SATNT LEON LE GRAND
CCGLXIII.
Triomphe de Jésus-Christ.
0 admirable puissance de la croix ! 0 gloire ineffable de la passion, où il y a le tribunal du Seigneur, le jugement du monde, la force du Crucifié ! Vous avez tout attiré à vous,
Seigneur, et quand vous avez, durant tout un jour, étendu vos mains vers un peuple qui ne croyait pas en vous et vous contredisait, le monde entier a compris qu'il fallait confesser votre majesté. Vous avez tout attiré à vous, Seigneur, lorsque pour vouer à l'exécration le crime des Juifs, tous les éléments n'ont eu qu'une voix ; lorsque les lumières du ciel se sont obscurcies, que le jour s'est changé en nuit, que des mouvements insolites ont ébranlé la terre et que toutes les créatures se sont refusées à servir une race impie. Vous avez tout attiré à vous, Seigneur, lorsque le voile du temple s'est déchiré et que d'indignes pontifes se sont retirés du saint des saints, pour que la figure fît place à la réalité, la prophétie à son accomplissement, la loi à l'Evangile. Vous avez tout attiré à vous, Seigneur, afin que ce qui s'accomplissait dans le seul temple de la Judée, sous l'ombre des ligures, fût célébré au plein jour d'une religion sacrée par la dévotion de toutes les nations du monde. Maintenant, en effet, un ordre plus relevé de lévites, une dignité plus haute d'anciens, une onction sacerdotale plus sacrée sont inaugurés : car votre Croix est la source de toutes les bénédictions, le principe de toutes les grâces; c'est elle qui donne aux croyants la force dans la faiblesse, la gloire dans l'opprobre, la vie dans la mort. Maintenant encore, la variété des sacrifices charnels cesse ; l'oblation unique de votre chair et de votre sang équivaut à toutes les différentes victimes; parce que vous êtes le véritable Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, et vous accomplissez si bien en vous tous les mystères que, de même qu'il n'y a plus qu'un sacrifice à la place de toutes les victimes, il ne doit plus y avoir pour tous les peuples qu'un seul royaume.
(Sermons, LXIX.)
GGGLXIV.
La Passion de Jésus-Christ.
Il a été conduit comme un agneau et immolé comme une brebis; il a racheté son peuple de la servitude du inonde, comme autrefois de la captivité d'Egypte, et nous a sauvés des mains de Satan comme les Hébreux des mains de Pharaon. Sa propre vie a payé pour nos âmes et son sang pré-
cieux pour les membres de notre corps. C'est lui qui s'est revêtu de la confusion de la mort et a plongé le diable dans la désolation. C'est lui qui a frappé l'iniquité et l'injustice, comme Moïse frnppa l'Egypte de stérilité. C'est lui qui nous a arrachés à la servitude pour nous rendre à la liberté ; qui nous a fait passer des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, du joug de la tyrannie au royaume éternel de Dieu. C'est lui qui a souffert bien des douleurs sous bien des figures. 11 a été immolé dans Abel, offert en holocauste, les pieds liés, dans Isaac, voyageur dans Jacob, vendu dans Joseph, exposé sur un fleuve par sa mère dans le berceau de Moïse, égorgé dans l'agneau pascal, persécuté dans David, méprisé dans les prophètes. C'est lui que Ton ensevelit en terre et qui ressuscite d'entre les morts pour s'élever dans les hauteurs des cieux. C'est lui, l'agneau sans voix, la victime choisie dans tout le troupeau, immolée le soir et ensevelie la nuit. C'est lui, Jésus-Christ Notre -Seigneur, qui ressuscité d'entre les morts, a tiré l'homme du tombeau des enfers et l'a ressuscité à la vie. C'est donc lui qui est mis à mort au milieu de Jérusalem. Par qui? Par Israël. Pour quelle raison? Parce qu'il a guéri ses boiteux, purifié ses lépreux, fait voir ses aveugles et ressuscité ses morts.
(Sermons, LIX.)