DES RÉACTIONS POLITIQUES. — CHAI'. V
qu'il faut écraser des scélérats, réunis autour d'un étendard que le hasard a mis entre leurs mains et que leur rage a défiguré, que l'on peut discorner cet étendard?
.Mais quelque excusable que soit cette sensibilité profonde, que la vue de la douleur prive de la puissance d'abstraire et du don de raisonner : quelque respectable même que puisse être l'homme qui, à l'aspect du sang, se déclare à la fois et contre celui qui l'a versé, et contre le principe au nom duquel il a été répandu, l'homme qui, d'impulsion et sans examen, embrasse jusqu'à l'opinion du malheureux, il n'en est pas moinsimportant,alorsqu'une révolution s'achève et ne demande qu'à se calmer, d'en revenir à cles appréciations plus justes et h des jugements moins exaltés.
Comme le remarque dans les premières lignes dun ouvrage récemment publié, un auteur qui, dans le reste de son livre, semble avoir perdu de vue ce principe : « Lorsqu'un gouvernement com- » menée, ce ne sont pas seulement des gouvernants qui ne savent » pas commander, ce sont encore des gouvernés qui ne savent plus » obéir. En enseignant au peuple la désobéissance envers l'autorité » sous laquelle il naquit, on la lui enseignait bien plus envers celle » qui allait naître. En le dressant à l'insurrection, on lui donnait » une leçon qu'un jour il devait répéter à son maître. Le gouver- » nement devant au même instant le redresser à l'obéissarice, et » se former au commandement, on ne conçoit pas qu'il puisse se » conserver. »
Il faut donc que tous les hommes, dont l'influence peut ramener l'habitude de la subordination, se rallient au gouvernement. S'ils se mettent encore contre lui, s"ils secondent de leurs moyens d'opinion, la disposition à la résistance que le peuple a contractée, jamais l'ordre ne pourra renaître; jamais les gouvernants ne reprendront cette confiance en eux-mêmes, qui les empêche de recourir à l'arbitraire; jamais les gouvernés ne se façonneront à la soumission qui les préserve de l'anarchie.
Lorsque les écrivains se permettent des insinuations amères,des déclamations exagérées , des regrets inutiles, .ils n'agissent pas seulement contre le gouvernement particulier qu'ils n'aiment pas, mais contre l'idée générale de l'ordre. Ils mettent un obstacle de plus à son rétablissement; ils confirment le peupledans l'habitude du mécontentement, et font .sentir au gouvernement la nécessité
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(le l'arbitraire. L'un s'irrite et se refuse à l'obéissance ; l'autre s'ellVaie et a recours i\ la vexation. Un troisième inconvénient retombe sur les écrivains eux-mêmes. Ils ôtent à leurs représentations les plus saj^'es, à leurs réclamations les mieux fondées, tout le poids qu'elles auraient, on plaçant à côté d'elles des personnalités et des allusions ((ui décréditent l'ouvrage et l'auteur, même auprès de la malignité «pii les accueille. Lorsqu'un écrivain fait succéder à l'expression transparente de ses regrets sur la royauté, des considérations sur tel abus dans la répid^lifiue, on est disposé à le soupçonner de vouloir rétablir ce (|u'il regrette, et l'on pense ([u'il n'atta(iue les abus, que parce qu'il les croit favorables à ce qu'il hait. De la sorte, l'on s'attache à l'abus, de par son adversaire, et ce dernier ne gagne à son double elîortque d'en détruire l'effet, La royauté ne se rétablit pas, et la république reste abusive.
Ces reproches sont mérité? aujourd'hui par une classe d'écrivains, nombreux etpuissa«ts, qui semble employer tous ses moyens à prolonger cette agitation des esprits,' cette exagération rétrograde des opinions. Elle ajoute à la vélocité de l'impulsion presque matérielle qui nous entraine à la fois loin des idées libérales, et loin des crimes révolutionnaires : elle combat les vérités par des ressentiments et les principes par des souvenirs.
Cette classe est composée d'hommes qui furent longtemps et justement célèbres sous la monarchie; j'ajouterai, d'hommes qui ont rendu de grands, d'éminents services à la chose publique, immédiatement après la chute des décemvirs. Ils ont, avec constance et avec courage, appelé, provoqué, exigé, obtenu une foule de mesures douces et humaines, faibles réparations de dix-huit mois de la plus exécrable tyrannie. Mais, dans cette lutte honorable cqntre les restes affreux du régime révolutionnaire, ils ont contracté l'habitude de lutter. Ils mettent leur orgueil h fronder la liberté comme le despotisme, la vérité comme l'erreur. Ils perdent le mérite du courage, en l'employant dans tous les sens. L'utilité ne leur est rien; l'opposition leur semble tout; et, par une méprise funeste, tandis que l'honneur est dans le but, ils le placent dans la résistance.
Ils n'ont pu pardonner à la révolution de les avoir dépossédés d'une portion de gloire impossible à reconquérir. Ils ont senti que