PRINC. FOND. DE L EXPLOITATION DES BOIS
416. Mais, comme dans la Féalité les forêts sont toujours plus ou moins éloignées de l'état normal, et que d'ailleurs une foule de circonstances fortuites rendent difficile et incertaine l'exacte détermination de cet accroissement moyen, on se contente ordinairement de régler la quotité à exploiter par année, de manière qu'elle ne varie que le moins possible. C'est là ce qui veut dire: exploiter sous la condition d'un rapport soutenu.
La plupart du temps, il n'importe point, au surplus, d'arriver à une minutieuse parité entre les produits annuels et successifs, il s'agit seulement d'éviter sous ce rapport de brusques inégalités, de nature à léser à la fois et le propriétaire et le consommateur.
417. Pour déterminer la possibilité, on peut adopter deux bases différentes : V étendue et le volume.
ARTICLE II
De la possibilité par étendue.
418. La possibilité fondée sur l'étendue s'obtient en divisant la surface totale de la forêt par le nombre d'aimées de la révolution , ce qui fait connaître la contenance de la coupe annuelle. Pour procéder ainsi, on admet que les produits matériels sont entre eux comme les surfaces ; d'où il suit qu'égaliser les unes, c'est égaliser les autres. Cette supposition
toutefois n'est jamais rigoureusement vraie, et elle ne devient admissible que quand les essences, la qualité du sol et la croissance du bois ne présentent généralement que peu de dissemblance. Mais il ne saurait en être ainsi dans une forêt de quelque étendue, où la situation, l'exposition et la nature du terrain apportent souvent des différences très tranchées dans l'état du bois, et où, par conséquent, sur d'égales contenances, les produits matériels peuvent être d'une inégalité extrême. Dans ce cas, il est évident que l'hypothèse dont il vient d'être question, cesse d'être admissible et que, sous peine de renoncer au rapport soutenu, il devient nécessaire de procéder autrement.
419. L'idée qui se présente d'abord pour atteindre le but, c'est de rendre les contenances des coupes proportionnelles à la fertilité du terrain. Toutefois, ce moyen n'est pas celui que l'on emploie communément, parce qu'il en existe un autre qui, plus simple en pratique, satisfait en outre à plusieurs conditions importantes.
Voici comment on procède :
420. On scinde la forêt en un certain nombre de grandes divisions, suivant les différences les plus générales du terrain et du peuplement , mais sans s'arrêter à celles qui se feraient remarquer sur de faibles étendues. Dans ces divisions, on cherche à réunir, autant que possible , des bois dont les âges soient convenablement gradués, puis on considère chacune
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d'elles comme un tout isolé qui, en présentant l'homogénéité désirable, rentre ainsi dans les conditions voulues pour permettre de baser la possibilité sur la contenance. Ces divisions ont reçu le nom de séries d'exploitation, parce que chacune d'elles est effectivement destinée à fournir, durant toute la révolution, une série de coupes successives et annuelles. Outre la facilité qu'elles donnent pour la fixation de la possibilité particulière à chacune d'elles, elles créent encore des chances de voir leurs produits annuels respectifs se compenser entre eux, ce qui tend dès lors à assurer d'autant mieux le rapport soutenu pour la forêt considérée dans son ensemble. Enfin elles permettent d'appliquer à chaque localité, sans faire naître de confusion, la révolution et le traitement convenables et d'établir des exploitations permanentes sur les divers points de la forêt, où la consommation et l'intérêt du propriétaire peuvent les réclamer.
421. La possibilité par étendue mérite la préférence dans un grand nombre de cas, à cause de sa simplicité et de la régularité qu'elle imprime à la marche des exploitations; cependant, dans les forêts soumises au mode d'exploitation de la futaie (IIP livre), il devient impossible de l'adopter, en raison des exigences culturales, et on doit recourir à la possibilité fondée sur le volume.
