‹ Cours élémentaire d'histoire naturelle ... BotaniqueChapitre 70 sur 258 · BOT AM QUI · texte numérisé non relu

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à la manière du lait et du sang, se partageant en deux portions, l’une liquide et transparente, l’autre coagulée et opaque; et dans quelques plantes on peut dire qu'il est presque animalisé. C est le seul liquide végétal où l'on trouve cette propriété.

§ 305. C’est dans les cellules de l'écorce que se forment encore ces combinaisons quaternaires désignées maintenant sous le nom d’alcaloïdes, parce qu’elles ont la propriété de se combiner avec les acides à la manière des alcalis. C’est, môme ainsi combinées , et seulement avec un petit nombre d'acides végétaux , qu on les rencontre pendant la vie. Les recherches modernes ont extrêmement multiplié le nombre de ces substances, qu'on désigne en général par la désinence en ine ( quinine, morphine, strychnine, etc., etc.). Naturellement ces recherches se sont dirigées sur les végétaux les plus remarquables par leurs propriétés; chacun a fourni ses alcaloïdes; plus d’un a lui seul en a fourni plusieurs différents. Ces alcaloïdes, extraits du même végétal, paraissent avoir entre eux une sorte d'affinité qui sera facilement comprise par tin exemple bien connu. L’écorce de quinquina en présente trois pour sa part, la cinchonine, la quinine et la cusconine ; toutes trois, dans la composition , ont 20 atomes de carbone, 21 d'hydrogène et 2 d’azote; la cinchonine a de plus 1 d'oxvgène, la quinine 2 et la cusconine 3 ; de sorte que les trois premiers éléments semblent se réunir ici pour jouer le rôle d'un corps simple qui , oxydé à trois degrés différents, fournirait les trois alcaloïdes connus. C'est dans ces substances que les propriétés les plus énergiques des végétaux paraissent résider, et le petit nombre de citations auxquelles nous avons dû nous borner nous a rappelé des médicaments ou des poisons bien actifs et bien célèbres.

§ 30G. Nous venons d’énumérer les principales substances qui se forment par la soustraction d'une portion d'oxygène. Si le contraire arrive, et que la proportion d’oxygène augmente, on aura des acides. Les acides végétaux, dont la chimie moderne a aussi beaucoup augmenté le nombre , se rencontrent bien rarement libres dans les tissus vivants, mais ordinairement combinés, soit avec les alcaloïdes , soit avec les matières alcalines inorganiques apportées par la sève. L’un des plus répandus est l'acide oxalique, remarquable par sa composition binaire, et très rapproché par elle de l'acide carbonique, puisqu’il ne diffère que par une proportion moindre d’oxygène , dont il renferme 3 parties pour 2 de carbone. Beaucoup sont des composés ternaires, comme les acides acétique, citrique, pectique, maliquo, tartarique, etc., etc.; très peu sont des composés quaternaires avec une proportion assez

forte d'azote , comme l’acide aspartique , etc. Quant à l'acide hydrocyanique , connu autrefois sous le nom de prussique , loin de devoir être rangé parmi les substances suroxvgénées , il ne renferme pas du tout d'oxygène, mais une énorme proportion d’azote, un peu plus de la moitié de son poids. Cet azote, uni à du carbone, forme une base, nommée cyanogène, qui s’unit ellemême à 3 parties d hydrogène pour former ainsi cet hydracide, qu’on trouve dans l’Amandier et dans plusieurs arbres de la même famille.

§ 307. La production des véritables acides, ceux qui résultent d’une augmentation dans la proportion de l’oxygène, doit être favorisée par la respiration nocturne, par laquelle cet élément pénètre abondamment dans le végétal : aussi est-ce dans les parties soustraites à l’action de la lumière solaire, ou colorées autrement qu'en vert, parties où ce mode a constamment lieu , comme les racines et les fruits, qu’on rencontre le plus grand nombre et la plus grande quantité d’acides. Remarquons que ce sont ces mêmes parties que nous voyons souvent devenir des dépôts plus ou moins considérables de fécule et de sucre , c'est-à-dire de ces matières, qui nous ont offert la combinaison de parties à peu près égales, d’eau et de carbone, et qui , sous l’influence de la lumière, se sont modifiées en prenant une plus grande proportion d’hydrogène et surtout de carbone. Il était nécessaire que , là où elles doivent s’accumuler, une fois formées elles ne fussent pas modifiées, ou qu’une fois modifiées elles fussent ramenées à leur composition primitive par la soustraction de l’excès de carbone fixé dans les parties vertes par la respiration diurne. Or c’est cet effet que doit produire l’autre période ou l'autre mode de respiration, et c’est ce qui explique peut-être le besoin d'oxygène manifesté par les parties souterraines, et l’influence favorable que peut avoir la nuit sur la végétation, en rétablissant l'équilibre après l’énergique action du jour.

