ÉLECTRICITÉ DISSIMULÉE
485. Oa appelle ainsi un développement d'électricité par influence qui ne se manifeste pas au-debors. Si, par exemple, on fait commaniquer avec la machine électrique un disque de cuivre isolé (f. 324), en présence duquel se trouve un autre disque métallique b , communiquant avec le sol, le premier disque métallique a s'électrisant positivement , décompose par influence le fluide naturel du second b , attire sur la surface intérieure de celui-ci le fluide négatif et en repousse le fluide positif dans le réservoir commun. Enlevant alors la communication du disque a avec la machine électrique et celle du disque b avec le sol, ils sont tous deux élcctrisés, celui a positivement et celui b négativement; cependant ils ne donnent au-dehors aucun indice de leur état électrique, car de petites balles de sureau suspendues contre les surfaces extérieures des disques restent dans leur position verticale, sans être ni attirées ni repoussées. Si les fluides électriques qui existent dans ces deux disques n'agissent pas sur les faces extérieures de ceux-ci , cela est dû à ce qu'ils sont retenus par leur attraction mutuelle sur les surfaces intérieures de ces disques. On a donné le nom d'électricité dissimulée à ce phénomène d'un développement de fluides électriques dans des corps , sans que ces fluides manifestent leur présence au-dehors.
CARREAU FULMIIVANT.
486. En collant deux feuilles métalliques sur les deux faces d'une lame de verre (f. 325) et électrisant positivement celle a , par exemple, le fluide qu'on y développe décompose par influence à travers le verre, qui est mauvais conducteur, le fluide naturel de la plaque 6, attire sur la surface intérieure de celle-ci le fluide négatif et en repousse le fluide positif dans le sol. Si l'on enlève alors la communication de b avec le sol et celle de a avec la machine électrique , il y a existence d'électricicité. dissimulée , c'est-à-dire, que la plaque a contient du fluide positif et celle b du fluide négatif, sans que ces fluides se manifestent au-dehors.
487. Comme la feuille métallique a a été électrisée directement, elle contient un peu plus de fluide positif que celle b ne contient de
fluide négatif : en touchant la première avec le doigt humide , on enlève ce petit excès d'électricité et même un peu plus que cet excès, de sorte que c'est alors h qui contient à son tour un léger excès de fluide électrique ; en touchant aA'ec le doigt celte seconde plaque, on lui enlève encore un peu plus que son excès de fluide, de telle manière que ce soit de nouveau a dont l'intensité électrique soit la plus forte. En touchant derechef cette plaque a , on lui enlève de nouveau une partie de son fluide, et ainsi de suite; si donc on touche alternativement, avec le doigt humide ou avec un autre conducteur quelconque , les plaques a et 6 , on finit par leur enlever toute l'électricité dissimulée qui s'y trouvait développée.
Au lieu de décharger lentement les feuilles métalliques du carreau fulminant, par le moyen que nous venons d'indiquer, on peut les décharger brusquement en les faisant communiquer ensemble par un corps conducteur : en effet , touchons la plaque b par exemple (f. 526) avec l'extrémité m de l'arc métallique mon ; le fluide négatif de la plaque b décompose par influence le fluide naturel de cet arc métallique, attire le fluide positif dans la boule m et repousse le fluide négatif dans l'extrémité opposée n. En approchant cette boule n de la plaque a, on voit que les deux fluides opposés de b et de m s'attirent, et que ceux de a et de n tendent également à se combiner ; si l'on rapproche suffisamment la boule n de la plaque a , ces deux combinaisons des fluides électriques de a et n, et de 6 et m ont lieu ; la première se faisant à travers l'air, produit une étincelle.
488. On appelle excitateur l'arc métallique mon, au moyen duquel, ainsi que nous venons de le dire, ou décharge les carreaux électriques. On peut également décharger cet appareil , en touchant à la fois avec les mains les deux plaques a et b: on reçoit alors une commotion d'autant plus vive que l'étincelle est plus forte, c'est-à-dire, que la quantité d'électricité dissimulée développée, était plus considérable.
En présentant à un carreau électrique deux ou plusieurs excitateurs à la foiSj la décharge se fait toujours par celui dont la substance jouit au plus haut degré de la faculté conductrice. Si ces excitateurs sont également bons conducteurs , la décharge se fait toujours par le plus court d'entre eux; en effet , on pent tenir dans les mains l'excitateur métallique au moyen duquel on opère
la décharge , sans recevoir de commotion ; cependant , pour jouir d'une sécurité parfaite, on a soin de tenir avec une tige de verre attachée à charnière, les arcs métalliques au moyen desquels on opère des décharges considérables, dont la commotion est dangereuse et peut devenir mortelle.
V excitateur universel consiste (f. 327) en une table en bois , sur laquelle s'élèvent deux montants en verre qui portent à leur partie supérieure deux tiges métalliques fixées sur charnière. Ces liges se terminent par des pointes ou par des boules dont on peut recouvrir celles-ci. En faisant communiquer directement l'une des tiges avec Tun des plateaux du carreau fulminant , cl l'autre tige avec le second plateau , au moyen de l'excitateur ordinaire , la décharge se fait entre les deux boules suffisamment rapprochées de l'excitateur universel.