ARTICLE III
De la possibilité par yolTme
422. Pour déterminer la possibilité par volume, on conçoit qu'on pourrait procéder d'une manière analogue à celle qu'on applique à la fixation de la possibilité par étendue : Il n'y aurait qu'à substituer à la contenance de la forêt, la masse totale de bois à y abattre dans le cours de la révolution donnée, et à diviser ce volume par le nombre d'années de cette révolution; le quotient ferait connaître la quotité de la coupe annuelle.
423. Mais pour suivre une telle marche dans la •pratique, il se présente plusieurs difficultés majeures, dont la principale gît dans l'appréciation exacte du volume àf employer comme dividende. Pour le trouver, il ne suffit pas, en effet, d'estimer le matériel actuel en bois, il faut encore estimer celui qui résultera de tous les accroissements successifs pendant la révolution. Or, il est facile d'entrevoir tout ce qu'une pareille opération présente d'éventuel et de problématique, surtout lorsque la révolution est longue.
De toutes les différentes méthodes plus ou moins ingénieuses, plus ou moins compliquées, qui ont été imaginées jusqu'ici pour déterminer la possibilité en fonction des produits matériels de toute la révolu-
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lion, aucune n'a encore conduit exactement au but, parce que la nature des choses ne permet pas d'y atteindre. Mais on peut parvenir à concilier le rapport soutenu de la forêt avec l'ordre et la régularité des exploitations , sans se baser sur une possibilité aussi rigoureusement déduite, et en procédant d'une manière simple , expéditive et cependant suffisamment sûre.
424. Après avoir, s'il y a lieu, partagé la forêt en séries [420], et avoir fixé le terme de la révolution pour chacune, on divise de même la durée de cette révolution en plusieurs époques ou périodes ^ afin d'embrasser plus aisément la marche des exploitations, et de pouvoir vérifier et rectifier cette marche avec plus de facilité, si, à un moment quelconque, on le jugeait nécessaire. Il convient, en général, que ces périodes soient des parties aliquotes i de la révolution et, de plus, égales entre elles; le plus ordinairement on les fait de 20 ou 10 années, et, dans ce dernier cas, on leur donne le nom de décennies.
425. Cela fait, on opère sur chaque série séparément, et l'on s'occupe d'y assigner à chaque période ou décennie les parties destinées à être exploitées pendant sa durée. On colloque dans la première les bois les plus vieux, et successivement dans les autres les bois moins âgés, jusqu'à la dernière, où
* Quantité contenue exactement un nombre entier de fois dans un tout.
doivent se trouver les plus jeunes * . Dans ce travail, on examine attentivement les différences qui se présentent dans l'état du bois, selon le sol, le climat et le peuplement plus ou moins complet, circonstances d'où dépend la production. Si, sous ces divers rapports, il n'existe que des nuances, on affecte aux périodes des contenances égaies parce que l'on peut considérer qu'en raison de l'étendue de ces affectalions périodiques, les nuances dont il est question se compensent suffisamment pour pouvoir être négligées.
Les affectations égales en contenances doivent être préférées autant que possible. Mais quand les différences dans l'état du bois sont très prononcées et se présentent sur d'assez grandes surfaces pour influer d'une manière notable sur les produits matériels, et quand, surtout, l'intérêt du propriétaire réclame une égale répartition des produits par période, il devient alors nécessaire d'attribuer aux affectations des contenances proportionnelles. La pro-
* Certaines circonstances peuvent quelquefois faire classer une partie de bois dans une période à laquelle elle n'appartiendrait pas par son âge : telles sont , par exemple , Tenclave au milieu d'autres parties dont il conviendrait qu'elle subît le traitement pour satisfaire aux règles sur l'assiette des coupes, ou à d'autres principes de culture ; le dépérissement prématuré; etc.
La saine application des principes dont nous venons de parler et qui seront l'objet de nos études, de môme que l'inspection attentive et réfléchie des localités, fait toigours facilement découvrir et apprécier ces diverses circonstances exceptionnelles.
