CE QUI RESTE A FAIRE A CÉSAR APRÈS AVOIR MIS FIN A LA GLERRE CIVILE
C'est à vous seul, César, qu'il appartient de relever tout ce que vous voyez en ruine, tout ce que le fléau de la guerre (c'était une nécessité), a frappé et renversé; c'est à vous de rétablir les tribunaux, de rappeler la bonne foi, de réprimer les passions, de favoriser l'accroissement de la population, d'enchaîner par de sévères lois tout ce qui s'est dissous et dispersé. 11 était inévitable que, dans une guerre civile si acharnée, dans le feu si ardent des passions et des combats, la république ébranlée, quelle que fût l'issue de la guerre, perdît beaucoup d'ornements de sa dignité et de soutiens de sa stabilité, et que les chefs des deux partis fissent sous les armes ce que, sous la toge, ils auraient empêché de faire. Toutes ces plaies de la guerre, il vous faut maintenant les cicatriser : nul autre que vous ne peut les guérir.
Aussi est-ce avec peine que je vous ai entendu prononcer cette parole si noble et si sage : « J'ai assez vécu, soit pour la nature, soit pour la gloire. » Assez peut-être pour la nature, si vous le voulez ; j'ajoute même, assez pour la gloire,
si cela vous plaît; mais pour la patrie, trop peu certainement, et c'est là le plus important. Laissez donc, de grâce, cette sagesse que de savants hommes mettent à* mépriser la mort ; n'allez pas être sage à nos dépens. Le bruit est souvent venu à mes oreilles que vous répétiez trop fréquemment que vous avez assez vécu pour vous. Oui, je vous Je laisserais dire, si vous viviez pour vous seul, ou si même vous étiez né pour vous seul. Aujourd'hui que vos exploits ont mis en vos mains le salut de tous les citoyens et la république entière, loin d'avoir achevé le grand édifice du bonheur public, vous n'avez pas encore jeté les fondements auxquels vous songez.
- (Discours pour Marcellus, cli. vin.)