X. Des autres dignités
En parlant de ceux qui sont revêtus des plus liautes dignités de l'état ou de l'église ^ on dira simplement: Monsieur le Cardinal de... Monsieur i'És^quey ou Son Éminence Monsieur le Cardinal^ ou Monseigneur le Cardinal; Sa Gmndeur Monsieur (ou Monsieur) HÉvêque de... En leur parlant on les apostrophe de Monseigneur y et dans la suite du même titre , de Votre Éminence^ ou Votre Grandeur.
En parlant des autres personnes titrées , on désigne simplement leur dignité, ou on la fait précéder des titres de Son Excellence ^ Monseigneur ou Monsieur^ suivant qu'il y a lieu. En leur parlant, s'ils ont droit au Monseigneur, on les apostrophe par ce titre , qui alterne dans la suite avec Fotre Excellence ; s'ils n'y ont pas de droit, on les apostrophe de Monsieur.
ARTICLE DEUXIÈME
Du cérémonial des expressions et de ton,
La partie du cérémonial qui règle le choix des expressions est plus difficile et plus étendue.
Les termes d'égards qu'on emploie dans le corps d'une lettre, d'un mémoire ou d'un discours > et qui doivent varier suivant les circonstances , ne peuvent jamais être aussi fixes que les titres. Il y a cependant des expressions que l'usage a tellement consacrées, qu'on les retrouve dans toutes les pièces diplomatiques. Il faut savoir leur donner un tour nouveau et qui ne soit pas avili par un usage trop fréquent.
On doit d'abord admettre comme principe fondamental, que tous les souverains, quoique d'un rang bien différent , sont égaux à l'égard de la liberté et de l'indépendance. De là vient que ceux
d*un rang inférieur écrivent aux supérieurs en termes qui marquent du respect, mais aucune soumission , et que les supérieurs à leur tour', en écrivant aux inférieurs, peuvent prendre un ton convenable à leur rang, mais en même temps compatible avec la souveraineté des autres.
Les souverains d'un rang égal s'écrivent en termes conformes à leurs dignités et à leur parfaite égalité. Ceux d'amitié, d'affection , d'estime, de bonne intelligence, d'harmonie^ etc., sont les plus convenables à cette égalité. Ils emploient aussi les expressions de Frères et de Sœurs y titres dont ils se qualifient réciproquement, comme marquant une égalité fondée sur la nature même. Quelque différence à l'égard du sang ou de la préséance n'empêche pas entre souverains d'user de ce terme d'amitié.
Ceux de haute estime y de respect, de vénéralion, marquent une infériorité de la part de celui qui les emploie, sans impliquer reconnaissance d'un état de soumission.
Enfin , pour tenir un langage conforme à la supériorité de sa puissance , sans faire tort à la souveraineté des autres , on peut user des termes de bienveillance , de bonne intention , de confiance, e/c, joints à ceux à'qjfection etd'estifne, qui sont le style ordinaire des cours envers les républiques.
Dans tous les écrits politiques il faut éviter tous les autres termes qui ne sont pas compatibles avec l'égalité et l'indépendance des souverains. Ainsi, dans les représentations, les expressions qui semblent imposer aux autres souverains une obligation indispensable, seraient déplacées. Celles de prières y de souhaits^ de désirs^ de confiance^ etc. sont les plus convenables. Dans les plaintes et les remontrances il faut éviter tout ce qui a l'air de la menace et du reproche.
On peut enfin , sans blesser sa dignité , parler de sa propre reconnaissance, mais on ne saurait sai)s blesser la dignité des autres, l'exiger d'eux, ou leur reprocher d'y avoir manqué.