DES RÉACTIONS POLITIQUES. CHAP. V
abolie', et cesièclemême,parlalutte désastreuse qui s'estengagée, a vu succéder à celte mesure générale et salutaire, une proscription individuelle et exécrable ; parce que cette lutte, soulevant jusqu'aux classes encore brutes de la société, a réuni de la sorlte les excès de la férocité aux résultats du raisonnement. Malgré cet exemple, on croit, par d'ingénieiisesnuances, par desconsidérations fines, par des subtilités élégantes, par l'éclat du talent, par de brillantes images, relever les privilèges^. L'on renonce, il est vrai, à ces arguments surnaturels employés si longtemps avec succès; l'on abandonne le poste ruiné du droit divin, mais on se replie sur l'utilité; l'on descend du ciel, maison combat sur la terre, et telle est la confiance qu'inspire l'impulsion d'une réaction désordonnée, que l'on ne met pas en doute la résurrection d'un abus, contre lequel réclament, et la classe forte qui détruit, et la classe pensante qui organise : d'un abus que la raison désapprouve et que repousse l'instinct 3.
Enfin l'on travaille, avec plus de zèle encore, au rétablissement des préjugés religieux. ■*. Des hommes qui n'ont dû qu'à un long apprentissage d'incrédulité leur éclat éphémère; des hommes, proclamés jadis illustres, sous la condition qu'ils seraient impies, violant aujourd'hui cette clause expresse du traité, emploient en laveur des mystèresdu catholicisme ^, une plume vieillie dans la répétition des sarcasmes de Voltaire, et des insinuations de d'Alem-'
' Édit. de 1810. Les paysans égorpeaint leurs seigneurs; dans le dix-huitième les philosophes ont proclamé l'égalité légale.
2 Édit. de 1819. Nous faire encore une illusion.
•■' L'on ne croira pas, je l'espère, que je méconnaisse les talents et les vertus de M. Necker, parce que ses opinions politiques me paraissent erronées. La même franchise qui me porte à énoncer mon dissentiment sur toutes les parties de son système, me fait un devoir de professer mon admiration pour son génie, et mon respect pour son caractère. J'ai été, je l'avoue, profondément affligé de son dernier ouvrage (l'Histoire de la Révolution?) dont les beautés m'ont frai pé, comme elles ont dû frapper tous h s lecteurs. Je crois que, plus rapproché de la scène, il eût Jugé bien différemment. Les journaux qui ont porté dans sa .solitude pendant dix-huit mois, la description trop vraie de crimes inouïs, et depuis un an les exagérations il'une opiniowtrès-fautive, l'ont trompé sur beaucoup de points; mais en le combattant, qui pourrait se refuser a la douceur de lui rendre justice.' Qui pourrait ne pas admirer l'éclat de son talent, la finesse de ses vues, et l'expression éloquente d'une âme toujours pure, et, malgré ses préventions, amie encore de la liberté?
' Édit. de 1819. Des préjugés d'un autre ordre.
5 Édit. de 1819. En faveur d'opinions mystiques.
DE LA COXDI ITE DES ÉCRIVAINS ACTl ELS. 89
bt rt '. Une lumière descendue du ciel semble tout h cou]) avoir éclairé une rouled'aHiccs fanatiques, des sceptiques dogmatiseurs, d'iiicrédrdes intolérants. S'ils st: bornaient ;\ réclamer contre une persécution, absurde autant (ju'iiiit[n(\ et (pii uiarclie contre son but, nous les seconik-rions de tous nos eiforts ; mais en s'élevant contre une injustice présente, on b'S voit nK>ditcr une injustice future. En invoquant, comme tous les partis faibles, le droit sacré de la tolérance, ils conservent du goût pour la persécution, pourvu qu'elle soit exercée au nom d'une religion même erronée. Vous les voyez s'extasier sur la pitié des Atliéniens, dans la condamnation de Socrate. a Peuplesublime, s'écriait il y a peu de temjjs un jour- )» naliste. peuple sublime, dans l'esprit duquel on ne parvint h peri> dre le plus vertueux des bomnies, qu'en le faisant passer pour » impie. »
Ainsi se reconstruit le triple édifice de la royauté, de la noblesse, et du sacerdoce. Ainsi les opinions libérales sont attaquées par des transfuges de la pbilosopliie, par les disci|)!es mêmes de ces génies immortels, qui ont osé rêver la régénération de l'espèce humaine.
Autrefois, fatigué de la pression des classes supérieures, chacun tirait à soi celle qui pesait immédiatement sur lui, et cet effort simultané produisit un bouleversement universel. Aujourd'hui, épouvanté de ce bouleversement, chacunpense qu'il ne peut se relever, sans relever aussi ce qui jadis l'entourait, et même ce qui était au-dessus de lui. Le sentiment de la pression lui paraît un gage de sécurité. L'on bâtit sur un terrain vierge, mais on bâtit avec dfs souvenirs, et l'on perd le prix de sept années decalimités. Nous sommes tellement effrayés des révolutions, que tout ce qui est neuf nous paraît révolutionnaire, et presque tout ce qui n'est pas abusif est neuf.
Le gouvernement seul lutte encore contre cette disposition générale; il lutte mais avec eft'ort, et le combat même est, pour la liberté, un danger d'un genre nouveau.
En se servant contre une république naissante de foute la puissance de l'opinion, les écrivains forcent ceux à qui les destinées de cette république sont confiées, à faire, pour l'intérêt de la liberté, précisément le contraire de ce ([ui distingue les gouvernements
' C'est à La Harpe que l'auteur l'ait cette allusion transparente. (E. L.)