‹ Cours élémentaire de culture des bois créé à l'École forestière de NancyChapitre 29 sur 118 · FçuiUd^e, — Quoique les feuilles du pin · texte numérisé non relu

FçuiUd^e, — Quoique les feuilles du pin

maritime soient très longues, leur ensemble cependant ne donne qu'un faible couvert; comme celles du pin sylvestre, elles tombent la troisième année.

317. Racines. — Cet arbre a une racine pivotante qui s'enfonce très avant dans le sol; il a, en outre, des racines traçantes qui, dans toute leur longueur, jettent des pivots profonds. Cette propriété, jointe à sa rapide végétation, le rend très propre à fixer les sables mobiles des dunes.

318. Croissance et durée. — La croissance du pin maritime est remarquablement prompte, et il acquiert de fortes dimensions. On voit dans une partie des dunes de Gascogne, sur un sol profond et substantiel, plusieurs arbres non résinés qui ont une élévation de 27 à 30 mètres sur 2, 3 et 4 mètres de tour à 1 mètre du sol. Cette grosseur se soutient bien et donne aux arbres une forme cylindrique; leur âge est de 150 à 170 ans, et ils ne montrent aucun signe de dépérissement. Il est donc permis de penser que le pin maritime peut atteindre au moins l'âge de 200 ans dans les terrains qui lui conviennent.

319. Qualités et usages. — Le bois du pin maritime est jugé inférieur en qualité à celui du pin sylvestre et des autres essences résineuses dont nous avons parlé. On ne s'en sert pas moins pour différentes constructions civiles. On en fait des pilotis et des étais dans les chantiers de la marine, pour soutenir les vaisseaux en construction, et on le débite en planches el en échalas.

Le chauffage et le charbon de ce pin sont aussi de faible qualité.

On pourrait se tromper cependant en se prononçant définitivement sur la valeur du bois du pin maritime. Pour qu'un pareil jugement pût être porté, il faudrait que, dans le sol et dans le climat qui lui conviennent, il eût été traité d'après le meilleur régime d'exploitation, et qu'on l'eût garanti de l'élagage et de l'extraction de la résine. Or, dans les départements des Landes et de la Gironde, cette extraction, que Ton exprime par les mots gemmage, gemmer^ se pratique dans les dunes depuis plusieurs siècles *; et, dans les vastes terrains appelés landes, où le sol est généralement ingrat et où le gemmage a pris peu d'extension, on exploite le pin maritime très jeune, soit pour en tirer quelques pièces de charpente, soit pour échalasser les vignes : il en est de même dans les départements situés plus au midi. On voit donc que, dans Tun et l'autre cas, on ne saurait apprécier avec certitude les qualités de cet arbre.

Les procédés employés pour tirer de cet arbre le suc résineux donnent la mesure du préjudice qu'on lui occasionne. C'est à 25 ans ordinairement que l'on commence le gemmage, depuis le mois d'avril ou de mai jusqu'au mois de septembre. La première opé-

' Une charte du 10 octobre 14C8, octroyée par Gaston de Foix, captai de Buch, reconnaît aux habitants de la Teste la faculté de faire gemme et résine dans ses pignadas de la Teste, à charge de payer une redev^ance. (Note de M. Parade.)

ration consiste à enlever une bande d'écorce de 12 à 16 centimètres de large, depuis le pied de l'arbre, jusqu'à une hauteur de 33 à 50 centimètres, et à entailler assez profondément pour entamer Taubier; car le suc résineux s'écoule principalement du corps ligneux et entre l'écorce et le bois. Chaque semaine le résinier rafraîchit la plaie. Ces entailles se prolongent, les années suivantes, jusqu'à une hauteur de 4 ào mètres. On commence ensuite, au pied du même arbre, une nouvelle entaille, parallèle à la première, qui n'en est séparée que par 5 à 6 centimètres d'écorce; on la conduit à la même hauteur, et ainsi des entailles suivantes, jusqu'à ce qu'elles fassent le tour de l'arbre. Ces entailles sont appelées quarres.