§ 308. Au reste, cette absorption du gaz oxygène par les parties végétales n'est pas un phénomène qui soit propre à la vie. Si après la mort ces parties sont mises en rapport avec de l’oxygène et de l'eau, le premier disparaît en se combinant avec le carbone de la matière végétale , et il se forme de l'acide carbonique. Pendant cette combustion très lente , la matière change de forme et de couleur, et passe peu à peu à l’êtat d'une poussière noirâtre qui est connue sous le nom de terreau ou humus, et dans laquelle on retrouve les éléments qui y existaient pendant la vie ; mais leurs rapports sont altérés. Cependant une portion de carbone s’y trouve encore coin-

binée aux éléments de l’eau , et constitue un composé fort analogue à celui de l’amidon, dont il diffère par la moindre portion de l’eau ( 6 au lieu de '10 parties pour 24 de carbone ). Cette substance, qu’on appelle ulrninc, n’est pas soluble dans l’eau, mais elle le devient en se combinant avec les alcalis, ordinairement mêlés au terreau , dont la formation est accélérée par leur présence. La plupart des physiologistes lui attribuent un rôle très important pour la végétation; car une fois combinée, à la chaux, par exemple, elle se dissout dans l’eau; la plante, enracinée dans le terreau, l’absorbe; absorbée, elle n’a qu’à fixer quelques parties d’eau de plus pour arriver à la composition de l’amidon, et se trouve ainsi une riche source de matière organique. Cependant M. Liebig a récemment jeté quelques doutes sur ce point ; il objecte que Culmine demande pour se dissoudre 2500 fois son poids d’eau, et qu’en conséquence toute l’eau qui est absorbée par une plante ne peut, en dernier résultat,'en contenir qu’une très faible proportion; que cette eau a dû porter avec elle , puis laisser après sa décomposition dans les tissus la substance alcaline à laquelle elle était unie, et que cependant la somme de ces substances, qu’on peut constater dans les cendres de la plante, ne suppose aussi qu’une quantité d’ulmine tout-à-fait insignifiante. Il en conclut que la majeure partie du carbone renfermé dans la sève ne provient pas de cette source , mais bien de l’acide carbonique formé pendant la décomposition des débris végétaux dissous dans l’eau de la terre et absorbé avec elle par les racines. Quelque explication qu’on admette, la terre est pour la plante une source abondante de carbone, et d’autant plus fertile qu’elle en contient davantage dans un état qui facilite sa dissolution par l’eau.

§ 309. Nous avons vu cependant que le végétal, qui en puise dans l’air une grande quantité, pourrait à la rigueur se passer de celui de la terre , et qu’une graine réduite à l’eau pure pour nourriture unique a pu se développer en une plante assez parfaite. Néanmoins ce développement ne tarde pas à s’arrêter, et l'on ne voit pas se former de nouveaux tissus. Parmi les causes nécessaires de cet arrêt, qu il est facile de concevoir, se place en première ligne une considération que nous avons déjà plusieurs fois eu 1 occasion de présenter. Tous les tissus à l'état naissant se font remarquer par 1 abondance des matières azotées qu'ils contiennent, et qu’on peut en conséquence regarder comme une des conditions de leur premier développement. Or tout l’azote de la graine, où sa présence est d'ailleurs constante , ne doit pas tarder à être épuisé par l’accroissement de la plante, malgré la provision supplémen-

taire qu'elle puise quelquefois dans l’air. C'est donc à la terre qu'elle doit demander ce contingent d’azote qui lui est nécessaire pour continuer à croître.

