APPLICATION DE LA MÉTHODE
DU REENSEMENGEMENT NATUREL ET DES ÉGLAIRGIES.
ARTICLE PREMIER
Exploitation du ehêne en futaio.
481 . Exploitabilité. — Dans quelques forêts de chêne, les révolutions ont été portées jusqu'à 250 et même 300 ans. De telles révolutions sont admissibles dans un sol profond et substantiel, mais il est certain que, dans le plus grand nombre des cas, on ne peut que perdre à reculer ainsi l'exploitation. En général, Texploitabilité du chêne doit être fixée à l'époque où les arbres ont acquis les dimensions et les qualités les plus convenables à tous les genres de construction
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et de travail. Le chêne, comme on sait, se plaît dans des terrains substantiels, profonds et divisés, mais il croît bien aussi, quoique moins rapidement, dans des sols assez compactes, argileux et froids. En le laissant atteindre Tâge de i40 à 150 ans dans les premiers terrains, et celui de i 60 à 180 ans dans les autres, on obtiendra de cet arbre tout ce que Ton peut en attendre, au point de vue des dimensions et de la qualité. Que si enfin, on avait à élever une futaie de chêne dans un climat chaud et humide, il .pourrait être convenable de réduire sa révolution même jusqu'à 120 ans.
482. Coupes de régénération. — La coupe d'ensemencement, dans une futaie de chêne, doit être sombrej afin que le repeuplement complet du terrain soit assuré, ce qui ne saurait avoir lieu si les arbres étaient trop espacés, attendu le poids du gland. Cet état sombre a encore pour but : d'abord , d'éviter qu'avant la chute des semences, le terrain ne se gazonne et ne se couvre de plantes nuisibles ; ensuite, de conserver le Ut de feuilles sèches qui , tout en ajoutant à la fertilité du sol , préserve les glands tombés de la gelée et favorise leur germination.
Malgré cette précaution, c'est chose fort ordinaire de voir, dans les coupes sombres, le terrain se gazonner ou se tasser au point de devenir impropre à la reprise du gland, lorsqu'il se passe plusieurs années sans glandée ; car les chênes, surtout quand ils ont crû en massif, ne donnent qu'un faible couvert.
Dans ce cas, il convient, dès que la glandée a lieu, de faire remuer le terrain, soit à la houe, soit par les porcs, afin de mieux assurer la germination des se menées*.
Le jeune plant du chêne ne demandant et ne supportant même que très peu d'abri, il faut se hâter, une fois l'ensemencement produit, de procéder à la coupe secondaire. Elle doit se faire dans l'hiver qui succède à celui de la glandée, ou, au plus tard, vers la fin de l'année suivante. Si l'on attendait plusieurs
' Dans plusieurs parties de la France , notamment dans le Nord et dans l'Est, et aussi dans quelques régions montagneuses du Midi et du Centre, où les glandées ne se voient qu'à d'assez longs intervalles [7i], les difficultés qu'éprouve la réussite du repeuplement naturel, dans les coupes sombres, ont rebuté certains forestiers au point de leur avoir suscité l'idée que le chêne ne pouvait se régénérer sûrement que par le semis artificiel ou la plantation, l'un ou l'autre succédant immédiatement à la coupe à blanc étoc des massifs de futaie. — C'est le retour à Tenfance de l'art. — Sans nous autoriser des nombreux et magnifiques exemples de régénération naturelle que présentent les futaies de chêne de la France dans toutes les régions où les glandées sont tant soit peu fréquentes, et sans parler des dépenses considérables qu'exigerait l'emploi du mode dont il s'agit, s'il devait se pratiquer sur une grande échelle, il nous suffira de faire remarquer que, dans beaucoup de localités, — par exemple dans les sols légers, siliceux ou calcaires, sur les versants un peu rapides ou aux expositions chaudes, — il y aurait la plupart du temps de sérieux inconvénients, parfois même du danger, à déboiser complètement le terrain et à le laisser, pendant quelques années au moins, exposé à l'influence directe des météores. Non seulement tout le terreau formé à la surface du sol soue le couvert salutaire de la futaie se-
années, on risquerait devoir périr les jeunes chênes sous le couvert de la coupe sombre K
On doit, par le même motif, ne pas retarder la coupe définitive : on y procédera, au plus lard , dans la quatrième année après celle de l'ensemencement.
Comme le chêne est un arbre extrêmement précieux, et qu'il faut, pour certaines constructions, surtout pour les constructions navales, des pièces de très fortes dimensions, il est à conseiller de laisser quel-
rait dans ce cas desséché par le soleil et lavé par les eaux, mais souvent la terre végétale elle-même serait entraînée des plateaux et des pentes dans le fond des vallées.
Heureusement rien, dans la culture des futaies de chêne, n'oblige à courir de pareils risques. — Tout en continuant à pratiquer la méthode du réensemencement naturel dans ce qu'elle a d'excellent et de supérieur, le forestier prudent saura en modilier l'application, en faisant intervenir le repeuplement artificiel partout où les circonstances locales l'exigeront, c'est-à-dire toutes les fois que, soit la trop grande rareté des années de glandée, soit l'état du sol à la surface , feront prévoir, pour la * réussite du repeuplement naturel , des retards qui seraient de nature à embarrasser la marche des exploitations et à préjudicier à la production.
Se souvenant que, pour élever des chênes de fortes dimensions, il est très avantageux de leur adjoindre en mélange certaines essences subordonnées [487], telles que le hêtre et le charme par exemple , il favorisera l'introduction spontanée de celles-ci , y aidera même artificiellement au besoin , et diminuera ainsi, à la fois, et les difficultés et les frais inhérents à la conservation de l'essence principale. •
* Cet inconvénient est très fréquent et contribue beaucoup à
DES FtJTAlKS. 243
ques réserves lors de la coupe définitive ^ En les plaçant, comme nous Tavons dit plus haut, sur les bords des chemins et sur les lisières de la forêt, leurs branches auront plus d'espace pour s'étendre, et pourront ainsi former les courbes recherchées pour la
augmenter les difficultés que rencontre la régénération naturelle du chêne. En effet, si les glandées complètes sont rares, les tiers ou les quarts de glandées se voient assez souvent et produisent des jeunes plants en bon nombre, mais qui, cependant, ne se rencontrent qu'épars dans la coupe et ne sauraient former, plus tard , un fourré tel qu'on voudrait l'obtenir pour effectuer en toute sécurité la coupe secondaire et la coupe définitive. En présence d'un pareil repeuplement partiel on hésite donc, la plupart du temps, à toucher à la réserve de la coupe sombre ; on espère que, dans les années les plus prochaines, le semis naturel se complétera ; — bref, on g,ttend afin de ne rien compromettre, et — précisément on compromet tout, car en même temps que les jeunes chênes périssent sous le couvert, celui-ci augmente d'intensité par l'extension graduelle des cimes des arbres et rend ainsi d'autant plus imminent le retour du même dommage.
Mieux eût valu, — neuf fois sur dix, — faire immédiatement la coupe secondaire aussitôt après avoir obtenu les résultats de laglandée partielle. Ce qui peut arriver de pis d'une telle opération, — prématurée en principe nous le reconnaissons, — c'est de permettre l'envahissement de bois blancs qui étoufferaient les jeunes chênes ; mais rien n'est plus facile que de prévenir une telle conséquence. Quelques ouvriers soigneux, placés à propos dans la coupe , la débarrasseront en peu de jours des essences parasites et la mettront en état de recevoir fructueusement les compléments, naturels ou artificiels, nécessaires au premier repeuplement en chêne pour tapisser entièrement le sol et pour permettre ainsi de passer à la coupe définitive.
' De b à iO par hectare, selon les besoins de la consommation.
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marine. Dans les terrains substantiels et profonds, la longévité de l'essence permettra facilement à ces réserves de parcourir une seconde révolution, surtout si, comme 6n doit le supposer, elles ne sont choisies que parmi les tiges parfaitement bien venantes.
11 arrive presque toujours que les chênes, réservés et isolés après l'exploitation des coupes (les pédoncules surtout), se garnissent de menues branches au pied et le long de la tige. La cime, dans ce cas, est moins bien nourrie, et, lorsque le fonds de terre n'est pas d'une très bonne qualité, cette cime se couronne, ce qui entraîne peu à peu le dépérissement de r arbre.
Il est essentiel de débarrasser les chênes de ces branches gourmajides, el de renouveler cet émondage jusqu'à ce que la jeune forêt se soit assez élevée pour entourer l'arbre et empêcher les productions de sa tige et de son pied.
Ces branches , quand on les laisse subsister, nuisent en outre considérablement à la croissance du sous-bois, diminuent la qualité des arbres pour la charpente et la fente, en les rendant noueux i, et ralentissent même l'accroissement des grosses branches qui, seules, peuvent former les courbes employées à la construction des vaisseaux.
En même temps qu'on s'occupera de supprimer
' Jkiffon a prouvé, par des expériences, que les bois noueux sont d'un quart plus faibles que les autres, scus la charge.
les bronches gourmandes des réserves, il sera très utile d'examiner si leur cime ne présente pns des branches sèches qui, même sur les chênes bien venants, se forment assez souvent à l'intérieur de la ramure quand l'arbre passe de l'état de massif à l'isolement.
Le retranchement de ces parties mortes soigneusement exécuté, avec un instrument bien tranchant et en donnant à la section une inclinaison qui assure le prompt écoulement des eaux pluviales, préviendra la formation des grisettes et des nœuds gâtés qui affectent trop souvent les plus belles pièces et les rendent impropres aux emplois d'élite pour lesquels, saines, elles eussent été infiniment précieuses, soit par leur forme particulière, soit par leurs dimensions.
483. Coupes d'amélioration. — La jeune forêt obtenue parle semis naturel devra être nettoyée des bois blancs et des morts-bois, et éclaircie périodiquement, conformément aux règles générales.
