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REGLES SPÉCIALES POCH LES MONUMENTS

Règle I. Il faut qu'onpuisse s'assurer que les monuments sont authentiques, c'est-à-dire qu'ils sont réellement l'œuvre de l'époque et des hommes auxquels en les attribue. Cette appréciation exige, en général, beaucoup d'érudition et de discernement. Il faut savoir se rendre compte des caractères du monument, tels que son style, sa conformité avec les productions analogues de la même époque, et de plus examiner s'il est d'accord avec les témoignages de Thistoire.

II. Lors même qu'on s'est assuré de l'authenticité d'un monument, si ce monument n'est pas accompagné d'une inscription qui l'explique, il reste encore une difficulté con- .sidérable, c'est celle de son interprétation. Pour être sûr de n'y pas tomber dans l'erreur, il faut joindre à la science une circonspection extrême, il faut souvent s'aider de la tradition et de l'histoire, et s'abstenir de se prononcer jusqu'à ce que le doute soit devenu impossible.

La tradition, l'histoire et les monuments s'interprètent et s'expliquent les uns par les autres, et se prêtent un mutuel appui. En général, les monuments sont plus populaires et mieux faits pour les masses ; mais ce sont les témoignages écri'.s qui réunissent le plus de conditions de clarté et de précision, et qui font connaître de la manière la plus détaillée et la plus explicite les faits de toute nature, les mœurs, les caractères, etc. Ils ont, en un sens, plus de

chances do conservation que les monuments eux-mêmes, parce que les écrits peuvent se transporter d'un lieu dans un autre, ce qui n'a pas lieu pour toutes sortes de monuments, et aussi à raison du grand nombre d'exemplaires qui existe souvent du même ouvrage.

Il est essentiel de remarquer au sujet de l'histoire, que le témoignage d'tm historien, bien qu'un historien ne soit qu'un seul homme, équivaut cependant, si c'est un historien de quelque valeur, au témoignage d'un grand nombre, parce que l'écrivain parle en présence et, pour ainsi dire, au nom de toute la génération qui lui est contemporaine, et que celle-ci eût infailliblement réclamé, au moins contre toute erreur quant à la substance et quant aux circonstances graves des faits importants et publics.

Quelle que soit l'utilité bien reconnue des règles de la critique, il y a quelque chose qui ne peut se réduire en règles, et qui est cependant ce qu'il y a de plus sûr en cette matière, c'est la sagacité et la bonne foi des critiques. Il ne faut pas oublier non plus qu'il existe des faits, même trèsanciens, attestés par une masse tellement imposante de témoignages de toute espèce, qu'il n a jamais été nécessaire de leur appliquer les règles d'une sévère critique.

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