refroidi à zéro en même temps que soumis à des pressions qui furent portées jusqu'à 5o et 60 atmosphères. La température restant constante, la quantité de gaz dissoute dans Teau croit beaucoup moins rapidement que la pression, et tend vers une certaine limite, comme le montre le tableau suivant, où q représente, en centimètres cubes à o* et sous la pression de 760*"", la quantité de gaz dissoute par i centimètre cube sous la pression p évaluée en atmosphères.
«'*■ »**»797 i*^So86 1,797 1,086
i5 ai ,93 . i3 ,63 1,463 0,909
ao a6 ,65 17 ,11 i,33a o,855
a5 3o ,55 ao ,3i i,aaa 0,812
D'autre part, en refroidissant le gaz par une détente brusque, on vit apparaître sur les parois humides du tube, ainsi qu'à la surface du liquide, un givre abondant, qui n'était autre qu'un hydrate solide GO', 8H0, stable à o"" aux pressions supérieures à i2'^'',3, et se liquéfiant immédiatement au-dessous de cette limite pour se décomposer bientôt ensuite.
En résumé, la loi d'Henry ne convient qu'aux gaz peu solubles et pour des pressions peu considérables.
Volume de la solution, — L'utilité qu'il y aurait à connaître l'état réel des corps dissous, non seulement au point de vue de la mécanique moléculaire, mais aussi relativement au rôle des principaux liquides physiologiques, des médicaments, etc. (^), donne de l'intérêt à tous les faits qui peuvent nous éclairer sur cet état. Nous
l^) Voir Berthblot, hc, cit.
noterons donc encore qu'un liquide, en absorbant un gaz, augmente toujours de Tolume.
Quant à la densité de la dissolution, elle est, suivant les cas, plus grande ou plus petite que celle du liquide primitif. Soient en effet tOo le Tolume initial du liquide, w son yolume après la dissolution. Do la densité du liquide primitif, D la densité de la dissolution, et d la densité du gaz par rapport à teau, ^ désignant toujours le coefficient de solubilité du gaz, on a nécessairement
i^D = wj)^ H- w^^ dy d'où
rapport qui sera ^ i suivant que Ton aura w^w.fi H-p ^r- 1 •
Avec les gaz très solubles, Taccroissement de volume est notable; il pourra donc y avoir une diminution de densité sensible (ammoniaque).
299. Loi de Dalton. — Lorsque plusieurs gaz sont mis en présence d'un même liquide , chacun d'eux se dissout comme s'il étaii seul.
Cette loi, due à Dalton (^), a été Térifiée par M. Bunsen à l'aide de son absorptiomètre. Il en a même fait la base d'une méthode d'analyse qui se comprendra aisément quand nous aurons établi les formules résumant les lois d'Henry et de Dalton pour un mélange de gaz.
Formules résumatit les lois cTBenry et de Dalton. — Le cas le plus simple est celui où les gaz forment au-dessus du liquide une atmosphère illimitée, de sorte que la pression extérieure de chaque gaz reste la même après la dissolution. Soient p la pres-
(') Appliquons cette formule à l'eau saturée d'acide carbonique & lo* : tr ne diffère pas sensiblement de Wo» P= i>iM7» ît-^^o^ooiq*» on a donc D= i,ooa,
ce qui est précisément le nombre observé directement. (*) Dalton, toc. cit.
sion individuelle de Tud des gaz dans cette atmosphère, et ^ le coefficient de solubilité de ce gaz ; la tension x du gaz dissous sera
Peur un deuxième gaz on aura de même
et ainsi de suite.
De sorte que si Ton cherche la composition du mélange gazeux dissous, comme les différents éléments occupent tous le même Tolume (le volume du liquide) sous les pressions respectives X, Xj,,.^ on aura, pour les proportions respectives des composants dans le mélange, ^p^ ^'p\*»' Si, par exemple, on veut connaître la composition de Tair dissous dans Teau, à iS"", puisque
pour Toxygène on a sensiblement p=^H et p=o,o3o, et pour
Tazote sensiblement ;7'=:| H et ^'=:o,oi5, le rapport cherché sera
très approximativement
TT'O.oSo
•r'O.OIO
ce nombre - indiquant le rapport des pressions des deux gaz sous
le même volume, ou, ce qui est équivalent, le rapport des volumes des deux gaz sous une même pression.
L^analyse directe de Tair dissous dans Teau confirme ce résultat, et de plus elle donne toujours exactement le même rapport, quelles que soient la température et la pression. Donc le rapport entre la solubilité de Toxygène et celle de Tazote est constant dans les limites des expériences. Cette remarque a permis à M. Bunsen d'obtenir le coefficient de solubilité de Toxygène, qui ne peut se mesurer directement dans Tabsorptiomètre, où le mercure, agité violemment au contact de Toxygène et de Teau, exerce une absorption sensible : pour avoir le coefficient de solubilité de Toxygène aux températures et pressions de ses expériences,
ÉLASTICITÉ. — LOI DE DALTON. 9i9
M. Bunsen n'a eu qu'à multiplier celui de Tazote par un nombre constant a^oa^S.
Quant au volume même de chacun de ces deux gaz dans i' d'eau, il sera :
0 i^ à la pression o,o3o-^-H,ou i\o,o3o- r = 6«*à lapressionH; A^ i*àla pression o,oi5-^«H, ou i*,o,oi5'-p=ia**àla pression H.
C'est en effet ce que donne l'expérience.
