Croissance et durée. — La croissance du
pin du Lord est très rapide; les pousses annuelles s'allongent quelquefois, dans sa jeunesse, de 66 centimètres à 1 mètre. Il atteint un âge très avancé et prend les plus fortes dimensions. En Amérique, on en a trouvé qui avaient jusqu'à 50 et 60 mètres de hauteur sur 1 mètre 66 centimètres de diamètre à la base.
373. Qualités et usages. — Aux États-Unis, le pin du' Lord a un bois ferme; il est léger, peu noueux et facile à travailler. Les Américains en tirent un grand parti pour la charpente, et même pour la construction des vaisseaux. Ils l'emploient aussi à la mâture; mais, quoique plus léger que le pin sylvestre, il n'est pas, pour cet effet, d'un aussi'bon usage.
Pour les constructions civiles, s'il est placé à l'abri des variations de l'atmosphère, ce bois a la durée et la consistance de nos meilleurs pins ; mais il ne faut l'employer ni sous l'eau ni dans la terre, où il est sujet à pourrir.
11 est très recherché par différents métiers; sa texture est fine, et il prend un beau poli.
On ne peut affirmer que toutes ces précieuses qualités se retrouvent dans les pins du Lord que nous cultivons en France. Ceux que l'on a pu y exploiter jusqu'à présent étaient évidemment trop jeunes pour servir de sujets d'expérience; le bois en était mou, léger, peu résineux et peu résistant. Le temps seul pourra nous apprendre ce que nous avons à espérer de cette essence.
Le pin du Lord contient beaucoup de térébenthine.
qui se volatilise promplement. En France, il est demeuré jusqu'à présent à Tabri du résinage; mais, dans l'Amérique du Nord, il paraît qu'il est soumis à cette pratique.
ARTICLE XIÏ.
Le Mélèze.
374. Le mélèze (larix europœa, de Candolle), par la beauté de son port, la durée et l'utilité de son bois, tient le premier rang parmi les bois résineux. Il est le seul dont les feuilles soient caduques.
Il forme des forêts considérables, tantôt seul, tantôt en mélange avec l'épicéa, le pin sylvestre, le pin à crochets et le cembro.
375. Climat, situation, exposition. — Cet arbre qui, dans le Nord de l'Europe, occupe tantôt la plaine et tantôt la montagne, ne se trouve, en France, que dans les Alpes, où il apparaît à 1,200 mètres d'altitude, s'élève en bon état jusqu'à 2,000 mètres, et résiste même, mais à l'état de buisson rabougri, jusqu'à une élévation de 2,400 mètres. Ce sont les situations où l'état habituel de l'atmosphère est à la fois sec et froid, qui semblent surtout lui convenir; il redoute les climats brumeux et les vents humides.
Sur les montagnes où il est indigène, il prospère particulièrement aux expositions du Nord et de l'Est. A de grandes hauteurs, on le trouve aux aspects du Sud et de l'Ouest, mais il n'y est pas bien venant ^
• M, du Guinv.
160 DES CIJMATS,
376. Terrain. — Le mélèze demande une terre divisée, profonde et surtout fraîche. Cette dernière condition, qu'il recherche d'une manière très marquée, le rend souvent accommodant sur les deux autres. Dans les terrains très substantiels, il est, comme le pin à crochets [304], exposé à se carier *• Les sols argileux et compactes ne lui conviennent pas plus que les sables purs et trop légers; les terrains mouillés aussi lui sont contraires.
377. Floraison et fructification. — Les fleurs sont monoïques, et paraissent en avril ou en mai, selon la température. Les graines, légères et ailées, sont mûres à la fin de l'année même de la floraison, et se disséminent au printemps suivant; dans certaines circonstances, néanmoins, cette dissémination s'effectue, comme celle de l'épicéa [287], dès le commencement de l'automne.
Le mélèze porte semence à un âge peu avancé, surtout dans les climats tempérés, où sa trop grande fécondité, toutefois, doit être considérée comme l'indice d'un ralentissement prématuré de croissance.
378. Jeunes plants. — Dans les climats où il est indigène, le jeune plant du mélèze est robuste dès sa naissance et susceptible de résister aux froids conâme aux ardeurs du soleil; mais, sous un ciel plus doux, on fera bien de l'ombrager pendant les premières années.
' M. du Guiny.
379. Feuillage. — Les feuilles sont petites, tendres, et ne donnent qu'un couvert léger ; elles fournissent cependant au sol un détritus beaucoup plus abondant que celui d'aucun autre conifère (M. T. Hartig), parce qu'elles se renouvellent chaque année.
380. Racines. — Le mélèze pivote à un mètre et plus de profondeur; ses racines traçantes sont nombreuses, déliées, et s'étendent au loin.
