SUBSTANCES ORGANIQUES
auxquels ^îennent s'ajouter d'autres éléments accessoires qui d'ailleurs sont eux-mêmes peu variés : oxygène, hydrogène, carbone ; il s'y ajoute de l'azote.
Eh bien, comment comprendre qu'avec une pareille simplicité de constitution chimique il y ait des divei^ences aussi profondes dans les actions?
Il y a certainement une part à faire à la nature des éléments des substances organiques, mais je vous montrerai que la partie la plus large appartient au mode d'arrangement de ces éléments.
On a remarqué que les composés qui jouent le rôle d'ânesthésiques et que nous employons en chirui^e et en médecine, sont des substances qui se ressemblent presque toutes, et sont extrêmement voisines les unes des autres. Ce sont plus ou moins des hydrogènes carbonés, c'est-à-dire des corps dans lesquels une ou plusieurs molécules d'hydrogène pourront être remplacées par des molécules de corps simple ou de chlore, comme dans le chloroforme. Mais au fond c'est toujours à peu près la même constitution : de l'hydrogène et du carbone. Cependant, ces substances-là jouissent toutes de la propriété d'enlever la sensibilité et par conséquent la douleur.
Eh bien, on peut encore aller plus loin, et établir que tous les hydrogènes carbonés sont plus ou moins des anesthésiques. Vous voyez que la nature des constituants exerce une grande influence.
Je veux tout de suite vous donner la preuve de cette proposition. Vous savez tous quels sont les effets des bouquets de fleurs enfermés dans les espaces confinés. Ces émanations odoriférantes sont nocives et il en peut résulter les accidents les plus graves, allant quelquefois jusqu'aux
54 THfiRÀPlUTIQUI GÉITtRALB. [Quatrième
apparentes de la mort, quand l'espace est étKMft et les fleurstrës odoriférantes, comme les tubéreuses. Eh biea^ ces éma» nations ne sont pas autre chose que des hydrogènes gbb^ bonés qui se dégagent
Il en est de même pour les émanatioiis du booblon.. Voue n'avez qu'à coucher un enfant sur un sommier oonstîlué par des cônes de houblbn : il dormira, il sera aneslbésiéh
L'essence de térébenthine,. dont on sesertconslanimmi pour peindre les maisons, est aussi un anesthésiqua d!um grande violence, tellement que les ouvriers qui travaîUeiit dans des- chambres closes, qui y coucheot, sont qiiriquo&is pris des accidents les plus' graves. Ils tombent.dans la somi^ nolenco, le coma^ après avoir eu du. mal de tàte, des vomifr» sements, enfin tous les phénomènes d'un empoÎBoniieHieiit.
Vous le voyez : hydrogène, Gaii)ono. Sans doute il y a l&>
une influence de la constitution chimique, puisque œ soak
deux seuls corps simples combinés pour produire »leB mèmea
effets; mais il y a aussi celte de l'arrangement particolier
des molécules, comme vous le vendes tout à l'heure.
Pour vous montrer quelle peut être rinfluenco de la oonstitution chimique, il mt^ reste à vous dire que les subslancafr les plus actives sont des substances azotées; ce sont les alcaloïdes. Il y a bien aussi, parmi les substanoas neutres, des corps qui ne renferment pas d'azote et qui pourtant soai. d'une grande énergie, et tous vous avez désigné d'avance U. digitale; mais enfin, il faut en convenir, presque, toutes les substances d'une, grande violence sont des substances azotées.
L'azote semble jouer un rôle considéi^able au milieu des
' molécules de ces substances, et les chimistes admettent que
o'est un centre d'attraction, que c'est autour des molécules
d'azote que fmmeiit se groc^er les molécules des autres corps simples, de manère à produire rarraugement d*oà résultera par exemple une moléaule d'àcooitîne.
Mais il ne teidvaîti p«i ici encore attedier turop d'importance i l'azote^ car siFasoÉe^ en tant que corps simple, eierçait une influence prépendérante, Tintensité d'action des substances» serait en rafport avee Est proporlicHi d'azote dans ks molécules. Or iL a'en est rien*.