§ 310. Ce que l’eau de la terre peut en contenir, soit par la dissolution de quelques sels terreux dans la composition desquels entre l’azote, soit par celle des vapeurs ammoniacales que lui apporte la pluie, serait loin de suffire, sans le dépôt t|ue viennent accumuler à sa surface les débris des végétaux et des animaux, ces derniers surtout riches en principes azotés. De là l’utilité des engrais là où l’homme veut multiplier certains végétaux entassés sur un espace borné, végétaux qui, le plus souvent destinés à la nourriture des animaux , doivent eux-mêmes fixer dans leurs tissus beaucoup de ces principes : de là leur nécessité dans le cas où ces végétaux, comme les céréales, par exemple, n'empruntent pas directement d’azote^ ^'atmosphère. C’est à l’étatd’ammoniaque qu’il se mêle d’abord à la sève.

§311.11 nous reste à examiner, parmi les matières fournies par la terre, celles qui appartiennent au règne minéral et leur influence sur la végétation. Cette influence peut être de deux sortes : l’une exercée par celles qui , ne pouvant se dissoudre dans l’eau , restent autour des racines mêlées aux débris végétaux et animaux dont la terre dite végétale est composée; l'autre par celles qui, dissoutes, s'introduisent et se mêlent avec la sève.

§ 312. On comprendra, sans qu’d soit besoin de longs détails, combien la première est puissante et comment elle varie avec la constitution primitive du sol. L'argile qui retient l’eau, le sable qui la laisse passer tout entière , présentent les deux conditions opposées et extrêmes dans lesquelles ne pourront vivre que des végétaux différents; et si nous nous rappelons le besoin impérieux que la plupart des plantes ont en même temps et de l'eau à l’intérieur et du contact de l’air pour leurs racines, on jugera qu’un mélange convenable de parties de nature différente, qui retienne une quantité suffisante d’eau et laisse circuler librement l'air, présente les conditions les plus favorables à la végétation. Les matières minérales propres à fixer l'acide carbonique et l’ammoniaque pourront ainsi en retenir autour du végétal une portion qui autrement se serait volatilisée , et la conserver comme en un dépôt qui s’ajoutera à la quantité fournie directement par l’air et à celle que l’eau pouvait déjà tenir en dissolution. C’est à une pareille cause que M. Liebig attribue l’heureuse influence du plâtre et des sels ferrugineux, parce que le plâtre, ainsi que les oxydes de fer et d’alumine , attire l’ammoniaque et forme avec elle un composé

solide dont elle est ensuite séparée peu à peu à chaque chute de pluie, pour être entraînée avec l'eau que pomperont les plantes voisines.

§ 313. Mais ce qui nous intéresse ici davantage, c'est la connaissance des matières minérales qui , elles-mêmes solubles , pénètrent et s'incorporent dans le végétal. Une fois introduites, elles peuvent ou conserver leur état liquide, ou se solidifier, ce qui arrive, soit par l'évaporation de l’eau qui les tenait en dissolution , soit lorsque dans leur trajet elles rencontrent des acides avec lesquels elles ont la propriété de se combiner en un sel insoluble qui dès lors reste fixé à la place où il s'est formé. Nous avons déjà indiqué (§ 20-22) les formes qu’affectent le plus ordinairement ces corps minéraux répandus dans les tissus de la plante et les places où ils se rencontrent le plus fréquemment ; c’est surtout près de l’écorce, siège le plus actif de l’évaporation. La proportion des substances minérales est généralement en proportion de l'activité delà végétation, puisqu'elle détermine le passage d’une plus prande quantité d’eau et par conséquent de matières minérales qui s’y trouvent dissoutes. La quantité de celles qui restent solubles pourra varier à diverses époques; celle des insolubles ne peut nécessairement aller qu'en augmentant avec l’âge.

Cette proportion peut facilement s'évaluer au moyen de la combustion. Le feu détruit sans exception toutes les matières végétales, et c’est encore là un de leurs caractères. Il ne détruit pas les matières minérales que la plante contenait , et dont le résidu forme les cendres. En pesant un corps végétal, puis les cendres provenant de sa combustion , on obtient donc le rapport cherché.