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portion s'établira facilement, si, rapportant chacun des différents états de production à un seul, pris pour unité, on l'exprime par le résultat de la comparaison. Le rapport des surfaces sera alors évidemment l'inverse de celui des productions, de sorte qu'à un état de production double ou triple, par exemple, correspondra une contenance deux fois ou trois fois moins grande. Par conséquent, les affectations périodiques seront inégales en contenance, pour se trouver égales quant aux produits matériels qu'elles devront fournir.
Par ces affectations suffisamment égales quant aux produits, on assure pour toute la révolution le rapport soutenu par période, sans néanmoins employer d'autres moyens que la simple appréciation du peuplement plus ou moins complet et de la fertilité plus ou moins grande du sol et du climat. Dégagé dès lors du soin de l'avenir, on n'a plus à s'occuper que des besoins actuels, et ce n'est que dans Vaffectation de la première période que l'on cherche les éléments de la possibilité qu'il s'agit de fixer.
426. Dans ce but, on détermine d'abord le volume actuel des bois de l'affectation; en second lieu, leur accroissement probable pendant la période. Si l'on ne veut consacrer à cette double détermination que lé moins de temps et le moins d'argent possible, elle peut se faire à l'aide de procédés sommaires, c'est-à-dire par de simples comptages d'arbres,
dont on estime le volume au jugé; on ajoute ensuite quelque chose pour tenir compte de Taccroissement probable jusqu'au moment de Tabatage ^ Et, comme on ne peut savoir positivement dans quelle, année de la période les différentes parties de son affectation viendront en tour d'exploitation, on calcule l'accroissement de tous les bois comme s'ils devaient être abattus pour le milieu de la période . Divisant en-
* Quand les bois approchent de Tépoque de leur exploitabilité absolue, ou lorsqu'ils l'atteignent, ils ont ordinairement un accroissement annuel de 2 ^, 2, 1 ^, ou môme un pour cent de leur volume, selon les circonstances dans lesquelles ils végètent
Lors donc que l'on connaîtra le volume d'une affectation périodique, on pourra, par ce moyen, déterminer approximativement de combien il s'accroîtra jusqu'à l'abatage. Soit ; par exemple, ce volume, 10,000 stères, et que l'on estime Taccroissement annuel à 2 pour cent , l'augmentation par an sera de 200 stères.
On peut encore se contenter de l'accroissement moyen , pour en conclure l'accroissement futur. Dans ce cas, il suffît, comme on le sait , de diviser le volume actuel par l'âge du bois. Ce moyen extrêmement simple et prompt, a l'avantage de donner généralement des résultats un peu au-dessous de la vérité et d'empêcher, par conséquent, que la possibilité ne soit dépassée.
' On conçoit que cette manière de procéder puisse donner un résultat, sinon exact, du moins suffisamment approché. Il est évident, en effet, qu'une moitié des bois composant l'affectation sera coupée dans la première moitié de la période, et que l'autre moitié de ces bois ne sera coupée que dans la seconde moitié de la période. Donc en calculant l'accroissement de tous les bois pour l'année moyenne de la période , on compense l'accroissement des arbres qui ne seront coupés qu'après cette époque par raccroissêment des arbres qui seront coupés avant.
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suite le total par le nombre d'années de la période, on obtient la possibilité cherchée.
Les procédés plus rigoureux que nous enseigne la dendrométrie i, savoir, le cubage sur pied des arbres, au moyen de dendromètres, et la détermination de leur accroissement futur, d'après leur accroissement actuel, donnent en général un résultat plus exact, et doivent être préférés quand cela est possible. Mais, à quelque mode d'estimation que l'on ait recours, il sera toujours facile de rectifier les résultats obtenus qui, naturellement, ne sont pas exempts d'une certaine erreur. Il suffira, pour cela, de s'assurer, après quelques années d'exploitation, si les bois restés debout dans l'affectation de la période, pourront continuer à fournir le même produit annuel jusqu'à la fin, et, dans le cas contraire, de faire les corrections nécessaires. En répétant cette opération plusieurs fois, si on le jugeait utile, dans le courant de la période, on finirait par approcher beaucoup de la vérité, la vérification devenant de plus en plus facile et de plus en plus exacte, au fur et à mesure qu'il reste moins de bois sur pied.
