‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 16 sur 262 · TIGE DES PLANTES D I CO T Y L ÉDONÉE S · texte numérisé non relu

TIGE DES PLANTES D I CO T Y L ÉDONÉE S

s’organiser en vaisseaux , et on les voit , en se multipliant , se grouper en plusieurs faisceaux [fuj. 94 f f) qui , considérés ensemble , sont disposés régulièrement en un cercle. Celui-ci

entoure un cercle central entièrement cellulaire, qui est la moelle (m) ; est entouré lui-mème d’une zone extérieure cellulaire aussi, et qui appartiendra à l'écorce ; et les faisceaux sont séparés l’un de l’autre par des bandes (r) de tissu cellulaire qui établissent la communication entre celui de la moelle et celui de I écorce , bandes qui sont les premiers rayons médullaires.

§ 52. Dans le principe, ces rayons, en nombre nécessairement égal à celui des faisceaux, étaient fort larges. Un peu plus tard ils sont plus étroits et plus nombreux, parce qu’il s’est développé dans leur épaisseur (fig. 95) de nouveaux faisceaux {f” f”) qui se sont interposés aux premiers [f’ f ’). Après quelque temps, les faisceaux sont assez multipliés et rapprochés pour former un cercle continu que les rayons médullaires traversent sous la forme de lignes très-fines. La tige se présente alors comme composée de dedans en dehors par : 1 ° le parenchyme de la moelle , 2° le cercle fibro-vasculaire, 3° le parenchyme cortical, 1° l’épiderme.

§ 53. La tige des plantes dites herbacées, celles qui ne vivent qu’une année, s’arrête en général à ce terme, ou même à l’un des états précédents. La proportion de la moelle et des rayons médullaires y est ordinairement très-grande par rapport à la partie fibro-vasculaire.

§ 54. La tige des plantes ligneuses, celles qui vivent plusieurs années , subit des changements ultérieurs. Mais jusque-là elle était comparable à celle des plantes annuelles; elle était à l’état herbacé, et offrait la même proportion dans ses parties , si ce n’est que le cercle fibro-vasculaire y est de bonne heure plus complet et plus solide. Un rameau d'une année pris sur l’un de nos arbres est donc très-bon pour suivre tous les changements successifs exposés précédemment. Ce rameau croit par le haut, de manière que sa base est la portion la plus anciennement formée , tandis que le sommet l’est encore à peine. Ainsi ses différentes hauteurs présentent les mêmes différences qu’offriraient plusieurs tiges de la même plante à diverses époques de développement , depuis celle qui est encore à l’état embryonaire, que représente le sommet du rameau , jusqu’à celle qui a achevé sa croissance de l’année , et que représente la base. En comparant de très-minces tranches horizontales coupées à diverses hauteurs de ce rameau , on constatera donc très-facilement et très-promptement tous les changements qui s’opèrent dans un an de. la vie d’une tige; et l’état de la base servira à son tour de point de départ par la comparaison avec les modifications que doit amener l’année suivante, ou , en d’autres termes-, qu’on doit observer sur une branche de deuxième année.

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§ 55. Maintenant recherchons plus en détail les éléments dont se compose cette tige de l’année; et, comme un exemple rendra cet examen plus clair et plus net, prenons un rameau d’Érable commun, et décrivons toutes ses parties de dedans en dehors en les grossissant assez pour bien déterminer la nature de tous les organes élémentaires qui les composent.

Coupons une petite tranche horizontale très-mince vers le haut du rameau, là où il offre à peu près I millimètre f de diamètre [fig. 96).

Son contour est eir- .

culaire ou se rapproche d’un hexagone.

