‹ Cours élémentaire de culture des bois créé à l'École forestière de NancyChapitre 54 sur 118 · Il est incontestable que le hêtre n'est pas · texte numérisé non relu

Il est incontestable que le hêtre n'est pas

* L'écorçage à la vapeur, dont M. Maître est l'inventeur, permet d'enlever et d'utiliser Técorce des chênes abattus en toute saison; son emploi éviterait les inconvénients des procédés actuels, lau point de vue de la reproduction des taillis.

disposé à repousser de souche; une écorce trop adhérente au bois et d'un tissu trop serré, semble s'opposer au développement facile des rejets. Quelle que soit au surplus l'organisation particulière de cet arbre, il est de fait qu'en le traitant en taillis, et surtout en le coupant à fleur de terre, on s'expose à voir mourir les souches.

Nous avons dit ailleurs [578j qu'un moyen de soutenir plus longtemps le hêtre en taillis, consiste à couper toujours au-dessus du nœud de l'exploitation précédente, afin que la sève , circulant sous une écorce plus jeune et plus tendre, ait plus de facilité à produire de nouvelles pousses. Mais, outre que ce moyen n'est pas infaillible dans certaines localités*, surtout dans les situations hautes et froides, les souches d'un taillis ainsi exploité présenteraient, au bout de quelques révolutions, des espèces de chi-

Des expériences, qui ne sont pas encore décisives, tendent d'ailleurs à établir que Ton obtiendrait ainsi, à moins de frais, une écorce d'aussi bonne qualité que celle faite au printemps.

• De nombreuses observations ont constaté que le hêtre repoussait mieux de souche dans les terrains maigres que dans les bons fonds. Hartig avait cherché à expliquer cette particularité de la manière suivante, sans toutefois prétendre que son explication fût la vraie. « Dans un sol substantiel, dit-il, l'affluence très forte de la sève donne lieu à des bourgeons d'une grande vigueur. Mais l'écorce dure du hêtre, faisant obstacle à ce qu'ils paraissent promptement à la surface extérieure, il arrive qu'ils se crispent et prennent une croissance contouri^ée qui alors ne leur permet plus de percer. Lorsque le sol est médiocre, au contraire, la sève est peu abondante, la

cots qui, s'élevant toujours davantage, finiraient par devenir de petits têtards, sur lesquels les rejets n'auraient plus une assiette assez solide pour résister aux coups de vent ou au poids de la neige et du givre.

614. Hartig, dont Texpérience est d'un grand poids dans toutes les questions forestières, a reconnu l'impossibilité de maintenir les taillis de hêtre, en suivant les règles ordinaires de l'exploitation des taillis; il propose, en conséquence ,un mode particulier dont voici les détails.

Supposant la forêt de hêtre soumise à une révolution de 30 ans, il conseille de réserver ,à la première exploitation, 100 baliveaux par hectare; à la deuxième, lorsque les souches auront 60 ans, il veut que l'on réserve , par hectare , 2,000 baliveaux. Trente ans plus tard, les souches ayant 90 ans, on doit interrompre le régime du taillis et exploiter d'après la méthode du réensemencement naturel. Les 100 premières réserves étant âgées de 90 ans, et les 2,000 autres de 60 ans, on peut en espérer la semence nécessaire au repeuplement du terrain. On doit alors effectuer les trois coupes de régénération, dont l'effet sera de créer une jeune forêt qui rem-

végétation moins prompte, et les bourgeons trouvent moyen de perforer lentement Técorce. » Ce qui confirmait Hartig dans son opinion, c'est qu'il avait remarqué que, dans les bons sols, le bêtre repousse mieux lorsqu'il est coupé en temps de sévc, c'est-à-dire, lorsque les souches ont perdu une partie de la sève surabondante.

placera les anciennes souches et qui pourra de nouveau être traitée en taillis, sauf à être régénérée comme il vient d'être dit.

