POISSONS ÉLECTRIQUES
409. Induction par les courants. — On a VU la machine électrique en activité agir par influence sur les corps à l'état neutre (350), et développer dans ces corps les propriétés électriques. Or, les courants de la pile produisent des effets analogues, mais « seulement à l'instant où ils commencent et à celui où ils cessent ».
Pour le constater, on prend deux fils de cuivre recouverts de soie qu'on enroule l'un à côté de l'autre un grand nombre de fois sur une bobine; puis, fixant les deux bouts de l'un d'eux aux boutons du galvanomètre (fig. S97), on attache une des extrémités du deuxième fil au pôle d'une pile faible, et on fait toucher l'autre extrémité au second pôle. Or, à chaque fois que le courant commence à passer dans le fil qui réunit les deux pôles, l'aiguille du galvanomètre indique, par le sens de sa déviation , qu'il se produit dans l'autre fil un courant de sens contraire à celui de la pile. L'aiguille
revient ensuite à sa position primitive, et s'y maintient tant que continue le courant de la pile , ce qui prouve qu'alors il n*y a plus de courant dans le ûl qui va au galvanomètre. Enfin, si Ton interrompt le courant, Taiguille est déviée de nouveau, mais dans la direction opposée, ce qui indique qu'il se produit actuellement un courant de direction contraire à celle du premier.
Dans cette expérience, le courant de la pile a reçu le nom de courant inducteur, et celui qui prend naissance dans le second fil est appelé courant d'induction ou courant induit. D'après ce qui précède, on peut formuler ainsi l'action des courants inducteurs :
« 40 A l'instant où le courant inducteur commence, il se produit dans le fil voisin un courant induit de sens contraire au premier; 21<^ tant que le courant inducteur continue, il ne se manifeste aucun phénomène dans le second fil ; 3« enfin , lorsque le courant inducteur cesse, un courant induit se développe de nouveau dans le fil voisin, mais alors de même sens que le courant inducteur. »
4'tO. Propriétés des courants d'induction, effets physiologiques.
— Los courants d'induction forment aujourd'hui une branche importante de la physique, due presque tout entière à M. Faraday, illustre physicien anglais.
L'expérience a fait voir que les courants d'induction possèdent toutes les propriétés des courants voltaïques étudiés jusqu'ici. Gomme eux, ils donnent des étincelles, produisait des commotions musculaires violentes, décomposent l'eau et les sels, agissent sur l'aiguille aimantée.
Comme les effets des courants induits sont d'autant plus puissants que les fils sont prolongés davantage l'un à côté de l'autre, on dispose ordinairement les appareils d'induction sous la forme de bobine , comme celle représentée dans la figure 307. Elle se compose d'un cylindre de carton sur lequel s'enroule un fil de cuivre un peu gros, faisant environ trois cents tours. Par -dessus, s'enroule un fil plus fin, qui fait plusieurs milliers de tours. Ces fils sont non-seulement recouverts de soie avec soin , mais d'un vernis à la gomme laque destiné à les isoler entre eux. Deux petites bornes de cuivre placées à gauche, sur la planchette qui porte la bobine, sont en communication avec les pôles d'une pile.
GOERANTS d'ini>vction. ttt9
De la borne la plus à gauche part une lame de cuivre qui se rend à une petite roue dentée, mue par uo mouvement d'boriogerie et communiquant avec l'un des bouts du gros fil de la bobine. L'autre
bout du même fil se prolonge sur la planchette jusqu'à la seconde
Fig. B07. — ËffeU physiologiques dci
borne. Enfin, sur la droila, sont deux autres bornes auxquelles aboutissent les deux extrémités du 61 fin qui recouvre le premier; et des mêmes bornes parlent doux autres fils qui représenleut les prolongements du fil Induit. Pour avoir des commotions, on termine ces deux derniers fils par dos cylindres do cuivre qu'on prend dans les mains, comme le montre la figure.
Cela posé, le courant de la pile n'arrivant au gros fil de la bobine qu'après avoir passé dans le mouvement d'horlogerie, il en résulte que toutes les Tois que la petite lame élastique qui s'appuie sur la
roue dentée, touche une de ses dents, le courant passe ; mais que chaque fois que la lame saute d'une dent à la suivante, le courant est interrompu. Il ne passe donc que par intermittences dans le gros fil , et ce sont ces intermittences qui donnent naissance à des courants d'induction alternativement de sens contraire dans le fil fin qu'on tient à la main.
Les commotions données par ces courants ne sont pas égales : le courant induit qui se produit à l'instant où le courant inducteur s'établit, ne donne que des commotions presque nulles; tandis que celles qui se produisent à chaque rupture du couirant inducteur sont extrêmement fortes. On gradue ces commotions au moyen de petites baguettes de fer doux qu'on place progressivement dans l'intérieur de la bobine. Ces baguettes, s'aimantant el se désai* mantant constamment par suite des intermittences du courant inducteur, agissent à leur tour par induction sur le courant induit, et augmentent beaucoup l'intensité des commotions au moment de la rupture du courant inducteur.
44 4 . Applîoatîon thérapeutique de l'éleotrioîté. — Aussitôt après l'invention de la machine électrique, on tenta d'appliquer l'électricité au traitement de certaines maladies. On tira d'abord des étincelles du corps des malades en approchant ceux-ci du conducteur d'une machine électrique en activité; plus tard, on isola les malades sur un tabouret à pieds de verre, et les faisant communiquer à la machine, on les frictionna avec des brosses formées de nombreux fils de métal , afin de multiplier les étincelles. On parvint ainsi, sinon à guérir, au moins à améliorer l'état de quelques malades, surtout dans les cas de paralysie. Cependant, l'application médicale de l'électricité était à peu près abandonnée lorsqu'on pensa à l'utiliser sous forme de courants voltaïques, puis de courants d'induction, état sous lequel elle est très en usage aujourd'hui.
Les premiers essais d'application de l'électricité galvanique à la thérapeutique sont dus à M. de Humboldt, l'illustre doyen des physiciens de notre époque, qui fit à ce sujet, dès la fin du siècle dernier, de nombreuses expériences sur lui-même et sur des animaux. Entre autres expériences, il rapporte qu'ayant attendu qu*une linotte fût près d'expirer, lorsqu'elle était déjà étendue sur le dos,