COMBINAISON DU BROME AVEC L'HYDROGÈNE
Acide brômhydriquey HBr.
§ 193. Le brome se combine avec T hydrogène beaucoup plus difficilement que le chlore. Ainsi un mélange d'hydrogène et de vapeur de brome ne prend pas feu à l'approche d'une allumette enflammée, et peut être exposé aux rayons directs du soleil sans que la combinaison ait lieu ; mais cette combinaison s'effectue si l'on fait passer le mélange à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge. La combinaison se fait plus complètement quand le tube est , rempli de mousse de platine et chauffé seulement jusqu'à 400*
Lorsqu'on traite du bromure de sodium par de l'acide sulfurique concentré, il se dégage un gaz acide, fumant à l'air : c'est l'acide brômhydrique ; mais ce gaz n'est pas pur, il renferme de l'acide sulfureux et de la vapeur de brome; cela tient à ce que l'acide brômhydrique est décomposé par l'acide sulfurique concentré. Il se forme de l'eau, de l'acide sulfureux et du brome.
Acide brômhydrique. . { Sfcne.. j .,„
Acide sulfurique. . . . . . ?^¥/"^;, * ' *
^ I Acide sulfureux.
HBr-|-S05 = S0* + H0 + Br.
On obtient du gaz acide brômhydrique pur, en décomposant, par une petite quantité d'eau, du bromure de phosphore.
I Brôrae v
Phosphore.. {Acide phospho- N.
[Oxygène....! reux. >Acide brômhydrique.
I Hydrogène /
La réaction est représentée par l'équation suivante :
PhBr^ + 3H0 = PhO'» + 3nBr.
On fait cette expérience dans l'appareil représenté fig. 237, et qui consiste en un tube contourné ahcde ouvert aux deux bouts. On
Bromure de phosphore. . | ^»*^«»e.
Eau l?.^Xërén
place en d quelques morceaux de phosphore, et Ton remplit la branche de de petits fragments de verre mouillés. Par Fouverlure a on verse le brome, qui se rend en b. On chauffe la courbure b avec un
seul charbon que Ton approche Fig. 237. plus ou moîns; le brome se volati-
lise, rencontre le phosphore, avec lequel il se combine ; le bromure de phosphore formé se détruit immédiatement au contact de Teau et produit de Tacide phosphoreux qui reste dans le tube, tandis que le gaz acide brômhydrique se dégage et peut être recueilli sur le mercure. Il est nécessaire de mettre très-peu d'eau dans le tube, sans quoi Facide brômhydrique s'y dissoudrait entièrement. Le gaz acide brômhydrique ne doit pas être conservé longtemps sur le mercure, parce que ce métal le décompose lentement; il se forme du bromure de mercure, et Fhydrogène devient libre.
L'acide brômhydrique est un gaz incolore, acide, fumant à Fair, sa densité est 2,731. 11 est décomposé par le clilore, qui s'empare de Fhydrogène pour former de Facide chlorhydrique, et met en liberté le brome, qui apparaît sous la forme d'une vapeur brune. Si Fon met ' le chlore en excès, il se forme du chlorure de brome. L'acide brômhydrique est extrêmement soluble dans Feau ; une dissolution concentrée répand des fumées abondantes à Fair.
§ 19^. L'analyse de Facide brômhydrique se fait comme celle de Facide chlorhydrique, en décomposant dans une cloche courbe par le potassium un volume connu de gaz acide brômhydrique ; on trouve ainsi que 1 volume d'acide brômhydrique renferme J volume d'hydrogène. Or, si de la densité de Facide brômhydrique 2,7510
on retranche la demi-densité de Fhydrogène 0,0544
il reste 2,6966
c'est-à-dire la demi-densité de la vapeur de brome. Ainsi le gaz brômhydrique est composé de la même manière que le gaz clilorhydrique ; il renferme J volume d'hydrogène et J volume de vapeur de brome. Sa composition en poids est :
i éq. hydrogène 12,50 1 ,26
1 )) brome 978,30 98,74
1 » acide brômhydrique... 990,80 100,00.
