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La réputation de M. Desbois a été si justement et si complètement établie, et Futilité du Cours de Matière médicale a été si universellement reconnue , qu’il serait presque inconvenant de s’efforcer de soutenir les titres de l’auteur, ou de faire valoir le mérite de l’ouvrage. D’ailleurs, que pourrait-on dire après le célèbre praticien qui , par un double motif de justice et d’amitié, a tracé pour la postérité le fidèle portrait de ce médecin, l’un des plus recommandables parmi ceux qui ont honoré l’ancienne Faculté de Médecine de Paris? Je 11e dois donc avoir ici d’autre intention , que de rendre un compte sommaire du travail que j’ai entrepris.
D’abord , je me suis constitué à la place de M. Desbois. J’ai cherché, non-seulement à me pénétrer de sa doctrine, mais encore a entrer dans ses intentions, et atteindre le but qu’il avait fixé. Comme lui, je me suis attaché a être utile aux élèves et aux
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jeunes médecins : peut-être m’en saurontils gré.
Quelque bon , quelque parfait que pût être l’ouvrage deM.Desbois , au moment où il parut, on sent bien qu’il ne saurait présenter, pour le moment actuel , ni les mêmes avantages , ni le même degré de perfection. Il reste également bon sous le rapport de l’esprit d’ordre et d’observation qui y régnent, sous le rapport des faits qui y sont consignés ; il est également appréciable comme le produit d’une expérience consommée, comme résultat de la pratique la plus judicieuse et la plus rationnelle : mais , sous quelques autres rapports, il a vieilli. Les sciences ne s’arrêtent pas, et toutes celles qui ont pour objet l’étude des phénomènes de la nature, ont fait, depuis trente ans, les progrès les plus rapides et les plus étonnans. La connaissance des corps de la nature est plus complète , et leur classification est presque arrivée au point de perfection qu’elle doit atteindre. Les phénomènes physiques ont été mieux étudiés, mieux observés, et les conséquences, justement déduites des faits, ont permis des explications ^ et ont servi de base à des théories qui approchent beaucoup de l’évidence, si elles n’en ont tous les caractères.
C’est principalement sur les sciences phy-
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siques et naturelles qu’est fondée la matière médicale; elle s’occupe de tous les corps de la nature, et recherche en eux tout ce qui est applicable , soit à la guérison des maladies , soit au soulagement des malades. Elle a puisé dans l’électricité, le magnétisme , le galvanisme, le calorique, etc., des stimulans utiles ; la chimie lui a fourni , par l’analyse, nombre de principes , de substances utilement appliquées à une foule d’indications : des données plus complètes sur l’organisation des végétaux et des animaux ont fait découvrir des analogies qui , jusqu’à un certain point, s’étendent aux propriétés médicamenteuses, etc. C’est donc à ce perfectionnement de l’histoire naturelle, auquel a du nécessairement participer la Matière médicale, qu’il fallait ramener l’ouvrage de M. Desbois, et c’est ce que j’ai tenté de faire.
J’ai laissé subsister les trois grandes divisions adoptées par l’auteur, et, comme lui, j’ai successivement passé en revue les substances médicamenteuses qui appartiennent au règne minéral, au règne végétal et au règne animal. Car , quoi qu’il en soit du perfectionnement des sciences, les divisions, subdivisions , systèmes , méthodes , ordres, etc., adoptés par les auteurs modernes, ne m’ont pas séduit. Trente ans
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après M. Desbois, j’ai trouvé que je n’avais rien de mieux à faire que de répéter avec lui , qu’il n’y a pas encore de bon ordre pour la classification des médicamens.
Cependant , avant d’entrer, en matière , j’ai cru devoir , faisant une distinction négligée par l’auteur, examiner séparément, ou placer hors rang, certains principes appliqués à l’humanité souffrante , et qui n’appartiennent réellement à aucun des trois règnes : ce sont l’électricité , le galvanisme , l’aimant ou, magnétisme minéral, le magnétisme animal , le calorique, etc.
