CHEZ BÉCHET, JEUNE, LIBRAIRE
place de l’école de medecine, n" 4.
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La nécessité d’un ouvrage sur l’hygiènese fait vivement sentir ; la plupart de ceux que nous possédons sont fort insuffisans , ou ont beaucoup vieilli. Il est bien malheureux que les occupations trop nombreuses du savant professeur Hallé , qui peut être regardé comme le fondateur de l’hygiène en France , l’aient toujours empêché de publier en corps d’ouvrage le résultat de ses immenses travaux ; aujourd’hui les soins qu’exige sa santé, si chère et si précieuse aux sciences, ne nous permet pas d’espérer qu’il en fasse bientôt jouir le public : et ce fâcheux motif nous a déterminés à exécuter une entreprise que nous n’aurions pas songé seulement à tenter si nous avions pu penser qu’il publiât quelque ouvrage sur cette matière. La vie glorieuse et toujours active des camps nous a sans doute privé des préceptes lumineux que le célèbre professeur Desgenettes aurait pu donner sur le même sujet. A défaut des productions de ces grands maîtres, il est certes bien fâcheux pour le public d’être réduit à nos
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recherches. Sentant tout ce que notre position a de désavantageux , on pense bien que nous avons dû redoubler d’efforts pour nous faire pardonner notre témérité. Nous n’osons nous flatter d’avoir réussi.
Mais repoussant toute fausse modestie, nous devons avouer que les écrits qui existent sur l’hygiène, loin de nous détourner de notre entreprise, ont été pour nous un motif d’encouragement. Nous avons un grand nombre de traités sur cette matière , et jamais on ne put dire plus à propos que nous vivons dans le sein d’une stérile abondance.
L’ouvrage de Tourtelle, le plus classique de tous, fourmille d’erreurs de tous les genres, de contes puérils, de digressions oiseuses. Nous prenons au hasard quelques passages pour faire voir combien ce livre est peu digne de la faveur dont il a joui :
« Dans les pays chauds , les chairs des ani- « maux sont plus compactes et plus dessé- « chées , et les humeurs plus concentrées et « plus cilcalescentes ; on y a observé que les « os des animaux qui y vivent sont plus durs « et plus pesans que dans les autres pays. » Lt plus bas : « On est étonné que ceux qui font « habituellement usage de ces substances al-
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« calescentes , n’éprouvent pas les effets de la « putréfaction ; mais le suc gastrique jouit à « un degré éminent de la vertu antiseptique;
« néanmoins cette puissance anti -septique a « des bornes, et à la longue les hommes carte nivores deviennent affectés de maladies « putrides et se décomposent. » Et au-dessous :
« On dit que le poète Lucrèce perdit la raison « pour avoir avalé du sang que sa femme lui « fit prendre dans l’espérance de se l’attacher « davantage. » Et nulle réflexion ne signale cette absurdité! Un peu plus loin : «L’agneau « est le symbole de la douceur ; le mouton , « celui d’une imitation stupide et servile; et « le belier, chef du troupeau, a été placé « parmi les signes du zodiaque ; c’est lui qui « ouvre le printemps. La brebis fut le sujet de « la première empreinte des monnaies; le « mot pecuniax ient d epecus.'» Ne voilà-t-il pas de jolies règles diététiques? M. Barbier s’est borné à faire un traité d’hygiène appliqué à la thérapeutique , où cette partie n’est pas complète, et l’ouvrage n’est pas achevé. On trouve dans la traduction abrégée qu’Odier de Genève a donnée en français de l’ouvrage volumineux et diffus de Sinclair, des préceptes sages et lumineux;* mais divers sujets sont
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trop détaillés et un grand nombre sont passés sous silence; la partie physique et chimique a vieilli; ce livre est incomplet sous tous les rapports. L’ouvrage moral de Hufeland sur l’art de prolonger la vie mérite les mêmes reproches . Celui de W illich, traduit par M. Itard, est encore plus blâmable et plus insuffisant. Quant aux écrits des siècles passés, qui traitent du même sujet, ils renferment souvent des réflexions sages, des considérations profondes sur différentes parties ; mais les découvertes récentes des sciences physiques et naturelles ne permettent plus de les consulter que comme monumens historiques; la plupart do ces ouvrages sont d’ailleurs devenus d’une extrême rareté.
