ACTION DISSOLVANTE DE L'ALBDMINE
peu, parce qu'il s'y rattache des particularités physiologiques intéressantes.
On a nourri des lapins en mêlant beaucoup de charbon à leurs aliments; et on s'est aperçu, après un certain temps, qu'il y avait du charbon dans leurs ganglions prévertébraux et méscntériques. Ces expériences sont plus faciles quand on agit sur cette malheureuse grenouille, victime habituelle de nos expériences. Lors donc qu'on la nourrit avec de l'amidon mélangé de particules de charbon, on retrouve le charbon à peu près partout ; elle unit par être pigmentée dans presque tous ses tissus.
Ces expériences ont été faites régulièrement par Osterlein. Plus lard, elles ont été poursuivies par Eberhard, par Kôlliker, dont le nom vous est bien connu, par Meyer, par Donders, et enfm, par Mensonidès. Us ont tous obtenu les mêmes résultats. Il est donc manifeste que des substances solides peuvent pénétrer dans les vaisseaux.
Au premier abord on comprend difficilement ce passage, mais, en y réfléchissant un peu, on s'aperçoit qu'il n'y a là rien de très étonnant. Considérez le liséré gingival qui apparaît chez les ouvriers qui sont exposés à des émanations de plomb. Les particules de plomb arrivent sur des gencives plus ou moins molles, souvent saignantes chez les ouvriers, s'y déposent, pénètrent par leur propre poids et finissent par être enveloppées par les tissus au fur et à mesure de la rénovation organique. Ce procédé nous rend compte de la manière dont les particules solides peuvent pénétrer dans les vaisseaux. Les particules sont déposées à un endroit quelconque, elles finissent par être enveloppées par les tissus, et alors elles peuvent circuler, si bien que lorsqu'on pratique le tatoo:^, les maii&râa colorées, soit en
70 VOIES D'INTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. |Cinqnième
ronge, soit en bleu, se relrouvenl dans les ganglions axillaires; le tatouage ayant eu lieu sur Tavant-bras, elfes n'ont pn y parvenir qu'à la faveur de la circulation. Mais ce n'est pas là un moyen pratique de faire pén(^trer ces substances médicamenletises dans l'organisme, et du reste, il pourrait se faire des embolies dans les parties où la circulation est phîs dilTicile.
En définitive, sans tenir compte des fluides autres que ceux qui sont aqueux, on peut dire que les substances qui pénètrent le mieux par absorplion, sont celles qui sont préalablement solubles dans Teau ou bien miscibles à Tean.
J'arrive maintenant à une question des plus intéressantes pour nous, c'est celle des voies d'introduction des médicaments. Il y a une distinction à établir entre le lieu d'application et la voie d'introduction.
A la vérité, les médir^iments peuvent être mis un pen partout, à la condition d'avoir des instruments qui pénétrent plus ou moins facilement. Mais nous ne devons appeler voies d'introduction que celles qui, d'une manière intentionnelle ou accidentelle, sont ouvertes aux médicaments.
Mais il faut reronnaître qu'alors que l'on ne veut produire que des effets topiques, on produit aussi des effets généraux. C'est ainsi que quand vous traiterez des basions secondaires ou plus ou moins avan/;ées de la syphilis par du mercure appliqué topiquement, il faudra vous défier de l'absorption. Car si la surface a une étendue suffisante, il pourra vous arriver de provoquer de la sloinatile. Par conséquent lien d'application et voie d'introduction sont deux choses qui, souvent, se confondent.
On peut partager en cinq catégories les voies d'introduelion des mé(licani(»nts.
Leçon.] WEMBRANES MUQÏÏEUSrS. 71
D'un côté, les membranes muqueuse^ qui sont habituel* lementla voie la plus usitée. Elles se partagent elles-mêmes en : tube digestif, appareil respiratoire , appareil urogénilal, appareil visuel et appareil auditif.