427. La première période expirée, on procédera de même pour fixer la possibilité de la seconde, et l'on examinera, en même temps, s'il n'y a pas lieu d'apporter quelques changements aux affectations périodiques, par suite de circonstances survenues
' Dendron, arbre ; metron, mesure ; dendrométrie, art de mesurer les arbres.
toutefois n'est jamais rigoureusement vraie, et elle ne devient admissible que quand les essences, la qualité du sol et la croissance du bois ne présentent généralement que peu de dissemblance. Mais il ne saurait en être ainsi dans une forêt de quelque étendue, où la situation, l'exposition et la nature du terrain apportent souvent des différences très tranchées dans Tétat du bois, et où, par conséquent, sur d'égales contenances, les produits matériels peuvent être d'une inégalité extrême. Dans ce cas, il est évident que l'hypothèse dont il vient d'être question, cesse d'être admissible et que, sous peine de renoncer au rapport soutenu, il devient nécessaire de procéder autrement.
419. L'idée qui se présente d'abord pour atteindre le but, c'est de rendre les contenances des coupes proportionnelles à la fertilité du terrain. Toutefois, ce moyen n'est pas celui que l'on emploie communément, parce qu'il en existe un autre qui, plus simple en pratique, satisfait en outre à plusieurs conditions importantes.
Voici comment on procède :
420. On scinde la forêt en un certain nombre de grandes divisions, suivant les différences les plus générales du terrain et du peuplement , mais sans s'arrêter à celles qui se feraient remarquer sur de faibles étendues. Dans ces divisions, on cherche à réunir, autan t que possible , d es bois dont les âges soient convenablement gradués, puis on considère chacune
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d'elles comme un tout isolé qui, en présentant l'homogénéité désirable, rentre ainsi dans les conditions voulues pour permettre de baser la possibilité sur la contenance. Ces divisions ont reçu le nom de séries d'exploitation, parce que chacune d'elles est effectivement destinée à fournir, durant toute la révolution, une série de coupes successives et annuelles. Outre la facilité qu'elles donnent pour la fixation de la possibilité particulière à chacune d'elles, elles créent encore des chances de voir leurs produits annuels respectifs se compenser entre eux, ce qui tend dès lors à assurer d'autant mieux le rapport soutenu pour la forêt considérée dans son ensemble. Enfin elles permettent d'appliquer à chaque localité, sans faire naître de confusion, la révolution et le traitement convenables et d'établir des exploitations • permanentes sur les divers points de la forêt, où la consommation et l'intérêt du propriétaire peuvent les réclamer.
421. La possibilité par étendue mérite la préférence dans un grand nombre de cas, à cause de sa simplicité et de la régularité qu'elle imprime à la marche des exploitations; cependant, dans les forêts soumises au mode d'exploitation de la futaie (IIP livre), il devient impossible de l'adopter, en raison des exigences culturales, et on doit recourir à la possibilité fondée sur le volume.
ARTICLE II
Première règle.
430. Dans une même série d'eocploitation, les coupes doivent être assises de manière qu'elles se succèdent de proche en proche, et qti' elles aient la forme la plus régulière possible.
