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INTRODUCTION

O I déjà la facilité de s'expliquer convenablement tant de bouche que par écrite est de la plus haute importance pour les affaires privées et pour la " politique de la vie ordinaire, on jugera facilement de quel poids elle doit être pour la vie publique et pour les affaires d'état, et si elle mérite qu'on en fasse une étude particulière et suivie.

Les affaires d'état peuvent se traiter ou de bouche, ou par écrit. La rhétorique donnera de bonnes règles pour la première de ces deux manières de traiter, qui d'ailleurs est assez arbitraire dans ses formes. Cependant Timportance et l'étendue des affaires d'un état requièrent ordinairement des communications par écrit. L'ordre, la concision, la brièveté, si nécessaires en I. j

toutes occasions , le sont encore davantage ici , où il s'agit des intérêts les plus importans, d'affaires qui embrassent le sort des états. C'est donc à la cannaissance du style propre à ces écrits publics que doivent s'appliquer ceux qui comptent de se préparer pour le service de l'état. Ce style forme la vive voix des nations; sans lui, rien que lenteurs et dégoûts dans les affaires.

La nature des écrits publics est double, suivant le double rapport de l'administration générale ou intérieure ou extérieure des états. Le style pour le premier de ces deux genres d'écrits , quoique également fondé sur des principes généraux, se modifie cependant trop sur les différentes constitutions et sur les divers idiomes des na- ,tions, pour pouvoir faire partie de notre sujet. On a coutume de le comprendre sous la dénomination générale dç style diplomatique ; cependant, pour le distinguer du style diplomatique proprement dit, et dont nous allons parler, on pourrait l'appeler style de chancellerie.

Les affaires extérieures sont celles qui ressortent des rapports des états entre eux ; savoir, des rapports de droits et d'obligations réciproques et des relations de procédés, d'amitié, de parenté y de communauté d'intérêts, etc.

Tous ces rapports établissent entre les états une multitude de communications très -variées.

Telles sont les négociations,' les expositions de droits, de griefs, d'intentions, de mesures; les traités d'alliance offensive ou défensive, ou simplement d'amitié ou de commerce, ou enfin de paix ; les complimens, etc. — Il est donc un style consacré à ces relations extérieures entre les puissances, le sljrle diplomatique^ proprement dit, que l'on appelle aussi style des Cours , dont les principes sont déterminés par la raison , par les conventions et par l'usage : c'est ce style qui fera exclusivement le sujet du présent essai. Il est soumis à des règles générales, fondées sur l'égalité des puissances indépendantes , sur les degrés d'honneur qu'elles ont reconnus entre elles et sur les rapports momentanés où elles se trouvent. Le choix de la langue dans les relations entre les états, l'un des points les plus importans du cérémonial diplomatique , a souvent été la source <ie contestations sérieuses. — Entre les puissances dont la langue du pays est la même, il est naturel de s'en servir préférablement à toute autre, ainsil qu'il se pratique entre les cours d'AUe- Qiagne. Quant aux puissances qui n'ont pas la lûême langue, chacune a toujours considéré comme un avantage qu'on se servît de la sienne. Lorsque aucune ne veut céder, il ne re^te que àevix partis à prendre, ou de s'arranger sur le choix d'une langue neutre , ou de négocier et de

rédiger le traité dans les deux langues , parti qui n'est pas sans inconvéniens sensibles.

On se servit long-temps de la langue latine, comme de langue neutre, dans les lettres et négociations, dans les traités, etc. Cependant depuis l'époque de Louis xiv, la langue française, substituée au latin, a été généralement employée comme langue diplomatique, sans cependant que cet usage lui ait jamais donné aucune prééminence.

La diète de la confédération germanique a adopté une sage mesure dont l'usage général, dans les communications réciproques des états, aplanirait bien des difficultés et favoriserait essentiellement les affaires publiques. Elle s'est fait la règle de présenter en langue du pays, savoir en allemand , tous les écrits et toutes les communications à faire aux puissances étrangères, en y joignant cependant une traduction ou française ou conçue dans la langue du pays avec lequel elle traite.

Les écrits . diplomatiques doivent être considérés sous un double point de vue:

i*" Sous celui de leur contenu ou de la matière dont ils traitent;

2** Squs celui de la manière dont ils sont rédigés.

Le premier de ces objets ne peut être de notre ressort. Il est inutile d'observer que, sans la con-

(5) naissance des matières à traiter, l'étude du style serait sinon impossible , au moins entièrement vaine. Ce n'est qu'après avoir fait une étude assidue des différentes branches de la science d'état que l'on doit se croire assez bien préparé poiir s'appliquer aux principes du style diplomatique. C'est pour la même raison que nous croyons ne point devoir énumérer ici les branches de science ou principales ou accessoires qui forment la matière des écrits diplomatiques.