Par toutes les muqueuses de ces appareils peuvent se faire des absorptions médicamenteuses.
J'ai mis le tube digestif en tête parce que, assurément, c'est lui qui est le plus fréquemment ouvert. Nous trouvons là la bouche, l'estomac et le rectum.
Du côté de l'appareil respiratoire, nous avons les fosses nasales, voie d'absorption plus importante qu'on ne le pense, car il y a eu bien des empoisonnements parles collyres, totrt simplement parce qu'ils pénétraient dans les fosses nasales, par les points lacrymaux. Nous avons aussi les bronches et les alvéoles pulmonaires.
Il y a maintenant toute mie méthode trèsinéfressante, celle des inhalations, des humages, soit qu'ils se pratiquent sur des vapeurs ^xi^ an contraire, sur des liquides pulvérisés, qui s'adresse à cette voie d'introduction.
Du côté de l'appareil urogénital nous avons Fabsorption par l'urètre, la vessie, le vagin.
Du côté de l'œil, la conjonctive et la comec.
Du côté de l'oreille, le conduit auditif, la in)mpe d*Euslache et la caisse du tympan.
Voici une autre grande surface également ouvei ^'î à l'absorption, c'est la périphérie cutanée.
Mais ici il y a plusieurs conditions à considérer : l'absorption s'effectue à travers la peau intacte ou non.
Si la peau est intaete, nous avons à considérer quelques variantes ; ou bien on se contente de faire à sa surface des applications de médicaments; ou bien, au contraire, on suit
72 VOIES DMNTRODUCTION DES MÉDICAMENTS. ICinquième
les procédés 1res anciens qui ont été mélliodisésplus tard, c'est-à-dire que par des frictions on arrive à forcer Ifîs pores de i'épiderme ; par ces frictions on use Tépidermc et on livre le derme à Fabsorption des substances qui n'auraient pu pénétrer sans cela.
Il y a aussi un autre procédé, c'est Tabsorplion par la peau dénudée, c'est-à-dire la méthode endermiquc ou diadermique. Cette méthode a joui d'une (grande vogue, mais aujourd'hui elle est à peu près inusitée.
Elle a été remplacée par la méthode hypodermique, qui consiste dans Tintroduction des matières dans le tissu cellulaire sous-cutané.
Il y a encore une modification des différentes méthodes à Taide desquelles on fait pénétrer les substances dans Tintérieur de l'économie, c'est la méthode inaugurée par Lafai*gue de Saint-Ëinilion. Il inoculait les matières dans l'épaisseur du derme. C'étiiit pour ainsi dire la première partie de cette méthode que nous désignons sous le nom iï hypodermique.
La méthode hypodermique a eu des antécédents, quoiqu'elle paraisse récente.
Il y a longtemps que pour la première fois on a, en créant une cavité artificielle, déposé des substances médicamenteuses dans le tissu cellulaire.
Trousseau faisait des incisions jusqu'au tissu cellulaire et déposait au niveau de l'origine du sciatique un pois de belladone, d'opium, qui étaient ses principaux agents.
Véritablement, c'était déjà de la méthode hypodermique, mais des plus primitives, et qui n'avait pas la valeur de celle méthode si élégante constituée par la pratique de Pnfpu.
Nous avons aussi une autre méthode qui a été il imaginée, ou tout au moins tellement modiûée pi
Leçon.) CAVITËS SÊUEOSES. 73
mes anciens internes, M. Lulon S qu'on peut dire qu'elle lui appartient. 11 a eu l'idée d'introduire des substances médicamenteuses tantôt dans des parenchymes, tantôt dans des régions cellulaires profondes, comme le tissu cellulaire profond d'un membre, les ganglions, le corps thyroïde. Cette méthode s'appelle Méthode de substitution parenchymateuse, Ùauteur la fait servir surtout à produire des effets inflammatoires qui provoquent la destruction de la partie qui était le siège ou d'une induration, ou d'une inflammation chronique.