Je pourrais vous citer la picrotoxin», cpit est undespeisou tes moins aaolé&et cependant les phia itidentsu
Je pourrais, anjourd'hoi y joindi'e la.dutet8ÎDe,. alcaioide nouveau qui vient d'èlre retiré par M. Petit d'une plante de l'Australie y le£ii6am« »tro|i^«ieSy appartenant à un groupe mtermédîaûpe cntve Ibs sotanée& et les scrofularinées ; c'est mne substaine ^aîaine de. Ealropânev et qui, malgré sa violence^ nafenKspafcdfaaele.
La morphine,.^ est moins violente et qui, au lien é'ètite employée à lai dose: de tm milligramme,, est employée à In dose de plusieurs centigrammes, renferme déjà plus d'afote..
La proportion esft biem plus grande dans ht quinine et ses dérivés.
Ëalkn ces alcaloïdes exlraîl& des substances que j'ai appelées dynamopbouesv utîliaées en thérapeutiapie et ikOB l'alimentation, te thé,. lercafé^ ia eoca^ soni^ de. tousles alcir kndes, les plus amies eft cependant les moins violents..
Ainsi, vous le- voyez, ici encore nous ne pouvons pas mettre riotensité des eflfots en rapport aivee la nature des éléments.
11 faut donc, faire* inteirveniirrsurrangeffientt iitoléculaice, et surtout lorsque nous considérons les corps isomères^. Car i4s sont non seulement constitués par les mémeik éi
5C THÉRAPEUTIQUE GÉMÊRALE. (Quatrième
mais aussi dans la même proportion, et cependant ils sont doués des propriétés les plus différentes. - Voici pai' exemple Tamidon, la gomme, la dextrine, dont la formule commune est C**1I*°0*°, substances isomères, mais bien différentes. Voici les hydrogènes carbonés, dont je vous parlais tout à l'heure; mais il est bon d'y revenir pour montrer combien, là, ces faits sont évidents, à savoir qu*ii ne faut pas mettre sur le compte de la constitution élémentaire les propriétés des corps.
Ces hydrogènes carbonés, si différents les uns des autres par leurs propriétés, leur aspect, leur poids moléculaire, sont tous constitués à peu prés de la même façon. On peut dire que dans la plupart des essences, depuis l'essenec de citron et de térébenthine, c'est toujours la môme constitution Cil ou des multiples. Au fur et a mesure que ces molécules deviennent plus lourdes, vous voyez la substance perdre de sa volatilité et giigner du poids spécifique. Ceci vous fait donc bien comprendre comment le groupement moléculaire exerce son inHuence sur les propriétés organoleptiques.
Voici un autre exemple : les deux espèces de glycose, la glycosc végétale, c'est-à-dire le sucre de certains végétaux^ et la glycose animale, le sucre de diabète, c'est toujours C**n'*0*'; mais quelle différence entre ces deux corps! Tandis que le sucre de raisin, injecté dans la cii*culatioa d'un chien, apparaît dans l'urine ; au contraire le sucre de diabète injecté dans le même milieu y restera à titre d'élément, exactement comme s'il avait été formé par Torganisme lui-même. L'animal ne deviendra pas diabétique.
Mais où la différence est bien plus grande encore, c*est quand nous comparons la glycose avec l'acide acétique; c'est la môme composition, ce sont les mêmes éléments dans
Leçon.) COMPOSITION CHIMIQUE. 57
les mêmes rapports, et pourlant quelle difTcrence entre le sucre etFacide acétique!
Voici une troisième série, le glycocolle (G* H^AzO^), qu'il faut connaître, car cette substance joue un rôle considéi*able dans une foule de phénomènes thérapeutiques. Quand on a à parler de Tacide benzoîque, on ne peut pas ne pas parler du glycocolle. Eh bien, Téther nitreux, l'azotite d'éthylc, a la même composition que le glycocolle et il peut devenir toxique. Mais ici Tactivité n'est pas énorme.
