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Scène deuxième : les Avertissements aux églises (ii, m

I. Principaux traits de ces avertissements. — Nous en signalerons quatre : 1° Jésus-Christ, en chaque monition, se définit lui-même par un attribut spécial qui est en rapport avec l'état particulier de l'église à laquelle il parle et avec la teneur de l'avis qu'il lui donne.

à) A l'église à'Éphèse il parle au nom de sa suprématie sur toutes les églises, de sa puissance absolue qui lui permet de les détruire comme il a eu pouvoir de les créer. — b) Pour Smyrne, c'est sa divinité que Jésus- Christ affirme, prouvée par sa résurrection. Il se pose comme principe et fin de toutes choses, le Vivant, le maître de la mort, titres que l'Écriture décerne à Dieu (cfr Is., xli, 4; Psalm., xli, 3). — c) A Pergame il se présente comme la Sagesse souveraine, symbolisée par le glaive, instrument de la puissance judiciaire. Les deux tranchants indiquent la sûreté du jugement et l'inviolabilité de la sentence. — d) A l'église de T/tyatire, c'est la Vigilance et la Force, l'une marquée par les yeux ardents comme la flamme, l'autre indiquée par les pieds semblables à l'airain doré. C'est la perspicacité de Jésus-Christ à découvrir les secrets desseins de ses ennemis, et la puissance irrésistible avec laquelle il les foulera aux pieds. — e) Église de Sardes : Jésus-Christ lui parle au nom de sa Providence et de sa Puissance, symbolisées par les sept esprits et les sept étoiles. L'une et l'autre ont pour objet l'eiFusion de la grâce, et pour but les œuvres de sanctification. Aussi Jésus-Christ en recommande la pratique. — f) Philadelphie : Jésus- Christ se dit le Saint, la Vérité subsistante, celui qui tient la clef de David, autant de titres que les Prophètes avaient attribués au Messie. Ils marquent la plénitude de lumières et de vertus répandue par Jésus-Christ, et c'est dans le même sens que saint Jean l'a comparé au soleil à son midi (i, 16). — g) Laodicée : Jésus-Christ se présente comme la Consommation de toutes choses, ainsi qu'il en est l'auteur, le témoin fidèle et véridique qui connaît tout, dont l'appréciation et le jugement sont d'une rigoureuse exactitude.

2° E tat particulier de chaque église. — Nous entendons par là leurs dispositions intérieures formées par les bonnes ou les mauvaises influences qui s'exercent en elles. — a) Dans trois, à savoir : Éphèse, Pergame et

Thyatire, il y a mélange de bien et de mal, lutte entre ces deux puissances. Le bien domine, à vrai dire, mais le mal jouit aussi d'une liberté qui lui permet de se développer et crée un péril. — h) Deux autres églises, celles de Smyrne et de Philadelphie, sont bonnes, irrépréhensibles en leur vie morale; elles souffrent seulement persécution de la part des méchants. — c) Il y en a deux au contraire. Sardes et Laodicée, où le mal est prédominant. La dernière surtout est dans un état capable de provoquer la réprobation et les châtiments de Dieu, si la pénitence ne la relève pas.

3" Promesses ou menaces. — a) Des menaces sont adressées à celles des églises où se trouve un mélange de bien et de mal, où la lutte n'est pas généreuse, ni la fidélité parfaite. Ces menaces appartiennent à l'ordre spirituel et ont pour principal objet le retrait des grâces privilégiées, la réprobation de Dieu, qui transférera le flambeau de la foi à d'autres peuples. — /v) Des promesses sont aussi données à chaque église, même à celles qui méritent des réprimandes. Elles sont également spirituelles et concernent la vie future, présentée sous diverses formes et symbolisée par des choses sensibles, telles que l'arbre de vie, la manne cachée, l'étoile du matin, la colonne inébranlable. Ces figures sont e'n harmonie avec la situation particulière de chaque église, avec l'exhortation qui les accompagne, et elles peuvent fournir quelques lumières pour l'interprétation générale de la prophétie.