§ 31 4. Les substances minérales qu’on trouve le plus communément dans le végétal sont la potasse et la soude, la chaux, la magnésie, la silice et rarement l’alumine, quelquefois un peu de fer et de fnanganèse. Ces corps peuvent se trouver déjà à l'état de sels , combinés avec certains acides minéraux , les acides sulfurique, phosphorique , etc.; ce qui explique la présence du soufre et du phosphore dans quelques cas. Avec l’acide carbonique , la combinaison peut avoir eu lieu en dehors ou en dedans de la plante. Les sels qui se forment au-dedans par la combinaison avec les acides végétaux et méritent ainsi le nom de substances végétc-minéralesl résultent le plus souvent de celle de la chaux ou de la potasse avec les acides oxalique, malique, citrique, etc.

§ 315. Il est bien clair que la nature de ces composés est toujours corrélative à celle du sol où croît la plante. L'une ne peut recevoir que ce que l’autre peut lui donner. Mais le reçoit-elle

indifféremment? on d'autres termes, est-ee parce que tel lorrain renferme toiles substances minérales que la plante qui y croit les renferme elle-même , ou bien est-ce par cette raison même quelle croît sur ce terrain-là? Pour certains végétaux, la réponse ne saurait être douteuse. Ainsi la plupart des plantes qui croissent sur le bord de la mer renferment beaucoup de soude, provenant du chlorure de sodium ou sel marin; et elles ne croissent pas autre part , si ce n'est auprès des salines situées même au loin dans l'intérieur des terres, mais où elles retrouvent ce même sel. II leur est donc nécessaire: elles ne le prennent pas parce qu’elles le trouvent, mais elles se trouvent là parce qu elles peuvent l’y prendre. Certaines familles de plantes très naturelles , c’est-à-diro semblables par tous les principaux points de leur organisation , présentent dans leurs tissus les mêmes substances minérales , et on doit en conclure que la présence de ceux-ci est en rapport avec cette organisation. Celle des Graminées en offre un double exemple : ses fruits parfaits (dans les Céréales ) contiennent assez abondamment du phosphate de magnésie et d’ammoniaque; ses tiges, presque sans exception, de la silice qui vient encroûter leur épiderme et leurs nœuds (§ 20). C'est cette silice qui donne aux pailles leur faculté de se conserver longtemps sans pourrir, leur rigidité, leur dureté, telle qu’elle ébréche souvent la faux , et que la surface de grosses tiges , comme celle du Rotang, peut faire feu au briquet.

Cependant il arrive souvent que la même plante , croissant dans des terrains différents, ne présentera pas les mêmes sels. C’est, suivant M. Liebig, parce que certaines bases peuvent se suppléer y une l’autre : ce sont celles qui sont susceptibles d’entrer en combinaison avec les mêmes acides végétaux. Il pense même que les proportions de ces acides dans le végétal où ils entrent comme substances organiques sont soumises à une certaine fixité, et qu’en conséquence les bases qui sont venues s’unir à eux , quoique différentes suivant les terrains , se trouvent néanmoins à peu près équivalentes.

§ 316. Il est donc à croire que toutes ces substances, quoiqu’inorganiques , jouent un rôle important dans l'organisation ; que leur quantité et leur qualité sc trouvent dans un certain rapport avec les besoins des végétaux, constant pour une plante donnée ou pour une certaine classe de plantes. Les corps minéraux auraient donc une double influence sur la vie des végétaux : l'une générale, en fixant autour d'eux une plus grande provision de leurs principes essentiellement nutritifs; l’autre spéciale, en les pénétrant et leur

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communiquant des matériaux qui sc mêlent aux matières organisées sans pouvoir s’y assimiler, les excitant par leur présence ou les solidifiant, ou les neutralisant en partie; qui , malgré 1 ignorance où nous sommes le plus souvent de leur mode d action , paraissent nécessaires à l’exercice de la vie dont ils sont privés eux-mêmes , et qui enfin ne sont pas toujours les mêmes pour les végétaux différents. L’agriculture mêle à la terre comme amendements diverses substances inorganiques (plâtre, marne, cendres, etc.), quelle varie suivant la nature du terrain et suivant celle du produit qu elle veut favoriser.

