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sorte qu'elles échappent, en tout ou en partie, à la vue de Tennemi. La ligne de bataille suit ainsi la direction générale de la chaîne de colbnes. Plus cette chaîne approche de couper à angle droit la ligne de retraite, plus elle est avantageuse. Plus au contraire elle lui est oblique, et moins on y trouve de ressources pour une bonne défense. En effet, Tarmée AB (fig. 26), occupant des hauteurs dont la direction forme, avec la ligne de retraite XY, un angle obtus, a son flanc gauche très-exposé; car Tennemi peut envelopper cette extrémité avec des forces supérieures, en s'établissant en EF perpendiculairement à sa ligne d'opérations, c'est-à-dire que , par un déploiement naturel et sans aucun mouvement excentrique, il se trouve placé pour opérer une attaque de flanc, attaque qui ne sera déjouée qu'en changeant la position de l'armée AB; ce qui ne peut se faire que lorsque les hauteurs présentent un plateau assez large pour exécuter un changement de front en arrière ; et ce n'est pas là notre supposition. Il faut donc, quand on est ainsi posté, ou recevoir l'attaque de flanc, ou abandonner les hauteurs. Il ne sufl&t donc pas qu'il y ait des hauteurs sur son chemin pour les occuper et y attendre l'ennemi, il faut encore que ces hauteurs aient une direction convenable par rapport à la ligne d'opérations; c'est-à-dire que leur direction générale forme avec cette ligne un angle à peu près droit.
Le danger que nous venons de signaler n'est pas le seul : l'ennemi, pour peu que sa supériorité soit marquée, et que les collines soient accessibles vers l'aile droite de l'armée AB, renoncera peutêtre à l'attaque de flanc, si naturelle et si facile, pour porter son plus grand effort de l'autre côté. La raison stratégique l'emporte alors sur celle de haute tactique. Il prend la disposition CID : à droite il n'oppose que la portion CI, suffisante pour couvrir sa propre communication ; à gauche il renforce son ordre de bataille et dirige tous ses efforts de ce côté. Il est clair que si cette attaque réussit, l'aile droite B sera rejetée en arrière et l'armée sera séparée de sa ligne de retraite, circonstance non moins fâcheuse que la précédente. Ainsi, par le seul fait de la direction oblique de la position, l'armée défensive est exposée ou à être prise en flanc, ou à perdre ses communications si l'ennemi fait son devoir. Répétons-le donc, une chaîne de collines n'offre de véritables avantages à l'armée qui l'occupe , que lorsque sa direction diffère peu de la perpendiculaire à la ligne d'opérations , et que celle-ci passe à peu près au milieu.
Emploi des fortifications. — L'art doit suppléer à la nature quand
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<m ne tronre pas d'appui pour les ailes dans la localité où les circonstances vous obligent & prendre position. Des abatis, des redoutes construites aux extrémités, remplacent, quoique d'une manière bien souvent imparfaite, les obstacles naturels. Le temps nécessaire pour bien conditionner ces ouvrages manque toujours. H feut cependant faire tout son possible pour élever des fortifications, puisque c'est alors le seul moyen qu'on ait de renforcer les parties faibles.
Ce n'est pas le seul cas où I'ins:énieur soit appelé à fournir les secours de son art. Il a quelquefois la tâche de fortifier des positions choisies d'avance pour y livrer une de ces Grandes batailles qui décident du sort des empires. Le temps , cet élément si précieux â la f^erre« lui est donné ; il peut donc faire quelque chose de bon , s'il joint au coup d'oeil, qui dicte les meilleures dispositions, l'activité et le dévouement qui en assurent l'exécution. Il se ménagera la possibilité des retours ofFensifs, car on ne doit jamais se coller aux retranchements. Les ouvrages, quels qu'ils soient, seront donc séparés les uns des autres, laissant entre eux de grands intervalles qui permettent de déboucher sur un front respectable; chacun d'eux sera bien conditionné, fraisé, palissade, fermé à la g;orge, pour ofFirir un degré de résistance qui en rende la prise difficile. Il vaut mieux peu d'ouvrap;es avec un bon relief et de grands fossés, qu'une quantité de taupinières insignifiantes, qui n'arrêtent pas cinq minutes une troupe résolue (voyez, pour les détails de ces ouvrages, notre Mé* morial pour les travauao de guerre)»
Sous la protection de ces ouvrages et & la faveur de la position, on peut adopter un système de défensive manœuvrante et mémo attaquante, si bien fait pour des gens de cœur et si propre à soutenir le moral des troupes. Cette méthode est la meilleure, parce que l'élan de l'attaque est nécessaire à la victoire. Il est dans le coeur de l'homme de se croire le plus fort lorsqu'il marche en avant. Un mouvement impétueux lui donne de la confiance, Tentrahie, le porte i l'audace. Nous couvrir, au contraire, de retranchements continos, c'est mettre chacun dans le secret de notre faiblesse; c'est nous rendre incapables de rien entreprendre contre l'ennemi; c'est enfin éteindre l'ardeur de la troupe et glacer son courage.