381. Croissance et durée. — La croissance du mélèze est très prompte; il acquiert une grande hauteur et prend beaucoup de diamètre. On en a trouv^'^ sur les Alpes qui avaient de 33 à 40 mètres de hauteur sur 5 mètres de tour à la base. Il peut vivre trois à quatre siècles K
* Nous devons à Tobligeance de M. Davall de Joffrey, conseiUer des forêts à Vevey, canton de Vaud (Suisse) , la notice suivante sur un mélèze que l'on voyait encore en 1850 dans le voisinage du hameau de Forclar, dans la vallée d'Ormont, sur le bord d'une forêt située sur un versant au nord en pente rapide, à 1,400 mètre? environ au-dessus du niveau de la mer.
Quoiqu'il fît partie d'une forêt particulière, cet arbre avai ^ été placé sous la surveillance spéciale de l'inspecteur forestier de la contrée, et le propriétaire avait consenti à ne pas le faire abattre. Mais la foudre le frappa et le mutila tellement, que la hache dut l'achever.
Croissant isolé, le mélèze de Forclar était très branchu, et sa hauteur ne dépassait pas 23 mètres, mais sa souche avait, près du sol, un diamètre de 2 mètres. Son âge était, au plus, 275 ans, et sur la souche on comptait distinctement 257 couches de bois parfait et 13 couches seulement d'aubier; l'écorce avait une épaisseur de 0™13.
Le premier billon, parfaitement sain> d'une longueur de 9"*3,
Dans les régions tempérées, sa végétation surpasse en rapidité celle de tous les autres bois résineux; cependant elle se ralentit déjà considérablement dès Page de 60 à 70 ans, et quelquefois même plus tôt. Souvent, à la vérité, il a, à cet âge, de 25 à 30 mètres de hauteur sur 25 à 33 centimètres de diamètre ; mais son bois, alors, est loin de présenter les qualités qu'on lui reconnaît, à un âge plus avancé, dans le pays dont il est originaire.
Ces faits, qui se sont vérifiés sur différents points de TAUemagne, et notamment dans la Forêt-Noire et dans les montagnes du Hartz, sont de nature à faire croire que le mélèze n'est point encore parfaitement acclimaté dans les situations peu élevées.
La culture en grand de cet arbre semble donc, quant à présent, devoir se borner aux très hautes montagnes; mais on ne devra pas moins en continuer et multiplier les essais sur nos élévations moyennes. On sait, en effet, que ce n'est souvent qu'après plusieurs générations qu'une essenccLparvient à se faire entièrement au climat où elle a été importée, et à y recouvrer, au moins en partie, les propriétés qu'elle possède dans son pays natal '.
avait au gros bout 1 ™9 de diamètre et 270 couches , et au petit bout 0™9o et 248 couches. Il cubait donc i4 m. c. 394 d. c.
* Dans un grand domaine de l'Angleterre, où existaient d'importantes plantations de mélèzes âgés de plus d'un siècle, le propriétaire s'est décidé , il y a peu d'années , à exploiter ces arbres, dont les dimensions étaient déjà considérables. Ils
382. Qualités et usages. — Le mélèze résiste très longtemps à l'air et se conserve, dans les lieux humides et sous l'eau, aussi longtemps que le chêne. Des habitations sur les Alpes, entièrement construites avec ce bois, dont les pièces équarries sont placées les unes sur les autres, ont une origine fort ancienne.
Dans une cabane, bâtie depuis 240 ans, on a
avaient été plaatés, les uns aux expositions du Nord et de l'Est, les autres sur des versants aux aspects du Sud et de l'Ouest.
Examinés par des ingénieurs maritimes, les premiers furent trouvés de très bonne qualité et payés fort cher pour être employés dans la construction des vaisseaux ; les autres, au contraire, parurent aux mêmes juges de qualité fort médiocre et tout à fait impropres aux exigences du service d'élite qu'il s'agissait d'approvisionner.
Cet exemple tend, selon nous, à prouver : i° que le mélôzo, transporté dans d'autres climats, y manifeste les mômes exigences que dans son pays natal, en ce qui concerne l'exposition; 2° que, quand ces exigences, jointes sans doute à celles concernant le sol, sont satisfaites dans une certaine mesure, son bois conserve, en grande partie, les prjcicusos qualités qui lo distinguent dans les régions élevées.
M. T. Hartig, dans son excellent ouvrage déjà cité, rapporte, de son côté, des expériences plus encourageantes encore pour prouver que les qualités si remarquables du mélèze n'appartiennent pas seulement à cette essence croissant dans les climats froids.