Comme il est très essentiel que les chênes destinés aux constructions et aux divers ouvrages de fente, acquièrent une tige droite et effilée, on fera bien, dans les deux premières éclaircies, de serrer le massif un peu plus qu'à l'ordinaire. Cette précaution est d'autant plus nécessaire, que les chênes ont, comme nous venons de le dire, une disposition marquée à se garnir de branches gourmandes le long du tronc, dès que cette partie se trouve frappée trop
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immédiatement par la lumière. Ce n'est que lorsque les arbres ont atteint à peu près la hauteur dont ils sont suceptibles, qu'il devient utile de les espacer davantage, afin de favoriser leur grossissement et de procurer à leur bois, essentiellement employé à la charpente, une texture plus solide.
A la suite de ces éclaircies plus fortes, il arrive fréquemment, attendu le couvert léger du chêne, que le sol se tapisse d'essences étrangères, telles que charmes, bouleaux, alisiers, bois blancs, etc., qui continuent, quoique rabougris , à végéter sous la jeune futaie. Cette végétation traînante n'offre point d'inconvénients; au contraire, elle s'oppose à l'enlèvement du Ht de feuilles par les vents, empêche le sol de se durcir et de se gazonner, le maintient frais par conséquent, et produit, par ses propres détritus, plus de substance nutritive qu'elle n'en absorbe. Aussi, loin de la supprimer comme on croyait devoir le faire autrefois, faut-il la laisser subsister jusqu'au moment d'entreprendre la coupe d'ensemencement, (Voir la note page 248.)
ARTICLE II
exploitation du hêtre en futaie.
484. Exploitabilité. — L'époque la plus convenable pour l'exploitation d'une futaie de hêtre tombe entre 80 et 140 ans. Le plus ordinairement.
on choisit Fàge de 120 ans, à moins que la forêt ne soit située dans un terrain très riche et dans un climat très doux. Dans ce cas, les bois acquièrent plus lot les dimensions utiles, et comme, d'un autre côté, ils sont aussi plus exposés à se carier intérieurement » , il est prudent de réduire la révolution à 100 et même 90 ans.
485. Coupes de régénération. — La coupe d'ensemencement doit présenter une réserve nombreuse, composée des arbres les plus forts et les plus sains. L'état sombre de cette coupe est doublement nécessaire dans une futaie de hêtre : d'abord à cause de la semence qui, comme le gland, est lourde, et en second lieu, parce que le jeune plant est très délicat et a besoin d'être protégé par un couvert épais.
Il ne faudrait pas, toutefois, conclure de là que, sous un massif complet, le repeuplement réussirait. Là faîne à la vérité y germerait et les jeunes plants lèveraient, mais pour disparaître dès la 2° ou la 3" année au plus tard, faute de lumière [456]. Aussi lorsque, après la coupe sombre, la faînée se fait trop longtemps attendre et que le massif s'est reformé par suite du développement des cimes des réserves, il devient nécessaire de remédier à cet état de choses par quelques nouvelles extractions d'arbres, aux-
' Los essences les plus exposées à la carie intérieure , dans les sols substantiels, paraissent être celles dont le couvert très épais maintient une grande fraîcheur et fournit un terreau abondant,
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quelles il est bon, néanmoins, de ne procéder que peu avant Tépoque présumée de la prochaine faînée.
La coupe d'ensemencement doit rester intacte jusqu'à ce que le sol soit complètement ensemencé et même jusqu'à ce que les plants aient acquis une certaine force. Il faut, à cet effet, leur laisser atteindre de 22 à 33 centimètres de hauteur, à peu près; c'est alors seulement qu'il est temps de procéder à la coupe secondaire. Cette opération doit être faite avec beaucoup de précaution. Dans les sols et aux expositions favorables, elle pourra supprimer à peu près la moitié du couvert; mais si le terrain était sec et l'exposition chaude, il faudrait n'enlever que très peu d'arbres dans une même année, et revenir ainsi à plusieurs reprises, afin d'habituer insensiblement le jeune hêtre aux influences atmosphériques [464].
Lorsque, à l'aide d'une ou de plusieurs coupes secondaires, le sous-bois est parvenu à une hauteur moyenne de 50 à 66 centimètres, et même jusqu'à un mètre, le moment est arrivé de faire la coupe définitive. En général, il n'est d'aucune utilité, lors de cette coupe, de réserver quelques arbres pour parcourir une seconde révolution, le hêtre n'étant point employé à la charpente, et pouvant, dès l'âge de 90 à 120 ans, convenir à tous les usages auxquels il est propre.
480. Coupes d'amélioration. — Les nettoiements (le bois blancs, ainsi que les écLiircies périodiques,
devront s'exécuter entièrement d'après les règles générales données à cet égard, en observant toutefois que le hêtre supporte, plus que le chêne, de croître en massif serré.
ARTICLE m.
Exploitation d'une fataie mélangée de chêne et de hêtre,
487. Les racines du hêtre sont traçantes, celles du chêne, au contraire, s'enfoncent profondément. 11 c^n résulte que l'un et l'autre, lorsqu'ils croissent en mélange, trouvent, sans se gêner réciproquement, la nourriture qui leur convient ; et Ton remarque généralement, dans les forêts où ces essences sont mélangées, un accroissement plus prompt que dans celles dont le chêne est Tessence unique.
Une autre cause du meilleur accroissement d'un pareil mélange, c'est que le hêtre, par son feuillage épais, conserve au sol plus de fraîcheur, et l'enrichit d'une couche plus abondante de terreau que ne ferait le chêne seul. Cette salutaire influence se fait surtout remarquer dans les sols légers, siliceux ou calcaires, médiocrement profonds, et elle devient particuUèrement précieuse lorsqu'il s'agit d'obtenir des pièces de chêne de fortes dimensions (*).
' La vaste forêt du Spessart (Bavière- Rhénane) offre un exemple remarquable des avaninp^es que ])résenle le nn'dnnge
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488. Exploita BiLiTÉ. — Comme le chêne est des deux essences la plus précieuse, il convient, s'il est dominant ou s'il forme seulement la moitié ou les deux cinquièmes du peuplement, d'adopter la révolution qui lui est propre, et d'y subordonner celle du hêtre. Celui-ci, comme on le sait, peut sans inconvénient rester sur pied 150 à 160 ans, lorsque le sol lui est favorable.
Ce n'est que dans le cas où la proportion du chêne serait très faible, que l'on fixerait la révolution de 120 à 140 ans, sauf à réserver, dans les coupes définitives, un certain nombre de chênes pour croître jusqu'à la prochaine exploitation.
480. Coupes de régénération. — Les règles données, dans les deux articles précédents, pour espacer la coupe d'ensemencement, devront être suivies en observant néanmoins que , comme le chêne est l'essence la plus précieuse, il importe, avant tout, d'assurer sa reproduction par une nombreuse réserve. Par la même raison, on devra se hâter de procéder à la coupe secondaire aussitôt après l'ense-
dont il s'agit. Située dans un climat assez rude, sur le grès bigarré, elle produit des chênes de la plus belle venue et d*un i\ge très avancé, au moyen d'un mode particulier de traitement qui consiste principalement à éclaircir très fortement les massifs de chêne dès qu'ils sont parvenus à la moitié de l'âge qu'ils doivent atteindre (200 ans en moyenne), et à y introduire artificiellement le hêtre, qui croît ainsi, cjî second étage, sous le couvert léger des chênes, et s'y maintient en bon état jusqu'à l'cxploitabilité de ceux-ci.
mencement, quel qye puisse d'ailleurs en être Tinconvénient pour le jeune hêtre. De fait, cet inconvénient est souvent moins grand qu'on ne pourrait le craindre, parce qu'en raison du poids des graines, les repeuplements de chaque essence existent, par taches, autour des arbres qui les ont produits ; on trouve donc moyen de donner du jour aux jeunes chênes tout en conservant le couvert aux hêtres. D'un autre côté, les jeunes chênes eux-mêmes qui, dans les premières années, ont ordinairement une croissance plus rapide que les jeunes hê^ r ^g, peuvent quelquefois offrir à ceux-ci un utile abri (*).
La coupe définitive devra aussi se faire à l'époque qui paraîtra la plus convenable pour assurer la bonne végétation du chêne.
Souvent, malgré les précautions avec lesquelles on conduit les coupes de régénération, il arrive que le hêtre empiète sur le chêne dans les repeuplements et qu'il s'empare du terrain. Ordinairement, cette circonstance se présente à la suite d'une année qui, dans la localité, a été favorable à la réussite de la faîne, alors que le gland y a manqué entièrement ou en grande partie ; elle tient encore à ce que les faînées partielles donnent lieu à des semis naturels qui persistent sous le couvert et envahissent ainsi
» Dans certains terrains, notamment dans les grès, les deux essences croissent souvent en rapport inverse. Dans ce cas , il faut rabattre le hêtre, sans hésiter, afin de protéger la végétation du chêne» (Note de M. Parade.)
ê52 DE i/exploitatïoS*
peu à peu le terrain, tandis qu'il n'en n'est pas de' même du chêne qui périt sous la futaie au bout do quelques années [72]. Pour remédier à cet inconvénient, et rétablir le mélange, il faut recourir à des moyens artificiels. Ces moyens consistent à se procurer, dans d'autres parties de la forêt où les chênes peuvent avoir été plus fertiles (^), les glands nécessaires pour repiqu.^r les petites places non garnies, et à en répandre, en général, dans toute la coupe. Si cette opération ne pouvait se faire l'année même de la faînée, à cause d'un manque absolu de glands, elle pourrait se remettre à Tannée suivante ; mais, s'il fallait laisser passer ainsi plusieurs années, on ferait mieux alors de se procurer de jeunes chênes de 3 à 4 ans, que l'on planterait parmi les hêtres, en les récépant au moment de la plantation, afin d'activer leur croissance et de leur permettre d^arriver plus tôt au niveau des jeunes hêtres.