Le mode de gemmage que nous venons de rapporter est le plus modéré; on le nomme gemmage à vie. Quand on veut aller plus vite, on fait deux entailles à la fois, l'une dans le haut, l'autre dans le bas : la première dite quarre haute, la seconde basson, et souvent on taille simultanément sur toutes les faces de l'arbre. C'est ce qu'on appelle gemmer à mort ou à pin perdu. Jusqu'à présent, le pin maritime est principalement cultivé pour son suc résineux qui fournit des produits d'une importance incontestable, consistant en térébenthine, brai, goudron et noir de fumée. Sous le rapport mercantile, il est hors de doute que ce mode d'exploitation est le plus profitable, et, par conséquent, il se justifie parfaitement. Mais, dans les départements de la Gironde et des Landes, on va

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plus loin, et Ton prétend que le pin maritime, pour être d'un bon usage, doit être résiné. On va jusqu'à affirmer, malgré les exemples contraires [318], que l'extraction de la résine est indispensable à cet arbre pour assurer sa prospérité et même son existence. La dernière opinion ne nous paraît pas digne d'être discutée; la première, qui est fondée jusqu'à un certain point, a besoin d'explication.

On conçoit, en effet, que le gemmage doit apporter une certaine perturbation dans la croissance du pin maritime. La nature ne lui a pas donné en vain la résine comme suc propre, et ce suc, indépendant de la sève, paraît s'unir à elle pour procurer la nutrition et l'accroissement du végétal. Ce qui le prouve, c'est que des pins gemmés, et qui, étant abattus, ont pu être vérifiés, présentaient des couches annuelles très étroites, et dénotaient ainsi un accroissement ralenti, tandis que le contraire a été reconnu sur des arbres non gemmés, ayant crû d'ailleurs dans les mêmes circonstances que les premiers. Mais on a vu plus haut [283] que le bois des arbres résineux est d'autant plus ferme et plus résistant que les accroissements annuels sont plus serrés. De plus, le gemmage provoque, du centre à la circonférence de la tige, un courant actif de térébenthine, dont la partie fluide s'écoule en laissant, dans les tissus ligneux qu'elle parcourt, une quantité notable de résine concrète ^

» Mathieu, Flore forestière, page 353.

On comprend donc que le gemmage, en ralentissant prématurément la croissance du pin maritime, donne, en même temps, à son bois, des qualités que, dans l'état de nature, il n'aurait acquises qu'à un âge plus avancé.

Reste toujours la déformation que cette pratique cause au tronc de l'arbre, lequel présente des cannelures nombreuses et profondes, devient tortueux la plupart du temps, et impropre, par conséquent, à tout usage de quelque importance.

ARTICLE VI

Le Pin larioio.

320. Le pin laricio (pinus laricio, Poiret) est aussi connu sous le nom de pin de Corse^ de Calabre, parce que, dans ces deux pays, il forme de grandes forêts.

321. Climat, situation, exposition. — Ce pin se trouve en Corse, à une altitude de 1,000 à 1,500 mètres, ce qui lui donne un climat très tempéré ; on le rencontre même à 1 ,600 et 1 ,700 mètres; mais, à ces hauteurs, sa végétation est lente et il est chétif. On est parvenu à l'acclimater très bien dans le nord et l'est de la France, et, quoiqu'il ne semble pas supporter les grands froids aussi bien que le pin sylvestre, il craint cependant peu nos hivers.

Comme ce dernier pin, il réussit à toutes les expositions.

322. Terrain. — Les sols qu'il préfère sont les sables gras, provenant de la décomposition des roches granitiques. Il est probable qu'il ne réussirait pas, comme le pin sylvestre, dans les sables purs.

323. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque. Les fleurs paraissent à la fin de mai, et même au commencement de juin, sous le climat de Paris.

Ses semences, ailées et légères, sont un peu plus grosses que celles du pin sylvestre ; elles demandent le même temps que celles-ci pour la maturité et la dissémination.

324. Jeunes plants. — Le tempérament des jeunes plants est aussi robuste que celui du pin sylvestre.

325. Feuillage. — Les feuilles tiennent, quant à leur longueur, le milieu entre les feuilles du pin sylvestre et celles du pin maritime ; le couvert qu'elles fournissent est également fort léger.

326. Racines. — Quoique, dans la première jeunesse, le pin laricio ait un pivot prononcé, ses racines, dès qu'il a atteint un certain développement, sont entièrement traçantes, et peu étendues eu égard aux dimensions de l'arbre.