Frédéric à Bunselwitz, le czar Pierre à Pultawa, ont montré tout le parti qu'on peut tirer de la fortification sur un champ de bataille. Le premier enveloppa si bien sa position par une suite d'ouvrages détachés, qu'il en fit un vaste camp retranché que les Autrichiens et les Russes réunis n'osèrent pas attaquer; il gagna du temps et son a^ mée fut sauvée. Le second dut à la précaution qu'il avait prise d'é-
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JdYtt* quelques redoutes sur sou front, lapremièra yictoire qu'il remporta sur son redoutable adversaire. Les dernières g;tterres offrent aussi de nombreux exemples de remploi des moyens de l'art, môme dans les campagnes les plus rapides et les plus promptement terminées. Si les militaires sont partagés d'opinion à l'égard des forteressesi ils n'ont qu'une voix pour proclamer l'utilité de la fortification de campagne.
Les Anglais y ont eu recours pour améliorer quelques-uns de leurs champs de bataille dans la Péninsule et notamment celui de Tala* Tera. Us étaient postés sur un beau plateau, leur droite appuyée au X«^ et couverte par des clôtures de jardins; devant leur Iront était un profend ravin, et ils occupaient par leur gauche un mamelon qui commandait tout le terrain environnant. £n arriére, lescommunica* tiona étaient ùKiles et permettaient de porter rapidement des secours d'une extrémité à l'autre de la ligne. Les approches étaient, au contraire, coupées par le ravin , par les clôtures et par des bois d'oliviers. Cette localité réunissait donc une grande partie des caractères qui constituent une bonne position ; mais l'existence du ravin sur le front s'opposait aux retours offensifs, fille convenait à une armée qui se tenait essentiellement sur la défensive; et le général anglais, non content des avantages que le terrain lui présentait, fit encore élever des ouvrages de campagne et faire des abatis partout où cela pouvait être utile.
L'attaque, au lieu de se diriger princtpalemont sur la gauche, où était évidemment la clef du champ de bataide, fut disséminée sur tout le front de la position et partout repouasée. Sir Wellesley, placé sur le mamelon, découvrait tous les mouvements des colonnes françaises, et faisait avancer à propos des troupes pour les para* lyser; celles-ci manœuvraient sur les revers et pouvaient a leur aise, et sans être vues, se concentrer sur les points les plus menacés. Aucun des ouvrages ne fut entamé, et les Français, après avoir perdu près de uix mille hommes dans ces attaques infructueuses, furent obligés de se retii-er. Mais les Anglais ne profitèrent pas de leurs avantages, soit que le terrain qui s'était opposé aux développements de i'aitaque lût un otetade à la poursuite, soit que le caractère temporiseur tie leur générai l'eût engagé à rester en position.