Considérons maintenant le cas général. Dans un yase offrant un espace vide u^ on introduit un premier gaz occupant le volume ^ sous la pression py puis un deuxième gaz occupant le volume / sous la pression p' (nous nous bornerons à deux gaz pour ne pas compliquer inutilement les formules) ; on met de l'eau, on agite vivement, on ajoute une certaine quantité de liquide, on agite de nouveau, et ainsi de suite. Finalement, quand la dissolution est achevée, le vase renferme un volume d'eau w, et au-dessus de cette eau une atmosphère gazeuse occupant un volume u. Connaissant les coefficients de solubilité des deux gaz 0 et p', on demande la composition du gaz dissous et celle de l'atmosphère restant. Soient, pour le premier gaz, x la tension du gaz dissous, et j^ la tension du gaz non dissous, nous avons les deux équations
et
xw-hru^p^; d'où
PP^ __ pv ,
x= ^ y et r=r— — »
on aura de même pour le deuxième gaz, x' et y désignant les quantités correspondantes,
Ces équations permettent de résoudre toutes les questions relatives au phénomène considéré. Si, par exemple, on veut connaître la
im PRINCIPALES PROPRIÉTÉS DES GAZ.
force élastique de l'atmosphère non dissoute, on aura pour cette force élastique Y
tandis qu^avant toute dissolution la force élastique du mélange était
p^p^-hpv
Analyse absorpiiométrique. — Supposons, comme le cas se présente dans l'analyse absorptiométrique, qu'opérant sur un mélange de deux gaz en proportions inconnues, on ait mesuré le volume primitif et la pression initiale Uo,P, puis le volume et la pression finals^ i/,Y, après l'absorption par un volume connu w de liquide; on en pourra déduire la composition du mélange. Des deux équations définissant Y et P, on tire en effet
p9 __ (gw -h u) { \{i:w -I- tt) - Pi/,1 ;^ V ■" (gw; + u) I Pu, ~ Y(pw -t- m) f
et le rapport des volumes des deux gaz, sous une même pression p=p\ sera
Ainsi^ en mettant dans Tabsorptiomètre un mélange gazeux, l'air par exemple, en présence d'un liquide (eau, ou mieux alcool), pour lequel les solubilités respectives de l'azote et de l'oxygène soient connues, on pourra déterminer la composition en volume du mélange.
On peut aller plus loin : l'analyse absorptiométrique permet de déterminer dans un mélange la nature des gaz constituant et leur proportion. Pour cela, il suffit de prendre une certaine ' quantité (uoiP) du mélange et de la mettre successivement en présence de trois volumes différents t^^y.u;,, u;,, du liquide absor-
ÉLASTICITÉ. — DÉGAGEMENT D'UN GAZ DISSOUS. 92i
baot : on mesurera chaque fois u et Y. On aura donc, en faisant
soit en tout quatre équations déterminant les Tolumes respectifs des deux gaz v et /, sous une même pression P, et leurs coefficients de solubilité p et f^\ Cherchant alors dans les tables de solubilité quels sont les gaz qui ont précisément 3 et 3' pour coefGcients de solubilité à la température de Texpérience, on saura leur nature. On connaîtra donc et la quantité de chaque gaz contenue dans le mélange et sa qualité.
M. Berihelot {}), dans ses analyses de gaz hydrocarbonés, a donné un bel exemple de l'emploi que Ton peut faire de dissolvants convenablement choisis pour déterminer la composition de mélanges gazeux^ que les méthodes eudiométriques ordinaires auraient été impuissantes à démêler.
300. Dégagement d'un gaz dissous. — Quand un gaz est dissous dans un liquide, la dissolution peut perdre ce gaz par plusieurs causes :
1* Par échauffement. — La solubilité d'un gaz étant en général moindre à chaud qu'a froid ('), lorsqu'on chauffe la dissolution, on provoque un dégagement graduel du gaz; et une ébuUition un peu prolongée débarrassera entièrement le liquide. C'est ainsi qu'en chauffant de l'eau ordinaire, on voit apparaître des bulles
(^) Berthelot, Ann. de chim. et dephys., (.S), LI, 59; 1857.
(*) L'eau froide des torrents des Alpes est, quoi qu'on en ait dit souvent, riche en oxygène dissous (voir Lonr, Bulletin de la Société de géologie ; 1877), et la truite s'y joue gaiement, tandis qu'au soir d'un jour d'élé nous voyons les poissons des eaux calmes et peu profondes venir chercher à la surface l'air qu'ils ne trouvent plus dans leurs eaux chauffées par le soleil*
abondantes de gaz yers 60*, et que par rébullition on peut dégager complètement tous les gaz dissous.
a* Par congélation. — Quand Teau se congèle^ les gaz dissous s'en séparent et forment des bulles qui, suivant les cas, se dégagent ou restent emprisonnées dans la glace. De même, l'argent fondu laisse échapper, en se solidifiant, Toxygène qu'il a dissous à l'état liquide (^). Un refroidissement brusque produit le rochage^ et l'argent solidifié porte la trace évidente du dégagement gazeux qui a suivi le changement d'état : i gramme d'argent peut donner ainsi jusqu'à 1 centimètre cube d'oxygène (^). Toutefois le dégagement n'est jamais complet. M. Dumas (') a reconnu que I kilogramme d'argent pur en lingot retient une quantité d'oxygène variant de 5o à 200 centimètres cubes, suivant le mode de préparation du métal, et qu'il a pu retirer par l'action combinée du vide et d'une température comprise entre 5oo* et 6oo*.
3* Par diminution de pression. — Ce moyen résulte immédiatement des lois de la dissolution. Néanmoins, lorsqu'on réduit la pression à la surface d'une dissolution, le liquide retient en général une quantité de gaz supérieure à celle qui correspond normalement à la pression nouvelle; en d'autres termes, la dissolution reste sursaturée. Mais cette sursaturation est un état d'équilibre instable, et le gaz en excès se dégage de lui-même dans diverses circonstances, dont M. Gernez (^) a fait une étude spéciale que nous analyserons plus loin.