Néanmoins, quand on introduit par cette méthode des substances absorbables, elles produisent des eflets difliisés et généralisés, par conséquent elle méritait de trouver place
Mais aussi quelquefois on se sert des plaies ou des fistules pour introduire des substances médicamenteuses. Ainsi dans des fistules on a introduit du chloral et on a calmé les douleurs. De même on a introduit de la teinture d'iode et on a déterminé non seulement une modification du trajet, mais aussi une absorption d'iode utile chez les gens qui portent ce genre d'affection.
Les cavités séreuses seraient elles-mêmes fort utiles, mais il y a un inconvénient, c'est qu'elles sont éminemment irritables, qu'elles déterminent des phénomènes de la plus grande gravité, par exemple lorsqu'il s'agit du péritoine. Bien que l'on ait vu des absorptions médicamenteuses se faire par des cavités séreuses, ce n'est pas une voie que l'on puisse recommander. Je vous en parle parce que lorsque Ton a introduit de l'iode dans une séreuse articulaire, on a été *
lëei à effet local» Paris, 1873.
74 VOIES DMNTRODUCTIOX DES MÉDICAMENTS. [Cinquîtew
quelquefois témoin de phénomènes criodisine plus ou moins intenses.
H y a aussi Tintroduction dos substances actives dans le système vasculaire, dans les veines, dans les artères. Cest ce que Ton a d'ahord appelé Vin/lusion. Cette méthode date déjà de très loin, de deux siècles. On Ta d*abord pratiquée sur les animaux, puis enfm sur l'homme. 11 faut dire ans» que ce sont moins des sul^stances médicamenteuses que Ton a introduites que du san^s tantôt d'animaux cl lantdl du sanp: humain, quand il fallait roslaurer des sujets plu? ou moins déhilités. Celte opération date de 1665 sur le> animaux, et d(v|677 sur l'homme.
Ce sont des moyens cxeeptionnols, et d'avance je tous dis que j(» n'approuvo pas le moins du monde l'inlroducliondaD» les veines de substances capables de produire le sommeil; ce sont des moyens danp^ereiix, et qui ont manifesté lenr action par des phénomènes de la plus haute p^avité.
Voilà quelles sont les voies d'introduction desmédiraments.
J'arrive à vous parler do, la principale, c'est-à-dire de l'administration des médicaments par les voies digestives*
Ici, dans les voies digestivos, il faut distinguer diflérentes régions, car les conditions anatomiques et physiolo^riques ne sont pas identiques partout. Quoique l'objectif soit le même, cependant il y a des régions dans lesquelles l'absorption est facile, d'autres où elle est plus difficile. Et c^la tient à des conditions extrêmement variées :
D'une part la ténuité ou l'épaisseur de l'épithélinm ; d'autre part le séjour plus ou moins prolongé que les substances peuvent f<iire dans le tube digestif, ou bien la prédominance du niouvonient d'exhalation dans ces régions par rapport à celui d'absorption.
Leçon.) BOUCHE.- 75
Puis il y a les différentes conditions qui peuvent modifier les substances médicamenteuses, qui peuvent en diminuer raclivité ou même les détruire. Vous verrez tout à l'heure l'application de ces considérations.
Je commence par la bouche. C'est une portion du tube dip:estirqui au premier abord vous semble bien peu utile pour l'absorption médicamenteuse; c'est une portion où l'épithélium est très solide, de plus c'est un lieu de passage. Cependant la bouche est une porte d'entrée qu'il ne faut pas négliger. On peut arriver à faire absorber par là des substances médicamenteuses qui seraient didicilement absoii)ées par d'autres procédés et d'autres voies. Par exemple, on peut dans la bouche faire absorber des substances solides et liquides qui seraient difficilement dégluties. On confie les substances solides à la bouche à l'aide de frictions, on les étale sur la surface plus ou moins étendue de la face interne des joues, au-dessous de la langue. La quantité de substance ainsi déposée, en raison de sa nature, est suffisante pour agir, et dans un certain nombre de cas on obtient d'excellents résultats.
