La conversion en futaie d’un taillis simple
ne présente point de difficulté dans l'exécution, dès
que les perches, dont il se compose, sont assises sur des souches assez jeunes encore.
Dans cette opération, on conserve, pour la révolution préparatoire, le terme de l’ancienne révolution du taillis, et on laisse subsister, sur chaque coupe, un massif composé des tiges les plus vigoureuses et des baliveaux ayant atteint la qualité de moderne.
On fait en sorte de supprimer, outre les perches dominées et les morts-bois,toutes les essences de qualité inférieure, à moins qu'elles ne soient indispensables pour maintenir le massif. Ces exploitations ont reculenom de coupes préparatoires, parce qu'elles ont, en effet, pour objet de préparer l'état de futaie, en parcourant la forêt une ou plusieurs fois, jusqu'au moment fixé pour commencer les coupes de régénération.
Soit un taillis aménagé à 30ans, et que l’on sepropose de convertir dans le même délai, on aura, au bout de ce temps, en opérant comme nous venons de le dire, une forêt qui présentera, dans la partie la plus âgée, des peuplements de 60 ans et un certain nombre d'arbres dominants de 90, et daus la partie la plus jeune, des peuplements de 30 et des arbres dominants de 60 ans. Dès lors on pourra et on devra mème commencer l'exploitation en futaie, le massif se composant généralement de rejets. En raison de cette circonstance, on devra aussi abréger, au moins d'un ters,la révolution qu'il eût été d’ailleurs convenable d'adopter pour la futaie.
669. Mais cette manière de procéder, fort simple il est vrai, présente le grave inconvénient d'imposer au propriétaire une privation presque absolue depro. duits, pendant toute la révolution préparatoire où les coupes se bornent à l’extraction de quelques tiges dominées ou inutiles. Aussi n'est-elle guère admissible que dans quelques cas exceptionnels. Dans les circonstances ordinaires, on ne peut entreprendre la conversion qu’à la condilion de ne pas abaisser trop sensiblement l'ancienne production. La méthode suivante a pour objet d'atteindre ce but.
670. On détermine immédiatement la révolution qui convient à l'essence que l’on veut faire prédominer dans les nouveaux peuplements. Prenons pour exemple le même taillis que précédemment, c’esl-àdire un taillis aménagé à 30 ans ; supposons que celte révolution doive être fixée à 90 ans et partagte en trois périodes de 30 ans ch:cune ; sur le terrain, les affectations de ces périodes seront composées, savoir :
La 1°, des peuplements de 1 à 10 ans;
Le 2°, des peuplements de 11 à 20 ;
La 3°, des peuplements de 21 à 30.
Ces premières dispositions prises, on détermine le temps nécessaire pour préparer les éléments d'une régénération naturelle avant le début de la révolution de futaie.
Au cas particulier, on adoptera une révolution préparatoire de 60 ans, partagée en deux périodes
égales, pendant lesquelles les exploitations à faire dans chacune des affectations seront ;
Première période.
1" affectation : Coupe de nettoiement, plusieurs fois répétée, s’il est nécessaire, pendant la première moitié de la période ; coupe préparatoire, par quinzième de surface, pendant la seconde moitié.
2° et 3° affectations réunies. Coupe de taillis, par trentième de surface, en commençant par la troisième affectation.
La coupe de taillis ne comprenant que les deux tiers de l'étendue précédemment livrée à l'exploitation, 1l y aura baisse de produits au commencement de la période ; mais cette coupe comprendra, au début, des bois de 30 ans, puis successivement des parties plus âgées, et finalement des bois de 40 ans ; il est donc permis d'espérer que, dans la deuxième quindécennie, la production, renforcée par la coupe préparatoire de la 1” affectation, atteindra, non pas entièrement sans doute, mais à peu de chose près, celle de l’ancien taillis.
À l'expiration de la première période, les peuplements seront :
1" affectation : Perchis de 31 à 40 ans, avec sousbois provenant des rejets exploités dans les coupes préparatoires ;
2° affectation : Taillis de 15 à Lan; 3° affectation : Taillis de 16 à 30 ans.
Deuxième période.
1" affectation : Seconde coupe préparatoire ou d’éclaircie par quinzième de surface, pendant la première et la seconde moitié de la période. .
2° affectation : Coupe de nettoiement, plusieurs fois répétée, s’il est nécessaire, pendant la première moilié de la période; première coupe préparatoire, par quinzième de surface, pendant la seconde moitié
3° affectation : Coupe de taillis par trentième de surface !.
A l’expiration de la deuxième période, les peuplements seront :
1" affectation : Perchis de 70 à 61 ans ;
2° affectation : Perchis de 45 à 31 ans;
3° affectation : Taillis de 30 à 1 an.
671. Le perchis sur souches de 61 à 70 ans étant susceptible de se régénérer par la semence, on voit que le but de la conversion se trouvera en quelque
‘ Si les souches cessaient d’être productives à 40 ans, il faudrait exploiter cette affectation par 24° de surface. En pareil cas, on combinerait la marche des coupes préparatoires des 4re et 2° affectations, de manière à doubler leur étendue pendant les six dernières années de la période, afin de compenser la suspension des coupes de taillis.
sorte atteint à la fin de la révolution préparatoire de
60 ans, et cela. sans que le propriétaire ait eu à s'imposer de trop fortes privations sur son revenu. De plus, la série présentera une gradation d'âge presque normale, avantage évident qui fait défaut dans la première méthode de conversion. — Enfin, le traitement des deux dernières affectations donne toute latitude d'améliorer le peuplement, en extirpant les souches usées et les essences de qualité inférieure pour yintroduire les essences d'élite : 30 ans dans la deuxième affectation, et 60 ans dans la troisième sont, à coup sûr, des délais plus que suffisants pour assurer ce résultat, tout en permettant de ne faire chaque année qu'une faible dépense.
672. Que si l’on avait à convertir trois ou quatre séries contiguës qui dussent plus tard, transformées en futaie, n’en former qu’une, on pourrait procéder d’une manière tout à fait analogue. Cette réunion rendrait même l'opération plus facile. En effet, dans ce système, chaque affectation comprenant une série entière, présenterait la succession de tous les âges du tallis; on pourrait donc, dès le début et chaque année, sans interruption, pratiquer une coupe préparatoire dans la première affectation et une coupe de tillis, à l’âge de 30 ans, dans chacune des deux ou trois autres. En outre, les peuplements seraient régénérés moins prématurément, au début de la révolution de futaie.