‹ Cours élémentaire de culture des bois créé à l'École forestière de NancyChapitre 19 sur 118 · DES BOIS FEUILLUS · texte numérisé non relu

DES BOIS FEUILLUS

ARTICLE PREMIER

Les ohéneB.

67. Le genre des chênes comprend les essences qui , sous le rapport de la longévité , de la force et des différents emplois auxquels leur bois est propre, occupent le premier rang parmi les végétaux forestiers. Les espèces principales indigènes sont les sui-^ vantes :

A. — Chênes a feuilles caduques.

!• Chêne rouvre (quercus robur, Duhamel ; q. sessiliflora , Smith) ; chêne mâle; chêne noir (dans quelques contrées); durelin; rouvre; chêne blanc (Blésois et Provence).

2* Chêne pédoncule (quercus pedunculata, Duhamel; q. racemosa, Lamarck); chêne à grappes;

chêne blanc (Gironde, Landes, Picardie); chêne femelle; gravelin; chêne noir (Blésois); châgne (France centrale).

3** Chêne tauzin (quercus tozza, Bosc) ; chêne doux ; chêne brosse {Ar\]o\i);' chêne noir (Gironde et Landes) ; chêne Angoumois ^ .

B. — Chênes a feuilles persistantes.

4** Chêne yeuse (quercus il ex, Linné); chêne vert.

5** Chêne liège (quercus suber, Linné); suro; sioure; surier; alcornoque 2.

6** Chêne kermès (quercus coccifera, Linné) ; chêne à cochenille.

1** Chêne rouvre.

68. Ce chêne est un des plus répandus en France et compose des forêts considérables à lui seul , ou croissant en mélange, soit avec son congénère le pédoncule, soit avec d'autres essences.

69. Climat, Situation, Exposition. — Il appartient aux climats tempérés , et ce n'est que rarement

» Chêne chevelu (quercus cerris, Linné); chêne de Bourgogne; chêne Lombard (Doubs et Jura). Voir l'Appendice.

Note des éditeurs.

^ Chêne occidental {quercus occidentalis, Gay) ; corner (Landes). Voir l'Appendice. Note des éditeurs.

qu'on le rencontre dans les climats froids. Cependant, dans nos montagnes, il s'élève parfois à d'assez grandes hauteurs, et, dans les Vosges, par exemple, on le trouve même, par pieds isolés, à la vérité, mélangé au sapin. Ce sont les pays de collines et les parties inférieures des montagnes qu'il habite de préférence. Il croît aussi ordinairement dans les plaines, mais associé au pédoncule.

Dans certains vallons froids et humides, où d'épais brouillards sont fréquents, il souffre des gelées printanières jusqu'à ce que la cime de l'arbre ait dépassé la région dans laquelle ces brouillards se maintiennent habituellement.

Les pentes méridionales ne sont pas celles où il prospère le plus; quand le sol y est sec et chaud, il n'a qu'une chétive végétation, mais son bois y devient très dur [39]. Les autres expositions favorisent mieux sa croissance, lorsque le sol est d'ailleurs de bonne qualité.

70. Terrain. — Le chêne rouvre se plaît dans les sols moyennement argileux , mais s'accommode des terrains graveleux, calcaires ou siliceux, pourvu qu'ils aient une certaine fraîcheur. On le rencontre même dans des lieux assez arides; mais alors sa végétation, ses feuilles, ses fruits, ses dimensions enfin, se modifient et s'amoindrissent sensiblement. Les sables secs , les terrains marécageux et les terrains mouilleux, en toute saison, lui sont contraires.

71, Floraison et fructilBcation. — La floraison

est monoïque, et amentacée ^ pour les mâles ; les fleurs paraissent à la fin d'avril ou au commencement de mai avec les feuilles. Les gelées printanières, qui se font sentir dans cette saison , les détruisent souvent, et sont une des causes de la rareté des fruits dans certaines contrées, où l'on observe des intervalles de 3, 6, 8 et même 10 ans entre deux glandées consécutives. C'est surtout dans le Nord et l'Est de la France que cette rareté des années de semence se présente; dans les autres parties, les glandées abondantes sont généralement bis ou trisannuelles , et, chaque année même, il se produit quelques fruits qui contribuent à la régénération des bois.

