Luchaire, Manuel^ p
LE DÉVELOPPEMENT DU POUVOIR ROYAL
pecté, devait être fort gênant pour la royauté^ dans son application aux officiers qui représentaient de véritables ministres. Un chancelier inamovible, c'était, en réalité, un premier ministre que le roi ne pouvait pas renvoyer. On remédia à cet inconvénient, en respectant les principes, tout en donnant satisfaction à la volonté royale. Le roi ne pouvait pas destituer le chancelier, mais on admit qu'il pouvait lui enlever sa prérogative la plus importante, celle qui faisait sa force, c'est-àdire la garde et la disposition du sceau de France. Alors le roi tenait lui-même le sceau, ou, ce qui était plus ordinaire, il nommait un garde des sceaux spécial. Dès le xiv* siècle, on voit de ces gardes des sceaux, fonctionnaires amovibles. Mais à cette époque les gardes des sceaux n'apparaissent qu'au lieu du clinncelier, lorsque la place de celui-ci est vacante. A partir du XVI® siècle, on en voit créer, alors qu'il existe un chancelier, et afin d'opérer, dans la mesure du possible, la retr aite de celui-ci\ Pour le connétable et les autres officiers de l'armée qui jouissaient de la même inamovibilité quant à leur fonction, on pratiqua un détour semblable; le roi nomma un lieutenant général qui prenait ^autorité sur toutes les troupes % ou même, plus lard, il déléguait temporairement à un personnage de marque la conduite d'une campagne^.
Malgré ces tempéraments, la monarchie absolue se montra naturellement hostile à Tinstitution des grands officiers de la
1. Lebret, De la souveraineté., l. IV, ch. i, p. 130 : « H a ce privilège (le chancelier) qu'on ne peut le priver de sa charge qu'avec la tete et sans lui faire premièrement son procez, comme on le pratiqua à l'endroit du chancelier Poiet, du temps de François 1^^. Car, bien que ie roi puisse de son autorité absolue lui oster les sceaux, quand il le juge être à propos pour son service, néanmoins le caractère de la dignité lui demeure jusques à sa mort, n — Piganiol de la Force, op. cit.^ p. 343, 344. La création d'un garde des sceaux à côté d'un chancelier avait souvent aussi pour cause la maladie ou la vieillesse de ce dernier; voyez Tessereau, Histoii^e de la grande chancellerie^ passim .