Hartig ne fait mention que d'un taillis de hêtre qui n'a jamais été exploité, et qui, à la première coupe, ne présente que des souches de 30 ans. Une pareille forêt se rencontre rarement; il est plus ordinaire d'en trouver qui ont déjà été exploitées pendant quelques révolutions et où les souches sont d'âges très différents. Dans ce cas, il faudra donc réserver de suite 2000 perches par hectare. Ce nombre, toutefois, ne doit pas être considéré comme invariable ; il dépend de la grosseur des perches et de la quantité d'arbres antérieurement réservés. Il ne s'agit, en effet, que d'établir un massif convenable, qui puisse produire le repeuplement naturel aussitôt que les perches seront assez âgées pour porter semence.

612. En réfléchissant aux moyens jugés indispensables pour assurer la durée du hêtre en tailUs, on est nécessairement amené à conclure que ce mode d'exploitation ne lui convient pas et qu'on lui fait violence en l'y soumettant.

Si l'on examine avec attention les taillis de hêtre, surtout ceux dont les souches sont un peu anciennes, on y trouvera toujours des clairières plus ou moins considérables, causées par la mort d'une partie de ces souches ; si les clairières se remplissent, ce sera par des essences à semences légères, le plus souvent

400 DE l'exploitation

par les bois blancs, à moins que des repeuplements artificiels n'y mettent obstacle. C'est ainsi que le hêtre est peu à peu dépossédé du terrain où antérieurement il dominait.

Les moyens proposés par Hartig sont sans doute suffisants pour prévenir un tel résultat; mais ils manquent de simplicité et sont peu avantageux, à cause de la suppression presque totale des produits de la deuxième révolution. En effet : couper d'abord afin d'obtenir des rejets ; puis, dès la seconde révolution, laisser sur pied la plus grande partie de ces rejets pour en former des arbres à semence; exploiter ensuite d'après la méthode du réensemencement naturel, et ne reprendre enfin le régime du taillis que lorsque la semence aura créé de nouveau une jeune forêt, tels sont ces moyens. Il suffit de les résumer pour montrer que ce n'est qu'à l'aide d'opérations compliquées et en sacrifiant le rapport soutenu, que l'on parvient à exploiter d'une manière intermittente le hêtre en taillis, tandis qu'on perpétue facilement cette essence par la méthode du réensemencement naturel, méthode dont les règles sont faciles à suivre, et par laquelle on obtient d'ailleurs, dans un temps donné, des produits en matière plus considérables et plus utiles. Toutefois, lorsque les circonstances ne permettront point de traiter les forêts de hêtre en futaie, le mode du taiUis composé devra toujours être préféré, comme favorisant davantage la reproduction par la semence.

613. Dans Tancien Morvan (départements de la Nièvre et de Saône-et-Loire) et dans plusieurs autres contrées de la France, on a adopté, très anciennement, dans les taillis de hêtre, un mode d'exploitation particulier, dont Tefficacité, en ce qui concerne du moins la reproduction des souches, est démontrée par une longue expérience. Ce mode, connu sous le nom de furetage^ consiste à n'abattre, de chaque cépée, que les plus grosses perches propres à être converties en bois de corde, et à réserver soigneusement les autres. A la place des perches coupées, naissent de nouveaux rejets qui prospèrent sous le couvert des tiges conservées, jusqu'au moment où celles-ci, ayant atteint la grosseur qui les rend exploitables, sont coupées et remplacées à leur tour. Les souches des taillis furetés présentent ainsi des bois de deux et même de trois âges; jamais elles ne sont entièrement dépouillées, et c'est, à ce qu'il paraît, cette dernière circonstance qui assure leur reproduction jusqu'à un âge très avancé.

Ordinairement ces taillis sont soumis à une révolution de 24 à 30 ans, et, selon que les souches portent desTejets de deux ou de trois âges, les coupes viennent deux ou trois fois en tour d'exploitation dans la même révolution; ainsi, par exemple, un taillis exploité à 30 ans peut être fureté tous les 10 ans, de manière qu'il y ait sur les souches des rejets de 10, de 20 et de 30 ans.

