CHAPITRE PREMIER
NOTIONS PRÉLIMINAIRES
643. Premier* phénomène*. — Thaïes de Milet, qui vivait 600 ans avant J.-C., savait déjà que l’ambre acquiert par le frottement la propriété d'attirer les corps légers, tels que les brins de (taille ou les débris de feuilles sèches. Gilbert (1600) reconnut que beaucoup d’autres substances jouissent de la même propriété; le verre et la résine sont de ce nombre. Il est facile de s’en convaincre : un bâton de verre frotté que l’on approche de petits morceaux de papier, de minces feuilles d’or ou de corps légers analogues (fig. 230) les attire, et on les voit se précipiter à la rencontre du verre. L'action attractive exercée dans ces circonstances a été attribuée à un agent particulier, auquel on a donné le nom d'électricité : nom tiré du mot grec ïSXixrpov qui veut dire ambre. Ce nom d'électricité désigne aussi la partie de la physique qui s’occupe de tous les effets attribués à ce même agent.
Cette propriété du verre et de la résine n’appartient pas à tous les corps. Un métal, tenu à la main, peut être frotté indéfiniment, sans qu’il manifeste jamais la propriété d’attirer les corps légers, ou, corajae on dit encore, sans qu’il ait été électrisé. La connaissance do ccs faits avait conduit autrefois à diviser les corps en deux groupes : les uns capables de s’électriser par le frottement, on les appelait idio-électriques ; les autres tpcapables, dans les mêmes conditions, de s'électriser, on les nommait anélectriqnes.
6 H. Expérience de Gray. — La science en était à peu près là-cn 1727.
Fig. 250.
ÉLECTRICITÉ
Pendant uae période de vingt siècles, aucun phénomène nouveau n'avait été découvert sur ce sujet, lorsqu’en 1727 Gray aperçut un fait important en variant un peu les dispositions habituelles données à l'expérience. Comme il frottait un tube de veitc T {fl g. 251) portant, à l'extrémité la
plus éloignée de la main, un de ces corps que le frottement n’avait jamais pu électriser, — un bouchon de liège B, — Gray mit, à un çcrtain moment et par hasard, le bouchon en présence de corps légers ; il fut étonné de reconnaître que le liège était électrisé. Une tige de métal fixée au bouchon, dans une seconde expérieucc, s'électrisait aussi. Enfin d’expérience en expérience, Gray reconnut que la faculté d’attirer les corps légers était acquise, dans les mêmes circonstances, par toutes les parties d’une corde métallique de 886 pieds, soutenue au-dessus du sol par des cordons de soie, et s’il n’opéra pas sur une corde plus longue c’est qu'il a cessa par lassitude, u
k'iÿ- 261.
645. Fluide électrique. — Cette propriété, que possède l’électricité de se répandre sur certains corps et d’occuper toute leur étendue quelque considérable qu’elle soit, a conduit les physiciens du siècle dernier à assimiler l'électricité à un gaz, qui a été appelé fluide électrique.
646. Corps bons conducteurs, corps mauvais conducteurs. — Quand les divers corps étaient éprouvés un à un, l’expérience de Gray réussissait avec tous ceux qui u’avaient pas pu jusqu’alors s’électriser par le frottement ; elle échouait avec tous les autres. D'où l'on a été conduit à dire; les corps anélectriqucs, tels que les métaux, laissent l’électricité se répandre dans toute leur étendue : ils sont bons conducteurs de l’électricité ; les corps idio-électriques, tels que la résine, ne permettent pas, au contraire, la propagation de l’électricité, ils sont mauvais conducteurs de l’électricité. Ces nouvelles appellations remplacent aujourd’hui les premières.