§ 317. Excrétions. • — Le corps organisé a reçu à l' intérieur des matières venant du dehors ; il en a tiré , mis à part , sécrété , tout ce qui pouvait être employé à sa nourriture. H peut rester alors une certaine partie impropre à cette destination, et le corps tend à s’en débarrasser, à la rejeter en dehors, à Y excréter, suivant 1 expression usitée dans la science. Ces matières excrémenlitielles peuvent avoir conservé la composition qu’elles avaient en entrant dans le corps, ou bien , par suite des combinaisons opérées à l'intérieur, en avoir changé.

Dans les animaux ( en exceptant toutefois ceux que leur organisation moins parfaite place au bas de h échelle) les excrétions trouvent des voies préparées pour s’échapper au-dehors , le plus souvent des canaux destinés à cet usage et dits excréteurs : elles peuvent ainsi pour la plupart être plus facilement étudiées; mais il n’en est pas de même dans les végétaux. Il est vrai que de petits canaux excréteurs ont été observés par M. Ad. Brongniart dans les glandes qui garnissent le fond des fleurs de certaines Liliacées : mais on peut dire que ces canaux manquent en général , et les matières qui doivent être rejetées ne trouvent d’autres voies ouvertes que les mêmes qui servent à la transmission des matières nutritives. Quand elles ne s’échappent pas de glandes superficielles et directement ouvertes au-dehors , elles doivent donc s’échapper, soit par transmission à travers les parois de l’épiderme, soit à travers les stomates ou autres solutions de continuité naturelles qui peuvent exister à la surface du végétal.

§318. On doit distinguer trois classes de matières ainsi rejetées à cette surface et à tort confondues sous ce même nom d’excrétions :

1 0 Celles qui , étendues sur les surfaces , sont conservées pour les protéger, et continuent , par conséquent, à servir à la vie. Ce sont en général des matières résineuses ou de la cire, imperméables à l’eau , pouvant donc, au moyen de cette sorte de vernis , d’une

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part empêcher les effets de l'humidité extérieure sur les tissus, de l’autre modérer l’évaporation. Le premier usage s’observe, par exemple , sur les écailles des bourgeons de beaucoup de nos arbres, garantis par cette couche plus ou moins épaisse contre l’atmosphère froide et humide de l'hiver : ceux des Peupliers et des Marronniers d'Inde présentent cette exsudation résineuse à un degré remarquable. Le second usage doit se présumer pour la plupart des plantes qui la présentent en été, surtout si elles croissent dans des terrains arides et sablonneux où elles manquent souvent d’eau et ont intérêt d’en laisser échapper de leur tissu le moins possible par l'évaporation. Dans plusieurs parties du Chili ainsi que des Andes du Pérou, où le sol et l'air sont longtemps secs , un grand nombre d’arbrisseaux offrent ce caractère commun d’exsudations résineuses à leur surface. L’abondance de poils glanduleux ou de petites glandes sur les surfaces qui sont ainsi enduites est fréquente. Les Silene viscaria et nulans, le Lychnis visc-aria , la Fraxinelle surtout, en sont des exemples qu'on peut rencontrer facilement et communément.

Les matières cireuses ont un caractère et une utilité analogues. Ce sont elles qui forment cette poussière blanchâtre qui recouvre beaucoup de feuilles , cellesduchou , par exemple, et quelques fruits, comme la prune, le raisin , etc., sur la surface desquels elles forment ce qu'on appelle leur (leur. Si l'on plonge dans l’eau une de ces feuilles , on remarque qu’elle ne se mouille pas ; et d’autre part, comme, dans un grand nombre , c'est à la face inférieure , ordinairement siège actif de l’évaporation, que se montre ou exclusivement ou plus abondamment l'enduit cireux, il est permis d’en inférer qu’il est appelé à la modérer et à retenir les liquides à l’intérieur, ce qui est évident pour les fruits oit s’amasse ainsi un suc plus liquide et plus copieux. On ne découvre pas d’organe particulier sécréteur de la cire, qui se forme dans les cellules les plus extérieures et exsude do là au-dehors. Les tiges de quelques Palmiers, surtout du Ceroxylon andicola , sont recouvertes d’une couche épaisse de cette substance qui probablement a découlé de la base des feuilles.