490. Coupes d'amélioration. — Les nettoiements et les éclaircies périodiques doivent se faire comme dans les forêts où le chêne est l'essence unique. On peut, au moyen des éclaircies, augmenter facilement le nombre relatif des chênes, en prenant toujours de préférence les pieds à supprimer parmi les hêtres ; mais, outre qu'il faut se garder de détruire le mélange, il est essentiel d'observer que, pour se servir
' Les arbres placés sur les lisières des forêts ou sur le bord (les routes, sont plus fertiles que ceux qui oui crû dans rint6rieur des massil*!
Ts.
de ce moyen, il faut que Tépoque de l'éclaircie soit choisie très à propos, et Topération même exécutée avec beaucoup d'intelligence, afin de ne f as faire couper des hêtres vigoureux pour favoriser peut-être des chênes déjà maladifs.
ARTICLE IV
Exploitation du châtaignier en futaie ' .
491. Exploitabilitè. — Les révolutions comprises entre 90 et 120 ans, selon les sols et les climats, paraissent convenir au châtaignier. Elles suffiront pour qu'on en obtienne, en raison de la prompte végétation de l'essence, tous les bois nécessaires à la consommation, et l'on ne risquera pas de voiries arbres se creuser , ce qui arrive très fréquemment au châtaignier, passé l'âge de 120 ans.
492. Coupes de régénération. — Sous ce rapport, le châtaignier pourra être entièrement traité comme le chêne: Jeune, il est aussi robuste, et la châtaigne a plus de poids encore que le gland. Quelques arbres pourront être réservés dans la coupe définitive, principalement en vue d'en obtenir des fruits.
Le cliàtaignier ne se voit guère en futaie qu'associé au chêne et au hêtre. Il est notoire cependant qu'il croît très bien sans mélange, et, dès lors, on doit admettre que les progrès de la sylviculture amèneront la création de futaies de cette précieuse essence.
254 DE L*EXPL01TATI0N
On a observé que le châtaignier est particulièrement incommodé par les mauvaises herbes et les arbustes. Lors donc que, dans les coupes sombres, le réensemencement ne se fera pas immédiatement après l'exploitation, et que le terrain se garnira d'herbes et d'autres plantes, il faudra, dès la première année de semence, donner au terrain une culture entière à la houe, ou bien y pratiquer des sillons d'une largeur moyenne de 16 centimètres et espacés de 22 à 33 centimètres environ. Ce dernier mode, qui est bon dans toutes les situations, devra être exclusivement mis en usage dans les terrains en pente. Les châtaignes s'arrêteront au fond des sillons, où elles seront couvertes et abritées contre les gelées par les feuilles sèches.
493. Coupes d'amélioration. — Les nettoiements de bois blancs devront être particulièrement soignés dans les jeunes châtaigneraies, attendu le tempérament du jeune plant [135].
Quant aux éclaircies périodiques, il conviendra de les diriger comme dans les futaies de chêne, le châtaignier étant également un bois de construction et de fente ; seulement, comme sa végétation est très prompte, la périodicité pourra être plus courte.
ARTICLE V
Exploitation de Torme en futaie \
494. Exploitabilité. — La révolution de 100 a 120 ans peut convenir pour l'exploitation de Forme. A cet âge, il sera propre à satisfaire tous les besoins de la consommation, et il aura atteint Tépoque de son exploitabilité absolue.
495. Coupes de régénération, — Comme la semence de Forme est très petite et se dissémine au loin, et que le jeune plant est robuste, on peut se dispenser d'établir une réserve abondante dans la coupe d'ensemencement ; il suffit d'espacer les arbres de telle manière que les branches soient écartées de 4 à 6 mètres» Un espacement même plus considérable n'empêcherait pas le repeuplement.
Il faut avoir égard cependant à la situation de la coupe que l'on exploite, et éviter, pour peu qu'elle soit exposée au vent, de trop diminuer le nombre des réserves. On conçoit que des arbres qui ont vécu 100 à 120 ans, en massif, et qui se- sont élancés
' Quoiqu'il soit très rare de rencontrer des futaies dont l'orme soit l'essence unique, l'importance de cet arbre nous a cependant paru assez grande pour que son traitement méritât d'ôtre décrit avec autant de détails que celui des essences qui dominent fréquemment dans nos bois.
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à 30 mètres de hauteur et au delà, ne peuvent avoir une assiette bien solide, et que, sur les points les plus exposés, il serait peu prudent de leur donner tout à coup un espacement trop considérable. On pourrait craindre aussi que Tétat trop clair de la coupe d'ensemencement ne provoquât le gazonnement du terrain. Toutefois, cet inconvénient se présentera rarement, attendu que l'orme produit des graines en abondance, presque tous les ans, ou au moins de deux années Tune ; on peut donc espérer le repeuplement immédiat de la coupe. Mais si, par extraordinaire, la crue des mauvaises herbes avait précédé Tensemencement, on ouvrirait dans la coupe des sillons, qui auraient le double avantage de préparer la terre à recevoir la semence et de faire naître une multitude de drageons.
Quant à la coupe secondaire, on devra y procéder, au plus tard, à la fin de la deuxième année qui suivra celle de l'ensemencement, et, deux ans après, on fera la coupe définitive. On pourrait même, dans un terrain frais, ou si l'exposition n'était pas chaude, supprimer entièrement la coupe secondaire, à cause du tempérament robuste du jeune plant, et, deux ou trois ans après l'ensemencement, passer immédiatement à la coupe définitive.
496. Coupes d'amélioration. — Les nettoiements et les échiircies périodiques devront être dirigés d'après les règles générales ; il y aura lieu cependant de rapprocher les éclaircies, d'autant plus que l'orme
a une végétation très rapide, et que, traçant et pivolant à la fois, il a besoin de plus d'espace pour prendre tout Taccroissement dont il est susceptible.
ARTICLE VI
BzploitatiQn en futaie du frêne et des grands érables.
497. Le frêne et les grands érables peuvent, avec beaucoup d'avantage, être élevés en futaie, attendu que, lorsqu'ils acquièrent de fortes dimensions et qu'ils sont de bonne fente, ils deviennent d'un très grand prix pour la menuiserie, l'ébénisterie, laboissellerie, etc. D'ordinaire, ces essences se trouvent mélangées au hêtre avec lequel elles végètent parfiiitement et dont elles supportent très bien le régime, surtout lorsque la révolution ne dépasse pas 90 à 100 ans. Il est nécessaire aussi, dans les coupes secondaires, de découvrir plus tôt les jeunes plants, moins délicats que ceux du hêtre.
ARTICLE VII
Bzploitation du oharme en futaie.
498. — Le charme n'est point une essence qui, en raison des usages auxquels elle est propre [193J, mérite d'être élevée en futaie, maison le considère comme pouvant être utilement mélangé, dans une futaie, à
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d'autres essences plus précieuses. C'est ainsi qu'on le trouve associé au chêne et au châtaignier; et, quoiqu'il soit en général un peu dépassé par eux, il persiste assez longtemps pour leur servir d'appui jusqu'au moment où il devient possible de le faire disparaître successivement par les éclaircies périodiques. Mêlé au chêne, il produit des effets analogues à ceux du hêtre, en procurant au sol une couche de terreau pins abondante, et en y maintenant la fraîcheur par son couvert épais. Aussi le charme pourrait-il être très utilement introduit, en second étage (voir la note page 256), dans les massifs de chêne pur, situés en fonds compacts, où il se plaît et réussit mieux que le hêtre.
ARTICLE VIII
Exploitation du bouleau en futaie.
499. Le bouleau n'acquiert les qualités recherchées par les différents métiers qui l'emploient que vers l'âge de 50 à 60 ans, et il est d'ailleurs bien plus disposé à se reproduire de semence que de souche. On peut donc avec avantage l'élever en futaie, en fixant son exploitabilité à l'âge que nous venons d'indiquer.
Quant aux coupes de régénération, l'expérience prouve qu'en les faisant à blanc étoc, ou en laissant seulement quelques réserves éparses, on obtient des
repeuplements très complets par les semences venant de la partie boisée voisine. La seule précaution à prendre, c'est d'entretenir le sol dans un état convenablement meuble, en lui donnant une légère culture à la houe, lorsqu'on s'aperçoit que l'année sera fertile en semences. Cette opération est indispensable ; car sous des bouleaux, même en massif, le sol se gazonne et se couvre d'arbustes et de morts-bois, à cause du couvert trop faible de cet arbre.
Les éclaircies périodiques devront être très rapprochées, le bouleau demandant assez d'espace pour croître .
ARTICLE IX
Exploitation du robinier en fat&ie.
500. Le robinier, recherché comme bois de travail, est, de plus, employé avec avantage dans les constructions civiles et navales; il y a, par conséquent, des motifs fondés pour le traiter en futaie. Il est à observer d'ailleurs que, quand cet arbre est isolé, sa cime est très exposée à être brisée par les vents et que souvent la rupture des branches principales fait éclater le tronc ; sa culture en massif de futaie, en donnant le moyen d'obvier à cet inconvénient si grave, offrirait donc un avantage de plus.
Quoique la végétation extrêmement rapide du
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robinier ait fait penser qu'à 40 ans il pourrait être assez fort pour satisfaire à tous les besoins de la consommation" il est à conseiller cependant de ne fixer son exploitabilité qu'àTâge de 60 à 70 ans. De cette manière, on obtiendra très probablement des produits meilleurs et plus considérables; et d'ailleurs il est à croire que sa végétation ne sera plus aussi rapide, s'il vient en massif, que lorsqu'il se trouvait isolé.