327. Croissance et durée. — La croissance du laricio est très prompte, plus prompte même que celle du pin sylvestre. Il vit plusieurs siècles et prend les plus fortes dimensions. On en voit, en Corse, qui

ont de 33 à 40 et même 45 mètres de haut, sur 3 et 4 mètres de circonférence à la base.

328. Qualités et usages. — Le laricio est très estimé comme bois de charpente ; on l'emploie aussi dans les constructions navales. Dès 1787, on a tiré des forêts de la Corse un grand tiombre de mâts des plus fortes dimensions, et, de 1812 à 1822, ces forêts ont approvisionné exclusivement le port militaire de Toulon. Cependant quelques constructeurs ont trouvé que cet arbre avait moins d'élasticité et beaucoup plus d'aubier que les pins de Riga et de Norvège. Il est permis de croire que ces observations ont été faites sur des pièces qui ne réunissaient point (probablement en raison de leur âge) toutes les qualités que l'essence est susceptible d'acquérir. Il résulte, en effet, d'un rapport fait au Ministre de la Marine, par un Ingénieur des constructions navales, envoyé en Corse vers 1845, afin de reconnaître les ressources que les forêts de cette île pourraient offrir à la marine, « que le pin laricio a le grain fin et serré, » des couches annuelles étroites, un tronc parfai- » tement droit et très élevé sous branches ; que la ré- » sine y est abondante, et, enfin, que son aubier a, » dans certaines localités, de 20 à 30 centimètres et, )) dans d'autres, seulement de 8 à 10 centimètres d'é- » paisseur sur le diamètre. » Ces faits, constatés par un juge aussi compétent, doivent nous faire attacher une haute importance aux forêts de la Corse, et nous encourager à multiplier le laricio dans toutes les

localités (le la France où nous pouvons espérer de le voir réussir.

Le laricio se débite aussi en planches et en madriers; il est employé par la menuiserie et par divers autres métiers. Quand il n'est pas trop gorgé de résine, son bois est d'un travail facile et peut même sefvir à la sculpture.

Comme chauffage, il est probable qu'il ne le cède pas au pin sylvestre.

Le laricio est très résineux et susceptible de fournir les mêmes produits que les autres pins : poix, goudron, etc. Soumis au résinage, il y a une vingtaine d'années, il serait à désirer qu'il pût en être désormais exempt, ou du moins que le corps de cet arbre précieux ne fût jamais gemmé. Rien n'empêcherait, comme il a été dit à l'article pin sylvestre^ de mettre à profit la résine qui se trouve dans la souche et les racines.

ARTICLE VII

Le Pin noir.

329. Le pin noi7' ou d'Autriche (pinus nigra, Linné ; pmus austriaca, pinus laricio austriaca, Endlicher) est une espèce très voisine ou, selon plusieurs botanistes, une variété constante du pin laricio. Dans les Alpes styriennes, dans les montagnes de la Dalmatie et de la Croatie, de même que dans une partie de la Hongrie et aux environs de Vienne, il forme des

forets considérables, tantôt seul, tantôt en mélange avec le chêne ou le hêtre, le pin sylvestre ou le mélèze. Depuis une quarantaine d'années environ, on a beaucoup propagé cet arbre dans les diverses contrées de l'Allemagne, et, plus récemment, on a commencé aussi à s'en occuper en France. La rapidité de sa croissance, les bonnes qualités de son bois, et surtout son extrême rusticité, qui le fait végéter en bon état dans les sols calcaires les plus arides, justifient la faveur dont il jouit parmi les sylviculteurs.

330. Climat, situation, exposition. — Les montagnes dans lesquelles ce pin est indigène ont une altitude de 800 à 1,000 mètres ; on le trouve encore à de plus grandes hauteurs, mais alors sa végétation se ralentit sensiblement. Il réussit aussi bien sur les pentes que sur les plateaux, et toutes les expositions semblent lui convenir *.