Le gland mûrit et tombe au mois d'octobre de l'année même de la floraison ; il est lourd et s'écarte peu, dans sa chute, de l'arbre qui le produit.

Ce fruit, dont la grosseur et la forme sont extrêmement variables , selon les sols , se distingue cependant de celui du pédoncule, en ce que les glands de celui-ci sont suspendus, ordinairement au nombre de 1 à 5, à un pédoncule ou axe commun assez long, tandis que les glands du rouvre sont généralement sessiles , c'est-à-dire attachés immédiatement sur le rameau, ou du moins sur un axe très court, autour duquel ils sont groupés par bouquets de 3, 4, 5 et 6^.

* En chatons.

2 Flore forestière par M. Mathieu , professeur d'histoire naturelle à l'École impériale forestière. \ vol. in-8°. Nancy, Grimblot, V« Raybois et Gomp., 1858.

Le chêne de brin ne devient fertile en semence que de 50 à 80 ans, suivant les climats et selon qu'il est plus ou moins isolé, tandis que le rejet porte fruit souvent de 25 à 30 ans. Un sol sec hâte la fructification.

72. Jeunes plants. — Les chênes sont robustes dès leur naisance, et demandent, le plus tôt possible, à être découverts. On peut même, excepté dans les pentes au Midi, les élever sans abri; il est utile de les g£u*antir contre les vents froids et desséchants du Nord et de TEst.

73. Feuillage. — Le chêne rouvre, selon le sol sur lequel il se trouve, a les feuilles tantôt larges, luisantes, à lobes arrondis, tantôt petites et profondément découpées, mais généralement fermes, presque coriaces et assez régulièrement distribuées sur les rameaux.

Le couvert* de l'arbre, quoique sensiblement plus épais que celui du chêne pédoncule , est cependant toujours léger^. Cette circonstance, en permettant aux rayons du soleil de pénétrer facilement jusqu'à

la surface du sol, n'est pas avantageuse. Dans les

' Voir la définition du couvert au 4® livre.

2 Voir l'excellente étude sur les chênes, rouvre et pédoncule, publiée par M. L. Dubois, inspecteur des forêts de Loir-etrCher, sous le titre : Considérations culturales sur les futaies de chênes du Blésois» Blois, 1856. Voir aussi Th. Hartig, Histoire des végétaux forestiers cultivables (texte allemand). Berlin, chez Jeanrenaud , i852.

terrains légers, elle facilite le dessèchement, et. dans les sols frais et de bonne qualité , surtout quand les forêts sont avancées en âge , elle favorise la végétation des herbes et des arbustes au point de compromettre souvent la reproduction de l'essence par la graine, et, par suite, sa conservation. — Les soins intelligents et continus du forestier peuvent seuls combattre une aussi fâcheuse tendance.

74. Racines. — Le chêne est généralement pivotant; ses racines s'enfoncent profondément quand l'état du sol n'y met pas obstacle; on en voit qui pénètrent jusqu'à 2 mètres, quoique l'arbre se contente, pour prospérer, de 30 à 60 centimètres de fond.

Dans, la jeunesse de l'arbre , le pivot forme la racine principale , les racines latérales sont rares et peu prononcées. A un âge plus avancé, celles-ci se développent, au contraire, avec vigueur, tendant toujours plutôt à descendre qu'à s'étaler, et le pivot reste à peu près stationnaire. C'est à cette tendance des racines à s'enfoncer que le chêne doit de résister, mieux que toute autre essence , aux ouragans et aux tempêtes.

Les racines du chêne n'ont aucune disposition à drageonner; leur chevelu est peu abondant.

75. Croissance et durée. — La croissance du chêne est assez lente, mais assez égale jusqu'à l'âge de 180 et même 200 ans. L'arbre vit quatre, cinq siècles, et même plus; il s'élève à 33 mètres et au delà, et parvient à une grosseur considérable. On en

cite plusieurs qui ont atteint jusqu'à 3, 4, o et même 6 mètres de diamètre au pied.