Plus que l'orme encore, le robinier est disposé à drageonner, et sa semence, quoique non ailée, se dissémine au loin; son jeune plant résiste aux chaleurs, il croît très rapidement et ses racines exigent beaucoup d'espace; le mode d'exploitation prescrit pour l'orme pourra donc lui être applicable.
ARTICLE X
Exploitation d'une futaie de sapin.
501. Exploitabilité. — L'exploitabilité du sapin tombe entre 100 et 140 ans; 120 ans est le terme le plus ordinaire et celui auquel, en général, on obtient les produits les plus utiles et les plus considérables t. Dans les sols trop humides cependant, où la végétation est rapide, la révolution de 100 ans pourrait être préférable parce que, dans ces sortes de terrains, les sapins sont plus exposés encore que les hêtres à la carie intérieure [484]. Sur les grandes hauteurs,
' Voir l'Appendice.
OÙ la rigueur du climat ralentit la croissance, le ternie de Texploitabilité peut être reculé jusqu'à 140 ans et au-delà.
502. Coupes de régénération. — Ainsi que nous l'avons dit dans le second livre [432], il est très important que les exploitations d'une sapinière soient dirigées du Nord et de TEst vers le Sud et FOuest. Les coupes, d'ailleurs, doivent se faire à l'instar de celles des forêts de hêtre. Ces deux essences se rencontrent sur un point essentiel, celui du tempérament des jeunes plants.
Dans les trois premières années de son existence, le sapin reste très petit, très faible, et sa tige, de même que sa racine, s'allonge sans se ramifier. Pendant ce temps, il réclame un couvert au moins aussi épais que celui qui convient au jeune hêtre; mais, après la troisième année, lorsqu'il a formé une et parfois deux branches latérales, il devient utile de lui donner plus de lumière. Dès cette époque, il y a donc lieu de supprimer quelques arbres dans la réserve (un quart environ) et de continuer ainsi, de deux en deux ou de trois en trois ans, jusqu'à la coupe définitive qui ne devra être faite que quand les brins auront atteint la hauteur de 66 centimètres à 1 mètre.
On rencontre assez souvent, dans les massifs de sapin que l'on soumet à la régénération, des repeuplements partiels qui remontent déjà à un assez grand nombre d'années, et végètent, languissante
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et rabougris, sous la vieille futaie. C'est à tort que certains forestiers les considèrent comme incapables de reprendre de la vigueur. Aucune essence, si ce n'est le hêtre, ne résiste autant que le sapin sous un couvert prolongé, et n'a plus que lui la propriété de se raviver dès qu'on lui donne du jour. On commet donc une faute en supprimant ces jeunes repeuplements au moment de la coupe d'ensemencement; il faut, au contraire, les conserver et, lors de cette coupe, éclaircir fortement la futaie qui les surmonte. Il n'est pas sans intérêt de réserver, dans la coupe définitive, quelques beaux sapins pour parcourir une seconde révolution. Cet arbre peut parvenir à un âge très avancé, et comme il sert beaucoup aux constructions, on obtiendra par ce moyen les pièces de fortes dimensions qui pourraient être nécessaires dans certains cas. Il est entendu que de pareilles réserves ne peuvent être faites que dans les parties les plus abritées contre la violence des vents.
503. Coupes d'amélioration. — On se conformera sous ce rapport à ce qui a été recommandé dans les règles générales, en observant que le sapin demande à croître en massif très serré, surtout dans sa jeunesse. Dans les climats tempérés, l'éclaircie moyenne pourra lui être appliquée, mais, dans les localités où l'on aura à craindre les dégâts de la neige et du givre, auxquels les bois résineux sont plus exposés que les feuillus, on devra se contenter d'une éclaircie faible^ afin que certaines tiges dominantes venant à
être écrasées, puissent, au besoin, être remplacées •par celles qu'elles surmontent. Il n'est pas rare, en effet, de voir ces dernières, lorsqu'elles sont mises à découvert, reprendre une vigueur remarquable.
ARTICLE XI
Exploitation d^nne fùt&ie mélangée de sapin et de hêtre.
504. Le mélange du sapin avec le hêtre est aussi favorable à la végétation que celui de cette dernière essence avec le chêne. La nature nous en montre de fréquents exemples, et c'est une erreur bien funeste qui a porté certains forestiers à détruire, dans ces sortes de forêts, l'essence feuillue pour ne laisser subsister que l'essence résineuse, alors que tout, au contraire, semblait commander et faciliter la conservation de ce mélange. En effet, on observe que, dans ces forêts mélangées, le sapin a une croissance remarquablement belle, et l'on reconnaît, en outre, que les dégâts des vents et des insectes y sont moins à redouter que dans les forêts purement résineuses. Quant à leur exploitation, la même révolution convient aux deux essences; les jeunes plants de l'une et de l'autre ont le même tempérament, et, par conséquent, les coupes de régénération peuvent être établies sans difficulté; dans les différentes phases de leur croissance, les deux essences marchent à peu près du même pas, ce qui facilite l'exécution des
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éclaircies périodiques; et enfin, elles recherchent toutes deux, pour prospérer, même terrain, même climat, même situation et même exposition. Elles ne diffèrent essentiellement que dans leur emploi, ce qui est un avantage évident pour la consommation et pour le propriétaire, d'autant plus qu'il est toujours facile de faire dominer le sapin, lorsque sa qualité comme bois de construction doit lui mériter la préférence.
ARTICLE XII
Exploitation d'une fataie d'épicéa.
o05. Exploitabilité. — Comme la croissance de Tépicéa est un peu plus prompte que celle du sapin, la révolution à laquelle il est soumis peut être plus courte. C'est entre 90 et 140 ans que Ton en fixe la durée; ordinairement, le terme de 100 à 120 ans est considéré comme le plus convenable pour obtenir de cette essence les produits les plus abondants et les plus utiles. Dans les localités où il importe de se procurer un certain nombre de pièces propres aux grandes constructions, on préfère Tâge ie 120 ans, parce que, à cause du peu de résistance que l'épicéa oppose au vent, ces pièces ne pourraient être fournies par les arbres qu'on réserverait dans les coupes, pour parcourir une seconde révolution. Sur les grandes hauteurs, que souvent on le voit habiter,
on peut laisser atteindre à Tépicéa Tàge de 140 ans et au-delà, tandis que, dans un sol très humide, où cet arbre est, comme le sapin et le hêtre, exposé à la carie intérieure, ce serait le cas de l'exploiter plus tôt.
506. Coupes de régénération. — Comme Tépicéa redoute, plus que toute autre essence, les ravages des vents, et qu'il est d'ailleurs, dans sa première jeunesse, bien plus robuste et ne demande pas les mêmes soins que le sapin, tous les efforts des sylviculteurs, dans l'exploitation des forêts de cette essence, ont constamment tendu à préserver celles-ci du danger principal. Non-seulement on recommande, comme extrêmement importante, la stricte observation de la troisième règle sur l'assiette des coupes [432], mais on a encore imaginé, toujours dans le même but, divers modes particuliers d'exploitation, savoir: V le mode par bandes alternées; 2° le mode par bouquets; 3° celui par bandes de proche en proche. Enfin, on a aussi appliqué le mode ordinaire des trois coupes de régénération.
507. Premier mode. — Le premier mode est un de ceux qui ont été le plus mis en pratique ; il consiste à établir les coupes par bandes alternées de bois à abattre à blanc étoc, et de bois à laisser en massif, les unes et les autres de 50 à 60 mètres de largeur. L'ensemencement des bandes exploitées doit venir des bandes voisines où tous les bois sont conservés, et, pour mieux préparer le terrain des premières à recevoir la semence, on conseille d'en faire extraire
266 DE l'exploitation
les souches. Quelques années après Tensemencement, on exploite les bandes qui étaient demeurées intactes. Ce retour, en effet, est indispensable, car si Ton continuait à alterner ainsi d'qn bout à l'autre de la forêt, il est évident que Ton ne tarderait pas à tomber dans des massifs éloignés d'avoir atteint l'âge de l'exploitabilité, tandis qu'au point de départ, on en laisserait sur pied qui auraient dépassé cet âge.
Quoique, au premier abord, ce mode paraisse très avantageux, il présente cependant des inconvénients assez graves pour que nous n'hésitions pas à le déconseiller, comme n'étant pas propre à conduire au but que l'on se propose :
1"* L'expérience a prouvé que les bandes laissées en massif, loin de résister toujours au vent, sont souvent renversées avec une grande facilité;
2° L'ensemencement naturel des bandes mises à blanc étoc est presque toujours incomplet , les plantes nuisibles s'y jettent et rendent nécessaire un repeuplement artificiel ;
3"* Lorsqu'on arrive à exploiter les bandes primitivement réservées en massif que le vent a pu épargner, il est impossible d'y faire aucune réserve, et, les parties voisines étant beaucoup trop jeunes pour porter graine, il est nécessaire de recourir à un repeuplement artificiel. D'où il résulte que la moitié de la forêt, au moins, esta repeupler artificiellement;
4° Enfin, on établit dans toute la forêt une grande inégalité d'âge entre des parties contiguës, ce qui
entraîne les inconvénients énumérés au sujet de la première règle sur Tassiette des coupes [430] et, de plus, favorise l'action des vents.
508. Deuxième mode. — Dans le second mode, dit par bouquets, au lieu de bandes alternées, on laisse çà et là, dans les parties qu'on exploite à blanc étoc, de petits bouquets ou massifs de bois, qui doivent fournir les graines nécessaires au repeuplement. Ce mode participe de tous les inconvénients du précédent, et introduit en outre une plus grande irrégularité dans les exploitations et une plus grande inégalité dans les âges des bois ; on ne peut donc que le rejeter.
509. Troisième mode. — Le troisième mode, donné par Hartig, paraît plus praticable. Voici comment cet auteur conseille de procéder.