Voici un cas plus étonnant. Vous connaissez tous les elTets de Facide ai*sénieux, si utilisé surtout autrefois comme toxique, aloi's qu'on ne savait pas s'assurer de sa présence dans un cadavre. L'arsenic, si violent à l'état de liberté, perd toute espèce d'activité lorsqu'il est engagé dans une combinaison qu'on appelle cacodyle. Eh bien, l'acide cacodylique, qui renferme 54 p. 100 d'arsenic, peut être introduit ^en quantités énormes dans l'économie, sans agir comme poison. Vous voyez qu'ici on a la démonstration évidente qu'à la faveur d'un mode particulier de combinaison, des propriétés attachées à la matière élémenUiire peuvent être dissimulées, de même que tout à l'heure je vous ai montré que des modes particuliers d'arrangement font naître des propriétés qui n'existaient pas.
La composition élémentaire est donc absolument insufiisanté pour rendre compte des propriétés des médicaments ainsi que de leur diversité d'action.
Ferons-nous alors entrer en ligne de compte la constitution chimique et attacherons-nous à cette stracture tovtA l'importance que nous avons été obligés de n stitution élémentaire? * >
C'est ici un point de rhisloire é
58 TE&RAPEUTIQUB GÉNËBAIiE. IQuatôÉM
dois toucher, parce ({ue ce i>oiiifa a été mis en relief tkms ui certain nombre de travaux franrais et étraa|^r8 réceois. Bi plus, il est indispensable que vous soyei au eaucani dm ces choses.
Dès 1841, un chimiste anf^lais,. Black, avaiL déjà dit^ c'était la sti*uciure moléculaire qui dans les médicameatt était importante, que le reste devait ôtre mis dans le: second plan. Et il avait poussé les choses très. leiu,, car il a'étul clibrcé d'établir que des substances ti'ès diverses par leur constitution, mais pat* cola seul qu'elles sont isomorphes, exercent la même action thérapeutique. Seuiement il avait oublié que les substances qui cristtiUisent de la mômama* nière, sont déjà des substances qui sont coBsiiiuâea par dit éléments très analogues.
Par exemple iirenons le triphosphate de chaua. et le tikiséniatc (|ui sont isomorphes. Je vous ai montré qua ce der* nier va dans les os prendre la place du triphosphate. Maisi quoi cela tient-il? Non à ce qu'ils sont isomorphes, maiai ce que leurs constituants sont analogues. Ce n*eaLdioiiB pei l'isomorphisme qui fait Tidentité d\iction physiologique; celle-ci est alt^ichée a des analogies fondamentales entre les éléments des corps qui sont isomorphes.
Vous voyez par conséquent qu'il n'est pas possible de se fonder uniquement sur la structure, cai* l'isomorphisnie, d'après toutes les considérations auxquelles on s'est livcé, indique la structure moléculaire, comme chaque morceau d'une colonne exprime la colonne tout entière. C'est ainsi qu'on peut se rendre compte de la sti*ucture dans les sub^ stances chimiques.
Ëli bien, il y a des structures semblables avec des diffârences considérables dans l'action physiologique et thém-
Leçon.) STRYCftNINB. âO
peutique, et il y a des sli*uclures dissemblables avec des ressemblances considérables au point de vue de ces mêmes actions. Par conséquent} il est impossible d'accorder au point de vue de Black Fimportance qu'il lui supposait.
Mais voici des expériences des plus inléressaales qui touchent à des points capitaux de la thérapeutique et qui vous montreront combien cette structure est d'ordre secondaire dans un certain' nombre de cas.
Ges expérience sont celles laites presque en même temps par Crnm-Brown et Thomas Fraser en Angleterre, et en France par Jolyet et Âadré Cahours*
Elles établissent ceci : c'est que dans une molécule d'un alcaloïde (prenons la quininci la strychnine ou la morphine) on peut remplacer un ou plusieurs atomes d'hydrogène par un ou plusieurs atomes dféthyle ou de méthyle sans changer la structure de cette molécule.
