CHAPITRE V
Des Lettres de récréance.
La lettre de rappel , remise par le ministre à là cour où il réside , exige de la part de celle-ci une réponse dans les mêmes formes , que Ton appelle lettre de récréance , et que Ton fait remettre au ministre pour son gouvernement.
Dans ces lettres on accuse la réception des lettres de rappel et la notification faite par le ministre de son rappel , sur quoi on lui fait témoignage de la conduite qu'il a tenue, de la manière dontil a su gagner l'estime générale , et de la satisfaction qu'on a eue en tout temps de ses procédés, etc. On donne ensuite des assurances sur le vif désir que l'on a de maintenir la bonne intelligence inaltérable et les dispositions mutuellement ami-
eales des deax états , et l'on s'en rapporte à ce qne le ministre saitra en dire à son retour au Souverain. C'est la foi que l'on prie de vouloir ajouter à ces témoignages de l'agent, qui a fait donner à ces lettres le nom de lettres de récréance.
Il s'agit ici de faire un juste choix d'expressions de civilité, et de s'appliquer à les employer avec élégance et sans recherche.
Dans le cas de rappel du ministre pour cause de rupture entre les deux états, on se dispense souvent, comme nous l'avons déjà observé, des formalités du départ , de manière qu'il n'y a point lieu aux lettres de récréance. Lorsque , au contraire, nonobstant la rupture, on observe ces formes de civilité, la lettre de récréance contiendra des expressions qui témoignent la peine que l'on ressent de voir interrompre les rapports d'amitié , et le désir qu'on a de retrouver l'occasion de les renouer le plus tôt possible.
On ne trouve que très- peu d'exemples où le gouvernement, même lorsqu'il aurait eu à se plaindre du ministre, ait exprimé ses plaintes dans la lettre de récréance. On préfère en pareil cas d'ajouter une lettre particulière à cet effet.
Quoiqu'il soit plus rare encore qu'un gouvernement en vienne à l'extrémité de signifier au ministre d'un Souverain avec lequel il serait tombé en mésintelligence , un ordre de départ
subit, le cas a cependant existé, et nous donnerons sous le n^ v, ci-après , deux exemples de pareilles notifications.
EXEMPLES
Lettre de récréance du Roi de Danemarck pour le Chevalier de Terlon , Ambassadeur de France.
Frédéric lu par la grâce de Dieu Roi de Dane*^ marc, de Norwège, des Wandales et des Goths, Duc de Sles^ich, de Holstein, de Stormarie et Dithmarse , Comte d'Oldenbourg et de Delmenhorst, etc.
SÉRÉNissmiE Prince , très-cher Frère , Cousin ,
Ami , ET CONFJÉDERÉ ,
Nous ne pouvons passer sous silence Taffection singulière avec laquelle Votre Sérénité s'est entremise par son Ambassadeur aux troubles du Septentrion, les soins qu'elle a pris d'éteindre les embrasemens de la guerre qu'on y avait allumée, et qui jetait déjà des flammes de toutes parts, et les sages conseils par lesquels elle a aussi concilié une seconde fois nos dissensions et nos intérêts avec le Roi de Suède. Votre Sérénité n'a pu rien penser de plus auguste que de s'appliquer à ré-
tablir la paix entre des. Couronnes qui lui ont été de tout temps étroitement alliées. Nous ne pouvons non plus nous taire sur l'assiduité infatigable et le génie particulier avec lequel M. le Chevalier de Terlon, son Ambassadeur, pour qui nous avons bien de l'estime , a ménagé ces grands traités, depuis leur commencement jusqu'à leur fin , sous la conduite de la Providence divine. Présentement que les choses se trouvent dans un état tranquille, nous avons bien tbulu faire cette justice à son mérite, à l'occasion de son audience de congé dans le dessein qu'il a de se retirer d^auprès de nous. L'ayant prié de remercier Votre Sérénité, de notre part , d'une Ambassade qui a tant contribué au repos de nos peuples; nous rendrons, volontiers à Votre Sérénitéla pareille dans les occasions qui se présenteront : lesquelles nous attendons avec autant d'impatience que nous avons de disposition à les embrasser. Sur quoi nous prions Dieu qu'il ait Votre Sérénité , Très- Cher Frère , Cousin , Ami , et Confédéré , en sa sainte garde.
