‹ Cours élémentaire de culture des bois. Complété et publiéChapitre 100 sur 147 · TRAVAUX D ENTRETIEN A EXÉCUTER DANS LES REPEUPLEMENTS ARTIFICIELS · texte numérisé non relu

TRAVAUX D ENTRETIEN A EXÉCUTER DANS LES REPEUPLEMENTS ARTIFICIELS

813. Par cela seul qu'un semis a bien levé et que, dans une plantation, lagrande majorité des plants est restée verte ou a produit une faible pousse, la réussite de ces opérations n’est point assurée. — À vrai dire, le succès d'un repeuplement artificiel ne peut être considéré comme certain qu'au bout de 5 ou 6 ans, alors que les jeunes sujets, complétement enracinés, protégeant leur pied et pouvant lutter avec avantage contre les intempéries et l'envahissement des plantes nuisibles, commencent à s’élancer avec vigueur et approchent du moment où 1ls vont couvrir la lotalité du sol par l'extension graduelle de leurs branches latérales. Jusqu'à cette époque, le sylviculleur ne peut abandonner son œuvre ; il doit, au

ARTIFICIELS. 615 contraire, sous peine de compromettre le fruit de ses travaux et de ses dépenses, la surveiller activement, écarter, autant qu'il dépend de lui, les causes qui sont de nature à entraver la végétation de la forêt naissante, el réparer, à mesure qu'ils ont lieu, les dommages que le temps a pu y causer.

814. Les travaux d'entretien consistent en sarclages et en binages. On appelle sarcler l'opération par laquelle on enlève, une à une pour ainsi dire, les mauvaises herbes qui se présentent parmi les plants composant un semis ou une plantation, tandis que biner, c’est, ainsi que le mot l'indique, donner une seconde façon à laterre, en mème temps qu'on la débarrasse de la mauvaise herbe. Selon la nature des plantes qu'il s’agit d'extraire, selon le sol plus ou moins compacte, enfin, selon la ténuité du plant dans l'intérêt duquel l'opération à lieu, les sarclages se font ou avec un couteau, ou avec un petit instrument appelé sarcloir et que tout le monde connait, ou bien à la main. Les binages se font toujours avec une houe légère ou avec un crochet.

815. Examinons d’abord l’applicationquetrouvent ces travaux dans les semis.

1° Bois feuillus.

Les semis en plein sont les moins sujets à l’envahissement des mauvaises herbes, pourvu toutefois qu'ils aient bien levé. Ordinairement, comme on le sait, le sol a été préparé à la charrue et nettoyé par une ou plusieurs cullures en céréales. Si doncle

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semis forestier réussit, les jeunes plants étant répandus de toutes parts empêcheront la mauvaise herbe de s'emparer du terrain, et ne tarderont pas à la dominer et à l’élouffer. Toutefois, quelques sarclages dans les deux premières années ne sauraient être qu'avantageux.

Dans les semis partiels (par bandes et par pots) les plantes nuisibles sont beaucoup plus à redouter, parce que les parties demeurées incultes facilitent la reproduction de ces végétaux dans les parties cultivées, soit par la graine, soit par les racines. Aussi les sarclages dans les deux premières années, et les binages ensuite sont-ils, sinon indispensables, du moins extrèmement utiles, quand on ne veut pas que le semis languisse et quelquefois même que son existence soit compromise; car certaines essences feuillues, telles que le châtaignier, le frêne dans ses premières années, mème le chêne et quelques autres encore sont singulièrement offusquées par les hautes herbes, dans les sols où celles-ci se produisent avec abondance. On fera donc bien, dans ces sortes de semis, de ne pas se borner à sarcler ou biner seulement les parties ensemencées, mais de donner en même temps une légère facon aux parties demeurées primitivement incultes, pourvu que la déclivité du terrain permette de le remuer en totalité, et que l’essence ne réclame pas impérieusement un abri dans ses premières années, comme le hêtre, par exemple. — Dans les sols frais ou dans les situations basses,

ARTIFICIELS. 617 l'opération dont il s'agit aura, outre l'avantage de débarrasser le semis de voisins incommodes et nuisibles, celui d'empêcher que l'humidité atmosphérique (brouillards, rosées), en se maintenant dans les herbes, ne rende plus dangereuses pour les jeunes plants, les premières gelées de l’automne.

2° Bois résineux.