Si l'opinion de Black était fondéev il ne devrait pas y avoir de changement notable dans llaction- physiologique de celte molécule, qui reste ce qu'elle était quant à. sa structure» Eh bien, non seulement l'iiction n'est pas identique, maisi elle est quelquefois invei^se de ce qui existait primitivement» Un des pnncipauai alcaloïdes sur lesquels les- expérimentateui*s français et anglais, presque au même moment (cependant la première publication a été faite pac Firaser), filment des rechei*ches, fut la strychnine^
Ils ont substitué des molécules d'éthyle à l'hydrogène, de cet alcaloïde et obtenu de la sorte de nowfeaux. ahmloidei^^ enti^e autres rélhylstrychniumi
Ils les ont expérimentés, et ils ontremarqué.lan dilBii les plus profondes avec les alcaloïdes primilife, dil allant quelquefois jusqu'à FantagonismetleiylHi
60 TIIÉRAPEUTIQUI-: (;ÊNÉnALE. IQuatmme
Mais ce qui nous intéresse surtout, c'est ce qui se passe i propos de la strychnine.
En expérimentant rétliylstrychniuin, on a vu qu*au lieu de posséder un convulsivanl et un téUinisant, on avait au coo- Iraire une substance qui paralysait le système moteur^ en agissant particulièrement sur les extrémités périphériques des nerrs moteurs.
Or rappelez- vous les belles expériences de Cl. Bernard sur le curare, vous verrez que c'est exactement la même manière d'agir.
Et ceci est d'autant plus remarquable que les voyageurs nous avaient appris que le curare était fourni essentiellement par des lianes a])partenant au genre SlryrhnoSj que le reste n'était que l'accessoire.
Les principales stryclinées employées sont les Sirychnot toa'ifera, colnlnvuty caslcllana.
Au dire des voyageurs, les indigènes font bouillir ccsliancs dans une marmite, d'où, après un temps plus ou moins long, ilsretirent le curare. Mais comment se fait-il que par cette opcmtion, un Strychnos (}ui est tétanisant devienne paralysant?
Aujourd'hui, que nous savons qu'il sudit d'une si petite modification dans la composition de la strychnine pour faire que d'un tétanisant elle devienne un paralysant, nous comprenons comment il peut se faire que les alcaloïdes des Strychnos se modifient dans l'opération que leur font subir les indigènes et deviennent d<»s éthylstrychnium.
Celle idée de la similitude entre le curare et la strychnine, que j'ai émise il y a longtemps, a été acloi)tée par Fraser luimême.
Je dois toutefois ajouter que les analyses qui ont été laites
Leçon.) SANGUINARINK. 61
du curare n'arrivent pas à démontrer l'identité entre Téthylstrj'chnium et le principe actif du curare.
Mais les différences sonttellementfugacesque^siron n*agit pas avec beaucoup de délicatesse, on ne les voit pas.
Il y a desfails analogues aussi pour la morphine. La morphine est un hypnotiquedes plus puissants : ilsuflitde lui enlever une molécule d*eau pour en faire, sans changer sa structure, de Tapomorphine, qui est une substance vomitive. Ce changement est si peude chose que, pour peu qu'on la place dans des conditions favorables, elle redevient morphine.
Vous voyez que là il y a encore un fait analogue à celui que je viens de vous citer : c'est-à-dire que si vous enlevez une molécule d'eau, comme tout à l'heure, ou une molécule d'hydrogène, à un alcaloïde sans altérer sa structure, vous n'en changez pas moins ses propriétés, et par conséquent on ne peut pas dire que les propriétés soient attachées à la structure moléculaire.
J'ajoute tout de suile, parce que c'est un point intéressant, que la sanguinarine, qui est l'alcaloïde d'une papavcracée, renferme une substance active, qui, justement, jouit des propriétés de l'apomorphine, comme si, dans la famille des papavéracées, il y avait une structure particulière pour les principes actifs, et que cette structure donnât naissance dans les pavots à la morphine et dans les plantes voisines à une substance active qui rappelle la morphine débarrassée d'une molécule d'eau.