On doit asseoir, en commençant du côté du Nord ou du Nord-Est, une coupe longue et étroite ^ et l'exploiter à blanc étoc. Quand on s'apercevra que la partie voisine porte des cônes et qu'on peut en espérer des semences abondantes, on extraira toutes les souches de la coupe, et l'on comblera, au moins en partie, les excavations. Dans cet étert, le terrain se trouvera bien préparé à recevoir les graines poussées par les vents du Sud et d'Ouest. Par pré-
» Cotta conseille do ne donner à ces coupes qu'une largeur égale à la longueur des arbres, afin de ne pas compromettre le réensemencement naturel.
268 DE l'exploitation
caution, on fera bien de répandre, sur ce terrain fraîchement remué, 4 à 5 kilogrammes de semences d'épicéa, par hectare; ce qui équivaut, à peu près, au tiers de la quantité nécessaire pour un ensemencement complet.
Sur ce point, il faudra naturellement suspendre les exploitations, jusqu'à ce que la coupe soit suffisamment garnie déjeunes plants. Ce n'est qu'après le repeuplement assuré qu'on pourra asseoir, dans la partie attenante, une nouvelle coupe de même longueur et de même largeur que la première ; et ainsi de suite.
Cette nécessité d'attendre que le repeuplement de la coupe exploitée soit assuré, pour mettre la hache dans la partie voisine, force d'entamer la forêt sur un autre, point exploitable et même sur trois ou quatre points différents, sur lesquels on se porto successivement, afin de laisser, dans la première partie exploitée, un intervalle de trois ou quatre années au moins entre deux coupes consécutives, et d'assurer ainsi le repeuplement. Si, cependant, il arrivait que ces trois ou quatre années ne fussent pas suffisantes pour amener ce repeuplement, et qu'il fût d'ailleurs impossible de suspendre les exploitations, il ne resterait plus d'autre moyen que de régénérer les coupes par un semis artificiel ou par une plantation.
510. Quatrième mode. — L'application de la niéthode du réensemencement naturel et des éclaircies,
forme un quatrième mode, et c'est, sans contredit, dans la plupart des cas, le plus recommandable.
Eu égard au tempérament du jeune, plant d'épicéa, la coupe d'ensemencement pourrait être plus espacée que celle du sapin, et même que celle du hêtre ; ce n'est qu'à cause des faibles racines des épicéas, qu'ilest à conseiller démultiplier les réserves autant que dans les forêts de hêtre, afin qu'elles puissent se soutenir réciproquement. Quand le repeuplement de cette coupe . sera complet et aura atteint la hauteur de 16 à 22 centimètres, on pourra faire la coupe secondaire ; et lorsque les plants seront hauts de 32 à 40 centimètres, il sera temps de. faire la coupe définitive.
Dans les localités très exposées au vent, où Ton reconnaît que la réserve de la coupe secondaire ne pourrait pas résister, il est préférable de laisser la coupe sombre, sans y toucher, jusqu'à ce que le sous-bois soit parvenu à l'âge de 5 ou 6 ans, et de faire alors la coupe définitive. La coupe secondaire cependant, dont l'utiHté est incontestable, ne doit être négligée que dans le cas d'urgente nécessité.
Ce mode, ainsi que nous venons de le dire plus haut, nous paraît le meilleur. En l'employant, on ne peut au pis aller, (en cas de dégâts causés par le vent), qu'être obligé de recourir sur quelques points au repeuplement artificiel ; mais cet inconvénient est inévitable en suivant les trois autres modes et surtout les deux premiers. On peut d'ailleurs, en
270 DE l'î:xploitation
l'appliquant, user des précautions recommandées pour le troisième: Ainsi, il est à conseiller de donner aux coupes une forme longue et étroite, et d'entamer la forêt au moins sur deux points différents, de manière à pouvoir alterner les exploitations ; afin que, si la semence manque pendant quelques années sur l'un, on ne soit pas obligé d'y continuer les coupes sombres, dont la trop grande extension finirait par donner prise aux vents.
511. Des quatre modes que nous venons d'examiner, les deux premiers doivent être rejetés, ainsi que nous l'avons démontré. Le troisième a sans doute l'avantage de parer, dans beaucoup de cas, aux ravages du vent; mais, aux expositions fraîches, l'herbe et divers arbustes envahissent le terrain dès qu'il est mis à nu et étouffent les épicéas naissants ; sur les pentes chaudes et escarpées, une lumière trop vive et trop de chaleur les empêchent de réussir, et en général, la régénération naturelle s'opère mal, dès quelle na pas Heu Vannée même de V exploitation. Enfin, le quatrième mode, qui mérite incontestablement la préférence, présente cependant l'inconvénient de nombreux chablis qui, dans leur chute, se rompent fréquemment ou brisent d'autres arbres restés sur pied, ce qui constitue souvent une perte considérable pour le propriétaire.
Dans les montagnes du Harz, en Saxe, et en général dans les pays où l'épicéa est très répandu, les difficultés d'exploitation, que présentent les forêts de
cette essence, ont fait adopter, dans ces derniers temps, les coupes à blanc étoc; mais au lieu de compter, comme autrefois, sur les parties voisines pour réensemencer le terrain, on a immédiatement recours à la plantation, à laquelle Tépicéa est particulièrement propre. Cette opération, dont il sera question dans le VP livre de ce Cours, réussit parfaitement çt n'occasionne qu'une faible dépense, eu égard surtout aux années qu'elle fait gagner à la végétation de la jeune forêt. Aussi peut-on considérer les coupes de régénération comme presque abandonnées aujourd'hui dans les forêts d'épicéa d'outre- Rhin.
Tout en reconnaissant l'importance des faits que nous venons de rapporter et en admettant, au point de vue économique, les conclusions pratiques que nos voisins en ont tirées, nous pensons que, en France, dans les localités peu nombreuses d'ailleurs et toujours montagneuses, où l'épicéa se rencontre comme essence dominante, on fera bien de ne recourir au repeuplement artificiel qu'après avoir reconnu les inconvénients ou l'impuissance des coupes de régénération. Découvrir et remuer le sol en montagne, surtout dans les pentes rapides, nous paraît toujours une opération qui peut avoir les plus funestes conséquences. — Nous nous arrêtons d'autant plus volontiersàcetavis, qu'il est ànotre connaissance que, dans différentes forêts d'épicéa du Jura^ des Vosges et des Alpes, l'application de la méthode du réense-
272 DE l'exploitation
mencement naturel a produit jusqu'à ce jour des résultats satisfaisants.
512. Coupes d'amélioration. — Ce qui a été dit sous ce rapport, au sujet des forêts de sapin [503], est entièrement applicable à celles d'épicéa.
ARTICLE XIII
Exploitation d'une fùt&ie mélangée de sapin et d'épioéa.
513. Le mélange du sapin et de Tépicéa, comme celui du chêne et du hêtre, et par les mêmes raisons, produit les meilleurs effets sur la végétation des deux essences. L'épicéa, à la vérité, à une croissance un peu plus prompte que le sapin, mais cette différence est bien peu sensible. Cependant, on remarque assez fréquemment, dans les forêts ainsi mélangées, que l'épicéa tend peu à peu à empiéter sur le sapin et à le déposséder du terrain, ce qui est fâcheux en général, et surtout dans certaines localités où, pour divers motifs, le sapin est l'essence préférée. Selon toutes les apparences, cet inconvénient tient principalement à ce que, dans les coupes de régénération, on n'accorde pas une attention assez grande au repeuplement du sapin, qui réussit bien plus difficilement que celui de l'épicéa, c'est-à-dire que, d'abord, on ne conserve pas dans la coupe sombre un couvert assez épais, et qu'ensuite on éclaircit trop fortement la coupe secondaire.
La précaution essentielle, pour conserver le mélange si utile des deux essences, est donc de faire les coupes d'ensemencement surtout dans les années où, pour le sapin, on peut prévoir une fructification abondante, de composer la réserve dans ces coupes du plus grand nombre possible de sapins, et enfin de régler les coupes secondaires principalement en vue des exigences de cette essence.
' Il pourra bien arriver ainsi que la croissance des sapineaux gagne quelque avance sur celle des jeunes épicéas, qui exigent plus de lumière dès les premières années ; mais, quoique entravés momentanément, ces derniers ne tarderont pas à reprendre leur vigueur habituelle, sitôt que le couvert sera suffisamment éclairci .
ARTICLE XIV
Exploitation d'one Aitaie de pin sylvostro.
514. Exploitabilité. — Dans les pays où le pin sylvestre est très commun, on ne le laisse pas atteindre le siècle. Effectivement, l'accroissement des massifs de cette essence atteint son maximum entre 60 et 80 ans ; puis, après s'être maintenu pendant une vingtaine d'années, il diminue en raison de l'augmentation de l'âge. Si donc, l'intérêt principal était de fournir du chauffage, on ferait bien de fixer la révolution d'une forêt de pin sylvestre vers 80 ou 90 ans ;
274 DE l'exploitation
encore devrait -on réserver des parties de forêt, pour les soumettre à une révolution plus longue afin d'obtenir des arbres de service de bonne qualité.
En France, où les bois de construction sont plus rares que ceux de chauffage, TÉtat ne peut que gagner à reculer l'exploitation du pin sylvestre. Dans le moment de sa plus forte croissance, son bois n'a pas les meilleures qualités. Ce n'est que plus tard que son grain devient serré, qu'il se charge de résine concrète et acquiert ainsi l'élasticité et la durée qui le rendent précieux pour les grandes constructions, pour la marine surtout [301]. D'après ces motifs, on fera bien de soumettre le pin sylvestre à une révolution de 120 ans dans les terrains où sa croissance est active, et de ne l'exploiter qu'entre 140 et 160 ans^ dans les sols secs et suffisamment profonds, tels que les sables siliceux où cette essence se plaît et acquiert surtout les qualités qui la rendent propre aux grands emplois.