Son illustre père avait fait disposer, pour tuteurs des arbrr s du jardin de l'École vétérinaire à Berlin, des perches ou piquets de diverses essences. Ces piquets, écorcés, avaient un diamètre de 3 pouces (1 décimètre environ). Ceux en bois de mélèze se maintinrent intacts pendant 14 ans et ne trouvèrent de rivaux en durée que parmi les robiniers , les cembros , les thuyas et les genévriers. Une expérience analogue et simultanée fut faite avec
trouvé les bois parfaitement sains i. Le mélèze est également précieux pour les constructions tant ci- ^viles que navales. Si on le voit rarement dans les chantiers de la marine, la cause en est uniquement dans la difficulté de Textraire des localités qu'il habite et dans les frais considérables de transport. Des ingénieurs de la marine le considèrent commo plus résineux, plus fort et plus léger que le laricio, et, par conséquent, plus propre à la mâture. Los bordages faits de ce bois durent plus longtemps que ceux de chêne, ce qui a été reconnu dans les bâtiments employés à la navigation du lac de Genève.
Le mélèze est très propre à la menuiserie et à d'autres métiers; il a un grain très fin et prend un beau poli. On en fait aussi du merrain, et il fournit pour la vigne de très bons échalas.
Son chauffage et son charbon ne sont pas de première quaUté ; cependant ils passent, dans le pays
des madriers de 4 pouces qu'on enterra dans le même lieu. Ceux on mélèze, en robinier et en pin sylvestre vieux et très résineux, furent les seuls qui restèrent sains aussi longtemps que les piquets. Or, les méfézes employés iwovenaient des environs de Berlin.
' 11 faut observer cependant que cette durée extraordinairo n'est pas uniquement duo à la bonté du bois. Il n'est pas douteux ([ue les froids vifs et prolongés dos grandes hauteurs» doivent retarder la décomposition de toute espèce de bois qui y serait mis en œuvre, et que des mélèzes, employés aux constructions sur des élévations peu considérables ou dans des vallées, n'y résisteraient pas aussi longtemps, attendu les variations fréqucnto.s que présente la température de ces localités.
natal de Tarbre, pour être préférable à ceux des pins et des sapins. Le bois de mélèze a l'inconvénient de pétiller, de lancer des éclats et de s'allunier plus difficilement que les autres bois résineux. C'est sans doute à cette dernière propriété qu'il a dû la réputation d'incombustibilité qu'on lui avait faite chez les Romains (Vitruve).
On tire du mélèze un suc résineux connu sous le nom de térébenthine de Venise. Dans le Valais, on l'obtient en pratiquant dans le tronc, avec une tarière, des trous faiblement incUnés de ba& en haut, mais qui ne dépassent pas l'aubier. A Torifice de ces trous, on place des gouttières faites en bois de mélèze, par le moyen desquelles la térébenthine coule dans des auges disposées à cet effet au pied de l'arbre. Cette récolte a lieu sur les Alpes depuis la fin de mai jusqu'au commencemient de septembre; elle est sans doute d'un grand produit, car on prétend qu'un mélèze peut fournir, pendant 40 à 50 ans, de 3 à 5 kilogr. de térébenthine chaque année ; mais cette opération rend ordinairement le bois impropre au service.
La térébenthine distillée donne une huile essentielle qui, cependant, n'est pas aussi estimée que celle qu'on obtient de la térébenthine du sapin.
L'écorce du jeune mélèze est très propre au tannage des cuirs.
ARTICLE XII
Le Cèdre. 9 i^y 0
383. Le cèdre o\i cèdre du Liban (cedrus Libani, Barrel) est spontané en Asie, principalement sur le mont Liban et sur le mont Taurus ; depuis la conquête de l'Algérie, on en a reconnu de vastes forêts dans les montagnes de TAtlas. Il peut être considéré comme le géant des conifères de ces contrées.
384. Climat, situation, exposition. — ^ L'babitation du cèdre devrait faire présumer que cet arbre ne craint pas les climats froids ou, au moins, qu'il doit très bien réussir dans les climats tempérés de la France. En effet, sur le mont Liban, dont le sommet est couvert de neiges perpétuelles, on ne le rencontre que dans une région déjà assez élevée, et en Afrique, ce n'est qu'à 1,400 mètres au moins audessus du niveau de la mer que se trouvent les forêts de cèdre ^ Cependant, dans le climat de Paris, on est forcé de lui donner beaucoup de soins dans sa jeunesse, et de l'abriter contre les gelées. Ce n'est que lorsqu'il est âgé de six à huit ans qu'on peut
' Voyez l'intéressante notice de M. Renou, inspecteur des forêts de l'Algérie, dans le 3® vol. ôlqs Annales forestières, année i844, pages i à 7.
rabaiidoniier à lui-même; il résiste alors aux plus grands froids.
