COMMENT ON DOIT ACHETER. LES CHEVAUX
Nous avons vu, messieurs, dans la suite de ce cours que la science hippique, quoique d’une grande simplicité, quand on veut l’étudier avec bonne foi et conscience, était peu connue et peu appréciée par suite de cette maladie de l’esprit français, qui est de se créer en certaines choses, des difficultés pour le plaisir de les vaincre, ou d’être vaincus par elles, ce qui rappelle le vieux proverbe ; chercher midi à quatorze heures. Eh bien, messieurs, si nous rencontrons cette triste disposition cà propos de l’élevage et du dressage, nous la retrouvons bien autrement active et ridicule dans l’achat des chevaux. Si peu savent élever, personne pour bien dire ne sait acheter, et pourtant rien n’est plus facile, même pour l’homme le moins expert en matière chevaline; je dirai même que celui-ci a beaucoup d’avantage sur le connaisseur, surtout si ce dernier veut mettre sa science en avant à la place du bon sens.
En effet, la première chose à faire quand on veut acheter un cheval, c’est de se demander dans quel but on l’achète? et la seconde de le choisir propre à répondre au besoin qu’on en a.
Ainsi, celui qui veut un étalon , doit chercher d’abord la race, le sang, l’origine des ascendants, puis les qualités du sujet, l’absence de tares, la conformation, etc.
Pour une poulinière on suivra les mêmes notions.
Pour un cheval de voiture on choisiraun modèle brillant, puis on le fera atteler devant soi et travailler de façon à juger de son dressage, de sa douceur, de ses qualités, etc.
Enfin pour un cheval de service usuel, on le fera essayer
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dans le genre du travail qu’on exige; et, plus on désirera de qualités, moins on sera difficile sur la conformation, les tares, la couleur de la robe, etc. — Il faut bien sc convaincre qu’un cheval ne peut pas tout avoir, et rien n’annonce l’ignorance et l’absence de sens commun chez l’achelcur, comme d’exiger chez un cheval telle ou telle conformation idéale qui n’implique aucune qualité solide: les uns veulent tel poil, d’autres telles ou telles marques; mais surtout et toujours pour le moindre cheval de service on stipulera l’absence des défauts les plus minimes, des tares les plus légères. Or, messieurs , le cheval sans défauts est comme l’homme sans défauts, il n’est en général propre à rien. Ce n’est pas par les défauts mais par les qualités qu’il faut juger un cheval! Voilà pourquoi, je vous l’ai déjà dit, la plupart des hippiâtres, même ceux qui ont fait les plus profondes études sur l’extérieur, sont impropres à acheter un cheval. En effet, ils se font un modèle à eux, il leur faut tel genre qu’ils ont rêvé; ils ne passent ni la plus légère imperfection, ni la plus légère tare et quand tout cela se trouve, si par hasard cela peut se rencontrer, il arrive que ce phénomène est une misérable rosse incapable de mettre un pied devant l’autre.
Pourquoi les marchands de chevaux, gens qui pour la plupart n’ont fait aucune étude, sont-ils si connaisseurs en général? C’est, messieurs, qu’ils jugent un cheval selon le précepte que je vous ai posé en commençant, c’est-à-dire parle besoin qu’il ont de lui ; ils ne disent pas voilà un beau cheval! ni même voilà un bon cheval! ils ne cherchent pas à faire de l’art, mais des écus et ils ont raison, c’est leur métier. Ils choisissent le cheval pour la place qu’ils lui destinent. Voilà, disent-ils, le cheval qui convient à tel service, à tel maître. Le bon acheteur n’est pas celui qui ne se trompe pas, tout le monde peut sc tromper; mais c’est celui qui achète le cheval le plus près possible de la convenance qui lui est affectée. Quand vous achetez un étalon, quelque ^ beau qu’il soit, si son origine est mauvaise vous aurez fait
un mauvais achat. Quand vous achetez un cheval de voiture, serait-il net de tares et de la plus belle conformation, si on ne peut l’atteler vous aurez fait un mauvais achat. Quand vous achetez un cheval de chasse, pourvu qu’il passe avec facilité tous les obstacles, qu’il soit doux au monter, qu’il ait du fond, du perçant, du ressort, ne vous embarrassez ni du poil, ni de la conformation , et dites : j’ai fait un bon achat.
Tâchez en un mot de faire votre choix pour vous et non pour ceux qui vous voient passer, et soyez sûrs que vous’serez content des chevaux que vous achèterez. Or, messieurs, comme je vous l’ai dit, ce qui rend l’achat du cheval facile pour tout homme de jugement, c’est d’abord de bien savoir ce qu’on veut et ensuite de s’en tenir à ce qui remplit le but qu’on se propose, sans chercher les prétendus préceptes de conformation, dont on remplit les livres, et qui n’ont jamais fait connaître un bon cheval.