Ainsi, lorsque l'on a affaire à la syphilis chez les nouveaunés, il est très difficile de leur faire absorber des médic^iments. On pourrait à la rigueur mettre dans le lait de la liqueur de Ystn Swieten, mais souvent les enfants refusent toute autre chose que le sein. Dans ce cas c'est une habitude éLnblie de faire des frictions dans l'intérieur des joues avec du protoiodure bydrargyrique, et cette minime qaaDU* ' médicament sufGt à guérir la syphilis.
Autrefois on pouvait admiBislrer à It ^ cation qui devait guérir l'enfant, mm< aujourd'hui, avec les modificatims fi
76 VOIES D'INTRODUCTION DES MÊDIGAMKNTS. |(Jnqiiièia«
qu'à la condition que la nourrice soit la mère. On n'a pas le droit de traiter une nourrice mercenaire pour une maladie qu'elle n'a pas.
Il y a aussi des circonstances dans lesquelles on n*a pas besoin d'effets généi-alisés, mais où onenvcutderégionaui; par exemple dans les névralgies de la cinquième paire, très souvent, on met entre l'arcade dentaire et la joue une boulette d'ouate imbibée d'éther ou de chloroforme. Trousseau même, dans des conditions analogues, y mettait de rextrail de belladone.
Vous voyez qu'il y a bien des circonstances dans lesquelles la bouche devient une voie d'absorption.
Quant à l'œsophage, c'est un simple conduit dans lequel les aliments, pas plus que les remèdes, ne séjournent; par conséquent il ne peut nous offrir aucun secours pour l'absorption.
Mais l'estomac, quelle est sa valeur comme moyen d'abtiorption? Je n*hésite pas à le dire, il règne sur la nature de l'introduction stomacale des illusions qui ont été complètement détruites par des expériences exécutées en boime forme.
En effet, ce n'est pas un organe d'absorption, elle ne s'y effectue que d'une manière très lente et très difficile. Vous n'aurez qu'à réfléchir aux conditions dans lesquelles il se trouve, soit lorsqu'il est à l'état de vacuité, soit lorsqu'il est rempli.
A l'état de vacuité, l'estomac est dans un état constant de desquamation, qui forme à sa face interne une couche gclatiniforme qui va s'épaississant dans l'intervalle des repas; s il y a un état saburral, on trouve une masse énorme de celte matière qui couvre l'estomac, qui le remplit on peut dire.
Leçon.] ESTOMAC. 77
Si bien que la substance médicamenteuse qui vient à tomber dans cet estomac n'y trouve que très difficilement le moyen de se mettre en contact avec la surface absorbable.
On y trouve souvent aussi des résidus alimentaires; même chez les gens bien portants il n'est pas rare que quatre, six heures après un repas, il y en ait encore.
Puis on y trouve des ferments de toutes sortes, des acides qui dans certains cas sont nuisibles pour les médicaments.
Enfin, dans l'estomac le séjour des matières est forcément prolongé, et ce séjour, qui parait favorable à l'absorption, devient défavorable quand il y a des ferments de toute sorte, ferments normaux, ferments accidentels, corpuscules divers faisant fonction de ferment.
Eh bien, dans ces conditions, les matières médicamenteuses qui ont pénétré dans l'estomac et qui y séjournent s*y détériorent, perdent toute efficacité.
Par conséquent vous voyez qu'étant mieux connues les conditions physiologiques de Testomac, on comprend que ce soit une mauvaise voie d'absorption.
Je disais que des expériences démonstratives sont venues mettre en évidence cette infériorité de l'estomac.