76. Qualités et usages. — Le chêne est Tarbre le plus estimé pour les différentes constructions. Son bois est de la plus grande durée et résiste, mieux que tout autre, aux intempéries de l'air, lorsqu'il est parvenu à l'état parfait; l'aubier, au contraire, c'està-dire les couches les plus récemment formées, se détruit rapidement , par la vermoulure en lieu sec , par la pourriture, s'il est exposé à l'humidité. Soustraite à l'action simultanée de l'humidité , de l'air et de la chaleur, cette essence se conserve des siècles, et acquiert même, avec le temps, une dureté presque égale à celle du fer. EUe est surtout employée dans les chantiers de la marine, et, à l'exception des mâts , elle sert à peu près à toutes les parties dont un vaisseau est composé. Les traverses de chemin de fer sont presque toutes en chêne, et ce n'est qu'à défaut de pouvoir s'en procurer qu'on a recours à d'autres essences.

76 bis. Sous le rapport cultural, il est très important de connaître les circonstances qui influent sur les qualités du bois de chêne.

Deux points sont surtout à considérer : IMa texture ou le grain du bois ; 2° les vices et défauts que l'arbre est exposé à contracter en raison des conditions de sol, de climat et de traitement dans lesquelles sa croissance s'accomplit.

« La texture du bois de chêne est, en général,

» d'autant meilleure sous le rapport de la force, de

» la ténacité, de l'élasticité et de la durée, que les

» couches annuelles sont plus développées (de 5 à 15

» millimètres et au-dessus). La partie extérieure de

» chacune de ces couches, qui comprend ce qu'on

» appelle le bois d'automne^ est formée d'un tissu

» serré, plein, compacte, d'apparence cornée, tandis

» que la partie intérieure ou hois de printemps n'est

» que peu développée, et ne présente qu'une zone

» étroite de vaisseaux qui apparaissent très nette-

» ment sur la tranche sous la forme de petits trous

» très rapprochés ^ »

En effet, on sait que cette zone, dite bois de printemps, composée presque exclusivement de vaisseaux, présente un tissu lâche, peu résistant et très susceptible de décomposition, tandis que le bois d'automne, essentiellement fibreux, constitue réellement la masse solide du bois ; on sait, de plus, que la zone de bois de printemps conserve à peu près la même épaisseur , quelle que soit celle de la couche annuelle entière.

Donc, plus la croissance de l'arbre sera rapide, c'est-à-dire plus le sol et le climat seront propices , le traitement bien entendu et bien suivi, plus le bois aura de qualité pour les emplois de la marine et les grandes constructions en général, et vice versa.

' Exploitation, débit et estimation des boi^, par M. Nanquette, professeur d'économie forestière h TÉcole forestière, page 222.

Les bois qui présentent cette forte proportion de bois d'automne sont dits nei*veux; on a donné le nom de bois gras , au contraire , à ceux dont les couches annuelles sont minces et composées presque entièrement de vaisseaux très ouverts.

Entre ces deux extrêmes, on comprend qu'il existe un très grand nombre de nuances.

Les vices et les défauts que le chêne est exposé à contracter lorsqu'il est parvenu à de fortes dimensions, et conséquemment à un âge avancé, sont nombreux. Les bien connaître, et savoir en apprécier la gravité dans les arbres qu'il s'agit de livrer à la consommation , est pour le forestier un sujet d'étude fort important. — Nous ne pourrions, toutefois, le traiter ici, avec les développements qu'il comporte, sans répéter, en quelque sorte, ce qui se trouve parfaitement exposé dans l'ouvrage déjà cité de M. Nanquette (pages 229 à 257), et sans sortir des limites assignées à ce Cours. Nous nous bornerons donc à indiquer les défauts du chêne et les causes qui les produisent ; ils sont de trois sortes :

Les uns sont dus à des accidents météoriques, tels que grands vents, grands froids , givre, verglas, variations brusques de température , coup de soleil (gélivure, roulure, lunure) ;

Les autres proviennent tantôt de la sécheresse ou de l'humidité du sol, tantôt d'un état de vétusté des arbres touchant à la décrépitude (cadranure, pourriture rousse ou blanche, grisettes) ;

Enfin, quelques-uns sont le résultat d'accidents provenant, directement ou indirectement , du fait de rhomme (frottures , nœuds gâtés , grisettes).

Le sylviculteur n'a que peu ou point d'action sur les causes des défauts de la première sorte ; mais il peut, par un traitement intelligent et soigné de la forêt, par des mesures de police et de surveillance bien appliquées, prévenir très souvent ceux quisont dus aux autres causes. Nous reviendrons sur ces objets dans le cours de cet ouvrage.

