Déviation de la préfloraison tordue
FLEUR EN GÉNÉRAL. — PRÉFL0RÀ1S0N. 311
1 autre plus en dehors, et, dans ce cas, les sommets, ordinairement élargis, doivent s'imbriquer en cercle, chacun recouvrant d’un côté un de ses voisins et recouvert de l’autre : c’est la prélloraison tordue ( prœfl . conforta , [fig. 262, 2, p; 264, c] ). Quelquefois alors une petite déviation d’une des cinq folioles , en la rendant tout à fait extérieure, ramène la disposition spirale, mais telle qu’elles se trouvent toutes sur un tour do spire unique (fig. 265), qui se rapproche tant d’un cercle.
§ 397. Dans le bouton, chaque foliole, considérée indépendamment des autres, pourra quelquefois, de même que la feuille dans le bourgeon (§ 174), outre la modification qui résulte de l’arrangement mutuel des parties, en présenter un qui lui soit propre , être pliée sur son axe en deux moitiés qui s’infléchissent en dedans ou en dehors (auquel cas le bouton sera relevé d’autant d’angles saillants, séparé par autant de sinus et répondant à la nervure médiane ou à l’intervalle des folioles), être chiffonnée (corrugata) et souvent alors comme pelotonnée sur elle-même , ainsi que le sont les pétales observés dans le bouton du Pavot, etc., etc.
§.398. En étudiant, dans le bouton, les rapports possibles des parties, nous ne les avons examinés encore qu’entre celles qui appartiennent à un seul et même verticille : cherchons -les maintenant dans la succession de plusieurs. La disposition spirale pourra se continuer sans interruption de l’un à l’autre; c’est ce qu’on doit attendre dans les fleurs où la transition d’un verticille au suivant est graduelle, comme dans celles du Nénuphar blanc, dans le calice et la corolle du Magnolia, à tel point qu’on a quelquefois peine à déterminer les limites entre l'un et l’autre. Mais lors même que des verticilles différents se distinguent d’une manière bien tranchée par des formes et des couleurs toutes nouvelles, malgré ce brusque passage, la série spirale peut se continuer régulièrement, la première foliole du second verticille occupant à peu près sa place régulière après la dernière du premier, et les suivantes à leur tour se coordonnant sur elle. Cependant souvent aussi elle éprouve une interruption , comme s’il manquait plusieurs folioles intermédiaires entre la plus extérieure du nouveau verticille et la plus intérieure du précédent. Quelquefois même la direction de la spirale est intervertie: celle du calice marchait de droite à gauche, celle de la corolle marchera de gauche à droite.
§ 399. C’est un cas très-fréquent qu’on observe dans deux verticillcs successifs un mode de préfloraison différent : ce changement est constant et caractéristique dans plusieurs familles. Ainsi, par exemple, dans les Malvacécs (fig. 262, 264), les Convolvulacées,
la plupart desCaryophyllées (comme dans VAgrostemma yilhago), la préfloraison de la corolle est tordue: celle du calice est néanmoins valvaire dans les premières {fin. 264, c), imbriquée dans les autres. Ce dernier exemple sudit pour nous démontrer que, dans la même fleur, les parties d’un verticille peuvent être disposées en spirale, celles du voisin en cercle.
§ 400. En effet, dans ces parties accumulées sur un espace si borné, et où en général les insertions successives ne sont éloignées que par des intervalles très-petits et fort souvent tout à fait insignifiants, il ne faut pas chercher la régularité de rapports que permet un axe étendu en longueur ou en largeur, sur lequel toutes les parties peuvent croître à leur place et en leur temps. C’est pourquoi l’arrangement des parties de la fleur dans un même verticille, ou d’un verticille au suivant, est loin d’être invariable, et l’expérience apprend dans quelles limites il varie. L’ordre spiral, souvent interrompu, interverti , même complètement arrêté entre les parties de deux verticilles successifs, subit de fréquentes et légères modifications entre celles d’un même verticille. La disposition valvaire ou tordue offre beaucoup plus de fixité, et, comme elle indique des parties placées en cercle et toutes dans la même condition, il est presque nécessaire qu’elle se lie le plus habituellement à la régularité de la fleur. En effet, à Irès-peu d’exceptions près, les corolles et les calices à préfloraison valvaire ou tordue sont réguliers, tandis qu’on en rencontre presqu’autant d’irréguliers que de réguliers parmi ceux où la préfloraison dérive de l’arrangement spiral.
§ 401. La préfloraison ne fait qu’accuser plus nettement des rapports de position entre les parties de la fleur et permet de les déterminer plus facilement : c’est à leur importance qu’elle emprunte toute la sienne. Dans beaucoup de fleurs , l’épanouissement écarte ces parties, qui cessent de se recouvrir, de se toucher, et ces relations si manifestes dans le bouton s’effacent alors plus ou moins complètement. Mais il y a aussi un grand nombre de fleurs où elles persistent jusqu’à un certain degré. Ainsi la disposition quinconciale peut encore s’observer sur beaucoup de corolles de Rosacées ; celle des Apocynées restent toujours fortement tordues, et il n’est pas rare que celle des Malvacées conservent aussi des traces de cet agencement antérieur. 11 est clair que le rapprochement valvaire ne peut persister qu’en empêchant le bouton de s’ouvrir; on voit quelquefois les calices qui se sont maintenus dans cet état se fendre, ou latéralement par l’écartement de deux de leurs bords seulement, en se rejetant sur le côté en manière de spathc (par exemple, dans leGombaull , Hibheus esculenUm) . ou
circulairement par leur base en se séparant du reste de la fleur, qui les renverse ou les soulève en s’allongeant (par exemple, dans certaines Myrtacées, Calyptranthes , Eucalyptus). Le plus souvent les bords contigus, dans la préfloraison valvaire, ont une épaisseur qui peut aider à les faire reconnaître, même après leur écartement, tandis que les côtés qui se recouvraient sont ordinairement plus ou moins amincis. On peut s’en convaincre en comparant le calice d'une Rhamnée et celui d’une Alsinée.