Le moment de publier un ouvrage de ce genre était donc arrivé; mais ce n’est pas seulement aux médecins et aux élèves qu’un livre sur cette matière peut être utile. Les gens du monde qui parlent si souvent à tort ou à travers des choses qu’ils ne connaissent pas, et surtout de la médecine , la plus difficile des connaissances humaines , pourront y puiser, si non des notions superflues, qui ne leur seraient utiles que pour donner à leur conversation un vernis scientifique ridicule, du moins
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des préceptes qui pourront leur être avantageux.
On fait de l’Hygiène, c’est-à-dire on use des moyens que la nature nous a donnés pour satisfaire nos besoins, comme le bourgeois gentilhomme faisait de la prose; avec cette différence cependant que sa manière de tourner son compliment était la plus naturelle et la meilleure, tandis que la plupart du temps on se conduit en dépit du sens commun. A voir l’indifférence avec laquelle on s’expose à toutes sortes d’influences meurtrières, on dirait que chacun est dégoûté de la vie , que c’est ce dont il fait le moindre cas; on prodigue son existence, on détruit sa santé, comme si c’étaient les ch oses du monde les moins dignes d’estime. Une jeune personne consume ses nuits au bal, dans un espace étroit, au milieu de la poussière , dans un air vicié par les émanations de cent individus plus ou moins bien portans, altéré par la combustion de cent flambeaux; et les mères irréfléchies, pour ne rien dire de plus, qui conduisent leurs filles dans ces lieux funestes, ne songentpasqu’elles leur enlèvent, et la beauté dont elles veulent faire parade, et la santé qui devrait faire leur bonheur. Un hiver passé dans ces plaisirs nui-
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sibles leur ravit leur fraîcheur , et détérioré leur constitution pour toute la vie. Ce jeune homme , emporté par son amour-propre plus que par ses besoins réels , épuise prématurément la faculté précieuse de se reproduire auprès de quelque Messaline insatiable ; il y perd son intelligence, il y corrompt son cœur, il y détruit sa santé ; il fait avorter les plus beaux fruits que la nature le destinait à produire; il est désormais incapable des inspirations du génie, des sentimens généreux d’amour de la patrie et de ses semblables ; il ne sera plus qu’un squelette ambulant, importun à lui-même , à charge à la société. Cet adulte que plus d’expérience devrait rendre plus raisonnable , s’il ne commet plus les mêmes excès, c’est que la nature lui en a ravi les moyens; il est d’ailleurs incapable de plaire; aussi passe -t- il à table une partie de son temps, il fait un dieu de son ventre. Mais son intempérance , amenant à sa suite la cohorte tout entière des maladies, ne tarde pas à lui faire payer chèrement le plus abject des plaisirs. La paresse tient celui-ci au lit une partie du jour, et amène des résultats non moins funestes; la colère emporte celui-là; l’envie ronge l’un, l’ambition dévore l’autre, et un troi-
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sième croupit dans la malpropreté. L’espèce humaine est assaillie de maladies que lui ont procurées la corruption et le luxe. La plupart de nos affections sont dues à nos imprudences, à notre inconduite, à nos fautes. Quelquefois, à la vérité, ces fautes sont pardonnables. On ne peut empêcher un homme d’état d’être surchargé de travail ; l’insensé sacrifie à son ambition effrénée le plus beau don que lui ait fait la nature! On ne peut empêcher un médecin de se lever la nuit , de sortir encore tout en sueur, de s’exposer au froid , à la pluie, à la neige, à la contagion, pour porter ses secours àl’infortuné qui souffre ; on ne peut empêcher un savant de consumer ses veilles dans les méditations ; une mère malheureuse , de s’épuiser de travail pour donner du pain à ses enfans ; enfin on ne peut empêcher la classe entière des indigens d’être privée des premiers objets de nécessité, etc; mais il n’est que trop vrai de dire que , la plupart du temps, nos maladies n’ont pas des excuses aussi légitimes, et qu’ elles ne reconnaissent d’autres causes que nos vices , nos excès, ou notre ignorance. Lorsqu’un individu tombe malade, il appelle son médecin et lui dit : « Guérissez- « moi , je vous paierai ; » comme si l’on ven-
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dait de la santé comme on vend de 1 orviétan. On se plaint qu’il meurt plus de monde que jamais, qu’il n’y a jamais eu tant de malades, ni tant de médecins. Eh ! bon Dieu ! nous le savons bien ; mais c’est votre faute , et non la nôtre. Vous voudriez garder vos travers et vos vices, et exiger de nous que nous vous fissions bien porter. Ce serait fort commode, en effet. Commencez par réformer vos habitudes , et nous vous guérirons , ou plutôt vous n’aurez plus besoin de nous que pour des cas inévitables bien rares. Les malades , les morts , les médecins , diminueront alors. Mais dites à un ivrogne que pour ne pas mourir d’apoplexie, de pléthore, ou d’hydropisie , il faut qu’il mette de l’eau dans son vin; il vous répondra : « J’aime mieux mourir jeune, « et boire ; » ou bien : « Je me ferai saigner. »
Mais, comme tout le monde n’est pas tel que l’ivrogne , et que , dans beaucoup de cas , on ne pèche que par ignorance , nous pensons que c’est un service réel à rendre à la société que de faire connaître l’influence des divers a gens de la nature sur l’économie animale.