76 ter. Le chêne est aussi un excellent bois de fente. Il fournit le merrain le plus généralement en usage, de très bons échalas de vigne, du treillage, des cercles de futailles, et des bois propres à la boissellerie.

Différents métiers en tirent un grand parti , mais plus particulièrement le charronnage , la tonnellerie, la menuiserie et l'ébénisterie.

« Pour ces divers usages, et surtout pour les deux » derniers, les chênes gras ou tendres, quand ce » défaut n'est pas exagéré, sont les plus recherchés, » parce que le bois est d'une plus belle teinte, mieux » veiné, plus facile à travailler, et que, mis en œuvre, » il n'est sujet ni à se fendre, ni à se voiler, ni à » prendre du retrait, comme le bois nerveux. — A ce » point de vue, le chêne rouvre paraît avoir l'avan- » tage sur le pédoncule, si l'on en juge par ce qui se » passe dans les pays accidentés, où les menuisiers » et les fabricants de merrain accordent une préfé-

t>ES SOLS, DES ESSENCES. 47

» rence marquée aux chênes de montagne ou de » coteau, qui sont ordinairement de cette espèce ^))

Ainsi donc, les différentes qualités du premier de nos arbres forestiers deviennent également précieuses , selon l'usage auquel on le destine.

Comme bois de chauffage, le chêne vieux n'est pas d'un bon usage. Il brûle sans flamme, pétille et éclate souvent, et dégage son calorique avec trop de lenteur, quoiqu'il en fournisse beaucoup; dans les appareils à fort tirage (calorifères), à l'aide desquels on veut obtenir une température égale et soutenue, il est employé plus avantageusement. Le jeune chêne (rondin) est meilleur ; lorsqu'il a crû sur un terrain sec et que sa dessiccation est avancée, il brûle bien, donne beaucoup de chaleur et un beau brasier. Le charbon de chêne est très employé , surtout dans les usines métallurgiques , et, pour cet usage , on préfère généralement le charbon de bois jeunes ou d'âge moyen à celui qui provient d'arbres mûrs.

L'écorce du chêne fournit le tan nécessaire à la préparation des peaux. Le meilleur est celui qu'on retire des jeunes chênes dont l'écorce est Hsse et brillante.

Le fruit du chêne est particulièrement utile à l'engraisseiïient des porcs.

' Ouvrage déjà cité, de M. Nanquette.

2^ Chêne pédoncule.

77. Le chêne pédoncule se rencontre presque, aussi fréquemment en France que le rouvre , mais il forme, plus rarement que celui-ci , l'essence dominante de nos forêts.

78. Climat, situation, exposition. — Quoique plus répandu dans les pays du Nord et moins dans ceux du Midi que son congénère, cet arbre, ainsi que nous l'avons dit, ne s'élève pas autant que celui-ci dans les montagnes et se plaît moins dans les terrains accidentés. On le trouve cependant dans les régions de coteaux , mais seulement mélangé au rouvre , tandis que, dans les plaines, il prospère et domine souvent presque à l'exclusion de ce dernier.

79. Terrain. — Les terrains gras, mais surtout profonds, frais ^t même humides, sont ceux que le chêne pédoncule recherche particulièrement. Quoique assez indifférent à la nature minérale des terres, il est cependant, de toutes nos essences forestières, celle qui s'accommode le mieux des argiles fortes. Quand il est mélangé au rouvre, on le trouve surtout en belle croissance sur le bord des eaux, dans les plis de terrain et dans toutes les places où une dépression un peu marquée du sol, en permettant à l'humidité de s'y amasser , assure à ses rp-cines la fraîcheur nécessaire à leur végétation. Dans les sols

secs OU superficiels, ou dans les pentes prononcées, on le voit languir et bientôt disparaître.

80. Floraison et fructilBcation. — La floraisoir est la même que celle du chêne rouvre, si ce n'est que les fleurs apparaissent 10 à 15 jours avant celles de ce dernier, ce qui les expose d'autant plus à être victimes des gelées du printemps et rend, par conséquent, les glandées plus rares.