Nous prendrons pour équivalent du brome 978,50; Féquivalent de Facide brômhydrique sera alors 990,80. L'équivalent en volume de Facide gazeux sera représenté par 4 volumes.
Équivalent = 1578,2.
§ 195. L'iode* est solide à la température ordinaire; il affecte la forme de paillettes d'un gris foncé, douées à un haut degré de Féclat métallique. Il fond à 115", 5, et forme un liquide d'un brun presque noir : il bout vers 180", et produit une vapeur d'un violet trés-foncé. L'iode donne des vapeurs très-sensibles à la température ordinaire ; ces vapeurs sont beaucoup plus abondantes vers 50 à 60* ; elles ont alors une couleur d'un beau violet pourpré. C'est la couleur de ces vapeurs qui a fait donner à l'iode son nom (de to^iiç, violet). La vapeur d'iode a une odeur particulière, qui présente de l'analogie avec celle du chlore.
L'iode cristallise facilement. On trouve souvent, sur les parois supérieures des flacons qui renferment de Tiode, des cristaux parfaitement réguliers qui se sont formés par sublimation. L'iode cristalHse aussi très-facilement par voie de dissolution ; nous en trouverons la preuve quand nous nous occuperons de l'acide iodhydrique.
L'eau ne dissout qu'une quantité très-faible d'iode, ^*5,, environ ; elle prend alors une teinte jaune. L'iode existe probablement dans cette dissolution à l'état d'hydrate. L'eau dissout des quantités d'iode beaucoup plus considérables, quand elle renferme certains corps en dissolution, principalement des iodures ou de l'acide iodhydrique ; elle prend alors une couleur brune très-foncée.
La densité de l'iode solide est 4.,95; celle de sa vapeur est 8,716.
L'iode présente dans ses combinaisons une grande analogie avec le chlore et avec le brome, mais ses affinités sont plus faibles. 11 ne détruit pas la plupart des matières organiques ; et les couleurs végétales résistent, en général, à l'action de sa dissolution. L'iode se combine avec plusieurs matières organiques, et leur communique des couleurs particulières. 11 colore la peau en brun, mais la tache disparaît promptement.
Le phénomène de coloration le plus remarquable est celui que l'iode présente avec Tamidon : il suffit d'une quantité extrêmement petite d'iode pour colorer une masse considérable d'amidon en bleu très-intense. Ce caractère est employé dans les laboratoires pour constater la présence de Tiode dans des liqueurs où on en soupçonne de très-petites quantités : on peut, par ce procédé, constater la pré-
* L'iode a été découvert en 181*2 par Courtois; ses propriétés ont été étudiées par Ga^-Lussac.
sence d'un niillioniéiue d'iode dans une dissolution. On emploie Taniidon soit à Tétai d'empois, soit en le faisant dissoudre dans Teau bouillante et laissant refroidir complètement la dissolution.
L'iode est un poison des plus énergiques ; on remploie cependant en médecine contre le goitre et les maladies scrofuleuses.
On extrait l'iode de l'iodure de sodium, en traitant ce sel par le peroxyde de manganèse et l'acide sulfurique étendu de sou poids d'eau. On emploie le même appareil que dans l'extraction du brome (fig. 238). L'iode vient se condenser sous forme de paillettes cristal-
Fife^ 238.
lines dans l'allonge et dans le récipient. On obtient plus facilement l'iode en décomposant une dissolution d'iodure de potassium par un courant de chlore ; l'iode se précipite alors sous la forme d'une poudre grise qu'on lave avec un peu d'eau, et qu'on purifie ensuite par sublimation.
L'iode existe, en très-petite quantité et à l'état d'iodure, dans les eaux de la mer. Les plantes marines absorbent ces iodures de préférence, de sorte que les sels que l'on obtient par le lessivage de leurs cendres renferment une plus grande proportion d'iode que ceux qui proviennent de l'évaporation de l'eau de mer. Dans ces derniers temps, on a constaté la présence de l'iode, mais en quantité infiniment petite, dans la plupart des eaux de source et de rivière, et même dans notre atmosphère.