Frédiéric.
Écrit à Copenhague , le 2/1 janvier 166 1.
Lettre de récréance des États -Généraux^ pour le Comte d^Avaux , Ambassadeur du Roi de France.
Sire,
Après que le sieur Comte d'Avaux, Ambassadeur de y. M., nous avait rendu sa lettre, par laquelle il lui a plu de le rappeler, nous fîmes des instances à ce qu'il pût encore rester ici pour quelque temps , pour voir si on pourrait terminer heureusement les conféreqces que nous avions demandées, et pour lesquelles il était venu. Mais, comme il nous a fait connaître aujourd'hui qu'il avait reçu des ordres nouveaux pour son retour, nous n'avons pas voulu le laisser partir sans témoigner à V. M. que sa personne nous a été trèsagréable , puisque dans toute sa conduite il a donné des marques de sa capacité , de sa prudence et de son zèle, tant pour le service de V. M. que pour l'affermissement de la paix et de la bonne intelligence entre elle et nous , et nous eussions souhaité qu'il ne fût pas parti avant que d'avoir fini heureusement la négociation. Cependant, Sire, nous espérons que, nonobstant ce rappel, les intentions de V. M. seront toujours portées
à la paix , et qu'avec son Ambassadeur elle ne retirera point son amitié et son affection de ûotre République. Les assurances qu'elle nous en donne par sa lettre nous flattent de cet espoir. Aussi nous attendons de la sincérité dudit Sieur Comte d'Avaux, qu'il fera im raport fidèle à V. M. de nos sentimens respectueux pour sa personne sacrée , et quel cas nous faisons de son amitié , et de notre désir très -fort et très -sincère pour la continuation de la paix et du repos public. Nous ne faisons point de difficulté de vous rapporter à ce qu'il en dira à Y. M. Cependant nous prions Dieu, Sire , etc.
A La Haye, le ii août 1701.
Lettre de récréance du Roi de Suede^ au Comte de
fVratislau.
A TEmpereur des Romains.
SlÉRENISSIME ET TrÈS-PuISSANT EMPEREUR,
V. M. ne pouvait mieux nous marquer sa bienveillance qu'en nous envoyant le noble et illustre Jean Venceslas, Comte de Wratislau, votre Conseiller privé, Gentilhomme de votre chambre, et Chancelier du royaume de Bohème, personne
d*un génie supérieur, et d'une entière probité. Ce Seigneur nous a fait connaître que le bons sentimens de Y. M. à notre égard n'ont souffert aucune altération , et de notre côté nous croyons aussi n'avoir jamais donné sujet ni à Y. M. ni aux états de l'Empire de se défier de nos intentions. Le Comte de Wratislau a pu découvrir à fond notre bonne disposition sur cela. Ainsi, comme il nous a paru un fort honnête homme , nous ne doutons point qu'à son retour il n assure Y. M. que nous avons pour elle toute l'affection possible , et que nous sommes fortement résolus d'entretenir la bonne intelligence et l'union avec Y. M. et avec tout le Corps Germanique.
Nous souhaitons un long et heureux règne à Y. M.
A Alt-Rastadt, près Leipsick; le 20 octobre 1706.
Très 'Haut, Très "Excellent et Très-- Paissant Prince , notre Très-Cher et Très- Aîné bonFrère et Cousin,
Nous avons reçu hier, dans une audience particulière, la lettre par laquelle Y. M. a rappelé le sieur N. N. des fonctions qu'il a remplies jusque ici à notre Cour. Ayant été très-satisfait de la manière dont il s'est acquitté de la mission que
V. M. avait voulu lui confier , nous Tavons congédié et le congédions avec des sentimens analogues , bien persuadé d'ailleurs qu'il n'aura pu , pendant son séjour à notre Cour, que rendre témoignage de l'attachement sincère que nous avons voué à V. M. , ainsi que de notre empressement à cultiver son amitié, qui ne cessera de nous être bien précieuse. Sur ce nous prions Dieu , Très- Haut, Très -Excellent et Très - Puissant Prince, notre Très-Cher etTrès-Amé bon Frère et Cousin, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Donné, etc., etc.