A l’article Electricité , j’ai donné un précis des théories les plus nouvelles , et qui m’ont paru les plus sûres; et j’ai ajouté aux divers modes d’ électrisation proposés par l’auteur les électrisations par pointes et par frictions : j’ai aussi donné plus d’étendue à l’électrisation par commotion, en présentant quelques notions succinctes sur la bouteille de Leyde et sur le rôle qu’elle joue dans ce mode d’électrisation. '
Ce qu’on trouvera sur le galvanisme est tout-à-fait neuf. Du temps de M. Desbois , on n’avait pas même entendu parler de ce principe, dont la découverte et l’étude font le triomphe des physiciens modernes.
L’article Aimant ou Magnétisme mi -
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néràlj a été entièrement refait. Je me suis servi ici , comme pour l’article Bains , de notes extraites d’un travail que j’avais préparé conjointement avec mon ami , d’honorable mémoire , feu le docteur
Savary (1) Quant à ce qui a rapport au
magnétisme animal , j’ai laissé, à peu près telle que l’auteur l’a composée, la partie historique; mais j’ai dû substituer mes opinions, sur le point de fait, à des idées un peu passionnées et absolument négatives.
Ici plusieurs de mes lecteurs , et très-probablement plusieurs de mes confrères, se récrieront, me blâmeront , me critiqueront; mais que faire? Je ne parle pas d’après ce qu’on m’a dit ou raconté, d’après ce que j’ai lu ou cru voir : je présente aux lecteurs , sans me permettre ni aucune explication, ni- aucune théorie, un résultat court, pré-, cis , de ce que j’ai observé avec le plus grand
(1) Qu il me soit permis de dire, puisque j’en trouve 1 occasion j que j’ai éprouvé une véritable consolation en associant, pendant quelques instans, à mon travail , un ami dontla perte prématurée, qui m’est constamment présente, a été si vivement sentie , non-seulement de mes confrères , mais encore de ceux qui accordent quelque intérêt aux sciences et à la médecine. En parcourant la Notice biographique que j’ai publiée dans la Bibliothèque médicale ( tome XL VI , p. 4oi), on verra jusqu’à quel point et sous quels rapports ce médecin est regrettable»
PRÉFACE soin , cle ce que fai obtenu -par moi-même. Au reste, on saura que j’ai adopté cette devise du philosophe de Genève : vitam impendere vero; et qu’à Raide de cette devise, je ne prétends pas justifier toutes les idées que je pourrais avoir, mais seulement rendre notoire que, lorsque je rapporte un fait, je suis moralement certain qu’il existe ou a existé, et que , s’il me semble utile que ce fait soit connu, aucune considération personnelle, aucune puissance humaine ne peuvent me déterminer à le taire (1).
Dans toute la partie qui traite du calorique, du feu , de l’air et des gaz, je n’ai presque rien laissé à l’auteur. Les recherches des physiciens, des chimistes et des médecins, méritaient bien un travail nouveau, et voulaient que je prisse ces sujets sous quelques points de vue différens.
C’est aux articles Eau, Bains , que commence l’examen des substances médicamenteuses ou des moyens thérapeutiques fournis par le règne minéral. On pense bien que cette partie a dû éprouver beaucoup de changemens , en raison des découvertes faites en chimie. Le détail de ces changemens serait trop long, trop minutieux, trop
(i) Mon opinion sur le magnétisme animal commence au premier alinéa de la page 76 du premier volume.
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fastidieux pour que j'entreprenne d'en présenter le tableau : il suffira de dire, d'une manière générale, que j'ai ajouté quelques produits chimiques, actuellement fort employés; que j'ai établi partout une sjmonymie exacte entre l'ancienne nomenclature adoptée par l'auteur , et la nomenclature des chimistes modernes; et que je me suis rapproché autant que possible de la nouvelle chimie publiée par le professeur Thénard (1).
Le règne végétal et le règne animal ont proportionnellement éprouvé moins de changemens. Si, d'un côté, je me suis permis quelques transpositions et quelques suppressions , d'un autre, j'ai ajouté nombre de notes, soit pour appuyer les opinions de mon auteur par de nouvelles observations, soit pour lui opposer des faits qui m'ont semblé de nature à infirmer certaines propositions qu'il a avancées, soit pour remplir des lacunes qu'il a laissées.