Dans la campagne de 4 a07, les Russes avaient fortifié une suite ds mamelons en avant de Ueilbberg, sur la rivière d'Aile. Les retran* chements formaient autour de cette ville un demi-cercle de 4000 mètres de diamètre, coupant les routes qui y aboutissent. Le générai Beningaes, dans la prévision de futurs événements et profitant de
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Tespèce de trêve qui s'était établie entre les deux armées pendant le siège de Dantzig, avait fait préparer de longue main ce champ de bataille. Les Français s'y présentèrent le 40. juin et attaquèrent cette ligne avec beaucoup d'intrépidité ; ils enlevèrent même une des redoutes ; mais Beningsen, placé au centre, avait la facilité d'envoyer partout et promptement les secours nécessaires : il reprit la redoute. Les attaques furent partout repoussées ce premier jour, malgré l'acharnement qu'y mirent les assaillants qui combattaient sous les yeux de leur empereur. Le lendemain, Napoléon passa en revue les divisions qui avaient le plus souffert, et se préparant à livrer le 42 une bataille décisive, il fit bivouaquer les troupes dans les positions qu'elles occupaient. Les divisions russes , en colonne derrière les retranchements et disposées sur plusieurs lignes, attendaient l'attaque. Mais Beningsen, jugeant sans doute que sa ligne n'était pas suffisamment appuyée et voyant que sa droite allait être débordée, opéra pendant la nuit sa retraite sur Friedland où, deux jours après, eut lieu la grande bataille qui amena la paix de Tilsit. Friedland, ville ouverte, eut à souffrir toutes les horreurs de la guerre : amis et ennemis y entrèrent pêle-mêle, le feu prit en plusieurs endroits, les cadavres jonchaient les rues. Nous pouvons donc dire ici, et comme par occasion , que ce ne sont pas toujours les fortifications qui, semblables à un mauvais paratonnerre (selon l'expression usitée) attirent la. foudre sur une ville , au lieu de l'en préserver. Il suffit qu'elle se trouve sur le théâtre de la guerre pour , qu'ouverte oa fermée, elle ait de grands dangers à courir, surtout quand sa position est stratégique. On pourrait joindre bien d'autres exemples au précédent pour preuve de cette vérité. Nous nous contenterons de rappeler tout ce qu'en 4809 Ebersberg eut à souffrir des combats acharnés que les Français et les Autrichiens se livrèrent dans ses rues, et au milieu des flammes. Revenons à notre sujet.
La bataille de la Moskowa ou de Borodino n'a coûté tant de sang aux vainqueurs, que parce qu'indépendamment du choix du terrain qui était très-favorable à la défense, le général Kutusow avait renforcé sa position par des retranchements et des abatis ; il y avait entre autres, en avant du centre, une grande redoute qui fut attaquée et défendue avec tant de bravoure, que ses fossés furent remplis de cadavres; les cuirassiers français parvinrent à l'enlever en la tournant par la gorge ; une simple palissade aurait suffi pour empêcher cet accident. Il faut toujours que les retranchements soient fermés à leur gorge , ou par un fossé ou par une palissade ; il faut aussi qu'ils soient bien flanqués, et la grande redoute ne Tétait pas. Les retranchements de Borodino, s'ils n'ont pas empêché les Russes
de p^dre la bataille, ont du moins puissamment contribué à rendre la victoire moinç décisive.
Mais un des exemples les plus intéressants de l'emploi des fortifications sur les champs de bataille , est peut-être celui de la position de Caldiero , que Tarchiduc Charles occupa en 4 805 pour empêcher le maréchal Masséna de déboucher de Vérone. Cette position remarquable s'appuie par la droite aux derniers contre-forts de montagnes escarpées, et par la gauche aux marais de TAdige, en avant du village de Porcile. Elle coupe la plaine où est tracée la route de Vérone à Vicence. Son étendue est d'environ une lieue et demie. L'archiduc fît construire des redoutes bien conditionnées, et établir des batteries sur tous les points dominants et les plus favorablement placés pour flanquer la ligne et en défendre les approches. Les Autrichiens soutinrent, dans cette position fortifiée, une bataille de deux jours, sans que les Français, malgré l'ardeur qu'ils mirent à leurs attaques, aient pu se rendre maîtres d'une seule redoute. Les premiers, rassemblés dans la plaine derrière les ouvrages, conservaient la liberté de leurs mouvements et pouvaient se précipiter , avec toutes les armes réunies, contre l'ennemi. Aussi souvent que les Français atteignaient les retranchements , des troupes reposées et intactes quittaient leurs abris, débouchaient par les intervalles, et s'opposaient aux attaques. Quand les Autrichiens étaient trop pressés ils se retiraient sous la protection de leurs redoutes. L'archiduc quitta volontairement la position de Caldiero, qu'il avait si bien défendue, pour opérer une retraite que les grands événements qui se passaient alors en Allemagne rendaient nécessaire.
