CONVERSION EN FUTAIE DES TAILLIS COMPOSÉS
ARTICLE PREMIER
Généralites.
674. Les taillis sous futaie soumis au régime forestier, ainsi que nous avons déjà eu l’occasion de le dire, sont loin de se trouver dans un état normal [586 et 597].
Faute d'une culture suffisamment soignée, les bois blancs y sont nombreux et y occupent la place d’essences plus précieuses, et, par suite du mode de
‘ Nous passons sous silence la conversion d’un taillis composé en taillis simple. Il est évident que cette opération se borne, d’une part, à la coupe de toutes les réserves, pour ne plus laisser subsister que des baliveaux de l’âge; et, de l’autre, à quelques repeuplements artificiels, afin de regarnir les clairières causées dans le taillis par l'enlèvement des arbres.
balivage institué par l'ordonnance de 1669 et consacré par l'ordonnance réglementaire du code forestier, la réserve en baliveaux anciens et.en vieilles écorces y est également considérable [605].
A la vérité, les dispositions de ces deux ordonnances n’ont pas toujours été rigoureusement suivies ; beaucoup d'agents forestiers ont cru pouvoir se permeltre d'y déroger et sont alors tombés dans un excès contraire.
Dans les forêts de l'Etat néanmoins, on s'est plus généralement astreint à satisfaire au vœu de l’ordonnance, ce qui fait que la grande majorité des taillis composés domaniaux est encore richement pourvue d’anciennes réserves; on pourrait même dire que bon nombre d’entre eux en sont tout à fait surchargés. Cette surabondance se remarque surtoutdansles tailhs qui sont situés en bon fonds et dans lesquels dominent ou dominaient jadis les essences les plus précieuses. Il importe donc, lorsqu'il s’agit d’en entreprendre la conversion, de se rendre un compte exact des différents états de peuplement dus à l’ancien traitement, afin de les faire concourir le mieux possible au but qu'on se propose. Il serait difficile toutefois, et en tout cas beaucoup trop long, de donner ici une description de tous ces peuplements divers. L'arbitraire qui a régné dans la fixation du nombre et dans le choix des réserves, joint à l'absence totale ou à l’insuffisance de travaux d'entretien [597] pour régénérer le sous-bois, a produit sous ce rap-
port la plus grande variété, non-seulement de forêt à forêt, mais souvent dans la même série d’exploitation. Cette bigarrure, lorsqu'elle se présente, est, on le comprend, une des plus sérieuses difficultés que rencontre l'opération des conversions.
Quoi qu'il en soit, on peut diviser nos taillis composés en deux grandes catégories, savoir :
1° Les taillis sous futaie réguliers, c’est-à-dire, ceux qui présentent un sous-bois bien venant, assis généralement sur des souches d'âge moyen et composé en majorité d’essences d'élite, que surmonte une réserve nombreuse d’arbres de toutes catégories, assez convenablement répartis.
2° Les taillis sous futaie irréguliers, dont les peuplements divers peuvent, tous à peu près, être ramenés aux suivants :
a. Anciens et vieilles écorces, plus ou moinsnom- ‘ breux constituant, seuls à peu près, la réserve, et dominant un sous-bois incomplet, composé presque exclusivement de bois blancs et de morts-bois;
PH. Une réserve abondante de toutes catégories, avec sous-bois en grande partie dans un mauvais état, soit à cause des essences, soit à cause de la végétation ;
æe. Un taillis en bon élat, mais presque entièrement dépourvu de réserves, et enfin,
d. Quelques parties régulières.
Selon que, considéré dans son ensemble, un tallis sous futaie devra être qualifié de régulier ou d'irré-
DE CONVERSION. 475 gulier, il y aura lieu de lui appliquer l’une des trois méthodes de conversion dont nous allons nous occuper.
ARTICLE II
Conversion des taillis sous futaie réguliers.
675. Pour ramener en futaie un taillis composé réguler, la méthode des coupes préparatoires que nous avons donnée plus haut pour la conversion des tailis simples [668] pourra être employée. Seulement, il faudra tenir compte ici d’un élément nouveau très important; nous voulons parler des anciennes réserves qui n'existent pas dans les taillis simples, et qu'il s’agit d'associer aux perches du taillis pour constituer la futaie à venir.
