‹ Cours élémentaire d'histoire naturelleChapitre 51 sur 262 · FLORAISON · texte numérisé non relu

FLORAISON

fleur peut titre assimilé à un rameau. Or tout rameau se développe nécessairement avant ceux qui naissent (le lui : son évolution est déjà plus ou moins avancée quand celle de ses bourgeons latéraux commence. 11 en sera de même des axes florifères : chacun d’eux devra se développer avant tous les axes secondaires relativement à lui : les fleurs, terminant des axes differents, s’épanouiront donc dans l’ordre de succession des axes qui les portent.

Au lieu d’une branche plusieurs fois ramifiée, considérons-en une bornée à ses bourgeons latéraux, ou, en d’autres termes, un axe primaire avec un certain nombre d’axes secondaires seulement. Nous savons que cette branche croit par le haut, de manière que scs parties sont formées d’autant plus tôt qu’on les observe plus bas. Ses bourgeons suivent ce mouvement d’évolution de bas en haut, et sc développent d'autant plus tôt qu’ils sont plus inférieurs. Le même ordre doit avoir lieu pour une suite d’axes florifères naissant immédiatement sur un même pédoncule ; l’évolution des fleurs qui les terminent doit commencer par celle de Taxe -situé le plus bas , et se poursuivre ensuite de proche en proche et de bas en haut. Nous avons donc cette seconde loi, que des fleurs terminant des axes de même ordre situés sur un même axe commun s’épanouissent de bas en haut.

L’établissement de ces deux lois résulte de l’observation comme de la théorie. Elles président à l’évolution de toutes les inflorescences , moins quelques cas d'irrégularité sous l’influence de causes intérieures ou extérieures qui demandent à être déterminées à I part. Ces lois connues enseignent à distinguer facilement entre eux des modes différents d'inflorescence dont la détermination, sans cette aide, serait difficile et obscure.

§ 219. On sait déjà que quand toutes les fleurs d'une même inflorescence sont portées à la même hauteur ou à peu près par l’allongement de certains axes ou le raccourcissement de certains autres, les inférieures se trouvent naturellement en dehors , les supérieures en dedans. On peut alors dire indifféremment extérieur pour inférieur, et intérieur pour supérieur, de dehors en dedans pour de bas en haut, de dedans en dehors pour de haut en bas. Si nous considérons donc une ombelle ou un capitule, nous verrons l'épanouissement des fleurs marcher du pourtour vers le centre de l’inflorescence , comme nous l'aurions vu marcher de la base vers le sommet dans une grappe. De là le nom d’évolution centripète qu'on a donné à celle des fleurs de ces sortes d'inflorescence, et par suite a celles de toutes les inflorescences indéfinies.

Prenons au contraire une cime composée d’un axe primaire et

de deux ou plusieurs axes secondaires. La fleur qui termine le premier, et occupe nécessairement la partie centrale de 1 inflores— cence, s'épanouira d’abord ; puis viendront celles qui terminent lesseconds et qui occupent la circonférence. Dans ce cas, l'évolution suit une marche inverse de la précédente; elle va du centre a la circonférence; elle est dite centrifuge, terme qu’on a par suite appliqué à celle de toutes les inflorescences définies. On comprend cependant qu’il est loin d'ôtre juste dans tous les cas, puisqu'on supposant une suite de dichotomies florifères, entre la fleur centrale et celles qui terminent les axes secondaires viendront s'en interposer de tertiaires qui fleuriront plus tard que les secondes, quoique plus intérieures. Il convient donc, en adoptant ce mot, de se souvenir qu’il ne doit pas être pris dans son acception rigoureuse.

§ 220. Tout cela posé, il est facile de prévoir combien, à la première inspection d'un ensemble de fleurs, nous serons aidéspour la détermination de son mode d'inflorescence par les rapports de position des fleurs développées à différents degrés. Si nous apercevons au centre ou en haut une fleur plus développée que celles qui sont autour ou au-dessous d’elle , nous savons de suite que nous avons affaire à une inflorescence définie ; si le haut ou le centre nous offre au contraire des fleurs moins développées? que le bas ou la périphérie, nous savons que l'inflorescence est indéfinie. Les degrés de floraison auxquels les diverses fleurs sont arrivées les unes par rapport aux autres nous indiquent d’avance les degrés des axes qui les portent, ou leur position relative sur un pédoncule commun.

§221. Nous avons, pour plus de clarté, supposé les cas les plus simples, ceux où l'inflorescence est peu ramifiée. Si elle l’est un i grand nombre de fois, l’examen se complique par la dispersion | d'axes du même degré dans un grand nombre de points de l'inflorescence. Nous l'avions déjà indiqué pour les cimes ; mais on en i peut dire autant pour une inflorescence indéfinie, par exemple, j pour une panicule, où des axes secondaires situés à différentes'! hauteurs portant médiatement chacun des fleurs de plusieurs degrés différents , on peut, vers le bas, trouver des fleurs moinsavancées que d autres qui leur sont supérieures , ce qui semble contraire à l’évolution centripète.