» Les longues révolutions ont l'inconvénient de compromettre la fertilité du sol, parce que la futaie de pin sylvestre, une fois la période d'allongement passée, ne se constitue plus en massif clos et, parvenue à un âge avancé, devient tout à fait clairiérée. Il s'ensuit que, de bonne heure, le sol se gazonne ou se couvre d'arbustes nuisibles (myrtiles, bruyères, etc.), que le vent disperse le lit de feuilles mortes et que, à la fin de la révolution, le terrain se trouve tassé, desséché, appauvri, et dans les conditions les plus favorables à la multiplication de certains lépidoptères fort nuisibles, dont les chenilles, pour hiverner, ne se terrent que dans les sols très secs.
515. Coupes de régénération. — Le traitement du pin sylvestre, en ce qui concerne le réensemencement naturel, diffère sous quelques rapports dé , celui qu'on prescrit pour l'épicéa et le sapin; son jeune plant, comme on le sait, est plus robuste que celui des deux autres, et le couvert des arbres de réserve lui est absolument contraire dès les premières années de son existence. Aussi n'est-il pas nécessaire que la coupe d'ensemencement soit sombrCy et l'on peut sans inconvénient écarter les arbres de manière que leurs branches soient distantes les unes des autres de 5 à 6 mètres ^
Cependant, en espaçant ainsi les réserves, on pourrait craindre les dégâts des vents, ou l'envahissement des herbes ou des plantes nuisibles. Le premier inconvénient existe beaucoup moins pour le pin sylvestre que pour l'épicéa et même pour le sa-
Lors donc qu'on se décidera pour une révolution de 120 ans et au-dessus, on devra non-seulement conserver soigneusement tous les bois feuillus qui lèvent naturellement sous les pins , mais on pourra même recourir avec avantage à l'expédient qui a été indiqué pour le chêne (voir la note page 250), c'est-à-dire, introduire, vers le milieu de la révolution, une essence subsidiaire destinée à protéger et à améliorer le sol. Parmi les bois feuillus , le charme , le hêtre ; parmi les résineux , le sapin , seront très propres à remplir ce rôle. Ce dernier surtout , placé en second étage, donne à la végétation du pin un essor magnifique.
» En faisant le choix des arbres de réserve , il ne faut pas préférer les pieds élancés et très élevés ; il vaut mieux conserver
276 DE l'exploitation
pin, attendu que le pin sylvestre pivote et s'enracine plus fortement. Néanmoins, dans les parties très exposées au vent, et où l'expérience a appris que cet arbre lui résiste difficilement, on fera bien de laisser plus de réserves. Le second inconvénient est fréquent dans les pineraies et, dans certains terrains, à peu près inévitable. Il peut être atténué cependant en ne faisant de coupes d'ensemencement que quand on sera assuré d'une prochaine et aJ>ondante fructification, ce qui, dans les pins,, est assez fréquent, et peut être prévu dix-huit mois à l'avance. De plus, dans l'automne ou l'hiver qui précédera 'a dissémination de la graine, on fera l'extraction des souches et l'on donnera au terrain une culture par rayons ou sillons étroits, au fond desquels les semences viendront s'arrêter et trouveront une terre meuble et fraîche, favorable à leur germination et à la réussite du jeune plant.
Dans la plupart des cas, ces travaux ne seront pas onéreux, car les souches du pin, par la résine qu'on en extrait, sont plus lucratives que celles des autres bois.
Après la coupe d'ensemencement, dès que le re-
ccux de hauteur moyenne, qui sont branchus , ordinairement plus fertiles en semences, et qui d'ailleurs résistent mieux aux vents. Dans l'état actuel de nos forêts de pin, ce choix peut avoir lieu ; mais, plus tard, lorsqu'elles auront été traitées régulièrement, on ne trouvera plus, que sur les lisièresi des arbres peu élevés et chargés de branches.
peuplement est complet, et que les jeunes plants ont atteint à peu près la hauteur de 16 à 24 centimètres, il faut procéder à la coupe définitive. On conçoit facilement que la nature vigoureuse du jeune plant rende inutile la coupe secondaire, et qu'il faille se hâter surtout de le débarrasser du couvert qui lui est tout à fait contraire.
516. Malgré les précautions prises pour régénérer le pin sylvestre par la voie naturelle, on est forcé de reconnaître qu'il est extrêmement rare de rencontrer des repeuplements complets et bienvenants dans les forêts de cette essence. Aussi beaucoup de bons forestiers sont-ils d'avis de renoncer aux coupes d'ensemencement dans les pineraies, de couper à blanc étoc et de recourir aux semis artificiels qui réussissent facilement et très bien. A considérer la généralité des faits, cette opinion est fondée, il faut le dire. Que la réserve de la coupe d'ensemencement soit nombreuse ou non, que l'on hâte la coupe définitive ou qu'on la retarde, on voit fréquemment les réensemencements naturels les plus complets et les mieux venants péricliter au bout de quelques an- • nées, s'amoindrir et même disparaître par places au point de donner accès aux morts-bois et aux bois blancs. La cause du phénomène est assez difficile à indiquer. Certains auteurs l'attribuent à quelques insectes tels que le ver du hanneton, le pissode noté et l'hylobe, qui attaquent, les uns les tiges, les autres les racines des jeunes pins. M. de Berg pense, avec
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raison, selon nous, qu'il faut la chercher le plus souvent dans la position superficielle des racines des vieux pins, dont le chevelu très abondant garnit et pénètre le sol en tous sens.
En admettant cette opinion, on doit en conclure que les repeuplements naturels n'auront chance de réussir que dans les terrains assez riches et assez profonds pour que le pin, en avançant en âge, y enfonce ses racines plus bas que la couche dans laquelle les jeunes plants étendent les leurs pendant les premières années. Mais on sait que les pineraies occupent en général les sols les moins fertiles ; on s'explique donc aisément comment il est si rare d'y rencontrer des repeuplements naturels bien venants et complets.
N'était la considération importante de la dépense qu'occasionne le repeuplement artificiel par l'achat de la graine qui est assez chère, et par les frais de labour; n'était, de plus, la chance que l'on court de ne pas obtenir toujours de bonnes graines quand on est obligé de se les procurer par le commerce, on serait conduit, d'après ce que nous venons de dire, à poser en principe que la régénération du pin sylvestre doit s'opérer par coupes à blanc étoc suivies immédiatement de semis artificiels, et que les coupes d'ensemencement ne doivent être pratiquées qu'exceptionnellement, dans les terrains en pente, par exemple. En un mot, à nos yeux, la raison culturale conseille le premier mode, mais la raison financière
pourrait, dans certains cas, justifier le second i. 517. Coupes d'amélioration. Les pins sont, plus que les deux précédents conifères, exposés à se ployer ou à se rompre sous le poids de la neige et du givre, à cause de leurs branches plus étalées et de leurs feuilles plus longues ^ ; il semblerait donc, au premier abord, qu'on ne devrait y pratiquer que Téclaircie faible. Mais cette essence, dès qu'elle passe à l'état de gaulis, supporte mal le massif serré. Les branches qui s'entrelacent perdent leurs feuilles et ne tardent pas à périr ; la tête des arbres, au lieu de se développer circulairement, devient grêle, étriquée; et quand cet état de souffrance se prolonge, les cimes, en général, se déforment, les tiges elles-mêmes contractent des maladies et le peuplement tout entier devient parfois incapable d'atteindre un âge avancé et de belles dimensions. — Pour prévenir ce dernier et grave inconvénient, sans cependant exposer la jeune pineraie à être brisée par la neige, le moyen le plus sûr, dont l'efficacité est aujourd'hui démontrée par l'expérience, consiste : V à entreprendre la première éclaircie (contrairement à la théorie générale), lorsque le bois est encore à l'état de fourré, au moment où les branches les plus inférieures commencent à sécher; 2° à faire cette éclaircie forte. A la vé-
' Voir Tappendice.
^ Cela peut tenir aussi à ce que la neige tombe en flocons plus gros et plus lourds dans les climats habités par le pin sylvestre.
278 DE l'exploitation
raison, selon nous, qu'il faut la chercher le plus souvent dans la position superficielle des racines des vieux pins, dont le chevelu très abondant garnit et pénètre le sol en tous sens.
En admettant cette opinion, on doit en conclure que les repeuplements naturels n'auront chance de réussir que dans les terrains assez riches et assez profonds pour que le pin, en avançant en âge, y enfonce ses racines plus bas que la couche dans laquelle les jeunes plants étendent les leurs pendant les premières années. Mais on sait que les pineraies occupent en général les sols les moins fertiles ; on s'exphque donc aisément comment il est si rare d'y rencontrer des repeuplements naturels bien venants et complets.
N'était la considération importante de la dépense qu'occasionne le repeuplement artificiel par l'achat de la graine qui est assez chère, et par les frais de labour; n'était, de plus, la chance que l'on court de ne pas obtenir toujours de bonnes graines quand on est obligé de se les procurer par le commerce, on serait conduit, d'après ce que nous venons de dire, à poser en principe que la régénération du pin sylvestre doit s'opérer par coupes à blanc étoc suivies immédiatement de semis artificiels, et que les coupes d'ensemencement ne doivent être pratiquées qu'exceptionnellement, dans les terrains en pente, par exemple. En un mot, à nos yeux, la raison culturale conseille le premier mode, mais la raison financière
pourrait, dans certains cas, justifier le second i. 517. Coupes d'amélioration. Les pins sont, plus que les deux précédents conifères, exposés à se ployer ou à se rompre sous le poids de la neige et du givre, à cause de leurs branches plus étalées et de leurs feuilles plus longues ^; il semblerait donc, au premier abord, qu'on ne devrait y pratiquer que Téclaircie faible. Mais cette essence, dès qu'elle passe à l'état de gaulis, supporte mal le massif serré. Les branches qui s'entrelacent perdent leurs feuilles et ne tardent pas à périr ; la tête des arbres, au lieu de se développer circulairement, devient grêle, étriquée; et quand cet état de souffrance se prolonge, les cimes, en général, se déforment, les tiges elles-mêmes contractent des maladies et le peuplement tout entier devient parfois incapable d'atteindre un âge avancé et de belles dimensions. — Pour prévenir ce dernier et grave inconvénient, sans cependant exposer la jeune pineraie à être brisée par la neige, le moyen le plus sûr, dont l'efficacité est aujourd'hui démontrée par l'expérience, consiste : V à entreprendre la première éclaircie (contrairement à la théorie générale), lorsque le bois est encore à l'état de fourré, au moment oii les branches les plus inférieures commencent à sécher; 2° à faire cette éclaircie forte. A la vé-
' Voir l'appendice.