Nous avons dit [71] les difterences qui caractérisent les fruits de ces deux chênes. Il nous reste seulement à faire remarquer que, tandis que les glands du rouvre passent, pour ainsi dire, par toutes les grosseurs (de 15 à 30 et même 40 millim. de long), suivant la station de Tarbre, ceux du pédoncule conservent partout à peu près les mêmes dimensions (25 millim.), sans doute parce que, l'essence ne croissant que dans les sols d'une certaine nature, les fruits ne sauraient éprouver les modifications que présentent ceux de son congénère, beaucoup plus accommodant sous le rapport du terrain.

81. Jeunes plants. — Même tempérament et mêmes exigences que ceux du rouvre , si ce n'est, toutefois, que le pédoncule succombe promptemenl sous le couvert, tandis que le rouvre, tout en pouvant s'en passer, le supporte cependant assez longtemps.

82. Feuillage. — La ramification du chêne pédoncule se constitue principalement par les boujv geons terminaux , rarement par les bourgeons latéraux qui ne produisent que des rameaux grêles. 11

50 DES CUMATSj

en résulte une cime qui n'est formée que d'un petit nombre de brandies principales , plus ou moins grosses selon le volume de Tarbre, qui restent nues sur une partie de leur longueur, et ne portent que vers leur extrémité un feuillage ramassé en touffes serrées , laissant dans la cime de larges ouvertures. Cette disposition rend naturellement le couvert de l'arbre très incomplet et fort inférieur à celui- du chêne rouvre ^

Les feuilles du chêne pédoncule sont plus tendres et paraissent .plus tôt que celles de son congénère, cev qui, en raison des lieux que l'arbre habite, les rend souvent victimes des gelées printanières. D'un autre côté, elles restent vertes plus longtemps en automne.

83. Racines. — L'enracinement du chêne pédoncule ne diffère en rien de celui du rouvre ; toutefois, la disposition pivotante est, chez le premier, peutêtre plus prononcée encore que chez le second.

84. Croissance et durée. — Il n'existe pas de différence sensible, sous ce double rapport, entre les deux chênes que nous considérons. 11 paraît certain, néanmoins , que la croissance du pédoncule est, en général, plus rapide que celle du rouvre, ce qui peut s'expliquer, d'abord, parla qualité des terrains qu'il exige pour prospé^^r, et, ensuite, par la présence plus prolongée de la feuille à l'état vert sur l'arbre.

• Voir les ouvrages déjà cités de MM. Th. Hartig, L. Dubois et A. Mathieu.

85. Qualités et usages. — Tout en reconnaissant que les deux chênes qui nous occupent participent des mêmes qualités, quoique à des degrés différents, les forestiers et les constructeurs , ainsi que les divers métiers qui travaillent ces bois, ont discuté depuis longtemps et discutent encore sur la question de savoir auxquels des deux il y a lieu d'accorder la prééminence.

Longtemps on a pensé, — et nous avons pensé et écrit nous-même, — que le rouvre, ayeut une plus grande force, devait être préféré pour les grandes constructions , le pédoncule^ au contraire , pour les ouvrages de fente. Mais, après avoir étudié pendant plusieurs années consécutives cette question si importante pour le sylviculteur, soulevée de nouveau, en 1856, par la publication du remarquable mémoire de M. L. Dubois, nous devons déclarer aujourd'hui que notre opinion s'est entièrement modifiée sur ce point.

Nous nous croyons tenu de rendre compte de ce changement.

11 a été établi plus haut [76 bis] que le bois de chêne, sans distinction d'espèce, était d'autant plus ferme, plus résistant, plus élastique, plus nerveux enfin, que le tissu fibreux était plus abondant dans ses couches annuelles, ou, ce qui est la même chose, que le bois d'automne était plus développé, dans une même couche, comparativement au bois de printemps.

o2 DES CLIMATS,

On a vu aussi [70 et 79] que le rouvre se plaît ou résiste dans toutes sortes de terrains, depuis les meilleurs jusqu'aux médiocres , et que le pédoncule n'habite que les fonds fertiles et frais : d'où la conséquence que les accroissements annuels de celui-ci seront, en général, larges, c'est-à-dire pourvus de beaucoup de bois d'automne , tandis que les accroissements de l'autre ne pourront présenter cet avantage que dans les sols de bonne qualité.