En somme, lorsque nous récapitulons les causes des modifications d'ordre chimique qui exercent sur les médicaments une influence plus ou moins considérable au point de \'ue de leur aciion, nous voyons qu'il faut tenir un gra ^ compte de la constitution élémentaire, du groupeir
fit THtnAPKrTIQL'E (;ÊNÊRALE. IQiaInftM
Icculairc, autrement (lit,d<* rondilions variables suivant q« la subf^tance est composée par un nombre plus ou moins coa> sidérable de molérulcs «élémentaires; il tant tenir «ussi qb ccrUiin compte de la stnirture, qui se fait ordinairement iih tour de Tazoto quand il 8\i{rit de composés organiques, ainsi que de Tétat de dx'namisation des composés dont il s*a|iL Je vais passer à Télude des moyens à Taide desquels ks médicaments peuvent n'^pandre leur action dans l*écononie tout entière, alors que leur application B*a eu lieu queMr un point circonscrit. Quels sont les moyens de diffusioi pour Faction médicamenteuse? Ces moyens sont divers, et je vais les passer en reviie successivement.
On trouve d*abord la translation du médicament, pnisli propaçration des eiïets que le médicaments produits tnrie point avec lequel il a été en contact.
Translation des ]»rincipes actifs : elle se fait par bien des mécanismes. Alors, par exemple, que vous introduiseï dais Tantale de Toeil une goutte d'une solution concentrée d'atropine, vous ne tardez pas à voir que l'œil tout entier eA mouillé et que par conséquent il s*en fait un étalement foi permet au médicament d'ôtre absorbé par une surTaoe phi étendue. De même, lorsque vous introduisez un médicaneat dans le tube alimentaire, il est d*abord reçu dans la bouche, vestibule des voies di^i^estives, et pour peu qu*il ne soit pas très soluble, quMl résiste è la destruction, vous le voyec parcourir toute rétendue du tube digestif. Voilà par ooaaéqMit un autre mode de propagation, de cheminement de la sabstance active.
Mais je suppose cette substance active introdailei tissu cellulaire : ici nous rencontrons d'antres pr~' a une sorte d'imbibition par capillarité, àm
Ucnn-ITItANSLATien Dl L'ACTION 1I«D1C*aEKTEUSE. «
TOUS voyez se Taire ime difiiisîoD rffliiquide. SivousntrodiiissE la Bobstanoe soqb la peau d'un uBimal que vons peorez sacrifier, vous voyez qa'ivrn nionieat doBBé la substance g'est répandue dans im oercle plus ou moins étendu, suivant sa ditfusibtlHé et suivant les conditions du tissu dans lequel eRe Be trouve.
Ces frii^cmnènes se proânisent par la voie de ce qu'on appelle la capillarité et aussi par celle d'osmose : endosmose etexofmose.
Vous voyec les élémenlB histolo^ques des diiTérenls tissas se charger de principes actifs. Qsaod ces principes actifs se disséminent, ainn ^edans le tÎEsa cellulaire sous-cutané, ils rencontrent 4es vaisseaux capillaires de tout ordre : veinée, lymphatiqnes, artèr-es; ils sont alors absorbés, et une fois . absorbés ilscircalent et vont se porter dans tout l'ot^anisme, et s'aiTèter dans différents appareils suivant leur afimité.
Voill donc, de par i'imbibkioii li'abord, puis pins tard par la drcalation, un mode de di&sioa de la substance active.
Maintenant nous 'allons voir comment se prop^ent les actions qui ont Até exercées dans un premier point, alors que la substance active se devrait pas se disséminer dans l'économie.
-Ces actions se propagent en vertu de ce que les anciens qipelaient la Bjmpatbie. Mais, voulant nous rendre compte des i^iéMHnèBes, doos sommes allés plus loin, et c'est ici qoe noua «vons i faire intervenir la loi des actions réflexes.