4° Les exhortations ont pour pensée dominante la fidélité inviolable au service de Dieu, malgré tous les obstacles par lesquels l'ennemi du bien cherche à l'altérer. Or trois sortes d'obstacles sont mentionnés :

— a) la persécution qui vient du dehors, des infidèles, attache de contraindre à l'apostasie par la violence;

— b) les mauvaises doctrines qui dénaturent l'Évangile, égarent les esprits, corrompent les mœurs, et tendent ainsi à la ruine de la religion ; — c) la lâcheté qui recule devant les difficultés morales que présente

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la pratique de la vertu, se contente d'un degré médiocre et vit ainsi dans la tiédeur. Cet état est le plus périlleux de tous, inconciliable avec une charité sincère.

II. Questions : — 1° Quels sont les sept Esprits placés devant le trône de Dieu et que Jésus-Christ tient en son pouvoir? — Selon l'interprétation commune, ce sont les sept anges mentionnés au livre de Tobie (xii, lo), dont la fonction particulière est de contempler la face de Dieu.

Peut-être ces sept anges représentent-ils les sept dons du Saint-Esprit, et une des fins de leur adoration est-elle d'obtenir aux disciples de Jésus-Christ les grâces extraordinaires qui les aideraient à vaincre leurs ennemis. C'est pourquoi la paix est souhaitée en leur nom.

2" Quel est le sens de cette expression : « non lœdetur Il moi-te secunda (ii, H) » ? Saint Jean parle de deux morts : a) L'une contre laquelle il fortifie ses lecteurs, qui doit être bravée et subie plutôt que de. forfaire au devoir, et qui conduit à la couronne de vie (y. 10), est assurément la mort temporelle, la mort du corps. — b) L'autre mort est opposée à la vie qui suit la première, elle en est la perte totale, et à cause de cela très redoutable; c'est donc la mort spirituelle et éternelle, où l'homme tout entier périra, mais dont sera sauvé le fidèle victorieux.

3" Qu'entendre par la Synagogue et les profondeurs de Satan ? — a) Saint Jean fait allusion sans doute à ces docteurs juifs que les Apôtres eurent pour contradicteurs et contre lesquels saint Paul lutta durant toute sa vie. Leur doctrine était un alliage de culte chrétien et de pratiques légales ; ils ne voyaient dans l'Évangile qu'une forme perfectionnée du Judaïsme, et leur opposition menaça d'un grand péril la foi des premiers chrétiens. — 0) Nous pensons qu'il s'agit aussi des hérésies gnostiques, issues de la même source, de ce que saint Paul appelait généalogies fabuleuses,

sorte de conceptions philosophiques répandues dans les écoles grecques et qui avaient la prétention de pénétrer au fond des mystères de la Divinité. — c) L'expression altitudines Satanœ conviendrait aussi aux doctrines mystérieuses qui existaient dans la théologie païenne, et à celles qui chez les Juifs formaient la Kabale. C'étaient pour ceux-ci des explications relevées de la loi, des expositions approfondies de la parole divine. Un petit nombre seulement d'initiés était admis à les entendre et les réunions étaient secrètes ; mais des pratiques superstitieuses et impies y étaient en même temps observées. La haine des Juifs contre l'Évangile et le désir d'en arrêter les progrès contribuèrent au développement de ces associations ténébreuses.

4° Nous en dirons autant de ce que saint Jean appelle la doctrine des ]Xicolaïtes et de Balaam. Ces noms désignent des sectes hérétiques, les mêmes que plus tard on comprit sous la dénomination générale de Gnostiques, c'est-à-dire d'hommes faisant profession de sience. Reste à savoir la signification particulière des termes... a) Nombre d'auteurs, principalement modernes, voient là des noms symboliques, noms de guerre et de prétention que s'attribuaient certains hérétiques, et yicolaïtes n'est, à leur sens, que la traduction grecque de l'hébreu Balaam. — b) Mais la tradition des Pères a rattaché le nom de Nicolaïtes à celui d'un personnage historique. Selon quelques-uns, ce serait l'un des septs diacres ordonnés par les Apôtres, Juif Helléniste, devenu apostat et chef de secte; selon d'autres, la défection de ce personnage resterait douteuse, mais son nom aurait été abusivement adopté par les hérétiques afin de donner crédit à leurs doctrines. — c) Le nom de Balaam révèle le caractère delà secte qui le portait : c'était un magicien, homme de mauvaises mœurs; les hérétiques de ce nom s'adonnaient donc à la magie et aux pratiques qui l'accompagnent. — d) Nous devons mentionner, en pas-

