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CHAPITRE PREMIER

Introduction particulière à l'Apocalypse

I. Nature de ce livre ; époque et lieu de sa composition. — L'Apocalypse, 'Airov.ûlvbiç, c'est-à-dire la Révélation par excellence, est la révélation dont Jésus-Christ favorisa saint Jean, alors que, relégué dans l'île de Pathmos par Domitien, vers l'an 96, ce courageux athlète expiait en exil le crime de s'être montré un intrépide propagateur de l'Évangile, et d'avoir, au mépris de tous les supplices, rendu témoignagne au Seigneur Jésus (Apoc, I, 9).

Des auteurs ont prétendu que ce livre avait été composé par saint Jean sous l'empire de Claude (30 après J.-C), ou, selon d'autres,- sous celui de Néron {67 ou 68 après J.-C). Mais l'opinion commune est qu'il l'écrivit à Pathmos, sous le règne de Domitien. Elle est fondée sur l'autorité de saint Irénée', disciple de saint Polycarpe, qui l'avait été lui-même de saint Jean. En effet, voici ce qu'il dit en parlant de l'Antéchrist : « S'il eût été convenable que son nom dût être « proclamé dans le temps présent, il aurait été publié V par celui qui a vu la Révélation, car il n'y a pas « longtemps qu'e//e a été vue : c'est presque de nos « jours, vers la fin du règne de Domitien. » L'examen des caractères internes de cet ouvrage conduit à la même conclusion ^

n. Langue dans laquelle il a été écrit. — L'Apocalypse

• Eusèbe, Hisl. eccles., lib. V, c. vin.

2 Cfr M. Glaire; Cellérier, Introd., p. 493.

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a été écrite en grec. Tel est le sentiment commun et à peu près unanime des commentateurs. Michaélis luimême, qui se montre en général peu favorable à ce livre reconnaît qu'on ne peut citer le témoignage d'aucun écrivain ancien en faveur de l'opinion de ceux qui croient que l'Apocalypse a été écrite d'abord en hébreu, et il avoue que l'idée d'un original hébreu ne paraît pas fondée'.

III. So7i authenticité. — Plusieurs ont attaqué l'authenticité se ce livre : Michaélis, entres autres, a employé pour la combattre toutes les ressources de son esprit et toutes les richesses de son érudition.

Ce point important de l'enseignement catholique est cependant à l'abri des attaques de la critique la moins bienveillante.

L'authenticité de l'Apocalypse a en sa faveur :

1° Vautorité du livre, attribué expressément à saint Jean en plusieurs endroits (i, 1, 4, 9; xxi, 2; xxii, 8). — Dira-t-on qu'il s'agit d'un autre personnage de même nom? Ce serait une hypothèse gratuite, et que le texte seul convaincrait de fausseté. L'auteur est ce même saint Jean qui a vu,, qui a entendu Notre-Seigneur (i, 2) et a été relégué dans lîle de Pathmos pour avoir annoncé l'Évangile et rendu témoignage à Jésus-Christ (1, 9) ; le livre est adressé aux églises de l'Asie Mineure, qui étaient sous la direction de saint Jean ; enfin le ton est celui d'un homme qui a pleine conscience de son autorité apostolique. Or tous ces caractères ne conviennent qu';\ l'apôtre saint Jean. Si quelques manuscrits grecs ont attribué cet ouvrage à saint Jean le Théologien, c'est que ce glorieux surnom a été donné plusieurs fois à notre Apôtre par des Pères.

2° Vautorité de la Tradition. L'authenticité de ce livre a été reconnue par les Pères les plus anciens et les plus illustres, tels que Papias, saint Irénée, saint

1 Michaélis, Inlrod., t. IV, p. 605 et suiv.

Justin, Méliton de Sardes, Clément d'Alexandrie, saint" Hippolyte, Origène, Tertullien, saint Jérôme, etc.. Jusqu'au troisième siècle, aucune voix ne s'était élevée contre son authenticité, et le docteur Reithmayr ' a pu dire avec vérité : « En résumé, la composition de « l'Apocalypse par saint Jean nous est attestée d'une « manière sûre par l'histoire et par la Tradition. « L'hypothèse du prêtre Jean est une simple conjec- (( ture absolument destituée de preuves. » — « De tous « les livres du Nouveau Testament, si nous exceptons « les principales Epîtres de saint Paul, dit de- son côté « un rationaliste moderne, M. Albert Réville-, c'est « l'Apocalypse dont l'authenticité est appuyée par les « plus anciens documents. »

3° La faiblesse, même des raisons qu'on nous oppose. 11 y en a deux principales : l'obscurité de l'ouvrage et la différence du style, qui, dit-on, ne ressemble point h celui des autres écrits de saint Jean.

Ces raisons sont très faibles.

La nature de l'Apocalypse et les circonstancc-s où elle a vu le jour expliquent très bien l'obscurité dont on se fait une arme pour combattre l'authenticité de cet ouvrage. C'est un livre prophétique, ou plutôt c'est une longue prophétie, qui n'est pas encore entièrement' accomplie; et il a paru dans un temps de persécution, 011 la prudence exigeait l'emploi dïmages et d'expressions plus ou moins voilées. 11 ne faut pas être surpris, par conséquent, qu'il ne soit pas aussi facile à comprendre qu'un livre historique.

