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CARACTÈRES DE L'ENTENDEMENT . ,'J

oxlioit volontaire, mais une action qui s'exerce sur des données passives. Il importe en même temps de remarquer qu'il nous vient un bon nombre d'idées, par suite d'habitudes qui ont pu être contractées librement.

2° Ce qui caractérise surtout l'entendement, c'est son immense portée, c'est V universalité de ses produits. La sensibilité ne dépasse pas la spbère des sentiments ; l'activité n'embrasse également qu'un certain ordre de phénomènes, tandis que l'entendement s'étend à tout. Dire, par exemple, que l'on sent un théorème de géométrie, que l'on veut les lois de l'astronomie, ce serait énoncer des phrases vides de sens ; mais il n'est aucune vérité, aucun l'ait psychologique, physique ou métaphysique, qui ne soit susceptible d'être un objet de connaissance. C'est l'intelligence qui nous révèle à nous-mêmes et nous manifeste nos sentiments, nos idées, nos volontés ; c'est l'intelligence qui détermine, par rapport à nous, l'existence réelle des êtres qui ne sont pas nous ; c'est elle qui remonte à la cause même de toutes les existences. Ce qui constitue le plus spécialement le caractère propre de cette faculté, c'est quelle s'exerce sur toutes choses.

3°. Le terme dHmpersonnalitê appliqué à l'intelligence est en usage dans une école philosophique contemporaine1 ; mais cette expression ne peut être admise qu'avec restriction, et sous toutes réserves, pour ce qui concerne lapersonnalité humaine, ainsi qu'on va l'expliquer.

Une détermination de la volonté est personnelle à celui qui la forme ; elle vient de lui, elle est à lui en propre, et ce que l'on veut librement peut n'être voulu par aucun autre être doué de liberté. De même aussi, rien de plus relatif que les sensations, les goûts, les sentiments ; on en peut dire autant d'un grand nombre de nos idées. Mais une âme ne se conçoit à l'état d'être pensant, d'être raisonnable, que moyennant certaines notions nécessaires, éternelles, immuables, universelles, qui sont la base de la raison, et

1 Celle de M. Cousin, etc.

qui constituent la vérité absolue et non la vérité de tel individu, comme on dit les sentiments, les volontés de tel ou tel. De ce nombre sont les vérités suivantes : Il est impossible d'être et de n'être pas en même temps ; le tout est plus grand que sa partie ; entre deux points donnés, la ligne droite est la plus courte, etc. ; telles sont encore les notions absolues d'être, de substance, de cause, d'infini, d'ordre, de vrai, de bien, etc.: c'est là le genre de notions qui offrent en un sens un caractère impersonnel. Mais une distinction essentielle est ici à faire. Si l'on entend par la vérité une lumière qui éclaire toute intelligence, soit qu'on la considère, avec Platon, comme formant le monde intelligible, ou, avec Leibnitz, comme la région des vérités éternelles, soit qu'on la nomme, avec Fénelon, le soleil des esprits, ou, avec Malebranche, le maître intérieur dont le voix se fait entendre à tous ; envisagée en ce sens, la vérité présente pour nous le caractère de l'impersonnalité. Mais s'il s'agit de la vérité en tant que conçue par notre intelligence, c'est-à-dire s'il s'agit de ce qui est pourebacun de nous le phénomène intellectuel, savoir, la connaissance que nous avons de la vérité, il est clair que ce fait nous est personnel, non sans doute exclusivement personnel à tel individu, mais cependant personnel à chacun, comme modifiant chaque personne humaine. En effet, si aucun ne peut dire Ma vérité, chacun peut dire Ma connaissance de la vérité. En deux mots, la raison peut être dite impersonnelle objectivement ; mais subjectivement, elle est personnelle en chacun des hommes.

On peut faire, au sujet de l'entendement, des observations analogues à celles qui ont été faites ci-dessus pour distinguer la sensibilité des autres facultés. On conçoit, du reste, facilement que savoir que l'on sent, que l'on agit et que l'on veut, n'est pas la même chose que sentir, agir et vouloir.

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