La décharge du carreau électrique , et l'étincelle qu'elle produit, sont d'aiitant plus fortes que les surfaces des deux feuilles métalliques sont plus étendues , et que l'intensité du fluide communiqué directement à Tune d'elles, est plus considérable. BOUTEILLE DE LEYDE.
489. On appelle ainsi un flacon en verre, dont les parois intérieure et extérieure sont recouvertes d'une feuille d'élain jusque vers le haut de ce flacon (f. 328). Par l'ouverture de celui-ci sort une tige terminée par une boule ; dans l'intérieur de la bouteille, la tige se trouve en contact avec des feuilles d'or , dont le vase est rempli; la partie supérieure de celui-ci est recouverte d'un vernis de gomme laque , pour bien isoler l'une de l'autre les feuilles d'étain intérieure et extérieure.
Pour charger la bouteille de Leyde, on la tient dans la main par la panse et l'on met le bouton a en contact avec la machine électrique, ce qui fait que la plaque d'étain intérieure qui communique avec ce boulon , s'électrise positivement; ce fluide décompose par influence le fluide naturel de la plaque d'étain extérieure, attire le fluide négatif sur la surface qui touche le verre, et repousse son fluide positif dans le sol; la bouteille est donc ainsi chargée de fluide positif à l'intérieur et de fluide négatif à l'extérieur. Il vaut mieux placer le boulon à une petite distance du conducteur, afin de voir jaillir une foule d'étincelles qui se succèdent rapidement, puis qui se ralentissent de plus en
plas et qui indiquent ninsi le degré de la charge. Si l'on avait chargé la bouteille en la tenant par le boufon a et en mettant son extérieur en contact avec la machine électrique, on aurait eu du fluide positif dans la plaque métallique extérieure et du fluide négatif dans la plaque inférieure qui communique avec le boulon a.
490. Quelquefois on ne colle point de plaque d'étain sur la paroi intérieure de la bouteille, et alors les feuilles d'or dont on remplit celle-ci presqu'enlièrcmenl et qui en touchent sur tous les points la paroi intérieure, remplacent cette lame d'étaio. Souvent aussi , dans la bouteille construite comme nous l'avons indiqué d'abord, on remplace les feuilles d'or par une chainette qui établit la communication de la lame d'étain intérieure avec le bouton a.
Quelquefois enfin il n'y a point de communication entre la plaque métallique intérieure et la tige at (f. 329} qui alors doit être terminée en pointe. Il est facile de concevoir comment cette bouteille se charge; en effet , supposons que le bouton a soit mis en contact avec la machine électrique : dans ce cas, le fluide positif qui s'accumule dans la pointe décompose par influence le fluide naturel de la lame d'étain intérieure, attire son fluide négatif, avec lequel il se combine à travers l'air, et repousse son fluide positif sur la surface de cette lame qui touche le verre. La plaque d'étain intérieure étant ainsi électrisée positivement, agit alors sur la plaque extérieure de la manière indiquée plus haut , en sorte que la bouteille est chargée en définitive de fluide positif à l'intérieur, et de fluide négatif à l'extérieur.
491. Lorsqu'une bouteille de Leyde est fortement chargée , les deux fluides qui sont séparés par la lame de verre se trouvent sur la surface même de celle-ci; 'on peut s'en assurer en enlevant les deux feuilles d'étain de la bouteille, et en observant alors que les deux faces du verre elles-mêmes sont éleclrisées. Si l'on chargeait une bouteille trop fortement , les deux fluides de l'intérieur et de l'extérieur, cédant à leur mutuelle attraction, parviendraient à vaincre la résistance que leur oppose la lame de verre, et se combineraient à travers celle-ci en la perçant.
492. Tout ce que nous avons dit de la décharge du carreau fulminant , s'applique également à la décharge de la bouteille de Leyde. On peut donc, ou décharger celle-ci petit à petit en louchant
alternativement avec un corps conducteur quelconque le bouton a et l'extérieur, ou la décharger brusquement en touthaui simultanément les deux parties (f. 550).
495. On appelle batteries électriques un assemblage de plusieurs bouteilles de Leyde, dont les parties intérieures -communiquent entre elles, ainsi que les parties extérieures; ce qui donne en résultat une seule et même bouteille, dont les surfaces sont trèsétendues. Ou peut obtenir, par des batteries électriques assez fortes , des décharges considérables. Une batterie peut se décharger comme la bouteille de Leyde , soit lentement, soit rapidement, mais il faut redoubler de précaution pour n'en pas recevoir le choc. Au lieu de faire communiquer les bouteilles, d'une part par leur intérieur, d'autre part par leur extérieur , on peut établir la batterie en faisant communiquer l'intérieur de chaque bouteille avec l'extérieur de la précédente. C'est ce qu'on appelle une batterie en cascade (f. 351).