^ Cela peut tenir aussi à ce que la neige tombe en flocons plus gros et plus lourds dans les climats habités par le pin sylvestre.
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rite, il pourra arriver ainsi que la production de terreau, si abondante surtout dans la première jeunesse des pineraies, se trouve entravée ou au moins diminuée. Mais cet inconvénient ne sera que momentané, attendu que les brins restants, ayant plus d'espace pour étendre leurs branches, ne tarderont pas à rendre au sol un épais couvert, tandis que, d'un autre côté, ils se formeront une tête bien conique, propre à assurer leur bonne croissance ultérieure ; en même temps, leur tige deviendra plus trapue et assez forte pour résister au poids de la neige.
Les éclaircies suivantes devront être plus rapprochées que dans les sapins et les épicéas, ce qui, sans doute, rendra chacune d'elles moins productive; mais, prises ensemble, elles le seront davantage et exerceront, sur la végétation des tiges destinées à croître jusqu'à la fin de la révolution, l'influence salutaire qui est le but principal de ce genre d'opération.
ARTICLE XV
Exploitation d'une fataie de pin à crochets '.
518. Les forêts de pin à crochets qui se trouvent dans les Alpes françaises n'ont pas été soumises^ jusqu'ici, à une exploitation régulière et raisonnée.
* Cet article est tiré, en grande partie, d*un mémoire de M. du Guiny sur les futaies résineuses des Hantes- Alpes,
Ainsi que nous Tavons dit ailleurs (page 135), ce n'est que depuis peu d'années qu'elles ont été l'objet de quelques études intelligentes qui nous ont mis à même d'apprécier cette essence. On n'a donc pas, sur les particularités du mode de traitement à leur appliquer, de renseignements bien certains, et qui soient le fruit d'une longue expérience. — Voici, toutefois, ce que l'exploration attentive des lieux, jointe aux notions acquises sur les propriétés et les exigences de l'arbre, permet d'établir à cet égard.
519. Exploitabilité. L'extrême lenteur de la végétation et les retards qu'éprouve généralement le réensemencement naturel dans les hautes régions habitées par le pin à crochets, exigent qu'il ne soit exploité qu'à un âge avancé, surtout s'il était reconnu qu'il est propre à la mâture. En vue de cette dernière éventualité, les révolutions qu'il semblerait convenable de lui appliquer seraient, selon l'altitude à laquelle se trouve la forêt, les suivantes :
de 1500 à 1800" — 160 à 180 ans, de 1800 à 3000" — 200 ans.
520. Coupes de régénération. L'abondance de la graine du pin à crochets dans les années où elle réussit , et sa légèreté , ainsi que le tempérament robuste du jeune plant, permettront de tenir assez espacées les réserves de la coupe d'ensemencement, qu'on devra d'ailleurs choisir parmi les pieds les plus vivaces et les mieux enracinés. Toutefois, dans
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les parties exposées aux ouragans, il est à conseiller de les disposer par petits groupes ou bouquets, qui auront plus de chances de résister à l'effort du vent que des arbres isolés.
La coupe secondaire pourra se faire en une seule fois ; elle sera suivie de près par la coupe définitive.
Afin de diminuer les retards de la régénération naturelle, il sera bon, partout où l'on n'aura pas à redouter les coulées de neige etl'éboulement des terres, de procéder à l'extraction des souches et même au dégazonnement partiel du sol, d'après le mode que nous avons indiqué plus haut [492 et 495].
Aux enseignements qui précèdent, il est nécessaire d'ajouter quelques recommandations particulières relatives, surtout, à l'assiette des coupes' dans les localités exceptionnelles où croît le pin à crochets.
1° La 4^ règle d'assiette [434] ne pouvant que rarement être appliquée dans ces hautes montagnes, faute de voies de vidange qui permettent d'éviter les inconvénients que signale la 2° règle [431], il est d'autant plus important d'établir, dans la partie supérieure de presque tous les massifs situés en pente rapide, un rideau tel qu'il est prescrit dans les développements de cette 4^ règle, mais beaucoup plus profond (150 à 200°"), attendu Textrême violence des coups de vent.
De plus, la prudence exige, dans un grand nombre de cas, que l'on mette en réserve la lisière inférieure des forêts qui dominent les villages et les cul-
tures, afin de garantir les unes et les autres contre les avalanches et contre les effets du ravinement des pentes.
2° Eu égard aux dangers qui viennent d'être signalés, il sera essentiel de ne point asseoir les coupes d'ensemencement d'un seul tenant, mais bien par coupons séparés, et d'assurer ensuite le prompt repeuplement de ces différents coupons. — Cette manière d'opérer entraînera incontestablement quelques-uns des inconvénients reprochés au mode d'exploitation appelé jardinage [438]. Toutefois, ces inconvénients seront très atténués si l'assiette des coupons, au lieu d'être abandonnée au hasard, est soumise à un certain ordre. Dès lors, les repeuplements, tout en différant d'âge, par places, ne se gêneront pas trop entre eux, et, considérés dans leur ensemble, les divers cantons composant la forêt présenteront encore une succession assez réguUèrement graduée. Or, il est permis de penser que, dans les hautes régions qu'habite le pin à crochets, il serait difficile, sinon impossible, d'atteindre un résultat plus satisfaisant.
521. Coupes d'amélioration. — L'essence qui nous occupe croît, ainsi que nous l'avons dit, avec une extrême lenteur, particulièrement dans sa jeunesse, et se maintient en massif très serré. Cette double circonstance doit faire différer le commencement des éclaircies au moins jusqu'à l'âge de 40 ans; de plus, ces opérations devront être irh faible$
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[467], afin que le massif continue sûrement à résister aux avalanches et aux éboulements, et qull procure au sol une couche abondante de terreau qui, souvent, forme la seule richesse de ce sol.
En raison, précisément, de ces éclairci es toujours faibles j leur périodicité semble pouvoir être fixée à 15 ou 20 ans. — Lors de la dernière, seulement, il sera bon de desserrer le massif plus que dans les précédentes , afin d'amener, par avance , du semis naturel et d'assurer ainsi la prompte réussite des coupes de régénération. — Le tempérament du jeune plant qui résiste lontemps sous le couvert [306] justifie cette recommandation.
^ ARTICLE XVI
Exploitation d'une Aitaie de pin maritime.
522. Exploitabilité. — Pour savoir positivement ce que cet arbre peut devenir sous le rapport de son accroissement, et à quelle époque il conviendrait de fixer son exploitabilité, il faudrait le cultiver sans tourmenter sa végétation [319]. En attendant les lumières de Texpérience, on ne peut juger que par analogie.
Il est assez ordinaire que les arbres qui ont une végétation très rapide dans leur jeunesse, atteignent plus tôt que les autres leur maximum d'accroissement. Le pin maritime devrait être particulièrement dans ce cas. Cependant, dans les départements méri-
dionaux où il trouve le climat qui le fait prospérer, il paraît hors de doute que la période ascendante de son accroissement est assez longue, et, dès lors, on fera bien de retarder son exploitation jusqu'à 100 ou même 120 ans, suivant la nature du sol, afin que le bois puisse acquérir la solidité convenable pour les constructions et les autres emplois auxquels il il est propre.
Bien entendu qu'en adoptant cette exploitabilité,il faut se garder de permettre le gemmage.
523. Coupes de régénération. — Le pin maritime n'ayant point encore été soumis à un traitement régulier, on pourrait être incertain sur le mode à suivre ; mais la nature de ses graines, le tempérament de son jeune plant et la disposition de ses racines doivent faire conclure que cet arbre peut ^ être exploité de même que le pin sylvestre. Ainsi, dans la coupe d'ensemencement, on pourra d'autant plus espacer les réserves, que le pin maritime résiste encore mieux aux coups de vent. Sa semence, à la vérité, est un peu plus grosse et un peu plus lourde que celle du pin sylvestre, mais la membrane qui lui sert d'aile est d'autant plus grande, ce qui doit favoriser sa dissémination au loin. La coupe secondaire deviendra inutileen raison du tempérament robuste du jeune plant; et l'extrême rapidité avec laquelle il végète fait penser que la coupe définitive devra succéder à celle d'ensemencement le plus tôt possible, c'est-à-dire, dans Tannée qui suivra la naissance du
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repeuplement ou au plus tard deux années après.
524. Coupes d'amélioration. — Ce que nous avons dit à cet égard du pin sylvestre [517] s'applique aussi au pin maritime. La rapidité de sa croissance devra nécessairement faire avancer la première éclaircie et abréger la périodicité des éclaircies suivantes.
525. Les règles d'exploitation que nous venons ' d'exposer ne s'appliquent qu'aux forêts de pin maritime qui ne doivent pas être soumises au gemniage. Lorsqu'on se propose au contraire de gemmer, elles doivent se modifier : d'une part, ce procédé ralentit la croissance et abrège la vie de l'arbre ; de l'autre, ce n'est plus le bois, mais bien la résine qui devient le produit principal de la forêt. La première circonstance emporte avec elle des révolutions de plus courte durée, la seconde exige un mode particulier d'éclaircies très rapprochées que nous allons décrire, tel qu'il se pratique dans le midi de la France.
