‹ Cours élémentaire de philosophie à l'usage des établissements d'éducationChapitre 12 sur 243 · DE LA FO!;ME PIUNCIP .LE DU RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

DE LA FO!;ME PIUNCIP .LE DU RAISONNEMENT

La forme la plus ordinaire du raisonnement, le principal instrument de la déduction, c'est le syllogisme. Le syllogisme est le procédé méthodique de la démonstration, c'est la l'orme usitée dans les écoles pour l'argumentation ou discussion philosophique. Comme on peut avoir occasion d'en l'aire usage dès le début même d'un cours de philosophie, il est à propos d'en donner une explication succincte dans Y Introduction.

Le syllogisme se définit un argument composé de trois propositions, dont la dernière se déduit de l'une des deux

premières au moyen de l'autre. Les doux premières propositions du syllogisme s'appellent les prémisses ; Tune îles deux, ordinairement la première, est appelée la. majeure; l'autre, la mineure; la troisième proposition du syllogisme s'appelle la conclusion.

Tout l'art du syllogisme consiste a démontrer la convenance ou la disconvenance de deux, idées, par le moyen d'une troisième. Les termes qui expriment les deux idées dont on cherche le rapport se nomment les deux extrêmes ; le terme de comparaison entre les extrêmes se nomme le moyen terme. Les deux extrêmes s'appellent le grand et le petit extrême : le grand extrême, c'est l'attribut de la conclusion ; on l'appelle grand extrême, parce qu'ordinairement il a plus d'extension que son sujet ; le petit extrême, c'est le sujet de la conclusion.

Par exemple, si l'on veut démontrer le rapport qui existe entre l'idée de tempérance et celle de louable, on aura recours à une troisième idée, celle de vertu, avec laquelle on comparera les deux autres, pour conclure qu'elles ont de la convenance entre elles. Il en résultera un syllogisme ainsi conçu :

Toute vertu est louable ;

Or la tempérance est une vertu;

Donc la tempérance est louable.

La première proposition de ce syllogisme est la majeure, parce qu'elle contient le grand extrême, louable (majus exlremum), comparé avec le moyen terme vertu ; la seconde proposition est la mineure, parce qu'elle contient le petit exti ême, tempérance (minus exlremum), comparé avec le moyen tenue, vertu ; la conclusion contient les deux extrêmes.

On distingue dans tout raisonnement un antécédent, une conséquence et un conséquent. Ce dont on déduit la proposition finale du raisonnement forme l'antécédent ; le jugement déduit est le conséquent; la conséquence, c'est la déduction même, qui s'exprime ordinairement par la

conjonction donc ou ses équivalents. Dans la conclusion du syllogisme cité plus haut, donc la tempérance est louable, donc est la conséquence ; la tempérance est louable est le conséquent ; les deux propositions qui précèdent, ou autrement les deux prémisses, forment l'antécédent.

Lorsqu'on sous-entend l'une des deux prémisses du syllogisme, on a un syllogisme tronqué, qui se nomme enthymème. L'entliymème est un argument composé de deux propositions, dont l'une se déduit de l'autre.

Dans l'entliymème suivant :

La tempérance est une vertu ; Donc la tempérance est louable,

c'est la majeure, toute vertu est louable, qui est sous-entendue.

Dans celui-ci :

Toute vertu est louable;

Donc la tempérance est louable,

on sous-entend la mineure, la tempérance est une vertu.

La première proposition de l'entliymème s'appelle Y antécédent, et la seconde, le conséquent, la conséquence est marquée par la conjonction donc, comme dans les autres espèces de raisonnement.

On trouvera dansla logique des développements plus étendus, tant sur la Méthode que sur le Syllogisme.