Quand l'assiette des coupes se fait sans suite, le jeune bois qui se trouve sur les limites de ces coupes, souffre toujours plus ou moins du couvert des arbres voisins, et, lorsque ceux-ci viennent à être exploités, ils lui causent encore un dommage notable par Tabatage, le façonnage et surtout par la vidange. Si les limites sont irrégulières et forment des sinuosités profondes, ce dommage est d'autant plus grand. Enfin, lorsque les exploitations ne se suivent point, il devient plus difficile d'exercer sur les jeunes coupes toute la surveillance qu'elles réclament, en raison des nombreux dégâts que peuvent y commettre les hommes et les animaux.
En observant la règle que nous venons d'énoncer, on évite tous ces inconvénients, et l'on se procure de plus l'avantage de juxtaposer des bois peu différents d'âge, qui se prêtent un mutuel appui contre les vents, la neige, le givre, etc., et se poussent réciproquement dans leur croissance en hauteur.
Mais dans l'état irréguher oii se trouvent nos forêts
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actuelles, on peut rarement établir, dès à présent, une suite non interrompue * de coupes ; il faudrait pour cela consentir à exploiter certaines parties bien avant, et d'autres bien après l'âge d'exploitabilité, ce qui entraînerait nécessairement une perte plus ou moins considérable de produits. On doit donc (du moins pour la première révolution) se contenter d'approcher de l'ordre désirable, en disséminant les coupes le moins possible, et, dans ce but, ne pas hésiter à faire quelques sacrifices, si la trop grande inégalité d'âge des bois les rendait nécessaires.
ARTICLE III
Deuxième règle.
431 . Les coupes doivent être disposées de manière que les bois d'une coupe en exploitation ne soient pas dans le cas d'être transportés à travers d'autres coupes précédemment eocploitées.
Cette règle a pour but de faciliter les transports, et particulièrement d'éviter les dommages des vidanges qui, ne pouvant s'exécuter la plupart du temps qu'à l'aide de nombreux charrois, sont surtout ruineuses dans les jeunes coupes. Pour s'y conformer, il suffit que chaque coupe soit indépendante des autres, et qu'elle aboutisse directement, soit sur une route ou un chemin, soit sur un ruisseau où le bois puisse se flotter, soit enfin sur les terres riveraines.
ARTICLE IV
Troisième règle.
432. Dans toute forêt ou série d'exploitation^ les coupes doivent être assises de manière que celles qui sont à exploiter au commencement de la révolution, se trouvent placées du côté du Nord ou de l'Esté et les dernières du côté du Sud ou de V Ouest.
Ce sont les vents soufflant de ces deux points de l'horizon, qui, en général, causent le plus de dégâts dans les forêts, parce que, étant d'ordinaire accompagnés de pluies et très souvent d'orages, ils détrempent la terre et déracinent ainsi plus facilement les arbres. Les vents du Nord et de l'Est au contraire, outre qu'ils sont ordinairement moins violents, amènent presque toujours la gelée ou la sécheresse, et, dans ce cas, les racines offrent plus de résistance.
Il est donc très essentiel que les arbres réservés en plus ou moins grand nombre dans les coupes, selon le mode d'exploitation adopté, soient garantis le plus possible des vents dangereux par la masse de la forêt.
Cette direction des coupes présente un avantage de plus dans les forêts d'essences à semences légères, parce que ces semences, qui se disséminent en grande partie par les vents chauds du Sud et de l'Ouest, sont dès lors portées, des portions demeurées intactes,
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dans celles que Ton exploite, et elles augmentent ainsi les chances de régénération.
Quoi qu'il soit à conseiller d'appliquer la troisième règle à toutes les essences, même au chêne qui est la plus fortement enracinée, il faut observer, cependant, qu'elle est surtout d'une haute importance dans les forêts de bois résineux qui, en général, ont une tige plus élevée et moins de racines que les bois feuillus.
La situation des forêts peut seule amener des cas d'exception. On sait, par exemple, que sur les bords de la Méditerranée, ce sont très fréquemment les vents d'Est qui'apportent les pluies, et il est également notoire que, dans les pays de montagnes, la configuration du terrain peut être telle, que les vents, quoique soufflant du Sud et de l'Ouest, viennent cependant s'engouffrer dans les vallées, où ils sont détournés de leur direction primitive. Dans de pareilles circonstances, la règle qui nous occupe doit nécessairement subir les modifications indiquées par la localité.