La couche glaireuse qui enduit la plupart des plantes submergées dans l’eau de la mer ainsi que dans l’eau douce, a presque indubitablement aussi pour destination de protéger les tissus qu’elle revêt contre l’action du liquide environnant , où ils finiraient par se macérer. Mais la substance qui la forme est-elle produite dans ces tissus et exsudée ensuite au-dehors comme l’est la résine ou la cire? c’est ce qui est pins douteux , et M. Molli pense qu’elle n est

autre chose que la matière intercellulaire épanchée au -dehors (§15).

§ 319. 2" Les matières rejetées au-dehors peuvent être identiques avec celles qui sont conservées au-dedans. C'est une partie de celles-ci seulement extravasée; et il est évident qu alors on ne peut les considérer comme de véritables excrétions , c’est-à-dire expulsées en tant qu’impropres à la nutrition. Elles le sont devenues momentanément, parce que chaque corps ne peut consommer et tenir en dépôt qu’une quantité donnée de nourriture , et que l’excédant doit nécessairement chercher un écoulement hors de ses voies naturelles. Alors souvent I écorce, pressée de dedans en dehors par cette exubérance de matière , se fend et lui ouvre ainsi un passage. Par ces fissures s’écoulent des gommes, des sucs propres , des résines , ainsi que nous pouvons le voir sur quelques uns de nos arbres : les gommes sur les Cerisiers, Pruniers, et les résines sur les Sapins et autres arbres verts. La surabondance qui détermine ces écoulements s’accorde souvent avec la végétation saine et vigoureuse de la plante , et en est môme le résultat ; mais d'autres fois c'est plutôt fine maladie, une. sorte de trouble dans les fonctions. Dans cette suite de transformations chimiques que doivent subir les matériaux de la nutrition , il y a quelque condition en défaut , et par là quelque point d’arrêt. La substance qui se forme n’est pas reprise par les organes pour les combinaisons suivantes auxquelles elle devait servir; elle s’accumule, et peut môme dans quelques cas passer dans des combinaisons nouvelles et insolites.

Les matières dont nous avons parlé sortent à l’état liquide et coulent ainsi sur l'écorce, mais ne tardent pas à s’épaissir à l'air, et même souvent à se concréter en masses solides. 11 en est qui s’échappent sous une autre forme , comme les huiles essentielles , qui, se volatilisant , se dégagent à travers les tissus intacts.

§ 320. 3° Les matières impropres à la nutrition et rejetées audehors méritent seules le nom d’excrétions ; mais il est bien difficile de déterminer dans les végétaux celles qui sont réellement dans ce cas. Même les produits des glandes que nous voyons s’écouler .ou se volatiliser à l'extérieur peuvent nous laisser à cet égard quelque doute, puisqu'il serait possible qu’ils fussent en partie résorbés pour être reportés dans la masse du fluide nourricier, et qu’alors la partie qui se perd à l'extérieur ne fût, comme dans le cas précédent, qu’un excédant dont les tissus se débarrasseraient. Mais existe-t-il une voie générale par laquelle le corps végétal , après avoir épuisé dans les substances nutritives toutes les

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particules qu'il doit s'assimiler, dirige au-dehors toutes celles qui y sont impropres? Beaucoup d'auteurs ont pensé que c’était une des fonctions des racines, et cette théorie semble justifiée par lo raisonnement. La sève, entrant par les racines, a parcouru d’abord tout le corps ligneux, puis s'est complètement organisée dans l’écorce, par laquelle elle redescend, fournissant dans ce trajet à toutes les parties les éléments de la nutrition, et revenant ainsi dans les racines, aux extrémités desquelles ell > doit arriver dépouillée en partie de tous ces éléments qu’ell > a distribués sur la route. La question est de savoir si là le résidu est rejeté au-dehors comme excrément, ou repris au-dedans et mêlé à la sève encore imparfaite, comme le sang veineux dans les animaux. 11 est de fait que, sur beaucoup de racines, on peut observer autour des extrémités de petits grumeaux ou des flocons d’une matière qui a l'apparence d'une gelée ou d'un mucilage, et absorbe l’eau en se gontlant. C'est elle qui entraîne souvent ces petits grains de terre ou de sable qu’on trouve collés au bout des racines, avec quelque soin qu’on les détache. Il est difficile de ne pas croire que ce soit là une excrétion de ces racines.