Manœuvres défensives. — Nous avons supposé qu'une armée , obligée de garder la défensive , a su choisir une bonne position appuyée aux ailes, ou y suppléer par des dispositions de troupes qui la rassurent contre les dangers d'une attaque de flanc. Cependant il peut arriver qu'elle soit attaquée de la sorte avant d'avoir pris ses mesures. Que faut-il alors qu'elle fasse? Elle peut prendre un des partis suivants : faire un changement de front en arrière, en pivotant sur l'extrémité la moins exposée ; replier en potence une partie des troupes ; disposer de la seconde ligne pour échelonner la première, en la prolongeant du côté menacé: enfin, faire marcher les réserves pour attaquer l'ennemi qui attaque, et le prendre lui-même en flanc.
Ce dernier parti est le meilleur, parce qu'il a quelque chose d'au* dacieux et qu'il ranime les courages abattus. Il ne dérange rien à la position respective des corps; ceux-ci peuvent alors agir conformé-
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meot aux cûcoDsiam^s, SOUS k protection do cette aOaqud qui sur^ prendra Tennemi et arrêtera sa marche.
Les autres partis sont dangereux : la potence a rinconvénient d*ètre kcilement enveloppée, et de présenter à l'enfilade deux longues branches dans lesquelles l'artillerie fait de grands ravages. Les troupes sont dans une position respective telle, qu'elles ne peuvent se porter en avant sans ouvrir l'angle et iaire jour à l'ennemi , ni rétrograder sans se refouler les unes sur les autres. Et, si le crochet en arrière doit s'exécuter sous le feu de l'ennemi, il amène une déroute inévitable I parce qu'il est presque impo6sÛ)le que le mouye^ ment se Casse sans confusion. A plus forte raison dojton craindre d'opérer un changement de Iront en arrière avec l'armée entière, quand l'attaque est imminente.
Faire marcher la seconde ligne par le flanc pour se porter vers le point attaqué, ne vaut guère mieux. Les troupes de la première ligne, se voyant privées de leur appui, perdent courage et ne tiennent plus que faiblement. 11 faut le moins possible séparer les deux lignes. D'ailleurs la seconde ligne peut être débordée aussi bien que la première, et le mouvement aont nous parions devenir unpossible. Ce n'est que par des dispositions prises avant la bataille qu'on peut, sans inconvénient, iaire déborder la seconde bgne pour en former un échelon à la première. Mais ici nous parlons des manœuvres £aitas au moment même du combat. Alors il est prudent de ne rien changer i l'ordre primitif de bataille, et de laisser les lignes en soutien l'une de l'autre*
Les réserves seules sont assez disponibles pour étre^ employées partout et en toute occasion. C'est donc avec les réserves qu'on pourvoira au plus pressé, en les .dirigeant contre l'aile de Tennemi. Mais alors, que doivent faire les autres troupes? Se porter en avant par un changement de front sur l'aile menacée; non par un de ces changements de front méthodiques et compassés, où les corps sont rigoureusement astreints à conserver leurs places respectives ; mais un changement fiait à mouvements rompus, où chaque corps se porto individuellement, et par le plus court chemin , à la place où il peut être employé utilement. Il faut, dans ce cas, courir au plus pressé. Pour expliquer ceci par un exemple, nous supposerons une ligne M (fig. tl)f surprise sur son flanc gauche par l'armée N, qui se ois» pose à l'attaque. Aussitôt que l'ennemi est découvert, la ligne M, que nous supposerons composée de quatre brigades, rompt par dn visions à gauche, et serre en masse dans chaque brigade. Pendant que ces préparatifs s'exécutent, la réserve R se .porte par la gaucha dans la position S, où elle se déploie de manière à menacer leflaoe
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droit de rennemi. La quatrième brigade déploiera aitr sa dernière division; et la brigade saivante déploiera sur sa première division ; ou, en d'antres termes, Tune se jjéveloppera à droite et Vautre à gauche, de manière que lorsque le mouvement sera achevé, et cela ne sera pas bien long, ces deux brigades seront échelonnées en fbce de Tannée N, et se lieront avec la réserve. La seconde brigade prend la diagonale pour aller se placer à la droite de la quatrième et se déployer en échelon ; la première, enfin , reste en colonne derrière le centre, pour remplacer la réserve. On arrive ainsi, le plus promptement possible, à faire entrer en ligne, dans la nouvelle direction, des forces égales à celles qu*on avait dans la position primitive , en admettant que la réserve R soit l'équivalent d'un des quatre autres corps. Il n'y a de changé que l'ordre des corps entre eux, mais on ne doit nullement redouter ce genre d'inversion : nous l'avons déjà dit, l'inversion n'a d'inconvénient que dans l'intérieur des corps, en déplaçant leurs subdivisions et troublant leur ordre accoutumé.