433. On ajoute aux avantages de la règle que nous venons d'examiner, en laissant subsister sur les lisières Ouest et Sud, lorsque les exploitations y parviennent, un rideau d'arbres en massif, d'une profondeur plus ou moins grande (de 15 à 30 mètres), selon que la situation est découverte ou abritée, l'essence traçante ou pivotante, etc. On sait que, sur les lisières, les arbres sont en général plus
branchus, moins élancés et plus enracinés que dans l'intérieur de la forêt, et que, s'étant développés sous l'action continuelle des vents, ils résistent mieux, par suite, à leur violence.
Enn'exploitantcerideau que 10 ou 20 ans après que la régénération des parties contiguës sera complètement assurée, on n'aura plus, alors^ à se préoccuper que du faible espace sur lequel il s'étend et, au besoin, on le repeuplera artificiellement ^
ARTICLE V
Quatrième règle.
434. Enmontagne^ il faut couper d'ûhord les parties inférieures , et conserver les supérieures pour les dernières exploitations.
Ce sont les sommités qui sont le plus exposées aux ravages des vents, et, lorsqu'elles sont boisées, elles en diminuent la violence. En commençant donc l'exploitation par les plateaux, on doit craindre que les parties des pentes, immédiatement contiguës, ne soient plus suffisamment garanties et que, n'étant
• Le maintien d'un rideau peut être utile encore pour garantir certaines essences contre les vents desséchants ou froids , qui souvent nuisent considérablement aux jeunes plants dans les premières années de leur existence. Dans ce cas, ce n'est pas au Midi et à l'Ouest , mais au contraire , au Nord ou à l'Est que l'abri doit être établi,
DE l'exploitation DES BOIS. 203
pas habituées à subir raction entière et directe des ouragans, elles ne se trouvent compromises dans leur existence et dans leur régénération. En outre, les semences tombant naturellement du haut vers le bas des montagnes, il est utile que les hauteurs restent garnies le plus longtemps possible, dans l'intérêt du réensemencement des parties inférieures. Tels sont les motifs qui ont dicté cette règle. Mais, que Ton commence les coupes par en haut ou par en bas, il est évident que si l'on ne pouvait assurer à chaque coupe quelque moyen direct de vidange, on retomberait tôt ou tard dans l'inconvénient de faire traverser aux bois de la coupe en exploitation les coupes précédemment exploitées.
On remédie à cet inconvénient en pratiquant un chemin de voiture en lacets, de manière que toutes les coupes viennent y aboutir. Parfois on établit aussi des chemins à traîneaux ^ et des lan-
* Pour établir ces chemins, on creuse dans la côte un sentier, dans une direction sinueuse et convenablement on pente, et on le garnit de rondins ou de bois do quartier, placés parallèlement en travers du sentier, et à la distance de 45 à 60 centimètres les uns des autres ; chaque bûche est maintenue par un ou plusieurs piquets enfoncés à fleur de terre. Des deux côtés de ces bûches on adapte parfois des perches , afin d'empêcher le traîneau de sortir de la voie, et Ton a soin de graisser avec du lard, du suif ou du savon les endroits des bûches sur lesquels les membrures du traîneau doivent frotter, pour rendre la descente d'autant plus facile quand le traîneau est fortement chargé. A côté de ce chemin à traînoau on pratique un autre sentier, ou du moins on
çoirsi. Dans certains cas, cependant, aucun de ces moyens ne peut être employé, soit à cause de la pente trop escarpée de la montagne, soit parce qu'elle se
établit un nombre suffisant do places sur les côtés, pour que les traîneaux vides puissent être remontés sans rencontrer en chemin les traîneaux chargés.