331. Terrain. — Ainsi qu'on vient de le dire, le pin noir s'accommode des sols légers, secs et calcaires, quelque pauvres qu'ils soient en humus. Cette sobriété le rend propre au reboisement de rochers nus, pourvu qu'ils présentent quelques fissures où ses racines puissent s'introduire. Il prend pied dans les terrains provenant d'éboulements, lors même qu'ils ont peu de fond, et sa végétation n'y semble

» Zoetl , conseiUer des forêts et des mines en Tyrol , Manuel de sylviculture des hautes montagnes.

pas sensiblement ralentie '. Les sols argileux Igi conviennent médiocrement, et, lorsqu'ils sont humides, ils lui sont absolument contraires.

332. Floraison et fructification. — Sous ce double rapport, le pin noir est entièrement semblable au pin laricio.

333. Jeunes plants. — Il est très robuste dès sa naissance, et ne craint ni le froid ni la chaleur.

334. Feuillage. — Les feuilles sont très serrées, d'un vert sombre, et persistent pendant 5 et 6 ans. L'arbre ayant des branches nombreuses et touffues, donne un couvert épais et fournit au sol un détritus abondant.

335. Racines. — Les racines sont traçantes, robustes et s'étendent au loin ; le pivot est presque nul.

336. Croissance et durée. — La végétation du pin noir est rapide et se soutient jusqu'à un âge très avancé. Quand il croît dans les conditions qui lui conviennent, il vit 2 à 3 siècles et atteint un diamètre de 1 mètre et plus à la base, sur 30 à 33 mètres de hauteur ^. Quelques auteurs ont dit que sa tige était rarement droite. Cependant Zoetl, dont nous avons déjà cité l'ouvrage, et qui avait longtemps adrninistré des forêts de pin d'Autriche, ne parle pas de cette particularité et considère le pin noir comme un excellent bois pour la construction. Or, un tel

' Zoetl, même ouvrage.

^ Hoess, Monographie du pin noir.

emploi ne saurait se concilier avec un tronc de forme défectueuse.

337. Qualités et usages. — Ainsi qu'on vient^de fe voir, le pin noir est très estimé en Autriche comme bois de construction, et Ton assure que, sous ce rapport, sa durée égale celle du mélèze. Placé sous Peau, il est, pour ainsi dire, incorruptible. Il donne un bon chauffage, et son charbon équivaut à peu près à celui du hêtre. Comme il est très résineux, il est soumis au gemmage, dans les pays qu'il habite. Il est probable que la forme tortueuse du tronc, qu'on lui a reprochée, est le résultat de cette pratique, et ne provient pas d'une disposition particulière à la croissance de l'arbre [319J.

articlp: viii.

Le Pin d'Alep.

338. Le pin (ÏAlep ou de Jérusalem (pinus halepensis, Miller), qui paraît originaire de la Syrie et de la Barbarie, est assez commun dans les départements méridionaux de la France.

.339. Climat, situation, exposition. — Un cliniat chaud, ou au moins très tempéré, lui est nécessaire. C'est avec peine qu'on parvient à l'accUmater da-ns lès environs de Paris : il souffre des froids de rhiver, et plus au Nord il ne pourrait y résister.

Cet arbre se plaît dans les plaines et sur les coteaux .

Dans les départements du Midi, toutes les expositions semblent lui être favorables.

340. Terrain. — Le pin d'Alep se contente d'un sol très médiocre, pourvu qu'il soit léger; en général, on remarque qu'il prospère plutôt dans les terrains calcaires que dans les siliceux.

341 . Floraison et fructification. — La floraison est monoïque ; les fleurs paraissent en mai.

La maturité de la graine, qui est ailée et légère comme celle des autres pins, a lieu à la fin du second été qui suit la floraison, et la dissémination ne s'opère que dans le courant du troisième.

342. Jeunes plants. — Même sous le ciel de la Provence, le jeune pin d'Alep résiste parfaitement aux ardeurs du soleil; mais, par contre, il paraît craindre les gelées dans les trois ou quatre premières années de son existence, lorsqu'il est semé à découvert. Après cet âge, il devient robuste.

343. Feuillage. — Le pin d'Alep a les feuilles très fines et assez longues ; elles ne persistent guère que 2 ans et ne fournissent, par conséquent, qu'un léger couvert.

344. Racines. — Les racines pivotent assez profondément, lorsque le sol le permet ; mais elles s'accommodent aussi de tracer, et l'on voit parfois des sujets d'assez fortes dimensions , assis sur des rochers entièrement nus dont quelques crevasses seulement permettent aux racines de s'y cramponner.

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