La première, et peut-être la plus grande difficulté qui se présentait dans cette entreprise ,
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c’était de classer les nombreux matériaux dont l’hygiène se compose. Les classifications établies jusqu’à ce jour me paraissent ce qu’on peut voir de plus vicieux en ce genre , ou, pour mieux dire, il n’en existe pas. J’ai pensé que la manière la plus avantageuse de classer tous les objets qui peuvent avoir sur le corps humain quelque influence , c’était l’ordre anatomique des fonctions. Quel ordre en effet plus positif et plus lumineux pourrait-on établir, que celui qui est dicté par l’organisation elle-même ? Cette méthode était loin d’être sans difficultés. J’ose me flatter cependant d’avoir réussi sur ce point, comme on pourra en juger par le tableau annexé à cette préface. Cet ordre est tellement naturel, que les objets semblent s’enchaîner , s’appeler à la suite les uns des autres, par les connexions, par les analogies les plus irrésistibles.
L’hygiène considère l’homme réuni en société, ou vivant isolé; elle porte son examen sur l’ensemble ou sur l’individu. Dans le premier cas, elle a reçu le nom d 'hygiène publique, et dans le second , celui d’ hygiène individuelle ; c’est de cette dernière , qui est plus particulièrement du ressort du médecin, que nous
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allons traiter dans cet ouvrage. L’ hygiène individuelle se divise naturellement en hygiène générale, c’est-à-dire qui convient à chaque individu, inde'pendamment des circonstances de l’âge, du sexe, de la constitution, etc., et en hygiène spéciale, ou celle qui convient à chaque constitution, à chaque sexe, à chaque âge , aux idiosyncrasies , aux professions , etc. Nous traiterons de l’hygiène sous ce double rapport. Notre travail est divisé en trois parties. Dans la première , nous examinons les différens états de l’organisme. Dans la seconde, nous traiterons des moyens de modifier l’organisme , mais d’une manière générale; dans la troisième, nous appliquerons d’une manière spéciale les préceptes de l’hygiène aux diverses modifications de l’organisme. La seconde partie est sous- divisée , comme nous venons de le dire , d’après l’ordre des fonctions , et nulle méthode ne fut jamais plus naturelle ; on s’étonnera sans doute quelle n’ait pas été adoptée plus tôt.
En effet les agens hygiéniques sont hors de nous , ou dans nous. i° Les agens extérieurs agissent (a) par leur introduction dans notre corps, [b] par leur introduction et leur application, (c) par leur application seule, médiate ou
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immédiate. 2° Dans nous, ce sont les sens et l’encéphale, ses annexes et ses dépendances , les organes des mouvemens, et ceux de la génération. La première de ces deux classes comprend la vie individuelle, la vie organique; et la seconde, la vie animale ou de relation. A la vérité la plupart de ces agens déterminent des changemens dans toutes les fonctions , en modifiant tous les organes; mais leur action première, la plus forte, la plus manifeste, est ordinairement facile à saisir. C’est ainsi que les alimens, les boissons, les assaisonnemens, agissent d’abord sur l’appareil digestif ; l’air, sur le poumon, le sang et le cœur; les bains , les vêtemens , sur la peau ; etc.
C’est cette action première qui a déterminé le lieu que devait occuper l’agent hygiénique qui la détermine.
