Corps oonduoteurs et corps isolants. — Gray, physicien
anglais, mort vers 1720, observa, le premier, que les corps électrisés revenaient instantanément à l'état neutre aussitôt qu'ils touchaient la terre, ou qu'ils étaient mis en communication avec elle soit par une tige métallique, soit par des supports de bois, de pierre, ou par des substances humides quelconques ; mais qu'au contraire, posés sur du verre, de la soie, de la résine, du soufre, ces mêmes corps conservaient longtemps leur électricité. Il en conclut que certains corps donnaient un libre écoulement au fluide électrique vers la terre, qu'on appelle alors le réservoir commun, tandis que d'autres s'opposaient à son passage. Les premiers corps ont reçu le nom de bons conducteurs^ et les seconds celui de non-conducteurs, ou plutôt de mauvais conducteurs, car il n'est pas de corps qui ne conduise un peu le fluide électrique. On donne encore à ces derniers le nom de corps isolants ou d'isoloirs, parce qu'on Jes emploie comme supports quand il s'agit de conser\^er à un corps conducteur l'électricité qu'on lui a communiquée.
Les meilleurs conducteurs du fluide électrique sont les métaux ; après eux viennent la plombagine, le charbon bien calciné, les dissolutions salines ou acides, l'eau à l'état liquide ou de vapeur, Je corps humain, les végétaux et, en général, toutes les substances humides.
Les mauvais conducteurs sont le soufre, les résines, les gommes, le caoutchouc, là gutta-percha, la soie, le verre, les pierres précieuses, le charbon non calciné, l'essence de térébenthine, les huiles, l'air et les gaz quand ils sont secs.
347. Ëleotrisatîon des corps conducteurs. — Les COrps isolantS ne s'électrisent que par frottement; mais les corps conducteurs
peuvent èlre électrisés par trois procédés : par frottement, par contact et par influence. Toutefois, pour électriser un métal par frottement, il doit être isolé; fixé, par exemple, à un manche de verre, et frictionné en outre avec un corps isolant, comme un morceau de soie ou de taffetas ciré; sinon l'électricité développée par le frottement s'écoule immédiatement dans le sol par le bras et le corps de l'expérimentateur.
Quant à l'électrisation par contact, elle résulte de la conductibilité. En effet, lorsqu'un corps conducteur, à l'état neutre et isolé, touche un corps conducteur électrisé , une portion de rélectricité de ce dernier passe instantanément sur le premier. Si les deux corps sont de même forme et de même surface, par exemple deux sphères de même diamètre, le fluide se répartit alors également sur l'une et sur l'autre; mais si les corps en contact varient de forme ou de surface , l'électricité se distribue inégalement sur les deux.
Le troisième mode d'électrisation, celui par influence, sera traité ci -après (350).
348. Accumulation du fluide électrique à la lurfaoe des oorpa.
— De nombreuses expériences font voir que lorsqu'un corps est électrisé, tout le fluide électrique se porte à la surface, où il s'accumule sous une couche extrêmement mince, tendant sans cesse à s'échapper, et se dégageant, en effet, aussitôt qu'il n'est retenu par aucun obstacle.
Parmi les expériences entreprises pour démontrer l'accumulation de l'électricité à la surface du corps, nous citerons surtout la suivante due à Coulomb. On a une sphère de cuivre isolée sur une colonne de verre ; sur cette sphère s'appliquent exactement deux hémisphères creux, aussi en cuivre, munis chacun d'un manche de verre (fig. 251 ). Ces deux hémisphères étant appliqués sur la sphère de manière à la recouvrir exactement, on communique à tout le système une certaine quantité d'électricité en le mettant un seul instant en contact avec un corps électrisé, avec la machine électrique par exemple ( 351 ). Cela posé, si l'on enlève brusquement les deux hémisphères en les tenant de chaque main par les manches de verre, on reconnaît, en les présentant au pendule électrique, qu'ils sont tous les deux électrisés, tandis que la sphère,
présentée de la même manière au pendule, ne donne aucune trace d'électricité. On voit donc qu'en enlevant à un corps électrisé sa surface, on lui enlève en même temps tout le fluide libre qu'il contenait, fait qui prouve bien que celui-ci réside en entier à la surface.
Ce qui montre encore que l'électricité se porte uniquement à la
Fig. 251. — Boule de Goolomb.
surface des corps, c'est que deux sphères métalliques de même diamètre, l'une pleine et l'autre creuse, se chargent exactement de la même quantité d'électricité, lorsqu'on les fait communiquer avec une même source électrique.
Accumulé à la surface des corps, le fluide électrique tend toujours à s'écouler sur les objets voisins avec un effort qu'on désigne sous le nom do tension. Celle-ci augmente avec la quantité d'électricité. Tant qu'elle n'a pas dépassé une certaine limite, elle est
KLËCTRICITE.
équilibrée par la résistance que lui présente la mauvaise conductibilité de Tair, quand il est sec; mais si la tension augmente, cette résistance est vaincue, et l'électricité jaillit avec bruit et lumière, sous forme d'une vive étincelle. Dans Fair humide, la tension est toujours faible, parce que le fluide électrique s'écoule lentement, conduit par la vapeur d'eau. Dans le vide, où il n'y a pas de résistance, la tension est nulle, et l'électricité se dégage d'une manière continue en répandant une faible lueur.
349. Influence de la forme des corps sur raooumulation de l'élec-
Fig. 252. — Distribution de Télectricité à la surface des corps.
uîoîté i pouvoir des pointes. — La loi Suivant laquelle le fluide électrique se -distribue à la surface d'un corps conducteur varie avec la forme de celui-ci. S'il est sphérique, l'accumulation est partout la même, ce qu'on pouvait prévoir d'avance et ce qui se constate à l'aide du plan d'épreuve. On nomme ainsi un petit disque de clinquant fixé à l'extrémité d'un bâton de gomme laque, espèce de résine qui isole très-bien. Tenant ce bâton à la main, comme le représente la figure 252, on applique le petit disque successive-