(Dictionnaire des forêts de Baudrillart)
' Le lançoir ou glissoir artif/iel consiste dans un canal de 66 centimètres à 1 mètre d'ouverture, sur 50 centimètres de profondeur ; il se compose de six à huit perches ou jeunes tiges d'arbres, longues, droites et unies, assemblées de manière à former un demi cylindre creux, que l'on dispose pour que le boia qu'on y jette glisse de lui-même et se rende au bas de la montagnc.
Les glissoirs qui ne sont destinés qu'au bois de chauffage ou de travail et même aux billes de sciage, peuvent être dirigés en ligne droite , du haut en bas de la montagne ; mais quand il s'agit d'en construire pour faire glisser des pièces de longueur, on doit les diriger de manière qu'ils forment une longue courbe, afin que les pièces ne tombent pas avec trop de vitesse et n'éprouvent aucun dommage. On doit aussi diminuer la rapidité de la chute, vers l'extrémité du lançoir, en le rendant horizontal à cette extrémité , et l'on y pratique , lorsque cela est possible , un étang ou réservoir d'eau d'une profondeur suffisante pour amortir la violence de la chute et empêcher que les pièces ne se rompent.
Ordinairement , la surface du sol , dans les pentes de montagne , n'est pas telle que le lançoir puisse reposer immédiatement sur la terre dans tous ses points. On remédie à cet inconvénient par des cales ou baudets, qui donnent au glissoir le talus nécessaire.
Le lançoir est encore susceptible d'une amélioration importante , si , par un temps de gelée , on y répand de l'eau dont la congélation le revêt d'une croûte de glace, ou s'il tombe un peu de neige ou de verglas , ce qui lui procure également une sur-
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trouve traversée par des bancs de rochers trop considérables. Dans de telles circonstances, si, par une raison majeure on se décidait à commencer les coupes par le haut, il faudrait maintenir sur les plateaux un rideau d'une épaisseur suffisante [433] pourprotégerles versants. Cet expédient devrait par exemple, être, employé si, à cause del'âge des bois, il était indispensable de régénérer d'abord les parties supérieures.
Quant au rideau lui-même, mis ainsi, par destination, en dehors de toute régénération régulière, il serait traité d'après le mode jardinatoire [438] afin
face polie, et diminue le frottement des bois que l'on l'ait glisser. Aussi dans les pays où l'on emploie ce moyen de vider les bois le pratique-t-on ordinairement pendant l'hiver.
La plupart des lançoirs ou glissoirs sont en bois ; cependant, on en a fait en fer dans quelques pays où l'usage de transporter ainsi le bois e^t permanent. Dans le Vurtemberg, dit M. Hartig, il y en a un qui , n'ayant que 45 centimètres de largeur sur 27 centimètres de profondeur, est surmonté d'un toit pour que le bois ne puisse sauter en dehors.
(Dictionnaire de Baudrillart.)
Ces lançoirs sont un des moyens de vidange les mieux entendus, et l'établissement en est bien moins coûteux et plus facile que celui d'un chemin à traîneaux. En y jetant les bois , on ne risque pas d'endommager les arbres voisins ni de détériorer le sol au point de causer à la longue des ravines dangereuses, ainsi que cela arrive lorsque, comme autrefois dans les Vosges, par exemple, on lance immédiatement sur la terre. En outre, on ménage singulièrement le jeune bois et, lorsque l'opération est terminée et l'appareil enlevé , on aperçoit à peine la trace du passage des produits de la coupe.
{Note de V Auteur,)
206 PRINCIPES FONDAMENTAUX DE l'eXPLOIT. DES BOlS.
que son action ne fût jamais interrompue.
ARTICLE VI
Cinquième règle.
435. Da7is tous les cas, les coupes en montagne j autant que les localités le permettront^ devront être longues et étroites et présenter leur plus petit côté aux vents dangereux.
Cette règle s'explique d'elle-même.