EFFETS PHYSIOLOGIQUES
542. Lorsqu'on touche avec les mains humides les deux pôles de la pile, on reçoit une commotion d'autant plus forte que le nombre de paires est plus considérable : il serait très-dangereux de recevoir la commotion d''une pile contenant un grand nombre de paires, on dont les éléments auraient de grandes surfaces. La commotion produite par la pile se distingue entièrement de celle produite par la machine électrique ou parla bouteille de Leyde, en ce qu'elle est accompagnée d'une sensation de tiraillement toute particulière. L'action de la pile est employée contre la paralysie. Elle est puissante sur les organes de la respiration et de la circulation.
Un autre phénomène physiologique est celai produit par l'expérience de Schulzer: elle consiste à mettre deux plaques de métaux différents, l'une au-dessus et l'autre au-dessous de la langue, et à les faire se toucher par leurs extrémités opposées : à Tinstant du contact il se développe une forte saveur et des lueurs scintillantes apparaissent aux yeux de l'opérateur.
Un dernier phénomène physiologique qui parait se rattacher au galvanisme^ c'est la puissance électrique de quelques poissons, tels que la torpille, le gymnote engourdissant et plusieurs autres. Celte puissance consiste dans le pouvoir qu'ils ont d'engourdir le bras et la main qui les louchent et de produire sur les corps qui sont bons conducteurs certains effets électriques, tels que de les charger de fluide au point qu'on puisse ensuite en tirer des étincelles. Les anatomistes ont découvert dans ces singuliers animaux des organes particuliers qui semblent être comparables à ane vé-
ritable pile galvanique et qui sont plus ou moins semblables an suivanlqui appartiennent à la torpille : cet organe est composé d'une série de |)etits tuyaux verticaux formes de lames musculeuses, séparées Tune de Tautre par un fluide gélatineux , et correspondants entre eux. Il paraît que l'animal peut mettre en jeu cette espèce de pile , au moyen d'une grande force musculaire : au bout de quelques décharges il est complètement épuisé , et il ne reprend sa puissance électrique qu'après un certain temps. EFFETS CHIMIQUES.
543. II y a développement d'électricité dans presque toutes les combinaisons chimiques. Il est facile de s'en assurer au moyen du multiplicateur galvanique (voy. plus loin) qui consiste en une aiguille aimantée posée horizontalement sur un pivot et autour de laquelle tourne en longueur un fil métallique dont les extrémités portent, l'une, une cuiller, et l'autre, une pincette en platine; en saisissant avec la pincette un fragment de potasse et le plongeant dans la cuiller, remplie d'acide nitrique, on voit aussitôt l'aiguille aimantée cbercber à s6 mettre en croix avec la direction du fil de métal , ce qui indique qu'il se fait dans celui-ci un courant électrique. Des phénomènes semblables s'observent dans les combinaisons chimiques de la plupart des corps.
Il paraît que chaque fois que deux corps se combinent ils se constituent à des états électriques diff^érents et que c'est à cela qu'est due leur combinaison. On peut beaucoup faciliter celle-ci en faisant passer d'avance les corps à l'état électrique qu'ils doivent prendre, et on peut la retarder ou même l'empêcher complètement en les mettant au même état électrique. On peut donc ainsi modifier à son gré l'action des corps les uns sur les autres.
544. On a cherché à mettre ce pouvoir à profil pour empêcher la détérioration que l'eau de mer fait éprouver au cuivre qui sert de doublage aux vaisseaux ; cette détérioration est due à ce que le cuivre est un métal électro-positif et qui attire par conséquent le chlore (qui fait partie des chlorures qui se trouvent dans l'eau de mer), corps qui est fortement électro-négatif, et qui, en se combinant avec le métal , le corrode. Pour empêcher cette action chimique , il suffit d'appliquer contre le fcuivre de doublage un métal plus positif que celui-ci ; ce qui le fera passer à l'état négatif. Si la propriété négative du cuivre était trop fortement pro-
noncée, les matières terreuses et alcalines qai se trcayent dans l'eau de mer, et qui sont électro-positives, s'attacheraient à lui en formant des croûtes, ce qui serait un grand inconvénient. Pour constituer le cuivre dans un étal électro-négatif tel que ce métal n'attire ni les oxides ni le chlore et les acides , il faut y appliquer des plaques de fonte dont la surface soit à la sienne propre, dans le rapport de 1 à 90 ; ce rapport peut varier dépuis 1- jusqu'à -i-,
545. Puisqu'il y a toujours du fluide électrique développé dans les actions chimiques , il est évident que les phénomènes chimiques qui se passent continuellement en si grand nombre sur la surface de la terre , doivent être une grande source d'électricité. Il en résulte aussi que la pile doit avoir de l'action sur la plupart des composés chimiques. Les corps qui se laissent décomposer par la pile sont appelés électrolytes.
546. Les phénomènes chimiques produits par la pile, consistent en des décompositions des corps qu'on met en contact avec les deux pôles. Nous allons prendre pour exemple la décomposition de l'eau. Dans un verre à pied (f. 358) rempli d'eau se trouvent deux fils de platine recouverts de petites cloches en verre, et qu'on fait communiquer au dehors avec les pôles de la pile : aussitôt que cette communication est établie, on voit de petits globules de gaz apparaître sur les deux fils de platine , et bientôt les cloches qui recouvrent ceux-ci se remplissent, celle a d'oxigène, et celle 6 d'un volume double d'hydrogène : cette décomposition de l'eau par la pile , ne se produit pourtant bien que lorsqu'on a la précaution d'augmenter la faculté conductrice de l'eau en y mettant quelques gouttes d'acide.