Les montagnes paraissent lui convenir mieux que les plaines, et la température, que lui offre son pays natal, semble exiger qu'on ne le cultive pas dans des parties trop exposées aux ardeurs du soleil.
385. Terrain. — Les sols graveleux, un peu secs et profonds paraissent convenir au cèdre. Ainsi que les autres conifères dont nous avons parlé, il ne vient ni dans les terres trop compactes, ni dans celles qui sont marécageuses.
386. Floraison et fructification. — La floraison est monoïque ; mais, contrairement à ce qui existe pour les autres essences, elle n'a lieu qu'en septembre et octobre.
Des observations faites sur les cèdres de TAlgérie ^ il résulte que les graines ne mûrissent, dans cette contrée, que dans le mois de juillet de la seconde année après la floraison, c'est-à-dire 20 mois après celle-ci. La dissémination s'opère, en général, trois ou quatre mois plus tard, à l'époque des pluies d'automne, et quelquefois même seulement à la fin de l'hiver.
Comme pour le sapin, les écailles du cône du cèdre se détachent et tombent avec la graine.
Le cèdre cultivé commence à donner des fruits vers 50 ans.
* Voyez la notice déjà cilée.
168 db;s cumats,
387. Jeunes plants. — En Afrique, les jeûnes plants sont aussi robustes que ceux du pin sylvestre [297] ; mais en France, ainsi que nous l'avons déjà (lit, ils sont plus délicats et demandent de Tabri contre le froid pendant les six à huit premières années. Cette circonstance est un obstacle majeur à la culture en grand de cet arbre, mais qui ne doit pas faire renoncer à multiplier les essais dans diflérentes localités et à différentes hauteurs. Il est probable qu'après plusieurs générations, le cèdre finira par s'acclimater entièrement, ou qu'au moins on reconnaîtra quel est le climat qui lui convient le mieux.
388. Feuillage. — Les feuilles du cèdre sont nom. breuses, touffues, et donnent un couvert assez épais.
389. Racines. — Le cèdre pousse, avec un pivot 1res fort, de nombreuses racines latérales, qui s'étendent beaucoup et le fixent fortement au sol.
390. Croissance et durée. — La croissance du cèdre est lente dans le principe, mais elle devient très active après les huit à dix premières années. Il peut acquérir plus de dix mètres de circonférence, une hauteur considérable, et son existence se prolonge, dit-on, pendant plusieurs siècles.
391 . Qualités et usages. — On attribue en général au cèdre la force et l'incorruptibihté. Cependant tous les auteurs qui en ont parlé ne sont pas du même avis; quelques-uns lui accordent peu de qualités.
Quant à son poids, les uns le classent au rang des bois les plus légers, les autres l'assimilent presque au chêne. Il semble difficile, dans les circonstances actuelles, de juger un arbre dont la vie est aussi longue et qui ne peut atteindre sa perfection qu'à un âge avancé. Il faudrait savoir d'où ont été tirés les cèdres sur lesquels on a fait des expériences. Les plus vieux cèdres de l'Europe datent de 1683, et le premier qui a été planté en France fut apporté par Bernard de Jussieu, en 1734, Ces arbres subsistent encore. Ceux qui en sont provenus, et qui ont été abattus, n'auraient-ils pas acquis plus de qualités si on les avait laissés sur pied plus longtemps? Avaientils crû dans le climat et dans le sol convenables? En Asie, en Afrique, le cèdre habite de grandes élévations et, jusqu'à présent, on ne lui a donné place en Europe que dans des parcs et des jardins.
L'éloge que les anciens ont fait du cèdre, les grandes constructions auxquelles il a été employé, et le respect religieux qu'il inspirait autrefois, pourraient déterminer notre opinion à son égard, si l'identité de cet arbre n'avait pas été mise en question, et si l'on n'avait pas prétendu qu'on donnait jadis le nom de cèdres à différentes espèces résineuses.
Espérons que nos forêts de l'Algérie pourront bientôt fournir aux travaux pubUcs, ainsi qu'à la marine, les moyens d'expérimenter sûrement cette importante essence, et que la sylviculture sera, par là, mise à même de décider jusqu'à quel point les
essais d'acclimatation tentés jusqu'ici méritent d'être continués et étendus ^ '
• D'après quelques expériences faites en Afrique par des officiers du génie, concurremment avec des agents forestiers , le cèdre serait plus léger, moins élastique et plus cassant que le sapin ; il offrirait aussi une résistance horizontale moindre que ce dernier arbre, qu'il pourrait, toutefois, remplacer dans beaucoup de circonstances, mais non égaler. Comme chauffage et comme charbon, il aurait à peu près la même valeur. Le cèdre paraît plus apprécié comme bois de travail. Il prend un beau poli , est agréablement nuancé , se façonne facilement et n'est pas sujet à la vermoulure.