^niri, par rtem^, tm îrrrapismc que tous appliquez à la surfait- (lu rorps. Sa substance acLive n'est poinl absorbée; m»ts il n'empécbc que si le unapisme a été appliqué sur un snj(^ en spcDpe, voosnnMgMB^^nBàner et ses yeux
54 THÉRAPEUTIQUE GÊNÊRALK. [Quatrième
s'oiuxir. Par quel procédé ce phénomène s*est-îl produilî par rintermédiaire d*un acte réflexe : douleur, puis impression sur un nerf de sentimenl à la périphérie cutaiiée; translation de celle impression au centre nerveux et excitation de celui-ci, puis renvoi de Texcilation vers le cœur.
Eh bien, lorsque vous introduisez chez un sujet en état de syncope, dans Teslomac, une liqueur spirilueuse, elle n*esl pas absorbée que déjà elle a ranimé le sujet.
C'est éfralemenl par un effet (rordrc réflexe que la propagation et la généralisation de Teffet local produit sur la muqueuse gastrique se sont faites.
Mais il y a d'autres moyens de propagation de Taction physiologique et thérapeutique : c'est ce que llunter appelait sympathie do continuité et de contiguïté, c'est-à-dire sympathie entre deux portions d'un même organe, ou bien entre deux organes qui sont en contact l'un avec l'autre.
Ces pliénomèncs de sympathie, de continuité et de contiguïté sont très manifestes lorsqu'il s'agit de phénomèDes morbides.
Rien n'est plus facile à comprendre que cet ordre de phénom('»nes symiialliiqucs, quand on étudie par exemple la marche de l'inflammation. Vous savez combien on a discuté sur rinflammation, les uns faisant intervenir les lymphatiques, les autres s\ip|>uyanl sur la continuité veineuse, d'autres enfin sur les norfs. Aucune de ces manières devoir ne répond à la réalité dos choses. Comment comprendre ces inflammations circulaires piovoquées par une cause quelconque? Comment comprendre cett»» régularité de développement circulaire quand il s'agit des parenchymes, d'm| surface sphéricpio, avec laide de vaisseaux qui suirantl direction délerminée? J'en dirai autant pour le sysli
Lcfon.! LIQUEFACTION. SS
veux. Lorsque vous avez appliqué un corps irritant sur une région péi-iphérique, l'irrilation se prolonge de proche en proclic, d'élémenl en clément; comme si vous aviez ta une sorte d'équilibre de tension, de force entre les différentes parties élémentaires des tissus, qui Tait que, lorsque vous portez l'irritation sur une, l'autre y prend part. Et c'est même comme cela que vous pouvez comprendre comment l'irritation peut s'étendre circutairement; comment, perdant en intensité comme te carré du rayon, il arrive un moment où eltën'estplusmanifeste. Voilà donc un mécanisme à l'aide duquel vous pouvez vous rendre compte de certaines actions pliysiologiques.
Ce mécanisme n'est pas très rare; il est assez difficile à démontrer, mais on sent qu'il existe. Voici par exemple un cas. Vous employez des cataplasmes pour une douleur située proroiîdément dans le ventre; il faut que vous ayez une raison à donner pour expliquer leur action. Les cataplasmes, comme beaucoup d'autres topiques, sont des moyens d'occlusion, capables de soustraire une portion de la périphérie à l'influence des s^ents extérieurs, et ils agissent non seulement sur le lieu même de leur application, mais aussi dans une étendue plus ou moins éloignée. H sulfit en efTet d'avoir placé la périphérie dans des conditions particulières au point de vue de l'état de tension, pour que de proche en proche te même état gagne tes parties qui sont en connexion plus ou moins immédiates avec la périphérie sur laquelle vous agissei.