De ces faits il est perinis de conclure :

1° Que le chêne pédoncule, quand il aura d'ailleurs les dimensions convenables et qu'il ne sera pas vicié , fournira toujours des bois essentiellement propres aux grandes constrjictions;

2*" Que le chêne rouvre offrira les mêmes avantages, s'il a crû en bon fonds; toutefois, dansbeau- (^oup de terrains, où sa robuste constitution et le couvert qu'il assure au sol lui permettent encore de prospérer, le grain de son bois, composé de couches annuelles minces, manquera des qualités requises l)Our en faire un bon bois de service, mais deviendra, par contre , d'autant plus propre aux ouvrages de fente et de menuiserie.

3** Chêne tauzhi.

86. Cet arbre est très répandu dans les terrains sablonneux de l'Ouest de la France, depuis les Pyrénées jusqu'à Nantes, et même jusqu'au Mans.

87. Climat, situation, exposition. — D'après ce que nous venons de dire, cet arbre se plaît plus particulièrement dans les climats doux et même chauds, pourvu qu'ils soient humides; toutefois, il résiste encore aux hivers des régions tempérées ; il paraît rechercher les plaines plutôt que les montagnes, et ne montre pas une préférence prononcée pour une exposition plutôt que pour une autre.

88. Terrain. — Les sols légers et frais sont ceux que le tauzin préfère ; on le voit réussir dans les dunes et dans d'autres terrains d'une nature assez aride.

89. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque, et amentacée pour les mâles. Les fleurs paraissent au printemps, et les glands sont mûrs et. tombent dans le courant de septembre de Tannée de la floraison.

90. Jeunes plants. — Les jeunes plants pnrnissent avoir le même tempérament et les mêmes exigences que ceux du chêne rouvre.

91 . Feuillage. — Les feuilles du chêne tauzin sont profondément découpées et disposées sur les rameaux, de manière à donner un couvert plus léger encore que celui du pédoncule.

92. Racines. — Ses racines tracent au loin et drngeonnent abondamment dès la jeunesse. Cette disposition le rend précieux pour la fixation des dunes.

93. Croissance et durée. — La croissance de cet arbre est assez rapide, mais il ne s'élève guère au

delà do 20 à 24 mèires, et n'atteint qu'une grosseur ordinaire. Il vit plusieurs siècles.

94. Qualités et usages. — Le chêne tauzin est peu estimé comme bois de construction ; on lui reproche d'avoir trop d'aubier, d'être noueux et tordu, de résister mal aux alternatives d'humidité et de sécheresse, et, enfin, de se tourmenter plus que les autres chênes.

Ces défauts le rendent peu propre aussi à la fente et aux autres ouvrages ; mais, jeune, il fournit des cercles de futailles très recherchés, car il a la fibre coriace et beaucoup de liant.

Comme bois de feu, il est bien préférable au rouvre et au pédoncule ; son charbon est très estimé. L'écorce sert au tannage, et les glands sont particulièrement appréciés pour l'engraissement des porcs.

4** Chêne veuse.

95. Le chêne veuse ou chêne vert ne se rencontre, en France, que dans les départements méridionaux. Dans la Provence et le Languedoc, ainsi qu'en Corse, il forme de nombreuses et vastes forêts.

96. Climat, situation, exposition. — Il a besoin d'une température chaude ; il se plaît sur les coteaux et sur les montagnes de moyenne hauteur, et réussit à toutes les expositions.

97. Terrain. — Cet arbre paraît préférer les sols calcaires; c'est là, du moins, qu'on le rencontre le plus

habituellement, quoiqq'il croisse aussi dans d'autres terrains, même les plus arides. A la vérité, il végète très faiblement dans ces derniers, mais ^vec persistance, et on peut le regarder, forestièrement, comme le sauveur des montagnes du Midi.

98. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque, et amentacée pour les mâles; les fleurs paraissent au printemps, quelquefois seulement en mai. Le gland mûrit en septembre, parfois même dès Tété de Tannée, et tombe avant Thiver. Quelques chênes yeuses donnent des glands assez doux et mangeables ^ sans qu'il soit possible de reconnaître aucune différence entre les pieds qui produisent ces glands et ceux qui ne portent que des glands amers ; on prétend même que les uns et les autres se trouvent parfois sur le même arbre. Il paraît probable que c'est surtout dans les expositions très chaudes que le gland devient comestible.

99. Jeunes plants. — Quoique très robustes, et supportant bien les chaleurs, il est à conseiller cependant de leur procurer, dans les deux premières années de leur naissance, un abri contre les ardeurs du soleil.

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