Les semis de bois résineux ne se font en général que dans des terrains assez légers, siliceux, feldspathiques ou calcaires, accidentés plutôt qu'en plaine. L'envahissement des herbes y est donc, la plupart du temps, moins à redouter que dans les terres fortes, substantielles ou humides; mais, par contre, on a à y combattre certains arbustes tels que myrtilles, bruyères, ronces, etc. — Il est rare que l’on sème en plein et, presque loujours, c'est le semis par bandes ou par pots qui obtient la préférence. L’extrème té-

nuité des jeunes plants ne permet guère d’autres sar- clages que ceux qui se font au couteau ou à la main. Ces opérations sont très utiles dans les deux ou trois premières années, surtout quand, pour économiser la semence, on n'en a répandu que la quantité striclement nécessaire el que, par conséquent, les sujets lèvent assez écartés. Quant aux binages, ils ne sont à conseiller, ni dans les premières années, ni dans les suivantes, elilest entendu que l’on devra s’abstenir, surtout dans les pentes, de donner une culture à la houe aux bandes intermédiaires, quand bien mème on reconnaitrait que les arbustes ou les herbes

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qui les garnissent nuisent au semis en s’abattant sur les rayons cultivés. Ce qu'il y aurait de mieux à faire en pareil cas, ce serait de les faucher si ce sont des herbes, et si ce sont des arbustes, de les tondre avec des ciseaux de jardin, à 15 ou 20 centimètres de hauteur, comme on tond les haies dans les champs. — Une forte faucille ou un croissant pourrait aussi servir à ce dernier ouvrage.

817. Dans les plantations, les sarclages, on le conçoit, seraient presque toujours insuffisants ; par contre,les binages deviennent d'autant plus efficaces, tant pour éloigner des plants les herbes ou les arbustes qui pourraient les gêner, que pour procurer à leurs racines l'accès de l’air et de l'humidité. Lorsqu'on plante des essences d’élite dans de bons terrains situés en plaine, 1lestsouvent avantageux de faire précéder la plantation, de même que le semis, d’un labour total à la charrue et mème de plusieurs cultures de céréales ou de pommes de terre. Le sol est alors parfaitement ameubli et nettoyé, et il est facile de l’entretenir dans cet état au moyen d’un ou de deux binages au plus par an. Mais, dans les repeuplements forestiers, de telles plantations ne sont guère que l'exception. Ordinairement, la qualité et la configuration du sol, autant que des motifs d’économie, font qu'on se borne à ouvrir les trous des plants, comme nous l'avons enseigné plus haut|790}, sans toucher au reste du terrain. Il s'ensuit que les binages aussi ne se pratiquent qu'autour de chaque

ARTIFICIELS. 619 plant, sauf à tondre les arbustes ou à faucher les herbes dans les intervalles, s'ils devenaient nuisibles ou si l’on devaitenretirer un bénéfice immédiat.

817. L'époque la plus favorable pour les sarclages comme pour les binages des semis et plantations, est celle où les plantes nuisibles poussent avec le plus de vigueur, c’est-à-dire, les mois de mai et de juin. Si, en raison de l'abondance des parasites et des inconvénients qu'elle pourrait entraîner pour les Jeunes plants, dans l'automne ou l'hiver, on reconnaissait l'utilité d’un second sarclage ou binage, il faudrait l’effectuer dans le courant de septembre.

818. Les travaux d'entretien dont nous venons de parler sont encore peu en usage parmi les forestiers qui s'occupent de repeuplements artificiels, soit que les forestiers répugnent à faire la dépense à laquelle ces opérations donnentlieu,soit qu'ilscraignent de ne pouvoir suffire à-la surveillance qu'elles exigent. — Nous ne méconnaissons pas les obstacles qui peuvent souvent exister sous ce double rapport, mais nous ne saurions trop insister sur l’opportunité des travaux dont il est question. Non-seulement ils assurent la réussite d'une quantité considérable de sujets qui, autrement, eussent péri ; mais ils doublent et triplent la croissance de tous dans les premières années, favorisent le développement de leurs organes de nutrition et jettent ainsi les fondements d'une végétation prospère et vigoureuse qui, plus

tard, dédommagera le planteur, souvent au décuple, des peines et des sacrifices pécuniaires qu'il se sera imposés.

819. Deux ou trois ans au plus tard, après qu'une plantation a été exécutée, il convient de s'occuper des remplacements ou regarnis. Pour cette opéralion, on emploiera de préférence des plants un peu plus forts que ne le sont ceux auxquels ils doivent être associés, afin qu'ils se tiennent plus facilement à leur hauteur.

Pour faire le même travail dans un semis, il est bon d'attendre que les jeunes plants aient acquis assez de développement pour permettre de juger de la réussite du repeuplement dans son ensemble. Les regarnis se font de la sorte plus facilement et mieux ; il est presque toujours préférable d'y procéder par voie de plantalion.

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