Sans parier encore de phénomènes de sympathie par
action réOese, ici ce sont des substances capables seulement
de modifier h sensibilité péri[tliûriquc. Ce fait c^l (cllemeilt
vrai que Trousseau di.>uittl)iou souvoiil qu'on [)<iuv:
CCKLEI, TlitraptuUqiM,
U TH£RAPECT1(^CE G£XÉRALC IQutffièi
les »ff'.*ctiûas éleoduos el inaccessibles à dos agents lo<au topiques^ en modifiaot seulement une porlîoD de la part malade. Il n'hésitait pas à dire que quand on a aflEûre à d inflammations de larrière-gor^e qui s'élendenl jusque ve rœsrip>i;i;;e, à des granulations, à des ulcéralions luberc leuses, il suffisait de modifier une portion de la surface, ce! acri;.»ible à nos re^rds, pour modifier aussi le reste. Ceqi pourrait s'exprimer de cette façon : de même qu'il y a uj conla^âon du mal, de même il y a une contagion du bien, i vous calmez une partie d*ime région, par cela même vou calmez la région tout ^entière.
Puisque les rorps chimiques jouant le rôle de média menls ne peuvent exercer leui* action qu'au contact, puisqu beaucoufi d'actions ne peuvent s'exercer que par riiiteiim diaire de lu difl'usion, duns Téconomie, des principes acti£i et non pas par riutenuodiaire de ces phénomènes de sympa thie que j*ai énoncés tout à Theure; puisque raclion de médicamenLs ne s'exerce pas par influence, il faut bien qm le contact soit immédiat entre la substance agissante e Torgane qui doit recevoir son impression. L'absorption es donc Ja condition i peu prés générale de la modification d tous Un> systèmes par les agents que nous mettons en contact tantôt av(3('. lu peau, tantôt avec les muqueuses.
Eh hicii, (pieiles sont les conditions de Tabsorption nié dicaïueiiteuse? c'est-à*dire quelles sont les conditions qu favoris(;nt Taclion des médicaments? L'état liquide ou la liquét'aclioQ possible est une condition à peu près sine qui non de l'absorption des substances médicamenteuses. Vou! remarquerez que je ne dis pas lu solubilité dans l'eau, je dii l'état ii([uide, parce qu'il y a en effet des liquides gras qui sont iuanédiatement absorbés.
Leçon.] LIQUÉFACTION. 67
Vous savez que ces liquides sont directement absorbables parles villosités intestinales au sommet desquelles se trouvent des espèces d'entonnoirs constitués par de larges cellules d'épithélium. Dans ces cellules sont reçues les matières grasses, qui les traversent pour passer dans les vaisseaux sous-jacents, de même que vous pouvez obtenir la flltration d'une matière grasse à travers un filtre, à la condition de l'avoir humecté d'huile. J'avais donc raison de dire qu'il faut la liquidité et non la solubilité aqueuse. Mais je conviens que c'est là un cas tout à fait exceptionnel et que, ordinairement, c'est la solubilité dans l'eau qui favorise le plus l'absorption.
Les substances solubles dans l'eau sont celles qui sont le plus facilement absorbées, mais il y en a un grand nombre qui y paraissent insolubles et ne sont pas moins absorbées «
En effet, c'est qu'il existe dans les premières voies un certain nombre de principes chimiques qui favorisent la dissolution de différentes matières destinées à devenir des médicaments. Ainsi les bases rencontrent des acides dans l'estomac ; les substances acides rencontrent des bases. Dans la seconde partie du tube digestif, il y a des sels, tels que le chlorure de sodium, et c'est ici qu'intervient la belle expérience de MiaUie. Il y a enfin par-dessus tout des matières grasses qui favorisent la dissolution du soufre, du phosphore et même de l'arsenic. Enfin il y a aussi de l'albumine et des matières albuminoïdes.
On ne se fait pas une idée de la puissance de ces dernières substances sur d'autres qui sont insolubles, et alors même qu'elles ont été débarrassées de chlorure de sodium ; par cela seul qu'un agent rencontre du mucus ou de l'albumine, la dissolution s'établit dans un temps plus ou moins court, et c'est là un des moyens les plus généraux pour favoriser la dissolution*