L'intérêt du propriétaire étant évidemment de hâter l'époque à laquelle il pourra commencer le gemmage, il importe de favoriser le développement des branches et le grossissement des tiges le plus possible. A cet effet, on éclaircit les jeunes bois pour la première fois à l'âge de 7 ans, et ensuite de 6 en 6 années, jusqu'à 25 ans, époque à laquelle ils ont ^ ordinairement atteint la grosseur convenable. Dans ces opérations, on amène par degrés l'espacement
des pins entre eux : les deux premières doivent conserver encore le massif, quoique clair, afin d'activer la croissance en hauteur, mais, dès la troisième, on réduit le nombre des tiges à 700 ou 800 par hectare, et, à la quatrième, on n'en laisse plus subsister que 500; enfin, 5 ans plus tard, c'est-à-dire, à 30 ans, on réduit ce dernier nombre à 400. Les 100 arbres destinés à tomber, dans la cinquième éclaircie, sont désignés dès la quatrième et gemmés à mort [319]; les autres le sont à vie à partir de la même époque.
Ces 400 pins restent ensuite sur pied de 30 à 60 ans et sont soumis au gemmage de 5 en 3 années. A 60 ans, on marque de nouveau 100 arbres pour être gemmés à mort^ puis abattus, et les 300 pieds restants demeurent debout jusqu'à la coupe finale qui a lieu tantôt à 70 ou 80 ans, tantôt seulement à 100 ans, selon l'état des bois et la qualité du sol ^
526. Nous avons indiqué plus haut comment les coupes de régénération devraient être pratiquées si Ton se proposait d'y recourir; mais il est à croire que généralement on emploiera plutôt la coupe à blanc étoc suivie du semis artificiel. En effet, dans
* Dans Touest et le centre de la France , où le pin maritime occupe aujourd'hui de vastes étendues, au grand avantage des propriétaires et des populations , sa végétation est beaucoup moins belle et sa durée moindre que dans le midi. Il en résulte la nécessité de le couper au plus tard à 60 ans , et par Conséquent de le gemmer moins longtemps.
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d'après les règles que nous avons données plus haut [517] pour les forêts de pin sylvestre.
ARTICLE XIX
Exploitation d'une futaie de pin d'Alep.
529. Le pin d'Alep, de même que le pin maritime, atteint son plus fort accroissement dès l'âge de 60 à 70 ans ; mais, comme il est employé aux constructions, on doit croire qu'il serait préférable de le laisser arriver au moins à l'âge de 80 ans, afin que son bois pût acquérir plus de solidité.
Pour pouvoir donner des règles sur le mode d'exploitation qui lui convient, il faudrait que cet arbre eût été étudié en forêt, dans le climat qui lui est propre. On sait cependant qu'il n'est pas fortement enraciné, et, selon toute probabilité, son jeune plant, sous le soleil brûlant des contrées où il végète, se trouverait bien de quelque abri dans les premières années.
ARTICLE XX
Exploitation du pin pinier, du pin oembro,et du pin du lord Weymouth.
•. 530. Le pin pinier, en France du moins, n'est encore cultivé que comme fruitier. En attendant que la sylviculture s'en occupe à d'autres pointa de vue, ce qui est fort à désirer, il n'y a pas lieu de rechercher les particularités du mode d'ex-
ARTICLE XVIII
Exploitation d'une futaie de pin noir.
528. Les auteurs forestiers qui ont écrit surcette essence s'accordent tous pour assimiler le traitement à lui appliquer à celui du pin sylvestre. La 8^ édition de la Culture des bois de Cotta, publiée en 1856, contient, à ce sujet, les renseignements suivants :
Pour que le pin noir atteigne les dimensions et les qualités qu'il est susceptible d'acquérir, il convient de le soumettre à une révolution de 120 à 150 ans, suivant qu'il occupe des régions plus ou moins élevées. — Dans la première jeunesse, il supporte, un peu mieux que le pin sylvestre, le couvert des grands arbres [515], mais, dès qu'il parvient à l'âge moyen, il ne se maintient pas plus que lui en massif serré, ce qui entraîne la plupart du temps le gazonnement du sol et l'invasion de divers arbustes et morts-bois. — Les coupes de régénération doivent se faire dans les forêts de pin noir comme dans celles de pin sylvestre ; 60 à 80 réserves suffiront, par hectare, pour composer la coupe d'ensemencement. — L'essouchement des morts-bois et une culture par sillons donnée au sol, seront en général très utiles pour assurer la prompte réussite du semis naturel.
Les coupes d'amélioration, dont l'ouvrage cité ne
parle pas, pourront probablement être effectuées
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d'après les règles que nous avons données plus haut [517] pour les forêts de pin sylvestre.
ARTICLE XIX
Exploitation d'une futaie de pin d'Alep.
529. Le pin d'Alep, de même que le pin maritime, atteint son plus fort accroissement dès l'âge de 60 à 70 ans ; mais, comme il est employé aux constructions, on doit croire qu'il serait préférable de le laisser arriver au moins à l'âge de 80 ans, afin que son bois pût acquérir plus de solidité.
Pour pouvoir donner des règles sur le mode d'exploitation qui lui convient, il faudrait que cet arbre eût été étudié en forêt, dans le climat qui lui est propre. On sait cependant qu'il n'est pas fortement enraciné, et, selon toute probabilité, son jeune plant, sous le soleil brûlant des contrées où il végète, se trouverait bien de quelque abri dans les premières années.
ARTICLE XX
Exploitation du pin pinier, du pin oembro,et du pin du lord Weymoaih.
530. Le pin pinier, en France du moins, n'est encore cultivé que comme fruitier. En attendant que la sylviculture s'en occupe à d'autres points de vue, ce qui est fort à désirer, il n'y a pas lieu de rechercher les particularités du mode d'ex-
ploitation qui, un jour, pourra lui être applicable.
531. Quant au cembro dont il n'existe, dans notre pays, qu'une seule forêt, de faible étendue, à l'état pur [456], on pourrait presque émettre la même opinion. Toutefois, cette essence se trouve, dans les Alpes, fréquemment mélangée au mélèze, au pin à crochets et à l'épicéa, et son importance, surtout au point de vue des services qu'elle est appelée à rendre pour le reboisement des hautes sommités, est assez grande pour qu'on s'attache, non seulement à la conserver là où elle existe, mais encore à la propager, autant que possible. On y parviendra en réservant les pieds de cembro partout où ils se rencontreront, dans les coupes d'ensemencement aussi bien que dans les éclaircies, et en donnant aux jeunes plants tous les soins et toute l'attention qu'ils réclament pour réussir. — D'après des observations, faites tant en Suisse que dans les Alpes françaises, il paraîtrait que le traitement indiqué plus haut pour les forêts d'épicéa [510 et 512] serait celui qui conviendrait le mieux au cembro..
Non seulement les hommes, pour le commerce qu'ils en font, détournent une grande partie des graines de cembro de leur destination naturelle, mais les casse-noix [nucifraga caryocatactes) qui, à l'arrière saison, passent en troupes considérables sur les Alpes, les recherchent, dit-on, avidement et en consomment de fortes quantités '. Il semble donc
^ M. Broilliard.
292 DE l'exploitation
tout à fait à propos de ne point abandonner entièrement à la nature la propagation de cet arbre utile, mais bien de la favoriser artificiellement, par des semis et des repiquements dont il sera question dans le VP livre de ce cours.
532. Le pin du Lord Weymouth n'est point encore un arbre des forêts d'Europe, quoique très susceptible de le devenir. A la vérité, il en existe des essais sur différents points ; mais ils sont généralement faits sur une trop petite échelle, et trop récents d'ailleurs, pour qu'on puisse en déduire des règles d'exploitation. Toutefois, on connaît la légèreté de sa semence, le tempérament assez robuste du jeune plant, la nature pivotante de la racine, et la croissance rapide de l'arbre; on pourrait donc, si l'occasion s'en présentait, lui faire aisément l'application de la méthode du réensemencement naturel et des éclaircies.
ARTICLE XXI
Exploitation d'une ftitaie de mélèie.
533. Les règles données plus haut (article XV du présent chap.) sur l'exploitation des forêts de pin à crochets sont entièrement applicables à celles de mélèze, croissant dans les mêmes régions. On sait d'ailleurs que ces deux essences sont très souvent associées et il est d'observation constante, tant dans les hautes montagnes que dans les situations mo-
yennes où il a été introduit artificiellement, que le mélèze s'accommode parfaitement du mélange avec d'autres arbres, résineux ou feuillus, et que cet étnt favorise à la fois son accroissement et la régularité de forme de sa tige. Il y a donc lieu de maintenir ledit état partout où il se présente naturellen^ent et même de chercher à le créer, lorsqu'on en a les moyens.
Il est presque inutile de faire remarquer que, selon les essences avec lesquelles le mélèze se trouvera mélangé et selon le degré de ce mélange, il pourra être à propos de modifier la révolution et le traitement, sur lesquels influerontnécessairementaussi,dans une certaine mesure, la qualité du sol et le climat local.
ARTICLE XXII
Exploitation du cèdre du Liban.
534. Il serait superflu (le parler de Texploitabilité et du mode d'exploitation d'un arbre à peine connu, et qui, en France, n'existe encore que dans les plantations d'agrément. Ce sont, sans doute, les soins à donner aux jeunes plants [387] qui, jusqu'à présent, ont mis obstacle à ce que le cèdre prît place dans nos forêts . Mais, si les plantations en grand présentent beaucoup de difficultés, les forestiers peuvent se borner à quelques essais dans des situations différentes. Ils prépareront ainsi à leurs successeurs le moyen de juger cet arbre remarquable, sur lequel l'opinion est encore incertaine.