Si l'armée ennemie N débordait encore davantage, la réserve ne chercherait pas à la prendre en flanc ; cela la séparerait trop de la troisième brigade; elle se bornerait à faire front; mais alors ce serait la seconde brigade qui pourrait se prolonger sur le flanc gauche de l'ennemi ; le résultat de la manœuvre serait le même.
C'est pour simplifier que nous n'avons supposé qu'une seule ligne ; s'il y en avait deux, la seconde suivrait les mouvements de la première.
Les manœuvres que nous venons d'indiquer sont également applicables au cas d'une colonne arrêtée tout à coup dans sa marche par l'ennemi qui se trouve en position. Elles conviennent à de faibles corps, comme à de grandes armées. Ainsi, un bataillon déploierait d'abord deux compagnies pour soutenir le premier choc de l'ennemi, et manœuvrerait avec le reste ; mais alors il tomberait dans les inconvénients de l'inversion. Ce n'est donc que comme pis-aller qu'il agirait ainsi plutôt que de faire, sous le feu de l'ennenu, un changement de front en arrière , qui compromettrait son existence.
Retraite, — Quelques soins qu'on ait pris, quelque courage qu'on ait déployé, il faut souvent céder au nombre ou aux caprices de la fortune. Heureux alors quand, après une action longuement disputée, on parvient à se dégager du champ de bataille, sans essuyer une déroute complète.
Le mouvement rétrograde commence, pour ainsi dire, sans qu'on s'en aperçoive ; les troupes perdent insensiblement du terrain à mesure que l'ennemi en gagne, en raison de sa supériorité qui se
prononce toujours davantage. Vient enfin le moment, où toute résis* tance paraissant désormais inutile, le général donne Tordre de la retraite.
En supposant toujours que l'armée soit rangée sur deux lignes, la retraite se fait d'abord par la première ligne, qui se retire en échiquier : c'est-à-dire que les bataillons pairs mardient en arrière une soixantaine de pas, plus ou moins, pendant que les bataillons impairs tiennent ferme. Quand les premiers se sont arrêtés, remis en ordre, qu'on les voit prêts à combattre, on fait exécuter aux autres le même mouvement ^^trograde. Us passent dans les intervalles pour aller se poster plus loin, à la distance requise , et ainsi de suite.
Pendant ce temps , la réserve , infanterie et artillerie, ou partie de la réserve, va occuper les défilés par où l'armée en retraite devra passer; et la seconde ligne suit le mouvement de la première, ou même le précipite pour prendre quelque position avantageuse, d'où elle puisse imposer à l'ennemi et l'arrêter momentanément. Mais si la première ligne a trop souffert, on se hâte de la remplacer par la seconde, en faisant exécuter la manœuvre connue du passage des lignes. Sur quoi il faut observer que, des deux manières de faire ce remplacement, celle qui est offensive , c'est-à-dire celle où la seconde ligne marche en avant pour passer dans les intervalles de la première, est préférable. Alors chaque bataillon se forme en colonne serrée, se porte quelques pas en avant de la première ligne et se déploie, ou mieux encore charge à la baïonnette. Cette manière impose à l'ennemi ; il se voit attaqué et devient , quelque temps du moins, plus circonspect. La seconde manière est d'ailleurs dangereuse, parce que la première ligne, arrivant plus ou moins en désordre sur la seconde, peut entraîner tout ou partie de celle-ci dans sa déroute, si elle ne trouve pas des intervalles suffisants pour s'écouler.