Mais quant à l'habitude du style des affaires, quant à la connaissance de la manière dont on rédige les différens écrits publics , on ne pourra l'acquérir que ,

i** Par l'étude théorique des principes;

^ Par la lecture des meilleurs modèles ;

3° Par la pratique.

Les principes applicables aux écrits politiques forment la théorie du style diplomatique. Les deux seuls ouvrages que l'on possède sur cette partie sont, l'un allemand : C. J. Beck's Versuch einer Staatspraxis oder Canzlejrûbuîig aus der Politik , dem Staaisund Fôlkerrechte\ Wien , 1 764, 8 vol. , dont il parut une seconde édition en 1 778; et l'autre français : Essai d'un Traité du style des Cours , ou Réflexions sur la manière d'écrire dans les affaires d'état, par J.-S. Sneedorf; rem [et corrigé par J. de Colon; à Hanovre , 1 776, 8 vol.

Les deux ouvrages ne séparent cependant pas le style de chancellerie du style diplomatique proprement dit, et abondent en formes surannées qui ont perdu leur usage avec le temps.

On a en outre plusieurs ouvrages dédiés au style de chancellerie, mais que nous ne nommerons point ici, puisqu'ils sont étrangers au sujet du présent essai , qui traite exclusivemeht du style diplomatique.

L*ouvragc de M. le baron Charles de Martens, qui a paru très-récemment sous le titre de Manuel diplomatique^ contient quelques règles pour le style des écrits qui sont du ressort des missions diplomatiques; mais le but de Fouvrage même n'a point permis à son auteur de donner l'étendue nécessaire à cette partie de ses observations , pour en former un cours de style complet. On consultera cependant avec fruit la riche collection d'actes et d'offices diplomatiques, que M. de Martens a joint à son Manuel diplomatique.

A l'étude des principes, il faut joindre la lecture des ouvrages politiques qui ont paru, soit peu de temps avant le traité de Westphalie, soit depuis ce traité jusqu'à nos jours. Comme on y trouve l'histoire des négociations les plus importantes, avec les actes et les documens authentiques qui y sont relatifs , ces écrits peuvent également servir de guides et pour la manière de

(7 ) traiter les affaires, et pour le style dans lequel elles doivent être présentées.

On trouvera de même des modèles pour tout genre d'écrits politiques dans plusieurs recueils, mémoires et journaux où ils sont épars, sans autre ordre que celui des temps. Je ne nommerai point ici ces grands recueils qui forment les codes diplomatiques des nations, ni les collections d'actes de Lamberty ou de Rousset , si généralement connues; mais je me bornerai à rapporter les titres de quelques ouvrages où l'on trouve rassemblés des modèles de toute espèce que l'on chercherait en vain dans ces grands codes, qui ne contiennent que les traités mêmes. Telles sont les collections suivantes :

1° État politique de V Europe^ à La Haye , 1 738- 4^, la tom. in-8^

1° Recueil de déductions^ manifestes ^ déclara^ lions , traités et autres actes et écrits publics , qui ont été rédigés et publiés pour la cour de Prusse , par le ministre détat comte de Herzberg^ depuis les commencemens de la guerre de sept ans^ 1 7^6, jusqu'à celui de la guerre de Banère; Berlin ,1778, 3 vol. in-8".

Z*" Recueil des principaux traités d'alliance y de paix, de trêve ^ de neutralité ^ de commerce ^ de limites y d'échange , etc. 9 conclus par les puissances de l'Europe depuis 1761 jusqu'à présent ,

(8) par G. de M ariens , 7 vol. îii-8'*(dont les 4 premiers ont eu une seconde édition) et 8 volumes de suppléraens^Goëttingue, 1816-1820..

[\ Recueil des traités de paix^ d'amitié^ d'alliance^ de neutralité et autres ^ conclus entre la république française et les dijferentes puissances de V Europe^ depuis 1792 jusqu'à la paix générale^ etc.; Goëttingue, 2 tom. 1795-96.

5** Collection générale et complète de lettres y proclamations^ discours^ messages j etc. ^ de Napoléon , par C, A. Fischer; Leipsick , 1 808 , 8 vol.

6° Recueil de tous les traités , commentions^ mémoires et notes , conclus et publiés par la cou-ronne de Danemarch^ depuis V avènement au trône jusqu'à V époque actuelle , ou de Vannée !'}€>& jusqu en 1794 inclusivement, in-8°.