§ 402. Nous n’avons pas parlé des organes de la fécondation , étamines et pistil, parce qu’ils ne s’étendent pas comme ceux des enveloppes en lames plus ou moins larges, et ne sont pas, d’après leur forme, susceptibles de ces divers modes de recouvrement, desquels on peut conclure ces modifications délicates dans la position relative des folioles calicinales ou des pétales. Il n’est pas impossible cependant de tirer, sur ce point même, quelques inductions de l’état de ces organes dans le bouton. 11 arrive quelquefois que tous les carpelles ou toutes les étamines d’un même verticille, quoique destinés à acquérir définitivement des dimensions égales, n’y arrivent cependant pas simultanément, mais que dans leur nombre quelques-uns se trouvent, par leur développement, un peu en avance des autres; et on est peut-être fondé à croire qu’ils se trouvent dans des conditions plus favorables que les plus tardifs, comme le sont, dans une rosette de feuilles, les extérieures par rapport aux plus intérieures. Si la comparaison porte, non plus sur un même verticille d’étamines, mais sur plusieurs à la fois, alors la position relative de ces verticilles est accusée dans le bouton beaucoup mieux que dans la fleur épanouie ; leurs cercles concentriques se dessinent nettement, au lieu de se confondre comme plus tard en un seul. C’est de cette manière qu’on voit souvent le verticille des étamines opposées aux pétales entourant celui des étamines alternes, tel que nous l’avons observé dans le Sedum (§ 376) : et sur ce point quelques boutons peuvent nous montrer un fait particulier propre à confirmer la conclusion que nous avons tirée de la position extérieure de ces étamines oppositipétales. Les cinq pétales des fleurs diplostémonées des Malpighiacées s’enveloppent successivement dans la préfloraison, comme autant de capuchons emboités les uns sur les autres. Or, dans quelques espèces, en enlevant le pétale le plus extérieur, on voit immédiatement devant lui l’étamine qui lui est opposée placée entre lui et les pétales suivants; puis, en enlevant ceux-ci successivement, on voit les étamines opposées à chacun d’eux s’interposer de même entre lui et le reste delà fleur (/ty.2 66). Comment cet cnchevètre-
ment et cette position de certaines étamines extérieures par rapport à celle de certains pétales s’expliqueraient-ils, si ces étamines formaient un verticille réellement distinct de celui des pétales et plus intérieur? N’est-ce pas un fait de même ordre que celui de la soudure fréquente entre les bases du pétale et de l’étamine opposée (§ 376), qui porte à penser que dans ce cas les uns et les autres sont des parties dédoublées d’un seul et même verticille ?
§ 403. Nous avons appris à déterminer, autant que le permet l’état actuel de la science, la position relative des parties de la Heur les unes par rapport aux autres; il convient de plus de la déterminer par rapport au reste de la plante. Pour y réussir, on cherche comment elle est placée relativement à l’axe d’où part son pédicelle.En prenant une partie quelconque de cette (leur pour point de repère, sa foliole la plus extérieure, par exemple, on peut supposer cette foliole tournée du côté de l'axe , ou du côté diamétralement opposé, ou à droite, ou à gauche. Or il est à remarquer qu’une de ces positions, quelle qu’elle soit, lorsqu’elle a lieu pour une fleur, a généralement lieu également pour toutes les autres fleurs de la même plante; et même on a constaté que cette uniformité s’étend quelquefois à toutes celles d’une même famille. Ainsi, dans les Scrofularinées et dans d’autres groupes voisins , il y a deux carpelles, tournés, l’un du côté de l’axe, l’autre du côté opposé ; si l’on trouve une fleur conformée en apparence comme celle des Scrofularinées, mais les deux carpelles tournés, l’un à droite et l’autre à gauche, on pourra prononcer que la plante n’appartient pas à l’un de ces groupes. Ainsi l’unique étamine qu’on voit se développer dans les Cannées et dans les Marantacées, regardant, dans les unes en haut, dans les autres de côté, suffit pour faire distinguer au premier coup d’œil ces deux familles voisines.
En général les folioles du calice se coordonnent sur la bractée qui accompagne la fleur, ou à son défaut sur le point de l’axe où elle eût dû se développer, de même que la série des feuilles d’un rameau se coordonne sur la feuille de l’aisselle de laquelle part ce rameau (§ 162). Lorsque le pédicelle se tord sur lui-même, ou lorsqu’il est allongé, grêle ou flexible, la position primitive de la
266. Diagramme du bouton de la fleur du Trioplerys ovala. On voit la position des diverses parties de la fleur par rapport à la bractée b, à l’aisselle de laquelle elle naît et qui, par conséquent, correspond à son côté externe dans l’inflorescence générale ; l’autre côté regardant l’axe.