En général, la troupe qui cède le terrain doit, autant que possible, marcher lentement, avec calme, en serrant les rangs pour ne pas donner de prise. Elle s'arrête souvent ; elle se retourne pour faire feu sur l'ennemi quand il suit de trop près. C'est ainsi qu'elle parviendra, sans tomber dans un très-grand désordre, à gagner quelque poste avantageux, ou à se couvrir des ombres de la nuit. La cavalerie seule peut se retirer avec précipitation ; elle le doit même, parce que sa vitesse fait sa sûreté; mais c'est pour revenir à la charge quand elle se sera ralliée, et dégager Tinfanterie.
Lorsqu'un régiment ou un bataillon est tout à fait rompu, lorsque les soldats prennent décidément la fuite, le chef saisit un drapeau
et va le planter dans quelque endroit bien visible, en faisant battre les tambours qu'il a pu rassembler. Les soldats, honteux d'abandonner les drapeaux qu'ils ont juré de défendre au prix de leur sang, viennent peu à peu s'y rallier. Les officiers de tout grade s'emploient à rétablir l'ordre et à faire renaître quelque confiance dans cette troupe démoralisée. C'est alors, surtout, qu'on apprécie ce que valent de bons cadres de sous-officiers et l'exemple de vieux soldats.
Pendant que les deux lignes se retirent, la réserve ne reste point inactive. L'infanterie de cette réserve occupe les postes où elle peut s'établir solidement , ou bien elle forme des carrés entre lesquels l'armée s'écoule et qui sont comme autant de redoutes qui arrêtent l'ennemi. C'est ainsi qu'à Marengo les gardes consulaires firent ce fameux carré contre lequel vinrent se briser toutes les charges de la cavalerie autrichienne, et qui mérita le nom de redoute de granit qui lui fut décerné par l'armée. En même temps , la cavalerie fait tous ses efforts pour protéger la retraite par des charges audacieuses et réitérées ; elle ne doit jamais compter l'ennemi, mais se précipiter sur lui, où qu'il soit et en quelque nombre qu'il soit, afin de l'obliger à des déploiements qui ralentissent sa poursuite. Si elle est ramenée, c'est un petit malheur dans la circonstance actuelle. Avant tout, il faut gagner du temps ; et rien n'est plus propre à atteindre ce but que des attaques précipitées, furieuses, quel qu'en soit le résultat. L'artillerie, de son côté, croise de feux le champ de bataille, en faisant usage de toutes ses ressources et choisissant les positions les plus favorables. Elle ne doit pas non plus craindre de s'exposer, au risque même de perdre quelques pièces ; sans son appui bien soutenu, la retraite de l'infanterie, sous la mitraille de l'ennemi , ne saurait être qu'une déroute.
Cependant les bagages ont pris les devants sous l'escorte de quelques troupes. Ils s'étaient tenus à distance pendant la bataille; ils se sont mis en route aussitôt que l'ordre de la retraite leur a été envoyé. Ils hâtent leur marche pour ne point entraver celle de l'armée.
La nuit protectrice arrive enfin. L'ennemi, las de combattre, épuisé de ses pertes, est forcé de s'arrêter. On profite donc de cette circonstance pour se rallier. On se remet en ordre, autant que possible; on fait prendre aux troupes quelque nourriture, et, sans songer au repos dans cette nuit de malheur, on force de marche pour gagner quelques lieues sur l'ennemi. Une forte arrière-garde, commandée par l'officier le plus intrépide et le plus expérimenté, reste en position pour couvrir la retraite. Cette arrière-garde, for-
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cée aussi A <{Qittor le terrain , dispute pied à pied tout oe qa*elle abandonne.