On retirera encore de grands fruits de la lecture des lettres et mémoires des négociations que nous possédons en abondance, et dont on pourra consulter particulièrement les suivans :

i*" Lettres du cardinal d'Ossat.

2** Mémoires et négociations duprèsidentJeannin.

S"" Négociations du comte d'Estrades.

4° Lettres du cardinal Mazar in.

5° Mémoires pour servir à l'histoire des Tiégo-

tions, depuis le traité de Riswjck jusqu'à la vaix d'Utrecht, par le marquis de Torcy.

6** Lettres et négociations du comte d' A vaux.

7° Mémoires du cardinal de Fleury,

Les écrits périodiques , journaux et gazettes politiques , recueillant suivant l'ordre du temps les pièces officielles les plus intéressantes, offrent encore une lecture fort instructive pour la partie, que nous traitons.

Enfin les jeunes gens qui seront assez heureux pour obtenir l'accès aux dépôts des cabinets des affaires étrangères, y trouveront des secours précieux et abondans pour tous les genres d'écrits diplomatiques.

Mais pour joindre à l'étude de la théorie l'application des principes qu'elle enseigne, et pour se préparer à la pratique des affaires , il sera nécessaire d'exercer son style même. A cet effet, on emploiera avec succès les deux méthodes , soit de compositions sur des sujets donnés dans tous les genres d'écrits diplomatiques, en les comparant ensuite à des originaux du même genre, soit de traductions de pièces officielles publiées dans une autre langue.

Nous avons vu que la manière de rédiger les actes publics devait seule occuper nos recherches. Mais les principes généraux auxquels les écrits politiques sont soumis relativement à la manière de les rédiger, ont pour objet :

1° Ou la forme qui les caractérise,

2** Ou le style qui leur est propre ,

3° Ou le cérémonial qu'on doit y observer.

Nous indiquerons les formes propres à chaque espèce d'écrit dans la partie spéciale de cet essai, et nous réserverons à la partie générale les deux derniers objets indiqués.

L'ensemble de l'ouvrage se composera donc des trois parties suivantes :

i"* Du style et du cérémonial en général;

a° Des diverses espèces d'écrits politiques en particulier;

^""Des écrits qui regardent spécialement les fonctions des personnes diplomatiques.

Nous appuierons l'exposition rapide des principes propres à chaque genre de composition , d'un modèle où ces règles se trouvent appliquées.

Cependant pour donner plus d'ordre aux observations que nous aurons à faire, il conviendra de distinguer avant tout les différens points de vue sous lesquels les subdivisions des différens genres de ces écrits s'offrent à nous.

Les rapports extérieurs des nations et les communications d'un état à l'autre peuvent se traiter soit immédiatement entre les souverains , soit médiatement par leurs plénipotentiaires, tels que les ministres des affaires étrangères, les secrétaires d'état, les envoyés.

Ensuite les différentes espèces d'écrits diploma-

tiques, qu'on appelle aussi quelquefois actes pU" blicSj dans le sens le plus étendu, se divisent naturellement :

1** En écrits adressés à une personne ou à

une cour déterminée , et destinés pour elle,

tels sont,

i"* Les lettres y soit de conseil ou de chancellerie, soit de cabinet ou de la main ;

2*^ Les mémoires et les notes des cours et des ministres, les décrets, résolutions, signatures, instructions, dépêches, etc. ;

i"" £n écrits adressés à une nation ou à tout le public.

Ce sont des actes publics dans un sens plus particulier :

I ^ Les plein-pouvoirs ;

2^ Les ratifications;

3^ Les actes de garantie ;

4** Les passe-ports;

5^ Les priyiléges et les manifestes , ordinairement dressés

en forme de lettres patentes; 6® Les traités; 7** Les déductions; 8^ Les exposés de motifs , adressés à tout le public , mais

rédigés informa liheUL

Quelques-uns de ces écrits , tels que les mémoires, les déductions, les exposés, paraissent

-(la)

quelquefois au nom d'un particulier auquel on a confié la rédaction. Dans ce cas ils sont dépourvus d'un caractère officiel. Mais si un souverain communique ses écrits soit aux diverses cours , soit aux membres du corps diplomatique accrédités auprès de lui, ils deviennent pièces officielles qui ne peuvent plus être désavouées.

Enfin on distingue les écrits diplomatiques sous le rapport de leur forme ( et c'est la distribution qu'à adoptée Beck et après lui Sneedorf ) ;

1° En lettres^ 2° En mémoires , 3° En actes publics , 4° En discours.

Cette division étant, par les caractères distinctifs quelle offre, le plus propre au sujet que nous allons traiter, ce sera elle que nous suivrons.

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