COMBINAISONS DU PHOSPHORE AVEC L'OXYGÈNE
§ 209. Le phosphore forme quatre combinaisons avec l'oxygène, trois de ces combinaisons sont acides, ce sont :
!• L'acide phosphorique PhO*
2* L'acide phosphoreux PhO'
3* L'acide hypophosphoreux PhO.
La quatrième est un composé indifférent qui renferme moins d'ox^-gène que les précédents; on lui donne le nom d'oxyde de phosphore.
Acide phosphoriquâf PhO*.
§ 210. Le phosphore, en brûlant dans Toxygène ou dans l'air, produit une fumée blanche, épaisse, qui se dépose sous la forme d'une poussière blanche, attirant promptement l'humidité de Tair. Cette substance est l'acide phosphorique. Pour lobtenir en quantité considérable, on prend une grande cloche en verre, que l'on sèche bien et que Ton pose sur une assiette également séchée (fig. 243); on place sous la cloche quelques fragments de chaux vive dans une
capsule, et on les y laisse pendant quelques heures pour dessécher l'air intérieur. On retire ensuite la capsule, et on la remplace par une autre plus petite, dans laquelle on a préalablement enflammé un fragment de phosphore. La combustion continue sous la cloche, tant que celle-ci ven- Fig- 243. ferme une quantité d'oxy-
gène suffisante ; l'acide phosphorique se dépose, sous la forme d'une poussière blanche, sur les parois de la cloche et sur l'assiette, et il reste, dans la petite 'capsule, après la combustion complète du phosphore, une matière rougeâtre.qui n'est autre chose que de l'oxyde de phosphore. On rassemble rapidement l'acide phosphorique pulvérulent, avec une spatule de platine, et on le renferme dans un flacon à l'émeri, bien desséché.
On peut rendre cette opération continue au moyen de l'appareil représenté par la figure 244.
L'espace dans lequel se fait la combustion du phosphore est un grand ballon A, à trois tubulures, que l'on a bien desséché. Le bouchon qui ferme la tubulure supérieure est traversé par un large tube flô de 12 à 14 millimètres de diamètre intérieur, ouvert aux deux bouts , et qui descend jusque vers le milieu du baUon. Une petite capsule de porcelaine v est attachée, avec quelques fils de platine, au-dessous de l'orifice inférieur de ce tube. A la seconde tubulure d, on adapte un tube C, rempli d'une matière desséchante, de pierre ponce imbibée d'acide sulfurique concentré, par exemple. Enfin, dans la troisième tubulure g, on adapte un large tube recourbé gh, dont l'autre extrémité descend dans un flacon bien desséché B. Ce flacon communique, au moyen du tube kl.
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ACIDE PIIOSPHORIQÙE. 307
avec un appareil aspirant quelconque, qui peut être soit un soufflet aspirant, soit un aspirateur ordinaire à eau, soit enfin un simple
Fig. 244. '
tube en métal, un peu long, que Ton place dans une position inclinée ou verticale et que Ton chauffe de manière à produire un fort tirage. On détermine, de la sorte, un courant continu d'air qui pénètre par le tube où il se dessèche, traverse tout l'appareil et se rend à l'aspirateur. On projette, par le tube ab, un fragment de phosphore dans la capsule v, on Tenflamme avec une tige chauffée, puis on bouche l'ouverture supérieure a avec un bouchon. Le phosphore brûle et se change en acide phosphorique dont une partie se dépose dans le ballon A, et le reste dans le flacon B. Lorsque le premier fragment de phosphore a presque disparu, on en fait tomber un second dans la capsule et ainsi de suite; de. sorte que l'on peut, au moyen de cet appareil, convertir en acide phosphorique, d'une manière continue, une quantité presque indéfinie de phosphore. Il va sans dire qu'on doit essuyer soigneusement dans du papier Joseph les fragments de pliosphore, avant de les faire tomber dans.la capsule.
L'acide phosphorique que l'on obtient ainsi est anhydre; c'est une matière pulvérulente blanche qui s'agrège et se floconne par la pression. Cette matière est très-avide d'eau; elle attire promptement l'humidité de l'air et tombe en déliquescence. Lorsqu'on la projette dans l'eau, elle produit un bruit semblable à c^lui d'un fer
rouge qu'on y plongerait ; il y a donc Ijeaucoup de chaleur dégagée dans la combinaison de Tacide phosphorique anhydre avec Feau.
La dissolution aqueuse d'acide phosphorique peut être évaporée; elle donne, d'abord, une liqueur sirupeuse, qui laisse déposer des cristaux d'acide phosphorique hydraté lorsqu'elle est suftisamment concentrée. Si on chauffe indéfiniment c^tle dissolution dans une capsule de platine, elle perd les dernières quantités d'eau qu'elle peut abandonner par la chaleur; elle fond ensuite à la chaleur rouge et donne une matière transparente, semi-fluide, qui se solidifie sous la forme d'une masse vitreuse. Cette substance donne à la chaleur rouge des vapeurs sensibles, mais elle est encore loin alors de son point d'ébullition sous la pression ordinaire de l'atmosphère.
L'acide phosphorique vitreux n'est pas de l'acide phosphorique anhydre; il renferme encore 11,2 pour 100 d'eau, c'est-à-dire, un équivalent d'eau qye la chaleur seule ne peut lui enlever. De sorte que lacide phosphorique qui s'est combiné une fois avec l'eau ne peut plus être ramené à l'état anhydre par la chaleur seule.
§ 211. On obtient immédiatement l'acide phosphorique hydraté, en dissolvant le phosphore dans l'acide azotique. On prend 1 partie de phosphore et 13 parties d'acide azotique étendu d'eau, et qui doit avoir, au plus, la densité 1 ,20 ; on chauffe le tout dans une cornue de verre (fig. 245) dont le col est engagé dans un récipient refroidi. 11 se dégage beaucoup de vapeurs rutilandisparait promptement.
Lorsque l'acide est plus concentré, l'action peut devenir tellement vive, que les gaz et les vapeurs, ne pouvant plus s'échapper assez promptement - — par le col de la cor-
^ ;^ nue, déterminent une
explosion, toujours ^'^•^^* dangereuse, à cause
du phosphore, dont les brûlures sont très-redoutables. Si l'acide azotique est très-étendu, l'action est beaucoup plus lente et une portion de l'acide azotique distille sans agir sur le phosphore. Lorsque la plus grande partie de la liqueur a passé dans le récipient, on arrête l'opération et on reverse dans la cornue le liquide qui a dis-