Mais doit-on en conclure que c’est un résidu formé par les particules du fluide nourricier impropres à la nutrition? Les expériences de M. Macaire semblaient le mettre hors de doute, tant d’après l'analyse de quelques unes de ces matières comparées aux substances nutritives des mêmes plantes que d’après l’observation que diverses solutions de sels vénéneux (acétate de plomb, nitrate d’argent, etc.), absorbées par une plante dont on plaçait ensuite les racines dans l’eau pure, ne tardaient pas à se retrouver dans cette eau : d’ou l’on concluait que la plante s’était débarrassée par cette voie de la substance impropre ou contraire à l’entretien de la vie. Mais des expériences semblables n’ont donné à MM. Unger, Meyen et Walser que des résultats négatifs. Il est donc difficile de rien affirmer encore à ce sujet.

§ 321 . Cette doctrine, une fois admise, pouvait mener à d’importantes conséquences. Si elle est vraie, la plante accumulerait ainsi dans la terre autour d’elle des matériaux impropres à la nourrir désormais : ce qui expliquerait comment ces racines sont toujours obligées de s’étendre pl us loin pour aller chercher leur nourriture, et comment un arbre languit à la place où un autre de même espèce l’a précédé. Il est des plantes qui se nuisent évidemment par leur voisinage; il en e§t d'autres, au contraire, qui prospèrent rapprochées. C’est que, les excrétions radiculaires variant suivant les végétaux, les matériaux rejetés par l'un pourraient être

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éminemment nuisibles à un autre, ou, au contraire, lui convenir, comme on voit les excréments de quelques animaux pouvant servir de nourriture à d’autres : les plantes qui se fuient seraient dans le premier cas; celles qui se recherchent, dans le second. L’agriculteur, dans la culture des plantes annuelles , ne peut, en général , tirer du même terrain plusieurs bonnes récoltes successives de la même; il a donc soin de les varier, et l’expérience lui a enseigné quelle culture doit remplacer telle autre, et repose le sol au lieu de l’épuiser. C’est ce qu’on appelle l’art des assolements, qui ne serait qu'une application de la théorie précédente, et s’éclairerait de toutes les recherches faites sur la nature de ces excrétions par les racines.

Ajoutons c< pendant qu’elle n'est pas nécessaire pour expliquer tous les faits cités. Il est clair, en effet, qu’une plante croissant dans un terrain lui aura enlevé une plus ou moins grande quantité de matières propres à sa nutrition ; qu'une plante de môme espèce, venant à la lemplacer avec les mêmes besoins, pourra ne plus en trouver pour elle en quantité convenable; tandis qu'une plante d une autre espèce, avec des besoins différents, pourra y rencontrer et la nature et la quantité des matières qu'il lui faut. Des expériences récentes que nous avons citées jettent surtout un grand jour sur cette question. Il y a des végétaux qui, comme les Céréales, puisent tout leur azote dans la terre; il y en a qui, comme certaines Légumineuses, peuvent en puiser dans l'air. Les secondes pourront donc, sans être affamées, remplacer les premières. Or la succession des Céréales et des Légumineuses est un des assolements le plus communément en pratique. Dans l'intervalle de plusieurs cultures ainsi variées avec intelligence , la terre tend à reprendre sa composition première sous l'influence incessante des agents atmosphériques.

§ 322. Ce serait peut-être ici le lieu de parler des couleurs dans les végétaux, ainsi que de leur chaleur propre; car ces différents phénomènes dépendent, comme la plupart de ceux que nous avons précédemment exposés, de compositions et décompositions chimiques. Néanmoins, comme c'est dans les fleurs que les couleurs s’observent avec plus de variété et d’intensité; comme c’est par le développemen t des tleurs que celui de la chaleur se manifeste plus sensiblement, nous ajournerons (§ 620-648 ) ces questions au moment où nous aurons appris à connaître en détail la fleur, que jusqu'ici nous avons considérée Seulement dans ses rapports avec le reste du végétal.

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