La différence du style s'explique par la différence du sujet, par la diversité des circonstances, par l'âge avancé de l'Apôtre et par les emprunts plus fréquents qu'il a faits aux écrits des anciens Prophètes. Cette différence n'est pas, d'ailleurs, très grande; on sent partout le souffle vigoureux et plein de chaleur qu'on

1 Cfr P. de Valrogei-, Inlrod., p. 420.

2 Revue des Deux Mondes, I" octobre 1863.

a coutume de rencontrer dans saint Jean. La ressemblance n'est pas complète ; mais la différence n'est pas assez considérable pour que le témoignage historique en soit ébranlé. L'authenticité de ce livre est donc incontestable '.

IV. Sa canonicité. — La Tradition n'est pas moins unanime à déposer en faveur de sa canonicité; et si pendant les premiers siècles ce livre a été omis dans le Canon de plusieurs églises, c'est que, par sa nature, il se recommandait moins que les autres livres du Nouveau Testament pour la lecture publique. On peut voir dans M. Drach^ les nombreux témoignages qui établissent solidement cette vérité.

V. Sa division. — Indépendamment du Prologue ou Préface qui figure en tête de ce livre (i, 1-3), et de l'Épilogue qui le termine (xxii, 18-21), on peut le diviser en trois parties : les Avertissements (i, 4-iii) les Prédictions ou les Menaces (iv-xx) et les Promesses (xxixxii). Chacune de ces parties, à l'exception de la dernière, est elle-même précédée d'une espèce de préface. Cette division n'est pas si rigoureuse, qu'on ne trouve ces trois choses dispersées çà et là dans le corps de l'ouvrage. Ces différents sujets ont néanmoins des chapitres qui leur sont consacrés d'une manière spéciale.

1° Les Avertissements. — Celte première partie va du chapitre premier, verset quatrième, au troisième chapitre (i, 4-iii) ; mais les avertissements ne commencent, à proprement parler, qu'au chapitre deuxième. Ils sont adressés aux évêques d'Éphèse (ii, 1-7 , de Smyrne (8-11), de Pergame (12-17), de Thyatire (18-20), de Sardes (m, 1-6), de Philadelphie (7-13) et de Laodicée (14-22). L'évêque d'Éphèse était saint Timothée, et celui de Smyrne saint Polycarpe. Ces avertissements ne leur étaient pas, du reste, exclusivement person-

' Apoealyp., p. 9.

- Loc. cit., p. 1-9.

nels, ils regardaient en même temps les églises confiées à leurs soins.

2° Les Prédictions. — Saint Jean, ravi en esprit dans le ciel, raconte les merveilles qu'il y a vues : Dieu assis sur un trône étincelant d'or et de pierreries, vingtquatre vieillards qui l'environnent, assis sur autant de trônes, les quatre animaux placés aux quatre côtés du trône de Dieu, les adorations et les louanges des vieillards, le livre scellé que Dieu tenait dans sa main et que nul ne pouvait ouvrir, l'Agneau placé 'devant le trône de Dieu (iv et v).

Ces deux chapitres sont comme un nouveau préambule, à la suite duquel saint Jean dépeint, dans une série de symboles tous plus mystérieux les uns que les autres, la destruction des ennemis de l'Église et l'inutilité de leurs efforts pour s'opposer à son développement et à sa puissance (vi-xx). Tel est l'objet de la seconde partie (iv-xx).

3° Les Promesses. — Elles sont contenues dans la troisihne partie (xxi et xxii, l-17j : c'est une magnifique description de la nouvelle Jérusalem et du bonheur qui y sera le partage des élus.

VI. Son objet. — Les combats, les victoires et le triomphe définitif de Jésus-Christ sur tous ses ennemis, tel est l'objet principal de cette mystérieuse vision, l'histoire de l'avenir, comme on l'a si bien nommée, et que M. de Maistre appelait a la révélation de la Révélation ». Or, comme du temps de saint Jean, les ennemis de Jésus-Christ ou de l'Église étaient les Juifs et l'empire romain, plusieurs commentateurs ont pensé que le Saint-Esprit avait eu seulement en vue dans l'Apocalpyse de prédire et de caractériser les deux illustres victoires remportées par l'Église primitive : l'une sur Jérusalem obstinée , et l'autre sur Rome païenne : l'une qui aboutissait à la réprobation des Juifs, et l'autre à la conversion des Gentils.

Mais tous les ennemis de l'Église n'ont pas succombé avec la puissance des Juifs et celle des Ro-

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mains. Ce premier accomplissement ne répond pas non plus à la force des expressions dont l'Apôtre s'est servi, A l'exemple de la plupart des prophéties de l'Ancien Testament, l'Apocalypse a donc un second objet, dont le premier est la figure, et dans lequel on verra se vérifier à la lettre la hardiesse et la magnificence des expressions du texte sacré.

Cet objet, beaucoup plus grand que le premier, est, selon nous, la destruction totale du paganisme ressuscité à la fin des temps et personnifié dans l'Antéchrist, dont la chute suivra de près la persécution et précédera le second avènement de Jésus-Christ, qui viendra juger les vivants et les morts.

Nous oserions même définir l'Apocalypse : l'accomplissement progressif à travers les siècles et la consommation finale du mystère d'iniquité, qui, du temps de saint Paul, commençait déjà à opérer (II Thess., ii, 7), avec toutes ses suites, c'est-à-dire la destruction de l'Antéchrist, que Jésus-Christ, lorsqu'il viendra dans sa gloire, détruira d'un souffle de sa bouche (II Thés., II, 8; Is., XI, 4); la conversion des Juifs et les grands biens dont elle doit être l'occasion pour le monde entier ' ; la résurrection générale ; et le bonheur des saints dans la Jérusalem céleste.

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