On doit remarquer que, dans ce cas, l'ensemble de l'inflorescence n est que la répétition d un certain nombre de groupes d de fleurs à peu près semblables disposés sur un axe commun : par exemple, qu’une panicule n’est, en général, qu’une réunion de grappes sur un même pédoncule. On est porté ainsi à admettre des -

FLOUAISON. 189

inflorescences composées, où dans l 'inflorescence générale (que seule nous avons considérée jusqu’ici ) on peut en distinguer plusieurs partielles, dont chacune dans sa floraison manifestera les lois que nous avons exposées. En comparant ensuite la floraison des unes à celle des autres , nous verrons que chacun de ces groupes de l'inflorescence composée peut être assimilé à une fleur d’une inflorescence simple; que, s'ils sont tous latéraux par rapport à l’axe , ils seront d'autant moins avancés qu’on les examinera plus haut, qu'ils se développeront de bas en haut ; que, si l'un termine ce même axe, il se développera avant les autres [fUj. 186), et même alors souvent la floraison de ces autres marchera de haut en bas : elle deviendra centrifuge. Nous sommes ainsi conduits à l'énoncé de cette troisième loi : Dans une inflorescence composée, les inflorescences partielles suivent, pour leur évolution relative, les mêmes lois que les [leurs dans une inflorescence simple.

On conçoit que la ramification d'une inflorescence peut se compliquer assez pour qu elle soit plusieurs fois déeomposablc : par exemple, une panicule générale en panicules partielles, chacune de celles-ci en grappes, etc. , etc.

§ 222. La floraison vient quelquefois révéler dans les inflorescences une disposition qu'il eût été impossible d’y reconnaître autrement : par exemple , dans les cimes contractées (§214), qu’on ne pourrait sans ce secours distinguer aisément des Capitules. Ainsi le chardon a foulons ( Dipsacus fullonum ) a ses fleurs réunies en longues tètes ellipsoïdes^que du premier abord on nommerait épis. Mais dans un véritable épi, la floraison devrait marcher régulièrement de bas en haut ; or ici„ «N elle commence à peu près en même temps à plusieurs étages , et l'on est porté à conclure que cet épi , en ap- c parenco unique, est composé par la soudure de plusieurs, dont un plus volumineux terminal. Ainsi, pour citer un autre exemple , YEchinops 200.

200. inflorescence du Dipsacus sylveslris. — On y voit les fleurs, séparées par de longues bradées pointues qui hérissent tout le capitule, se développer suivant plusieurs étages es cm e‘, dans chacun desquels les inférieures sont déjà épanouies, les supérieures à l'état de boutons.

j DO BOTANIQUE.

sphœrocephalus présente ses fleurs réunies en une boule où la lloraison marche de haut en bas , et non de bas en haut; et au lieu d’une capitule , on est conduit à y admettre une inflorescence composée et définie.

§ 223. 11 nous reste à parler de quelques inflorescences qui, par leur point de départ , semblent faire exception à la loi générale, puisque les pédoncules, qui ne sont autre chose que les derniers rameaux de la plante, devraient toujours partir de l’aisscllo» des feuilles , et qu’il se présente des cas où il paraît en être autrement.

Ainsi, on admettait autrefois une inflorescence radicale, comme si les fleurs eussent pu quelquefois naître immédiatement de la racine ; mais la définition même qu'on en donnait dès lors indique que la nature de cette inflorescence était bien comprise , qu’on avait bien reconnu que le raccourcissement extrême de la partie fouillée de la tige donnait lieu à cette illusion. Dans ce cas, dansla partie inférieure de cette tige, les entre-nœuds sont assez rapprochés pour cpie toutes les feuilles ( appelées elles-mêmes radicales) forment au niveau du sol une rosette du milieu de laquelle partent les fleurs qui terminent la tige ainsi contractée , ou partent des aisselles des feuilles ainsi ramassées. Mais souvent elles ne naissent pas aussi près du sol, et la tige nue continue à s'élever jusqu’à une certaine hauteur, où elle commence à porter des bractées et des fleurs : elle prend alors le nom de hampe ( scapus ). Di reste , l’inflorescence rentre dans les cas déjà connus. Les exemples: sont fréquents dans beaucoup de plantes bulbeuses , comme les Jacinthes, dans les Primevères, les Pâquerettes, etc., etc.

§ 224. On admettait aussi des inflorescences pétiokwres ou hier épiphylles , faisant ainsi naître les fleurs sur la feuille. Cesqualors le plus souvent on prenait pour une feuille le rameau qu. peut s'altérer ainsi dans sa forme, comme nous le verrons plu: bas (§ 236, /?</. 202). D'autres fois, c’est bien d’une feuille véritable que partent les fleurs : c’est qualors le pédoncule qui le: porte s’est soudé en partie avec la feuille à l'aisselle de laquelle i naît, soit avec son pétiole (comme dans YHelwingia, le Chaillettù et plusieurs Hibiscus), soit dans une plus grande longueur avec 1< limbe même (comme dans 1 eZostera). La feuille florifère peut êtn alors à l’état de bractée , comme dans le Tilleul , où il est facib de constater cette soudure partielle du pédoncule.

§ 223. C’est également par des soudures de parties ordinaire ment distinctes qu’on peut expliquer beaucoup d’ inflorescences extra-axillaires, c’est-à-dire qui semblent naître d’un autre poin

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