Les objets que l’hygiéne publique embrasse sont de la plus grande élévation. Peutêtre nous en occuperons-nous quelque jour. Voici les principaux sujets dont nous traiterions. i° Influence de l’état social sur l’homme; 2° influence du mode de gouvernement , de la liberté , de l’esclavage , de leurs divers degrés , de leur combinaison ; 3° influence des croyances et des pratiques reli-
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gieuses sur l’homme ; 4° influence des mœurs et des coutumes sur l’homme ; 5° règles d’hygiène navale, militaire, etc. Lois sanitaires , constructions des villes, édifices publics, gymnases, promenades, lieux d’assemblée, spectacles , hôpitaux , prisons ; commerce , agriculture , topographie, etc. , etc. Mais pour traiter de pareils sujets avec toute la force et la profondeur qu’ils exigent , il est nécessaire que l’auteur se trouve dans cette liberté de penser, sans laquelle il ne peut y avoir de grandes conceptions.
Pour revenir à la partie qui nous occupe dans ce moment, établir une classification méthodique, était bien certainement avoir fait un grand pas ; mais ce n’était pas là la seule difficulté à surmonter. Il existe pour les auteurs qui traitent de l’hygiène un grand écueil à éviter ; la matière donne une grande prise à l’ironie. Il est assez naturel de rire d’abord d’une grave dissertation sur le blanc ou le jaune de l’œuf, sur les souliers , les cravates , les bottes , les biscuits ou les blancsmangers. Tous ces sujets, par cela meme qu’ils sont familiers au lecteur, lui paraissent de la dernière trivialité. Cependant, si l’on réfléchit un moment à l’immense influence que
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peut exercer sur l’économie animale le moindre de ces objets, on s’étonnera peu que les plus grands génies dans la médecine, dans la philosophie , ou dans l’art de gouverner , aient dirigé toute leur attention sur ces matières. Les médecins n’ignorent pas que les plus célèbres chimistes s’occupent journellement de ces objets d’économie domestique. Le savant et philantrope Parmentier a fait un traité sur la manière de faire le pain ; il a écrit d’excellens ouvrages sur les pommes de terre; le célèbre Vauquelin a analysé presque toutes les matières alimentaires ; M. D’Arcet a assaini les laboratoires des artisans, et appris à faire de bon bouillon ; M. Chaptal est connu par une multitude de services de ce genre ; le profond anatomiste Campera fait un traité sur les souliers. Il est vrai qu’un petit-maître bien ignorant et bien ridicule haussera les épaules de pitié , si on le blâme de ce qu’il s’étrangle avec sa cravate; mais cela doit peu nous arrêter. On sait que le salut ou la ruine des empires a souvent dépendu du régime alimentaire des peuples ou de leur manière de se vêtir, et nous pensons que ces résultats ne sont pas indignes de l’attention du philosophe. Le Perse, ne mangeant que
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du cresson, subjugue les peuples d’Asie; le Perse , adonné au luxe de la table, est subjugué par le Lacédémonien mangeant du brouet noir. Une armée anglaise est vaincue, et par les armes de ses ennemis , et surtout par le climat humide et froid de la Flandre; on donne une camisole de flanelle aux soldats qui lui succèdent; ils battent l’ennemi , et retournent sains et victorieux dans leur patrie. S’étonnera-t-on de l’importance qu’on ajoute à des objets minutieux en apparence, mais qui peuvent ainsi changer le sort des peuples ?
Il me reste à rendre compte de la manière dont j’ai exécuté ce livre.