Une d'elles, due à Claude Bernard, consiste à introduire dans l'estomac, après ligature du pylore, une solution plus ou moins considérable de strychnine. Tant que l'orifice pylorique reste fermé on peut attendre et il n'y a pas de tétanos, ni de convulsions produites par cet alcaloïde. Mais si l'on vient à lâcher la ligature, en quelques minutes les phénomènes de tétanos se produisent.
La substance n'avait donc pas été détruite par restomae, ce que du reste on pouvait prouver encore d'une autre façon. Il suffisait de reprendre du liquide dans cet estomac,
78 VOIES D'INTRODUCTION DES MÊDIGAMBNTS. ICinquiène
de le donner à un autre animal, et celui-ci éprouvait toutes les iniluences des alcaloïdes convulsivants.
Par conséquent voilà une expérience démonstrative et qui prouve que T estomac absorbe très diincilement.
Il esl clair que le degré de résistance i TabsorptioD variera suivant la nature de la substance présentée. Ainsi il y a des observations déjà assez anciennes qui démontrent que l'eau est facilement absorbée, et il y en a d'autres qui prouvent que des substances qui sont extrômement dyalisables, telles que le prussiate jaune de potassium et de fer, sont des substances qui s'absorbent encore assez bien par Testomac.
Mais il y en a d^uitres, parmi lesquelles le curare, qui s'absorbent avec une grande difficulté et qui par conséquent ne doivent pas lui être confiées.
Je pourrais oncore vous rappeler ici une expérience de Cl. Bernard. Il a fait voir que le curare, lorsque la uiuquense de Testomac était intacte, pouvait y être introduit sans qu'il déterminai aucun des accidents auxquels il donne lieu quand il est jeté dans le système vasculaire. Loi^u'il est inti'oduit dans l'estomac rempli pardes aliments, au premier abord il semblerait qu'il dut se mêler à la pâte chymeuseet alors se trouver en conta(;t avec la muqueuse stomacale; mais dans Testomac les clioses ne se passent pas tont à fait comme on se rhn.nginait il y a un certain nombre d'aimées. 11 ne faut p;is croire qu'il y ait là une cavité unique et dans laquelle se fasse un mélanj^e de matières. Cl. Bernard, en nourrissant ries la{)ins pendant trois jours avec de l'herbe, puis penilanl un jom* avec des carottes, a démontré que ces dernières, rucenmient introduites, formaient une sorte de cylindre (|ui occupait la p^u'tie centrale de h pâte chymcuse.
Leçon.] ESTOMAC. 79
Dans de pareilles conditioDS il est difficile que la substance vienne à atteindre la muqueuse pour être absorbée : elle reste en^^lobée dans la p^Ue alimentaire et elle ne peut être absorbée que quand ces matières se dissocient dans Tintestin grêle.
Ainsi, vous le voye^, il y adegrandesdifTicultésà Tabsorplion stomacale, soit qaand Testomac est vide, soif quand il est rempli par des aliments. Et lorsque les conditions que je viens de vous montrer exisLeni, on comprend comment les substances médicamenteuses confiées au tube digestif subissent des actions telles, que leurs efiets sont énormément amoindris et quelquefois à peu prés nuls.
En effet, songez k ce qui doit se passer dans le cas dont je viens de vous parler, pour une substance telle que la digitaline, qui va subir des actions chimiques de tontes sortes, rencontrer des acides, rencontrer de i'oiygène, car on déglutit (le Tair. Est-ce que les substances comme la digitaline, qui sont éminemment actives lorsqu'elles sont à l'état libre et ne sont pas engagées dans des combinaisons, ne perdent pas toute leur activité quand elles sont brûlées ?
Voyez ce qui se passe pour le phosphore, substance toxique par excellence à l'état de liberté. Eh bien! ce môme phosphore, lorsqu'il rencontre dans l'estomac une quantité considérable d'air, peut se transformer en acides phosphoreux et phosphoiique de manière à faire une sorte de limonade intellectuelle, comme disent les Allemands, et cela ne donne lieu à aucun des accidents produits par le métalloïde pur.
