‹ Cours de physique purement expérimentaleChapitre 147 sur 199 · DAGUERRÉOTYPE · texte numérisé non relu

DAGUERRÉOTYPE

diorama. C'était bien pou pour une découverte qui illustrait la France, et qui depuis lors a fait gagner des millions aux fabricants de Paris!

3 îi. Procédé de Daguerre. — Le procédé de Daguerre consiste à recevoir les images de la chambre noire sur des plaques de cuivre argentées et polies, préalablement recouvertes d'une couche sensible, c’est-à-dire d’une substance qui les rende propres à recevoir l'action de la lumière. Cette substante est l 'iode, corps simple qu’on extrait des plantes marines, et qui, quoique solide, répand constamment des vapeurs, même aux températures ordinaires. En exposant la plaque argentée à ces vapeurs, pendant deux minutes environ, l’iode s’unit à l’argent sous une couche extrêmement mince, en formant un composé connu en chimie sous le nom d'iodure d’argent. C’est alors que la plaque est impressionnable à la lumière, et que, placée dans la chambre noire, au foyer d’un verre lenticulairo par lequel entrent les rayons lumineux, elle reçoit leur mystérieuse action. Si l’on regarde alors la plaque, on ne voit encore aucune trace d’image; pour que celle-ci devienne visible, il reste à exposer la plaque pendant quelques minutes à des vapeurs de mercure. En se déposant seulement sur les parties qui ont été éclairées, ces vapeurs forment un amalgame d’argent qui donne les blancs de l’épreuve, tandis que les autres parties restent noires.

Tel était le procédé de Daguerre; mais il présentait encore plusieurs imperfections : les plaques préparées comme ci-dessus exigeaient dix à douze minutes d’exposition à la lumière solaire, ce qui rendait l’opération tout à fait impropre à la reproduction des portraits; de plus, les images n’étaient point adhérentesaux plaques, et la moindro friction les détruisait; enfin, elles miroitaient d’une manière très-désagréable. Tous ces défauts ont été heureusement corrigés par un même héliographe, M. Fizeau. Cet habilo praticien trouva d’abord que le brome, substance liquide qui a beaucoup de rapport avec l’iode, exaltait considérablement la sensibilité des plaques. En effet, lorsque celles-ci ont été soumises successivement aux vapeurs d iode et de brome, on obtient des épre'Uves presque instantanées au soleil, et dans l'espace do 6 à 30 secondes à l’ombre. C’était là un immense perfectionnement; mais M. F izeau parvint encore à fixer les images et à les empêcher

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de miroiter, en versant sur l’épreuve une dissolution de chlorure d’or et d’hvposulfite de soude , et en chauffant légèrement. Dans cette opération , l’or, en se combinant à l’argent de la plaque et au mercure, rend celui-ci adhérent; en même temps les clairs de l’épreuve acquièrent un remarquable accroissement d’intensité. De-

Fig. 232. — Daguerréotype.

puis, de nombreux praticiens ont successivement coopéré à l’amélioration des épreuves daguerriennes; aussi, entre des mains habiles, sont-elles arrivées aujourd’hui à une perfection presque idéale.

La figure 232 représente l’appareil qui constitue le daguerréotype. C’est une boite rectangulaire de bois, faisant l’office de chambre noire. A la face antérieure est fixé un tube de cuivre dans lequel est un objectif convergent. Dans la face opposée, qui est à tirage de manière à être écartée plus du moins de l’objectif, est un verre dépoli sur lequel vient se former l’image de la personne

PHOTOURA P Il tK.

dont on veut obtenir le portrait. On tire d'abord l’écran de verre jusqu’à ce que l’image apparaisse nettement dessus; puis on achève de mettre exactement au foyer en avançant ou reculant l’objectif à l’aide d’un petit bouton à crémaillère qu’on fait marcher avec la main. On enlève alors l’écran de verre, qui n’est pas fixé à la boîte, mais monté dans un châssis à coulisse, et on lui substitue la plaque argentée, après qu’elle a été iodée et bromée; et c’est lorsqu’elle a ainsi subi l’action de la lumière, qu’on la soumet aux \apeurs de mercure et qu'on verse ensuite dessus la dissolution de chlorure d’or et d'hyposulfite de soude destinée à fixer l’image et en môme temps à faire valoir les clairs et les noirs do l’épreuve.

323. Photographie sur papier. — On désigne spécialement aujourd’hui sous le nom de photographie (dessin par la lumière), l’art do produire des épreuves daguerriennes sur papier. Dès 1834, M. Talbot, en Angleterre, était parvenu à fixer les images de la chambre noire sur papier; mais il ne publia son procédé qu’après l’apparition du daguerréotype. Incomplète ou mal appliquée, cette découverte tomba dans l’oubli jusqu’en 1847, où encore un provincial, M. Blancard- Evrard , fabricant de drap à Lille, publia sur le procédé Talbot perfectionné une brochure accompagnée d’épreuves sur papier très-remarquables, qui mirent enfin la photographie à la mode. Depuis, les principaux perfectionnements qu’elle a reçus sont surtout dus à M. Niepce de Saint-Victor, neveu de Nicéphore Niepce.

Ne pouvant décrire ici les différents procédés de la photographie, bornons-nous à dire qu’ils diffèrent essentiellement de celui de Daguerre. En effet, tandis que dans celui-ci on obtient l'image du premier coup, dans la photographie, on a d’abord une image dont les teintes sont renversées, c’est-à-dire que les parties claires sont noires, et réciproquement : c’est X image négative. Puis, à l’aide de cette première image, on en obtient uno seconde dont les teintes sont renv ersées de nouveau, et, par suite, se retrouv ent dans leur ordre naturel : c’est X image positive. Ces deux images s'obtiennent à l’aide de papiers imprégnés de sels d'argent, qui ont la propriété do noircir par l’action de la lumière (295).

L’avantage de la photographie est qu’une fois l’épreuve négative obtenue, elle peut servir indéfiniment à tirer autant d’épreuves

LUMIERE

positives que l’on veut; résultat précieux pour les épreuves qui sont de nature à être tirées à un grand nombre, comme celles, par exemple, qu’on fabrique pour le stéréoscope.

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