Pour expliquer la théorie de cette décomposition de l'eau par la pile, représentons nous une série de molécules de ce liquide, formées chacune d'une molécule d'oxigène et de deux molécules d'hydrogène , ainsi que nous l'indique la chimie : puisque l'oxigène se porte an pôle positif de la pile, il est évident qu'il est électrisé négativement dans l'eau , et il est évident aussi que l'hydrogène y est électro-positif, puisqu'il se porte au pôle négatif. Cela étant ainsi, au moment où une série de molécules d'eau viennent à se trouver placées entre les deux pôles de la pile (f. 359) , elles doivent se disposer de manière à ce que tous leurs atomes d'hydrogène soient tournés vers le pôle négatif et leurs
atomes d'oxigène vers le pôle positif. Cédant alors à l'attraction électrique, les atomes d'hydrogène de la molécule 1 se portent sur le fil négatif, et Tatome d'oxigène de la molécule 5 se porte sur le fil positif (f. 360). Puis l'atome d'oxigène de la molécule 1 se recombine avec ceux d'Iiydrogène de la molécule 2 et ainsi de suite, de manière (f. 361) qu'il n'existe plus que 4 molécules d'eau. Ces molécules se retournent alors dans la position de la figure 359 ; il se fait une nouvelle décomposition , et cet effet se continue ainsi.
Nous voyons donc que dans la décomposition de l'eau par la pile, chaque molécule de ce liquide qui se trouve entre les deux pôles, est successivement décomposée et recomposée. Ce phénomène électrique est donc, comme tous ceux que nous avons étudiés jusqu'à présent , produit par un vrai mouvement de vibration et non pas par translation. La décomposition d'un corps quelconque par la pile, est analogue à celle de l'eau, c'est-à-dire, qu'elle a lieu de molécule à molécule , par un véritable mouvement de vibration.
C'est en mesurant les gaz produits par la décomposition d'eau acidulée par de l'acide sulfurique, qu'on mesure la force chimique des courants. Cette force est proportionnelle à la quantité d'électricité en mouvement dans le circuit.
En faisant communiquer à un des pôles une plaque métallique munie d'un rebord; en versant dans cette sorte de vase une dissolution minérale ou organique, et en faisant plonger dans celle-ci une pointe métallique correspondante à l'autre pôle, M. Nobili a obtenu sur la plaque, des anneaux colorés ou d'autres dessins. La pointe doit être couverte d'une couche isolante, excepté à son extrémité voisine de la plaque.
547. En soumettant les oxides à l'action de la pile, ils cèdent leur oxigène au pôle positif, et leur radical, au pôle négatif. Il en est de même des oxacides. Pour les sels, l'acide se rend au pôle positif, et la base , au pôle négatif. De ces faits on a tiré une application fort importante pour obtenir des précipitations galvaniques des matières métalliques.
Si, par exemple, on plonge dans une solution d'or les deux électrodes d'une pile, la solution d'or se décompose, cède son acide au pôle positif et laisse déposer l'or au pôle négatif. Si donc
on a adapté à l'électrode négatif nn objet métallique , celui-ci va se couvrir d'or d'une manière régulière et sous une épaisseur proportionnelle à la durée de l'immersion. Telle est la base de la dorure nouvelle, appelée galvanique. La solution d'or qui parait la préférable est un composé de sulfure d'or et de sulfure potassique.
En remplaçant la solution d'or par des solutions de platine , d'argent , d'étain , de zinc , de cuivre , on obtient la précipitation de ces divers métaux.
548. C'est sur ce genre de résultats qu'est fondé l'art nouveau de la gahanoplastie ou électrotypie, dont nous allons faire connaître la nature par l'explication de l'électrotype de M. Boquillon. Cet instrument (f, 362) consiste en un vase w, au fond duquel on fait plonger l'extrémité d'une plaque de cuivre h qui est soutenue par un fil c, et au haut duquel est suspendue par le fil k une plaque de zinc zz. Un support métallique s reçoit les deux fils. Entre les deux plaques se trouve le diaphragme gg , et au-dessus d'une ouverture percée dans celui-ci , est placé un cylindre h , fermé d'une membrane i. On verse dans le vase vv une solution concentrée à froid de sulfate de cuivre , jusqu'audessus du diaphragme, et sur celui-ci, autour dn cylindre hh ^ on pose des cristaux de sulfate de cuivre, destinés à entretenir la saturation du liquide. On verse aussi dans le cylindre h, et de manière à recouvrir le disque de zinc zz , de l'eau légèrement acidulée. Sous ces conditions, le zinc attaqué par l'acide devient positif, tandis que le cuivre réduit se dépose sur la plaque h , rendue négative. Si donc on a placé une médaille sur cette plaque, le cuivre déposé prendra l'empreinte de cette médaille. Pour réussir, on couvre la médaille d'argent ou de cuivre qu'on veut reproduire, d'une mince couche de plombagine appliquée au pinceau, on l'enduit d'un bourrelet de cire et l'on recouvre de vernis toutes les parties découvertes de la plaque b et du CI c.