Il se produit aussi dans l'estomac des dédoublements qé. font que des substances très actives ne font plus à peu v^ rien du tout. Car il est clair que si vous preoex â^
80 VOIES D'INTRODUCTION DES MÉDICAMEXTS. [Ciiiquicmr
sides, de la digitaline par exemple, si vous rintroduiscz dans un eslomac rcnrermant des ferments capables de transformer ces substances en sucre d'un côté, et en autre chose, d'un autre, vous n'aurez plus de digitaline. C'est ce qui fait que dans un certain nombre de cas on n'obtient aucun résulLit dans un estomac qui renferme des débris alimentaires.
Ce que j'ai dit des glycosidcs, je le dirai également des alcaloïdes intermédiaires entre les glycosides et les alcaloïdes types. 11 y a par exemple un certain nombre d'alcaloïdes azotés qui cependant, lorsqu'ils sont introduits dans l'économie, se comportent comme les glycosides, c'est-i-dire qu'ils s'altèrent, qu'ils se dédoublent, de telle faron que dans les sécrétions, dans l'urine en particulier, on ne les retrouve plus.
Par exemple il y a dans le buis un alc^iloîde, la buxinc, qui a toutes les qualités dont je parlais tout & l'heure, m bien que lorsqu'on vient à examiner les urines, même quand on a poussé la dose jusqu'à 2 grammes, on ne retrouve rien.
Il y en a d'autres, comme l'esculine, que Ton retire de l'écorce de marronniers d'Inde et môme certains alcaloïdes, tels que l'aconitine, qui sont d'une instabilité si grande que lorsqu'ils rencontrent dans l'estomac des substances un peu actives, ils s'altèrent.
C'est ce qui fait que l'aconitine, qui peut être le plus violent des poisons, peut aussi se montrer à peu près inerte, suivant les conditions dans lesquelles se trouve l'estomac.
Vous voyez que tous ces phénomènes ont une importance considérable.
Eh bien, les conséquences pratiques à déduire de ce que je viens de dire sont les suivantes : il faut administrer à
Leçon.] ESTOMAC. 81
jeun les substances organiques surtout quand elles sonl facilement altérables. La recommandation est absolue quand il s'agit de l'atropine, de Taconitine, encore à peu près pour les alcaloïdes du pavot, quoiqu'ils soient déjà beaucoup plus stables. Mais enfîn, même dans ces conditions-là, si les substances actives rencontrent un estomac cliargé d'aliments, elles seront en grande partie altérées. Il faut même éviter de flairer les plats qui vous plaisent, de recevoir l'odeur des cuisines, de prendre un bouillon, toutes ces choses sont détestables parce qu'elles sufDsent à appeler une sécrétion très active du suc gastrique.
Nous savons qu'il sulTit d'approcher du museau d'un chien un morceau de viande qui l'excite pour qu'on voie sourdre le suc gastrique, 'hi si en même temps on lui donne de l'eau de \ichy, c'est une véritable rosée, une pluie.
Par conséquent, administrez ces substances le plus loin possible des repas et en dehoi^s de la présence des aliments. Au contraire on peut donner soit aux repas, soit au moment de manger, des substances qui résistent davantage, telles que les alcaloïdes du quinquina. Trousseau avait remarqué que certains estomacs devenaient rebelles à la quinine ; il eut alors l'idée de la donner au moment des repas. Il n'est encore pas douteux qu'ainsi elle était mieux tolérée, mais il est moins douteux qu'elle produisait des effets moins notables et qu'il fallait des quantités considérables de sels de quinine pour avoir des résultats, pour obtenir les effets de 25 ou 30 centigr. , il n'en fallait pas moins de 50. C'est surtout quand il s'agit des minéraux que l'on doit administrer les remèdes en même temps que les aliments.
CUBLER, Thérapculique.