Notifications d'ordre de départ.
Lettre de Lord Grenville^ Ministre des affaires extérieures et Secrétaire d'état du Royaume de la Grande-Bretagne au Citoyen Chauvelin ^ Envoyé de France.
Je suis chargé de vous notifier, Monsieur, que le caractère duquel vous aviez été revêtu auprès du Roi, et dont les fonctions ont été si long-temps suspendues, venant enfin d'être entièrement terminé par la funeste mort de S. M. T.-C. , vous n'avez plus ici aucun caractère public.
Le Roi ne peut plus , après un pareil évène-
ment , permettre votre séjour ici : S. M. a jugé à propos d'ordonner que vous ayez à vous retirer . de ce royaume dans le terme de huit jours ; et je vous remets ci -joint une copie de l'ordre que S. M. , étant en son conseil privé, a donné à cet effet.
Je vous envoie une passe -port pour vous et pour votre suite, et je ne manquerai pas de prendre toutes les autres mesures nécessaires pour que vous puissiez retourner en France avec tous les égards qui sont dus au caractère du Ministre plénipotentiaire de S. M. T.-C, que vous avez exercé auprès du Roi.
J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus parfaite , etc. ,
Grenvulle.
Ordre du Roi d Angleterre communiqué au ci*
iojen Cliauvelin.
A la Cour du palais de la Reine, le aS janvier 1 793 , en présence de sa T.-E. M. le Roi , en son conseil.
S.M.,enson conseil, a bien voulu ordonner, et elle ordonne par ces présentes , que M. Chauvelin, qui fut reçu par S. M. le a mai 179a, comme Ministre plénipotentiaire accrédité par feu S. M. T.-C. , sorte de ce royaume avant le pre-
( ,478 ) mier jour de février prochain, et que le très-honorable Lord Grenville , principal Secrétaire d'état de S. M. pour les affaires étrangères, fasse connaître cet ordre de S. M. au susdit M. Chauvelin.
Note du Baron (V Engesiroem , Ministre des affaires étrangères de Suède ^ a M. de Cabre y Chargé d^ affaires de France. En date du 'xo décembre 1812.
Dès le moment où l'invasion de la Poméranie suédoise par les troupes française , contre la foi des traités et les engagemens les plus solennels, donne la mesure des intentions de S. M. l'Empereur Napoléon à l'égard de la Suède, le Roi, justement étonné de cette agression iuattendue , n'a fait que réitérer ses démarches pour en obtenir une explication franche et loyale, tandis que le gouvernement français n'y a répondu que par de nouveaux actes d'hostilité.
S. M. a cru que, si la force donne des droits qu'attestent suffisamment les malheurs de nos temps , la cause de là justice et le sentiment de sa propre dignité peuvent aussi en réclamer quelques-ims.
Elle n'a donc pas vu avec indifférence une de ses provinces occupée par la même puissance qui
(479) en avait garanti Tintégrité , les troupes que le Roi y avait laissées , déclarées prisonnières de guerre et comme telles amenées en France , ainsi que les déprédations continuelles de la part des corsaires français contre le commerce de la Suède. S. M. avait par conséquent chargé M. de Bergstedt , au mois d'août dernier, et postérieurement le souissigné, de s'adresser officiellement à M. de Cabre, d'abord pour demander les raisons qui avaient motivé les hostilités susmentionnées , et finalement pour lui déclarer que , comme sa Cour après un très-long délai ne s'était point expliquée à cet égard et donnait ainsi à connaître qu'elle ne voulait point revenir à un système plus pacifique à l'égard de la Suède , M. de Cabre ne pouvait plus être regardé comme agent d'une Puissance amie , et que ses relations diplomatiques avec le ministère du Roi devaient cesser jusqu'au moment où il recevrait les éclaircissemens qu'il avait demandés au cabinet des Tuileries.
Plus de trois mois se sont écoulés depuis cette époque , et le gouvernement français continuant toujours le même silence , le Roi a cru se devoir à lui-même et à son peuple de ne plus compter sur une explication que tant de faits au reste paraissent rendre illusoire.
D'après ces considérations et d'autres pour le moins aussi importantes , le soussigné a reçu les
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