La moelle [fig. 96 m) située à son centre atteint la moitié du diamètre total , ou même davantage. Au milieu elle estformée de cellules grandes, lâchement unies , transparentes, dodécaédriques ou sphé- \ roïdales; vers la cj.r- V[£ conférence, les cellules vont en diminuant progressivement [fig. 97 m) et en se colorant en vert , de sorte que le contour

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96. Tranche horizontale d'un jeune rameau de l’Érable commun (Acer cinn-

peslre), vue à un grossissement tel que son diamètre soit vingt-six fois plus grand que dans la nature. — m Moelle. — cm Étui médullaire. — fb Faisceaux du bois. — vp Vaisseaux ponctués. — rm Rayons médullaires. — c Cambium. — fc Fibres corticales. — vL Vaisseaux laticifères. — ec Enveloppe cellulaire. — p Enveloppe subéreuse. — ep Épiderme. ,

97. Tranche verticale du même rameau, menée parallèlement suivant le diamètre au milieu d’un des faisceaux ligneux, et encore plus grossie que la précédente. — l Trachées. — Toutes les autres lettres ont la même signification que dans la figure qui précède.

de la moelle présente une zone d'un vert assez foncé et d’un tissu fin et serré, zone de laquelle partent les rayons médullaires (r ni) de môme couleur, qui divisent en un très-grand nombre de faisceaux la zone fibro-vasculaire que nous trouvons en dehors de la moelle et qui lui est concentrique. Ces faisceaux ( fb ) se distinguent d’elle par -un tissu beaucoup plus compacte.

Ils ont chacun la forme d’un coin émoussé. En regardant la tranche horizontale, on devine déjà qu’ils doivent se composer d’éléments divers, puisqu’on voit, au milieu d’un tissu compacte, criblé de petits trous, d’autres ouvertures beaucoup plus larges et béantes. Si l'on cherche à déterminer les parties en les regardant sous un fort grossissement , soit par transparence sur une tranche verticale extrêmement mince , soit après les avoir détachées l’une de l’autre avec le bout d’une aiguille très-aiguë , on reconnaît que les grandes ouvertures appartiennent à des vaisseaux [fig. 97 v p) ; que le reste du tissu, qui paraissait presque plein, est formé par des fibres (fl) de moyenne longueur dont les parois sont assez épaisses et par suite le canal intérieur assez fin pour que leurs ouvertures ne se montrent plus que sous l’apparence de petits points. Elles sont la plupart arrangées par séries divergeant du centre médullaire comme les rayons. Les vaisseaux ne sont pas tous du même ordre; lès plus gros et les plus extérieurs sont des tubes ponctués (up), tandis qu’immédiatement en contact avec la moelle sont des trachées déroulables (t). Elles occupent toujours cette place dans la tige et jamais aucune autre. Ce sont elles qui parmi les vaisseaux se sont formées les premières. Cet ensemble de trachées et de fibres, les premières parties formées du bois et celles qui embrassent immédiatement la moelle, a reçu le nom d’étui médullaire (fig . 96 c m ).

§ 56. En dehors de chaque faisceau fibro-vasculaire, on aperçoit sur la coupe horizontale un autre amas de fibres (fig. 96 et 97 fc) d’un blanc plus mat, réunies en forme d'un croissant tournant sa convexité en dehors Ce croissant est séparé du reste du faisceau par une zone de tissu cellulaire verdâtre (c). Cette zone mérite de fixer notre attention , car c’est elle qui sépare l'écorce du bois et qui devient plus tard le siège de la formation de couches nouvelles desquelles résulte l’accroissement de la tige en épaisseur. Ces fibres qu’elle sépare du bois, sont les fibres corticales, plus longues, plus tenaces que les ligneuses.

Au moment où l'on coupe la branche d’Érable, on en voit suinter un liquide blanchâtre et laiteux. C’est de l'écorce qu’il sort, immédiatement en dehors du faisceau des fibres corticales; et en effet

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l’examen microscopique fait découvrir là un système de vaisseaux propres ou laticifères [fiy. 96 et 97 v l).

Plus en dehors nous ne trouvons plus que des cellules dont l’ensemble forme le parenchyme cortical. 11 est revêtu d’une pellicule rougeâtre : c’est l’épiderme (e p), composé d’une seule rangée de cellules, et couvert sur toute sa surface d’un petit duvet fin et blanchâtre. Nous avons indiqué déjà la foi malion de ces poils, qui ne sont eux-mêmes que des cellules de l’épiderme modifiées dans leur forme.