Comme on n'a pas l'habitude de réserver des

baliveaux,. et que les perches du taillis sont abattues trop jeunes pour porter graine, les essences parasites et les plantes nuisibles gagnent peu à peu sur le hêtre. Aussi est-il indispensable, pour entretenir ces forêts, de remplacer les souches dépérissantes par des repeuplements artificiels.

Il paraît qu'un très grand inconvénient de ce mode consiste dans les dégâts considérables que l'abatage et le façonnage des perches exploitables causent à celles qui, ne l'étant pas encore, doivent rester sur pied. Peut-être y aurait-il moyen de remédier au mal, au moins partiellement.

Quoi qu'il en soit, nous pensons, d'après tous les renseignements que nous avons recueillis, que, si le furetage peut se justifier dans les taillis simples de hêtre, en raison de la difficulté d'obtenir une reproduction assurée par la coupe à blanc étoc, ce mode d'exploitation ne présente cependant pas assez d'avantages, et offre trop d'inconvénients, pour qu'on l'applique à d'autres essences.

ARTICLE III

Exploitation du châtaignier en taillis.

614. La souche du châtaignier a une longue durée, et les cépées qu'elle produit sont bien fournies et d'une croissance vigoureuse et rapide . C'est surtout dans les pays de vignobles que les taillis de cette

essence sont avantageux, à cause des cercles de futaille et des échalas qu'ils fournissent et qui sont de première qualité.

Les baliveaux sont d'autant moins à conseiller, dans les taillis de châtaignier, que leur couvert est épais et que les rejets supportent difficilement d'être dominés. Les perches de 10 à 15 ans fournissent d'ailleurs déjà des fruits ; les réserves, sous le rapport du repeuplement naturel, ne sont donc pas nécessaires. On peut, toutefois, en conserver sur les lisières du taillis, afin d'obtenir quelques fortes pièces et d'augmenter la récolte des châtaignes.

Dans les anciens départements du Rhin,oii il existe beaucoup de taillis de châtaignier, on a l'habitude, après l'exploitation, de cultiver le terrain, entre les souches, pendant un ou deux ans. Ordinairement on y plante des pommes de terre. Outre la récolte que cette opération produit, elle a le grand avantage d'activer considérablement la végétation des cépées en débarrassant le châtaignier des arbustes et des morts-bois qui, comme on le sait, lui nuisent beaucoup.

ARTICLE IV

Exploitation de Tanne en taillis.

615. Le régime du taillis est celui qui convient le mieux à l'aune. Ses souches fournissent, pendant plus d'un siècle , des rejets abondants et d'une

404 DE l'exploitation

croissance rapide, et Taune blanc drageonne même beaucoup.

En général, les baliveaux qu'on réserve dans les aunaies, pour fournir de la semence, ne remplissent pas le but qu'on se propose.

Les aunes se trouvent d'ordinaire ou dans les marais, ou dans les sols aquatiques, ou enfin dans des lieux très humides. Dans les deux premiers cas, la germination est entravée ; dans le dernier, le terrain est tellement gazonné ou rempli de joncs et d'autres plantes nuisibles, que la graine souvent ne peut y arriver. Il ne faut donc pas compter sur le semis naturel pour l'entretien du taillis ; le seul moyen de repeuplement, lorsque les drageons ne réussissent pas, consiste dans la plantation, et, pour l'aune blanc, dans les boutures * .

On doit cependant réserver quelques baliveaux, mais dans le seul but d'élever quelques arbres utiles îuix constructions hydrauliques et à d'autres usages.

Lorsque les aunaies se trouvent placées dans des marais d'une certaine profondeur, il devient impossible de les exploiter autrement qu'en hiver, pendant les fortes gelées, quels que soient d'ailleurs les inconvénients qui peuvent en résulter pour la reproduction.

• Voir le VI* livre de ce cours.

ARTICLE V

Exploitation dn robinier faux aoaoia en taillis.

616. Le robinier est une des essences les plus propres au taillis, lorsque le sol et le climat lui conviennent. En effet, non-seulement il croît avec une rapidité prodigieuse * , mais il drageonne abondamment et son bois acquiert dès les premières années un grain très serré.