Après avoir expliqué succinctement en quoi consiste la philosophie, il semhle indispensable, avant d'entrer définitivement en matière, de donner comme une sorte de vocabulaire des principaux termes qui appartiennent spécialement à la langue philosophique, et qui sont d'un fréquent usage dès le début même de la philosophie. Ces notions appartiennent à VOntologie, ou science de l'être en général

Être. — Vêtre en général, c'est ce qui est. L'être par lui-même, c'est Dieu, l'être nécessaire ou l'être qui ne peut pas ne pas être, l'être infini ou sans bornes. Les autres êtres sont des êtres contingents, c'est-à-dire qui pouvaient être ou ne pas être, des êtres finis ou limités.

Essence de l'être. — Ce qui constitue un être, ou autrement, ce sans quoi on ne peut le concevoir, s'appelle Yesscnce de cet être. Ainsi, par exemple, une âme raisonnable et un corps organisé sont l'essence de l'homme. Ordinairement le mot nature, qui vient de naître, est employé dans le même sens, et avec raison, parce que tout être en naissant est doué de ce qui lui est essentiel.

Substance et mode. — L'être est essentiellement substance et mode : substance, puisqu'il est quelque chose ; mode, puisqu'il est d'une manière déterminée, et qu'il a des qualités inséparables de sa substance. La substance est comme le fond même de l'être et le soutien du mode : on définit la substance, ce qui existe en soi et sans avoir besoin d'adhérer à un sujet. Le mode est la manière d'être de la substance. Par exemple, dans une boule d'ivoire, l'ivoire est la substance, la rondeur est Je mode. Le mot attribut s'emploie dans le même sens que mode. Outre les attributs essentiels, c'est-à-dire ceux sans lesquels une chose ne peut exister ni être conçue, comme la rondeur dans un cercle, il en est d'autres sans lesquels une chose peut exister ou être conçue : on les appelle modes ou attributs accidentels, ou simplement accidents : ainsi, dans un mur, la blancheur est un accident, parce que le mur pourrait être conçu ooir.

L'accord des attributs essentiels d'un être constitue la possibilité de cet être : ainsi, parce que l'étendue et la rondeur peuvent être unies en un même être, le cercle est conçu comme possible ; mais parce que la l'orme circulaire el la forme triangulaire s'excluent mutuellement, un cercle triangulaire est conçu comme impossible.

Rapports essentiels des êtres. — Toute relation quelconque à quoi que ce soit constitue un rapport. On en con-

■ •oit d'une inanité de sortes. Il y a des rapports de cause et d'effet, de temps, de lieu, de ressemblance, d'égalité, de supériorité et d'infériorité, d'union, d'opposition, etc. Cependant on entend plus spécialement par rapport la liaison qui existe entre des êtres dont l'un reçoit quelque chose de l'autre, comme l'existence, la conservation, le perfectionnement, ou quelque autre chose que ce soit. Tous les êtres créés reçoivent de la cause première ou de Dieu toutes ces choses, mais par le moyen les uns des autres, tant dans l'ordre corporel que dans l'ordre spirituel : c'est de cette manière que l'homme se développe au physique et au moral. Ces divers rapports sont de la cause au moyen, et du moyen à le/Jet ou à la fin ; en d'autres termes, de la cause à l'effet par le moyen. Par moyen il faut entendre une cause interposée entre une cause supérieure et un effet.

Absolu et relatif. — Ce qui se conçoit sans rapport à autre chose est dit absolu, comme l'être, le bien, le vrai ;ce qui se conçoit avec rapport est appelé relatif, par exemple, l'idée de principe, celles de père, de frère.

Causes et effets. — La cause proprement dite ou cause efficiente, en général, c'est ce qui produit quelque chose, ce qui donne l'être à quelque chose. L'effet, c'est ce qui existe par une cause. Tous les êtres peuvent se divise]' en causes et en effets. 11 y a une cause première, raison générale de tous les êtres, et ayant en elle-même sa propre raison : tout le reste est effet. Mais un grand nombre d'effets de la première cause sont eux-mêmes causes d'autres êtres : on les appelle causes secondes, parce qu'ils agissent sous la dépendance du premier être. Ainsi, par exemple, un coup de tonnerre qui détruit un édifice est cause de cette destruction ; mais ce n'est qu'une cause seconde, parce que les phénomènes de la foudre sont un produit des lois de la nature, lesquelles ont pour auteur la cause première de toutes choses. Les causes secondes ne sont que des moyens, des instruments, sous la dépendance de l'Être suprême.