Sous lui nous trouvons plusieurs rangées de cellules cubiques ou allongées comme celles des rayons dans le sens horizontal (fig. 97 p), un peu différentes par leur forme et leur couleur de celles de l’épiderme. Les plus extérieures participent encore un peu à sa teinte rougeâtre; les plus intérieures sont plutôt brunes. Les rangées sont disposées par couches régulières l'une en dedans de l’autre. En dedans de la zone brunâtre s’en trouve une autre verte [fig. 96 et 99 e c) formée par des cellules remplies de chlorophylle. Celles-ci ne se distinguent pas seulement par leur couleur, mais par leur forme, plus arrondie ou polyédrique. Elles sont aussi disposées moins régulièrement, et non par rangées emboîtées par couches concentriques. Nous voyons donc que dans le parenchyme cortical on peut reconnaître deux systèmes : l’extérieur, à cellules rectangulaires et brunâtres, (pie M. Mohl a nommé couche ou enveloppe subéreuse [p) ; l’intérieur, de couleur verte, qui a conservé le nom d'enveloppe cellulaire [e c), sous lequel on confondait autrefois l’ensemble de ces couches de nature différente.

C’est dans l’enveloppe cellulaire verte qu'on voit aboutir les rayons médullaires [r m) qui ont eux-mêmes cette couleur. Ils sont formés chacun par une ou plusieurs rangées de cellules, qui, pressées entre les faisceaux ligneux, ne tardent pas à se comprimer en s’allongeant dans le sens même du rayon, et à former par leur réunion des lames minces. On a quelquefois donné le nom de mu~ riforme au tissu de ces lames, en les comparant à un mur dont les cellules aplaties et placées par couches les unes au-dessus des autres figureraient les pierres.

§ 57. Un rameaud’uneannéequenousavonsexaminédansl'Krable commun, mais qui. pris dans la plupart de nos autres arbres dicotylédones, nous aurait fait voir les mêmes parties, seulement dans des proportions et avec des formes plus ou moins différentes, présente donc d’abord deux systèmes bien distincts : l'un intérieur, le ligneux; l'autre extérieur, le cortical, séparés l’un de l’autre par une zone celluleuse.

Le système ligneux se compose lui-même. de la moelle au (•■entre,

et d’une zone extérieure de faisceaux fibro-vasculaires que forment . 1° au dedans les trachées développées les premières et immédiatement appliquées sur la moelle , autour de laquelle elles constituent avec quelques fibres entremêlées l’étui médullaire; 2° plus en dehors des amas de fibres entremêlées de vaisseaux spiraux d’un autre ordre.

Le système cortical se compose sous l’épiderme de trois couches distinctes : les deux extérieures cellulaires , l’épiderme et l’enveloppe cellulaire proprement dite, sur la limite de laquelle se distribuent des vaisseaux laticifères; l’intérieure fibreuse, dans laquelle ces mêmes vaisseaux s’entremêlent aussi.

§ 58. Comparons toutes ces parties ainsi déterminées dans un

rameau de seconde année.1 fig. 98). Au printemps, la petite zone cellulaire que nousavons vue interposée entre lessystèmes ligneux et cortical, ne se montrait que beaucoup plus étroite et comme remplie d’une gelée presque coulante.

Cette gelée s'épaissit graduellement , et les observateurs ■ habiles s’accordent à y rccon-

98. Tranche verticale d’un rameau de deuxième année, pris sur l’Érable commun. dans lequel 1 indique les portions formées la première année, 2 les portions formées la seconde. — Toutes les lettres ont la même signification que dans les figures 96 et 97.

99. Quelques parties de la figure précédente plus grossies, de manière à faire mieux voir leur structure : par exemple, les ponctuations des fibres ligneuses - Les lettres ont toujours la même signification.

naître l’organisation d’un tissu cellulaire naissant, quoique en remontant toujours plus haut pour déterminer son mode de formation ils soient entraînés dans quelques dissidences, qu'on comprend facilement quand il s’agit de déterminer des parties d’une excessive ténuité et encore presque tluides. Quoi qu’il en soit, c’est dans ce tissu que se montreront plus tard tous les développements d’organes élémentaires analogues à ceux que nous avons trouvés dans le rameau d’un an; et de là vient le nom de cambium , qu’on lui a donné en lui assignant la propriété de se transformer en tous ces organes divers.