Un inconvénient assez grave des taillis de robinier, c'est le grand nombre des épines qui garnissent les tiges ; la blessure de ces épines est fort douloureuse et présente même souvent, dit-on, quelque danger. Cette circonstance rend l'exploitation de ces taillis difficile, et beaucoup plus coûteuse, par conséquent, que celles des autres.

Quant aux baliveaux, il n'est pas à conseiller d'en réserver. La tête du robinier est rameuse et très sujette à être déchirée par les vents ; il n'est donc pas prudent de l'isoler sur le taillis.

• Dans un sol substantiel et frais, les rejets s'élancent souvent dès la première année à 3 et même à 4 mètres de haut, et, à l'Age de 5 ou 6 ans, les perches mesurent jusqu'à 8 et 10 centimètres de diamètre à un mètre de terre.

406 DE l'exploitation

ARTICLE VI

Exploitation des tûllii mila&gjs

617. A quelques exceptions près, les essences dont nous venons d'examiner, dans les cinq articles précédents, l'exploitation en taillis, se trouvent, comme tous les autres arbres feuillus, ordinairement mélangées dans les taillis et y dominent plus ou moins, suivant que le climat et le sol conviennent davantage aux unes ou aux autres. Le chêne et le hêtre se rencontrent rarement sans mélange d'autres essences et, lorsque ce mélange est établi dans de justes proportions, il est loin d'être contraire à la bonne croissance de nos essences d'élite, surtout de celles dont il importe de composer la réserve. Il en est ainsi, par exemple, du chêne pédoncule, la plus précieuse de toutes au point de vue des grands emplois. Cet arbre, propre aux plaines fertiles ou humides, ne peut se maintenir à l'état pur dans les taillis, à cause du couvert incomplet de sa cime [82]; il lui convient donc que son pied soit environné d'essences secondaires [591] qui, tout en protégeant le sol, ne souffrent d'ailleurs que très peu du couvert. Les plus belles et les meilleures pièces de chêne que fournissent les taillis se rencontrent dans de telles condition?.

Les ormes, les frênes, les érables, les charmes et les tilleuls se reproduisent très abondamment de souche, pendant 100 à 150 ans; les deux premiers ont une disposition marquée à drageonner,' et les charmes et les tilleuls, qui se garnissent de nombreux rejets au pied, se perpétuent facilement de cette manière, lorsque la souche-mère vient à mourir.

Les bouleaux, les alisiers, les sorbiers, les merisiers et les micocouliers fournissent des rejets jusqu'à 60 et 80 ans, et les saules et les trembles, dont le pied est de moindre durée, drageonnent considérablement.

En général, le mélange des deux derniers (parfois aussi celui du tilleul) avec les essences dures n'est pas favorable, et, lorsqu'il existe, il importe de le surveiller (599], afin d'empêcher que ces essences ne soient surmontées, et finalement évincées par les bois blancs. Ce n'est que par des nettoiements fréquemment répétés que l'on peut maintenir un mélange convenable.

En ce qui concerne le balivage dans les taillis mélangés, simples ou composés, toutes les indications nécessaires ont été données plus haut [591 à 596].

^iij^-

rYlOT^

^tttl

vit.

6lft.

ffliV»

\\ îatt^

j«,\.tii«^'*-

èvViet

de

\es

utiles ;

Cett^

'"^7 \ftS petits s**"*' ^,3 v.es o«"'^ ' Qttat»^ .«„e

dertvVets Ç

eti^

d'uïve

, . on tve Ç^'^VVa ÇoTète

avec a^^«^!f^ 'A ï^'«^!'^ .„^

V^^ \\P d'avicvi^® * A\l\S^*i' , «ver

^\?vX d'

\e.s tév

lions de 5 à 10 ans ; le cornouiller, louteibis, pourrait être coupé à un âge un peu plus avancé, vu la lenteur de sa croissance. Exploités ainsi, on les nomme nienuS'taillis . Il est inutile d'ajouter que ces essences ne sont traitées qu'en taillis simple et , la plupart du temps, sans aucune réserve.

Page 1