Il ne faut pas confondre la cause avec la condition. La condition , c'est ce sans quoi la cause ne peut agir : ainsi,

le soleil ne peut éclairer tel appartement sans l'ouverture des volets. En pareil cas, la cessation de l'obstacle n'est pas la cause de l'effet, mais elle en est la condition.

Effet final ou fin. —L'effet final ou la fin, c'est le principal et dernier effet qu'une chose est destinée à produire. La fin proprement dite n'est pas autre que la fin dernière, ou celle que l'on se propose en dernier lieu. Cependant on distingue des fins moyennes : ce sont celles que l'on se propose comme moyen de parvenir à une fin ultérieure. Par exemple, un médecin, en prescrivant une saignée, se propose d'abord de tirer du sang, puis ultérieurement de guérir le malade, puis d'exercer son art d'une manière lucrative, puis enfin de remplir les devoirs de son état et d'accomplir la volonté de Dieu. Tous les êtres forment un enchaînement de causes, de moyens et de fins particulières pour arriver à une fin générale et dernière. L'être qui est totalement parvenu à la fin de sa nature est parfait dans son genre ou accompli, car il est tout ce qu'il peut être.

Ordre et proportion. — Partout oii il y a plusieurs choses liées entre elles suivant leurs rapports naturels, il y a de Vordre : ainsi il y a de Tordre dans la constitution du corps humain ; il y a de l'ordre dans une société bien réglée. Toute œuvre dans laquelle se montrent l'intention d'une fin et une juste appropriation de moyens à cette fin porte en elle les signes caractéristiques de l'ordre. L'idée de proportion se rapproche beaucoup de l'idée d'ordre, et la suppose toujours. La proportion, en général, c'est le rapport et la convenance des parties entre elles et avec le tout; en mathématiques, c'est l'égalité de plusieurs rapports. Il y a proportion dans les rapports qui se trouvent d'une part, entre la cause et le moyen, et, de l'autre, entre le moyen et l'effet ; ou entre deux causes du même genre et leurs effets respectifs.

Matière et forme. — On rattache communément à l'idée de cause tout ce qui, sans concourir activement à la production de l'effet, comme la cause efficiente, contribue

cependant d'une manière quelconque à son existence. Nous avons parlé précédemment de la fin, que l'on doit plutôt con sidérer comme un effet, bien qu'elle présente aussi la notion de cause finale, en ce qu'elle est le but qui détermine la cause efficiente à agir. La matière d'une cbose , c'est ce dont cette chose est faite, comme le marbre d'une statue. La forme, c'est-à-dire la disposition de la matière, c'est ce qui détermine la matière à constituer telle ou telle chose ; par exemple, la rondeur détermine la matière à constituer une boule.

Sujet et objet. — Ce qui se conçoit comme le soutien et en quelque sortele substratum de quelque chose qui n'existe qu'en y adhérant, se nomme sujet, subjeclum : ainsi notre âme est le sujet de nos idées, notre corps est le sujet des formes qui le distinguent et des vicissitudes qu'il subit. Ce qui s'offre à une action, ou ce sur quoi s'exerce une action, se nomme objet, objectum : ainsi les êtres spirituels sont l'objet des études philosophiques.

Mouvement et fohge. — Ce que l'on appelle mouvement, dans les corps, se définit un changement de lieu, ou le transport d'un point de l'espace a un autre. Le mouvement est l'effet d'une cause que l'on appelle force. La force, en général, c'est un principe actif ou principe d'action. Il y a des foires de différente nature, et qui produisent chacune de? effets analogues à leur nature. Ou distingue la force motrice, h foi ce vitale, la force intelligente et volontaire, etc.

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