Ce qu'il y a de pire dans une bataille perdue, ce n'est pas le nombre des morts ni celui des canons perdus, c'est la démoralisation des troupes. Il faut donc tout faire pour affaiblir ces funestes impressions. Les chefs, par leur contenance et leurs paroles, raniment les esprits abattus. Le général surtout, loin de paraître atterré, doit montrer beaucoup de calme, visiter les bivouacs, donner ses ordres comme s'il ne s'était rien passé de fâcheux. C'est ainsi qu'il donnera une haute idée de sa constance et de la grandeur de son courage. La troupe, un moment ébranlée, reprendra confiance et sera prête à faire payer cher à l'ennemi un succès éphémère. Malheur à lui s'il n'a pas su profiter de sa victoire, s'il s'est endormi en oubliant cet adage, qu'à la guerre rien n'est fait tant qu'il reste quelque chose A faire.
Le roi de Prusse recommande de ne pas se retirer à quarante lieues quand on est battu, mais de s'arrêter au premier poste avantageux pour remettre l'armée et relever les esprits abattus. C'est ce qu'ont fait les ducs de Weimar et de Rohan , les deux plus grands capitaines de leur siècle. Après avoir perdu la bataille de Rhinfeld, ils s'arrêtèrent A six lieues du champ de bataille, et là, prenant conseil de leur courage, ils rallièrent les débris de leur armée, et, par une marche de nuit, se présentèrent inopinément devant le camp des Bavarois qui, ne s'attendent pas à un pareil retour, se gardaient très-mal. Us furent surpris et mis dans la plus complète déroute ; ils perdirent tous leurs canons et les bagages. Voilà une belle revanche que les Bavarois n'auraient pas laissé prendre, si, au lieu de coucher sur le champ de bataille et de se livrer à la joie, ils se fussent mis A la poursuite des vaincus. La règle que donne le roi de Prusse, et qu'il a mise lui-même en pratique après la bataille de Hohenkirch, est d'accord avec ce que nous venons de dire; mais on est rarement le maître de s'arrêter où et quand on veut. Cela est d'autant plus difficile que Tarmée a mieux fait son devoir dans le combat; car, plus elle s'est engagée, plus elle a montré d'opiniâtreté, de résistance, moins aussi il lui est possible de se retirer en ordre. Il devient alors nécessaire qu'elle gagne du pays pour rassembler ses débris ou appeler à elle ses renforts. On ne doit pas perdre de vue que s'il est honorable de mettre promptement un terme A la retraite, il ne l'est pas moins de ne pas désespérer de la fortune pour un premier revers, et de revenir à la charge plusieurs fois, jusqu'à désoler, vaincre même celui qui d'abord se croyait maître
du champ de bataille. Ne voit^n pas souvent une armée battue A
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Tane de ses ailes, ne point s'ébranler à Tantre , y reoerotr au contraire les soldats dispersés , puis marcher audacieusement à l'ennemi? Cette généreuse résolution n'esl-elle pas souvent couronnée d'un éclatant succès? Si, au lieu de cela, le général ordonne la retraite, peutrétre parviendra-t-il à se retirer sans pertes sérieuses, mais il n'en aura pas moins été vaincu. Certes, la victoire est d'un assez grand prix pour ne pas y renoncer aussi légèrement. Le pre** mier des devoirs, la première de toutes les nécessités, c'est de se bien battre ; arrive après ce qui pourra. On écrase l'ennemi si on est vainqueur; il ne s'en relève pas, et la guerre est finie. Dans le cas contraire, l'honneur des armes est sauvé, et quoique vaincu, on inspire de l'effroi à l'ennemi par l'étendue de ses pertes. C'est ainsi qu'à Saint^Jacques les anciens Confédérés, attaqués par une armée dix ibis plus nombreuse que la leur, combattirent avec tant de valeur et d'acharnement qu'ils ne cédèrent le terrain qu'avec leurs vies. Ils périrent tous ; mais, plus heureux que les Spartiates aux Thermopyles, ils sauvèrent leur patrie de l'invasion dont elle était menacée. Le Dauphin de France , effrayé de sa victoire, ne voulut pas aller plus avant et ne songea plus qu'à faire alliance avec un peuple dont la renonunée ne fit que s'accroître par cette héroïque défaite.