‹ Cours de physique, purement expérimentale, à l'usage des gens du mondeChapitre 17 sur 196 · IMBIBITION · texte numérisé non relu

IMBIBITION

des gaz, en chimie, dont le volume ainsi absorbé peut égaler 90 fois celui du charbon.

Dans les végétaux et les animaux, on rencontre constamment des exemples d'absorption : les racines des plantes absorbent du sol Teau et les autres substances nécessaires à l'accroissement des tiges, des feuilles et des fruits. Chez les animaux, l'absorption joue un rôle important dans la nutrition et dans la respiration. Il est même à observer que les tissus des animaux peuvent absorber aussi des substances solides. Par exemple, dans les arts où les ouvriers ont à manier des sels de plomb ou de mercure, ces métaux sont absorbés peu à peu dans l'économie animale, et y produisent des accidents redoutables qu'on ne peut prévenir avec trop de soin.

6t Effets dut à rîmbîbîtîon. — On a VU ci-dessus qu'on entend par imbibition la pénétration d'un liquide dans les pores d'un corps solide. C'est toujours là un effet de capillarité, car les pores, en communiquant entre eux, forment une série de petits tubes très-irréguliers, mais très-fins, dans lesquels les liquides tendent à pénétrer, par la même raison que l'eau monte, dans les petits tubes de verre, au-dessus de son niveau extérieur. Telle est la cause de l'imbibition de l'eau dans les éponges, dans les bois, dans la terre.

C'est par un effet d' imbibition que le tabac se dessèche promptement. dans une tabatière de bois, tandis que dans une tabatière d'or ou d'argent, il se conserve frais, parce que son humidité n'est pas absorbée par le métal.

En s'imbibant dans les matières végétales et animales, l'eau en augmente le volume ; de là un grand nombre de phénomènes qui se présentent journellement à notre observation. Par exemple, si, ayant mesuré une feuille de papier un peu grande, on la mouille légèrement, on trouve en la mesurant de nouveau que ses deux dimensions sont notablement augmentées. Cette propriété est utilisée par les dessinateurs pour tendre le papier sur lequel ils veulent dessiner. Ils le mouillent, puis en collent les bords sur une planchette de bois avec de la collé à bouche. En séchant, le papier, qui s'était allongé, se resserre et se tend fortement. C'est par la même raison que les papiers de tenture de nos appartements, après avoir été collés sur toile, le long des murailles, se tendent quelquefois jusqu'à se déchirer.

66 ATTRACTION MOLECULAIRE.

Dans les arts, pour courber une pièce de bois, on chauffe la face du côté où l'on veut obtenir la courbure, et on mouille la face opposée. Celle-ci s'allongeant par l'effet de l'eau qu'elle absorbe, tandis que l'autre se raccourcit par l'effet de la sécheresse, il en résulte nécessairement une courbure du côté de la face chauffée.

On a déjà vu (il ) que c'est à cause des changements de volume qu'elles subissent sous l'influence de l'humidité et de la séoheresse, que les boiseries de nos appartements font souvent entendre des craquements aux changements de temps.

Par l'absorption de l'humidité, les cordes se raccourcissent; par la sécheresse, elles s'allongent. Cela peut paraître opposé à ce que nous disions plus haut en parlant du papier mouillé, mais il est facile d'en donner l'explication. En effet, les cordes étant formées de fibres de chanvre enroulées ensemble, et ces fibres se gonflant par l'absorption de l'eau, la corde devient plus grosse, et par suite chaque fibre doit faire, pour s'enrouler, un circuit plus grand, d'où résulte un raccourcissement de la corde d'autant plus grand qu'elle s'est plus gonflée. C'est par la même raison que les toiles neuves éprouvent un retrait considérable lorsqu'on les mouille pour la première fois.

A ce sujet, on rapporte que le pape Sixte-Quint, voulant faire élever sur une place de Rome un obélisque qu'il avait fiait venir d'Egypte, avait arrêté sous peine de mort, de crainte que l'opération ne fût troublée, que les spectateurs observassent le plus profond silence. Or, l'obélisque était au moment d'être dressé sur son piédestal, quand les cordes qui le soutenaient s'allongeant par~ la traction d'un tel fardeau, l'opération se trouva gravement compromise. Une voix, celle de l'architecte Zapaglia, s'écria alors, du milieu de la foule : « Mouillez les cordes I » On le fit, les cordes se raccourcirent et l'obélisque fut dressé.

Enfin, passant des grandes choses aux petites, disons encore que si les cors aux pieds font souffrir à l'approche des temps de pluie, c'est parce qu'ils se gonflent en absorbant l'humidité de l'air.

PROPBIÉTÉS PARTICULlèftBS. 67

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