À chaque individu végétal j'ai joint l'indication de la classe et de l'ordre de Linné, et l'indication de la famille, selon la méthode naturelle du professeur de Jussieu.
(1) L’ouvrage de M. Desbois a marqué le passage de la chimie de Macquer à celle de Lavoisier; celle édition marquera le passage de la chimie de Fourcroy * celle de Thénard.
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L’ouvrage de M. Decandolle(i) m’en a donné l’idée. Ce n’est pas que j’aie été plus frappé que M. Desbois (2) des analogies qu’on croit établies entre les familles des plantes et les propriétés médicamenteuses; mais comme c’est un point qu’il s’agit encore de juger , j’ai voulu fournir aux lecteurs l’occasion de s’en occuper. Quant aux animaux mis en usage par la matière médicale, soit en totalité, soit en partie, j’ai cru devoir les rapporter à la classification du professeur Duméril (3) , qui me paraît la plus ingénieuse, et en même temps la plus naturelle de toutes celles qui ont été proposées.
J’ai consacré un appendice à toutes les substances qui, rigoureusement, n’ont pu être placées dans aucun des trois règnes, ou qui sont le produit de la combinaison de deux substances appartenant à deux règnes différens , ou bien encore , qui , par leur organisation, participent des deux règnes végétal et minéral.
(1) Essai sur les propriétés médicales des Plantes , comparées avec leurs formes extérieures , et leur classification naturelle , par Aug. Pyr. Decandolle, etc. 1 vol. ûz-8. Paris , 1816.
(2) Voyez tome Ier, pages 58 et 09.
(5) Zoologie analytique , ou Méthode naturelle de classification des animaux , rendue plus facile a P aide des tableaux synoptiques } par A. M. Constant Duméril. 1 vol. in~ 8, Paris , 1806.
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A ]a synonymie près , je n’ai rien cliangé au formulaire ; il est composé clans de si justes proportions, que j’aurais craint de l’altérer en le touchant. Cependant je dois prévenir que, dans les formules, c’est à dessein que j’ai laissé les noms anciens des substances chimiques, et que j’ai mis en renvoi les noms nouveaux. En pratique , les anciens mots ont conservé leur empire ; et de plus, je crois qu’il est utile aux élèves de se familiariser avec l’ancienne nomenclature pour l’intelligence de tant d’excellens auteurs qui nous ont précédés.
Tels sont les principaux changemens que j’ai faits à l’ouvrage de M. Desbois. Je n’ai pas touché, ou je n’ai touché qu’avec une extrême réserve à ce qui constitue sa doctrine : c’est cette partie de l'ouvrage qui ne devait pas vieillir, et qui sera applicable à tous les temps. L’auteur a écrit avec toute l’indépendance que donne le véritable esprit d’observation : cependan t il a dû payer son tribut à l’esprit de son siècle. Du temps de M. Desbois, les médecins étaient hunio-, ristes ; au temps actuel , les médecins sont solidistes , ou tout au moins très-enclins au solidisme : de là quelques théories, quelques explications, et nombre d’expressions qui ont cessé d’être intelligibles, ou qui ne sont plus admises. Je ne me suis pas arrêté
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à juger le procès entre les humoristes et les solidistes : cela me paraît peu important, peu utile, parce que je pense qu’il ne faut être exclusivement ni l’un ni l’autre (1). Mais , ne retranchant seulement que ce qui n’était plus d’accord avec des faits bien reconnus, bien avérés depuis la mort do M. Desbois , j’ai mis en caractères italiques toutes les expressions consacrées par les humoristes , et que l’auteur a cru devoir adopter.
(1) Malgré tout, je pense aussi qu’en pratique (ce qui peut-être s’expliquera un jour), il y a des expressions d 'humoristes qu’on ne peut se dispenser d’employer.
N. B. Toutes les notes qui appartiennent à la première édition sont marquées d’un astérisque.