On voit en efTet, au bout de quelque temps, que dans cet intervalle se sont formées deux zones nouvelles [fig. 98, 2), l’une corticale {fc), l’autre ligneuse [f l), ordinairement semblables aux zones de première année, sur lesquelles elles s’appliquent et se moulent pour ainsi dire : la corticale, composée de fibres, comme la couche la plus interne de l’écorce, avec laquelle elle est en rapport; la ligneuse, de fibres et de vaisseaux spiraux, comme la partie extérieure du faisceau fibro-vasculaire auquel elle se juxtapose ; car elle ne participe pas à la nature de sa partie intérieure ou de l’étui médullaire; on n’y trouve jamais de trachées. La portion de la zone de cambium qui correspondait aux rayons cellulaires, s’organise aussi comme le tissu antérieur avec lequel elle est en rapport, et reste cellulaire; de sorte que le rayon se continue sans interruption et sans modification à travers les couches nouvelles.

Ce qui s’est passé cette seconde année se renouvelle la troisième et toutes les années suivantes. Chacune , entre le bois et l’écorce précédemment formés, produit elle-même à son tour sa couche de bois et sa couche d’écorce; et ainsi, au bout de quelques ans, on a un certain nombre de couches concentriques et d’écorce et de bois. Les couches ligneuses se voient nettement et forment par leur ensemble presque toute l’épaisseur do la branche; tandis que les corticales, extrêmement minces, ne composent qu’une zone assez mince elle-même et où elles ne se distinguent pas bien l’une de l’autre.

§ 59. Ces changements que nous voyons s’opérer dans une branche d 'Erable, nous les aurions vus également, avec quelques modifications, dans la plupart des autres arbres de nos climats; et cet examen d’un exemple particulier peut jusqu’à un certain point tenir lieu de celui des tiges dicotylédonées en général. Complétons néanmoins les notions auxquelles nous avons dû nous borner d’abord; et, reprenant successivement les parties que nous avons appris à distinguer dans la tige d’un seul de nos arbres, recher-

(•lions maintenant comment elles peuvent varier dans les autres.

tylédonés dont la structure présente des différences plus ou moins notables, et qui, habitant pour la plupart les régions tropicales, dont la végétation n’a pu être généralement étudiée qu’en passant par les voyageurs, et ne l’est même que depuis fort peu de temps, ne sont encore que bien imparfaitement connues.

Nous considérerons successivement le système ligneux et le système cortical : dans le premier, la moelle, le bois et les rayons médullaires; dans le second, les couches (ibreuses et les deux couches cellulaires.

§ GO. Moelle. — Nous avons vu que le parenchyme, dont la tige était exclusivement formée dans le principe, se trouve plus tard séparé par le développement du cercle ligneux en deux régions, dont l’une, centrale, prend le nom de moelle; et l'exemple que nous avons choisi nous l’a montrée composée de cellules qui, du centre à la circonférence, vont en diminuant de volume en même temps qu’elles prennent une couleur verte de plus en plus foncée. Celles-ci sont gorgées de sucs abondants qui manquent au contraire

100. Coupe horizontale d’une brandie de Chêne âgée de huit ans. — b Bois dans • lequel on voit huit zones concentriques, séparées l'une de l’autre par des lignes de points qui répondent aux ouvertures des gros vaisseaux. — c Écorce qui montre elle-même huit zones concentriques, mais beaucoup plus minces et moins distinctes. — Le bois et l'écorcc sont traversés par des rayons médullaires, allant de la circonférence, les uns jusqu’au centre qui forme la moelle, les autres seulement jusqu'à un cercle formé l’une des années suivantes.

Ceux qui , croissant dans nos régions tempérées, se trouvent soumis aux alternatives régulières de nos saisons, et ontdù naturellement servir, comme objet principal et long-temps exclusif, aux observations des botanistes, occuperont d’abord seulsnotre attention; puis, après nous être arrêtés quelque temps sur ces tiges, que nous pouvons en quelque sorte appeler normales, nous jetterons comparativement un coup d’œil rapide sur les tiges de végétaux également dico-

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