L'opportunité de conserver, à peu près généralement, dans les coupes préparatoires, les baliveaux modernes d’essences longévives, est évidente. Quant aux anciens, ils devront être conservés aussi, toutes les fois qu'ils seront nécessaires pour maintenir le massif; mais il faudra éviter de choisir des pieds trop branchus, et surtout de vieilles écorces déjà sur le retour, à moins que leur présence ne parût tout à fait indispensable pour empêcher qu'il n’y eût clairière, ou pour assurer, par la suite, le repeuplement en bonnes essences.
Toutes les fois que des arbres, modernes ou an-
ciens, seront à réserver, l’élagage, tel que nous l’avons indiqué [555 et 602], sera de la plus grande utilité, afin d'accorder le mieux possible les cimes de ces arbres avec celles des perches environnantes, et de prévenir, en outre, le dépérissement qui pourrait les menacer.
Une dernière et importante précaution à apporter dans le choix des anciennes réserves, c'est d’examiner dans combien d'années le massif dont elles font partie reviendra en tour d'exploitation. Mais cet objet ne peut se raisonner qu'après avoir tracé la marche des coupes préparatoires, opération d’ailleurs indispensable pour assurer le succès de la conversion.
676. MARCHE DES COUPES PRÉPARATOIRES. Le premier point à arrêter, pour établir cette marche, est la durée de la révolution préparatoire. Cette révolution doit satisfaire à deux conditions principales :
1° IT faut qu’à son expiration, les parties les plus âgées de la forêt puissent être mises en coupe de régénération, c’est-à-dire que les arbres fournissent bonne et abondante semence ;
2° À la même époque, les parties les plus jeunes devront, eu égard à leur âge et à leur végétation, : être en état de prospérer jusqu’à la fin de la révolution de futaie qui succèdera à la révolution préparatoire.
Les tallis composés, dans lesquels on trouve d’ordinaire le plus de ressources pour la conversion en
DE CONVERSION. 477 futaie, sont ceux qui s’exploitent de 30 à 40 ans; or, pour atteindre, dans de tels taillis, le double but que nous venons d'indiquer, il suffit, en général, de donner à la révolution préparatoire une durée égale à l’ancienne révolution du taillis.
Supposons, par exemple, qu’on ait à convertir en futaie un taillis composé exploité jusqu'alors à 40 ans. Si l’on adopte ce même terme de 40 ans pour la révolution préparatoire, on trouvera, généralement, à l'expiration de cette révolution :
Dans la partie la plus âgée, un perchis de 80 ans qui sera parfaitement en élat d’ensemencer le terrain, quelle que soit l'essence, d’autant plus qu'il renfermera des réserves de 120 et 160 ans;
Dans la partie la plus jeune, des perchis de 40 ans, surmontés d’arbres de 80 et 120 ans, susceptibles de prospérer jusqu’à la fin de la révolution de futaie, attendu que cette révolution sera nécessairement abrégée, à cause de l’âge des souches.
677. La possibilité des exploitations de conversion doit, comme celle des taillis en général, être basée sur l'étendue ; seulement, afin de remédier à la forte diminution que ce genre d'opération ne peut manquer d'amener dans les produits, il convient de partager la révolution préparatoire en deux périodes ou sous-révolutions, pendant chacune desquelles les coupes auront à parcourir la totalité de la forêt. Par ce moyen, la coupe annuelle s’étendant sur une contenance double de celle qu'avait la coupe ordi-
naire en tailhs sous futaie, il s'établit une chance favorable pour que les produits de la révolution préparatoire se rapprochent de ceux que procurait l’ancien mode.
Outre cet avantage, la mesure en présente encore d’autres qui ne sont pas moins importants. D'abord, elle favorise l'accroissement des bois, en rendant plus fréquentes les exploitations préparatoires; en second lieu, elle donne de grandes facilités pour le choix des réserves parmi les arbres anciens [675], surtout si l’on prend le parti, très convenable selon nous, d’asseoir et de délimiter, sur le terrain, toutes les coupes, dès le début de la révolution préparatoire. En effet, la disposition dont il s’agit permet de réserver, pendant la première sous-révolution , certains arbres anciens, utiles encore malgré leur âge et leur faible accroissement, parce qu’on sait qu’on pourra les faire abattre vingt ans plus tard, lorsque leur présence ne sera plus nécessaire. Dans la seconde sous-révolution, on trouvera non moins de facilité sous ce rapport, car on connaîtra les coupes préparatoires qui, selon toutes les probabilités, seront régénérées soil au commencement, soit au milieu, soit à la fin de révolution de futaie; on sera donc à même d'apprécier si les arbres anciens ou modernes qu'on voudrait conserver, présentent des chances suffisantes de durer jusqu’au moment probable de leur abatage.