Il m’eût été facile , avec les recherches que j’ai faites , de hérisser mon texte d’une multitude de citations , et de paraître ainsi bien plus érudit que je ne le suis réellement; ce n’est cependant pas ce que j’ai cru devoir faire. Ces citations fatiguent le lecteur, surchargent de vains mots la mémoire des élèves , et vous parent , la plupart du temps , d’u n mérite emprunté. Mais , comme il me serait tout aussi pénible qu’on m’attribuât des pensées que je n’ai fait qu’adopter, je déclare que j’ai puisé aux meilleures sources, que j’y ai
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pris tout ce qui m’a paru utile et convenable. Dans la plupart des cas , j’ai indiqué les ouvrages; dans quelques autres, j’ai négligé de le faire. Pour rendre à chacun ce qui lui appartient, voici les noms des principaux auteurs dont les travaux m’ont été le plus utiles. Je les transcris par lettre alphabétique : Adelon , Alibert , Barbier, Béclard, Beudant, Biot, Cabanis, H. Cloquet, Chomel, Cho* part, Cornaro, Cuvier, Delivet , Duméril, Hallé, Haüy, Hippocrate, Hufeland, Itard, Lamarck, Landré-Beauvais, Leroy, Magendie, Mahon , Marcart, Nysten , Odier, Ochier, Orfila, Pinel, Ramel, Richerand, Rousseau, Roussel, Schwilgué, Sinclair, Tissot, Tourtelle, Virey, Voltaire, Willich, Zimmermann. Il faut ajouter à cette liste, les dictionnaires de médecine, les écrits périodiques, quelques dissertations, et quelques autres écrivains dont les noms se trouvent dans le courant de l’ouvrage. On me dira peut-être qu’après avoir pillé tant d’auteurs, il ne doit pas y avoir grand’chose de ma façon; je crains peu ce reproche; j’ai plus consulté pour rejeter que pour m’approprier. Je suis plus enclin à secouer le joug de la routine et des autorités qu’à courber sous leur poids. Le
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reproche de n’avoir voulu penser que par moi-meme serait sans doute plus fondé ; d’ailleurs , s’il est permis de faire une comparaison aussi avantageuse , reproche - 1 - on à l’abeille les sucs des fleurs dont elle a composé son miel. Les lecteurs qui connaissent les ouvrages d’hygiène jugeront au reste de la différence qui peut exister entre ces ouvrages et celui-ci.
A l’égard du style employé dans cet écrit, j’ai cherché avant tout à être clair , à ne dire que ce qu’il fallait, tout ce qu’il fallait, et comme il le fallait. J’ai donc cru pouvoir orner de quelques fleurs tous les sujets qui m’en ont paru susceptibles. Autant que j’ai pu, j’ai mis de la richesse dans mes descriptions, de la vivacité, de la brièveté dans mes récits, de la simplicité et de la force dans mes passages polémiques. Ce n’est qu’avec les plus grands ménagemens que j’ai passé de la simplicité à l’élégance et à l’élévation. Je ne me dissimule pas que les esprits sévères pourront me reprocher, dans certains endroits , trop de recherche et de prétention , comme peu compatibles avec la gravité des sciences ; mais pourquoi les condamner cà une fastidieuse et repoussante sécheresse ? D’autres , au contraire ,
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reconnaîtront des négligences et de l’aridité dans les discussions scientifiques ; mais je leur répondrai que Quintilien et Rollin , ces grands maîtres en l’art d’écrire , non-seulement ne condamnent pas ces négligences, mais même en font un précepte : « il ne faut pas , disentils, que fauteur, dans les discussions sévères, ne paraisse occupé que de la forme; il fera voir, au contraire, qu’il était entièrement maîtrisé par son sujet, s’il laisse échapper quelques négligences ». Cependant je dois avouer que s'il reste quelques-unes de ces taches, j’ai fait tout mon possible pour les faire disparaître. Enfin depuis mes premières études, je n’ai jamais cessé de réfléchir sur l’art d’écrire, de transmettre aux autres nos pensées de la manière la plus convenable et la plus utile au triomphe de la vérité. J’ai fait tous mes efforts pour me former l’oreille à l’harmonie, la plus séduisante , et peut-être la plus importante qualité de l’orateur, puisque, comme le disait un grand homme de l’antiquité, on ne prend les auditeurs que par les oreilles. Le lecteur initié dans les secrets de fart d’écrire n’ignore pas combien d’étude et de travail se masquent sous une apparente facilité ; familier avec l’artifice et le mécanisme
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du langage, capable d’apprécier le choix et la convenance des mots , la justesse des épithètes, la rondeur des périodes, le naturel des transitions , il saura combien il en coûte pour atteindre la perfection en ce genre, et sera plus indulgent pour les efforts que j’ai faits, fussent-ils même restés sans fruit. Je compte même avec d’autant plus de sécurité sur cette indulgence, qu’il aura plus réfléchi sur cet art difficile. J’ai fait une étude assidue de tous nos bons auteurs, tant prosateurs que poètes. Je n’ai pas négligé les richesses littéraires des autres peuples, tant anciens que modernes; je me suis pénétré des préceptes d’Horace, de Cicéron, de Quintilien, de Rollin et de Laharpe, et je les ai constamment suivis; puissé-je l’avoir fait avec goût et discernement!