LES PRÉCÉDENTS DE LA FÉODALITÉ DANS LA MONARCHIE FRANQUE
La féodalité a été le résultat d'un état d'anarchie persistant et grandissant, dont déjà nous avons plus d'une fois relevé les traces : elle en est sortie naturellement et nécessairement. Mais on constate dans la monarchie franque, spécialement sous les Carolingiens^ toute une série d'institutions déjà formées ou de faits sociaux nettement accentués, qui constituent les précédents immédiats des institutions féodales. Cette organisation,
1. Voyez, ùixn^ Les origines de Vancienne France^ par M. Flach, t. 1, p. 43 et suiv., la liste des principales collectioiis de ce genre.
2. Voyez, daos Flach, Les origines de Vancienne France, t. \j p. 25, la liste des cartulaires et polj^'ptyqaes manuscrits et imprimés.
o. Édit de Pistes (a. 864), ch. xxix : « Hli coïoni, tam fiscales quam ecclesiastici, qui, sicut in pol^ptycis continetur, et ipsi non denegant, carropera et manopera ex antiqua coiisaetudioe debent. » — Le polyptyque le plus connu est celui de Saiut-Gerraain-des-Prôs, rédigé au ix^ siècle, du temps de Tabbé Irminon; il a été publié par Guérard, en 1843, avec de savants prolégomènes» ^t, de nouveau, en 1886, par M. Longnon.
LES ORIGINES
qui contient en puissance la féodalité entière, coexiste avec les institutions normales, que nous avons décrites ; elle s'enchevêtre et se combine avec elles, mais elle s'en distingue pourtant par ses origines et par ses tendances ; et il est logique de Texposer à part. Les institutions ou faits qui constituent ainsi les précédents de la féodalité sont : la vassalité et le séniorat, l'appropriation des fonctions publiques, la transformation de la propriété foncière, les chartes d'immunités et la formation des juridictions privées.
L'institution germanique du comitaiiis^ ne disparut point après les établissements des barbares dans l'empire; elle persista; mais, dans la monarchie mérovingienne, elle ne paraît fonctionner qu'au profit de la royauté : le roi seul est le centre d'un groupe de comités. Ceux que Ton peut appeler ainsi, ce ne sont point les hommes qui sont désignés dans les textes comme ses fidèles ou ses leudes\ car ces mots désignent d'une façon générique les sujets d'un roi, ceux dont il a exigé ou pu exiger le serment de fidélité Mais, sous les Mérovingiens, on trouve deux classes de personnes qui certainement sont dans des rapports particuliers avec le roi. Ce sont d'abord les antrustions ceux-là sont des sujets qui ont juré au roi une fidélité particulière en mettant leurs mains entre ses mains, et Marculfe nous a conservé l'acte qui constatait cette prestation de serment*. Ceux-là forment une classe déterminée^ et jouissent de certains privilèges : leur wergeld s^élève et devient le triple de celui d'un autre homme libre D'autre part, ils avaient sûrement