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sant, la singulière opinion des rationalistes, qui, sous les noms de Balaam, Nicolaïles, Jézabel, voient désignés l'apôtre saint Paul et ses disciples, contre lesquels saint Jean prémunirait les siens. Si la chose était vraie, on se demande comment la Tradition chrétienne l'a ignoré, car elle n'en dit rien, et saint Jean, qui emploie ici un langage métaphorique, dut en donner l'explication, afin de ne pas laisser les lecteurs de son livre dans l'incertitude. Pourquoi aussi emploie-til un tel langage, au lieu de nommer ses antagonistes et quels motifs avait-il pour dénigrer saint Paul, mort depuis longtemps, avec lequel sa doctrine a tant de ressemblance sur les choses les plus importantes, telles que la divinité de Jésus-Christ, l'universalité dp la rédemption, la nécessité de l'unité dans la foi.

Deuxième vision : les Sceaux (iv-viii).

Scène première (iv). C'est en quelque sorte la composition du lieu où seront manifestés les décrets divins figurés par l'ouverture des sceaux.

I. Résumé. — Trois objets se présentent au regard de saint Jean :

1° Le trône de Dieu au milieu des éclairs et des tonnerres, environné d'une mer transparente comme le cristal et devant lequel se tiennent les sept esprits, symbolisés par sept lampes.

2° Les vingt-quatre vieillards assis autour du trône, vêtus de blanc et portant des couronnes d'or qu'ils déposent devant Dieu en se prosternant.

3" Les quatres animaux, ayant chacun six ailes, couverts d'yeux et chantant le trisagion.

IL Explication. — 1° L'ensemble de cette description rappelle des faits et des visions analogues qu'on lit dans l'Ancien Testament (cfr Exod., xxiv, 10; Isa., VI, 1; Ezech., i, 22-28; Dan., vu, 9, 10). Tout y est symbolique, mais il n'est pas facile de déterminer avec précision le sens des symboles. Peut-être même

plusieurs détails, tels que la mer crystalline, les pierres précieuses, sont-ils de simples ornements.

2° Les vingt-qualre vieillards. — a) Au temps oii saint Jean écrivit son Apocalypse, le terme grec traduit par seniores avait déjà une signification précise. Plus tard il passa dans la langue latine dans le mot presbijteri, et il indiquait dans l'Église une classe de personnages recommandables parleur âge et leur prudence, que les Apôtres s'étaient associés comme coopérateurs dans le ministère de l'Évangile. C'était un souvenir des soixante-dix vieillards que Moïse s'adjoignit pour le gouvernement du peuple hébreu. Ilfaut donc entendre ici les chefs du peuple élu.

h) Le nombre vingt-quatre a aussi sa signification. C'est le double du nombre douze, auquel la tradition chrétienne a attribué un symbolisme d'universalité. Saint Jean voit donc en cette scène l'universalité des chefs du peuple élu, assesseurs de Dieu en ses jugements ; et comme le peuple de Dieu se compose d'hommes qui ont vécu sous les deux Testaments, le nombre douze qui en représente Tuniversalité est pris deux fois.

3° Les quatre animaux. — a) L'opinion des Pères, la plus ancienne et la plus commune, voit en ces animaux les symboles des quatre évangélistes. Toutefois il y a divergence dans les attributions individuelles : ainsi Saint Augustin attribue le lion à Saint Matthieu et V/ioinine à saint Marc, et saint Jérôme prend l'inverse. — b) On pourrait y voir aussi les symboles des quatre degrés par lesquels Dieu s'est révélé aux hommes. Le lion symboliserait la loi de nature où l'homme n'avait pour guide que sa raison et quelques préceptes généraux de révélation primitive ; le bœuf, victime principale des sacrifices, symboliserait la loi de Moïse avec ses préceptes nombreux, ses sacrifices multipliés ; à V homme conviendrait la loi evangélique donnée par Dieu même venu sous forme humaine ; enfin la lumière de gloire, la vision intuitive de Dieu dans le

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ciel, serait figurée par Vaigle qui regarde fixement le soleil. — c) Quoiqu'il en soit des interprétations particulières, ces animaux, doués de connaissance, de parole et d'activité, représentent sensiblement la science divine, cause de ce qui existe et terme où toute intelligence doit trouver sa fin, et lumière infaillible qui règle tous les jugements de Dieu.

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