ÉLECTRICITÉ ATMOSPHÉRIQUE
743. La foudre déplace les corps bons conducteurs, transporte non plus seulement des corps légers, mais des masses d’un poids considérable.
Le 6 août 1 809, à Swinlon, près de Manchester, la foudre arracha de ses fondations et souleva en masse un mur, qui se composait de 7 000 briques et pouvait peser environ 26 tonnes : l’explosion le transporta verticalement sans le renverser, l’une de ses extrémités avait marché de 9 pieds et l’autre de 4.
744. L’éclair agit sur les aiguilles aimantées, les désaimante eu partie, quelquefois totalement, et même son action est assez puissante pour renverser les pôles. C’est en 1073 que le fait a été observé pour la première fois. A cette éfioque. deux bâtiments anglais marchaient de conserve dans un voyage de Londres à la Rarbade. La foudre frappa l’un d’eux et le capitaine du navire préservé voyant que le bâtiment, atteint par l’éclair, virait de bord comme pour retourner en Angleterre, demanda la cause de cette détermination subite et n'apprit pas sans étonnement, que son compagnon croyait suivre encore sa première route, lin examen attentif montra, que les pôles des aiguilles étaient renversés : le pôle qui devait se diriger vers le Nord pointait au contraire vers le Sud.
Ainsi déjà, à l'intensité près, les effets physiques de la foudre sont ceux que nous a donnés l’électricité ordinaire.
745. chimiques. — La foudre enflamme les matières combustibles comme l'étincelle enflamme dans nos laboratoires l'alcool, l’éther, les résines. En 1417, la foudre mit le feu à une pyramide en charpente, qui terminait le cumpanile de Saint-Marc à Venise. L'incendie consuma tout. La pyramide fut reconstruite, mais le tonnerre la réduisit de nouveau en cendres le 12 août 1489.
746. Dans l’eudiomètre l’étincelle électrique, en traversant un mélange d’oxygène et d’azote, produit de l’aeide azotique. Aussi la foudre agit-elle sur les éléments de l’air, et trouve-t-on toujours dans les pluies d'orage, l’acide azotique combiné avec l’ammoniaque qui préexistait dans l’atmosphère.
747. Enfin, l’odeur spéciale qui se répand toujours dnns l’air, au moment oii la foudre tombe, ne peut s'expliquer que par un effet chimique de l’étincelle électrique. Mais en quoi consiste au juste cette action chimique? quels sont les corps qui réagissent dans ce cas? La solution de ces questions est encore douteuse. L'odeur est-elle due à la vapeur nitreuse, qui se produit toujours dans l’atmosphère au moment des orages et de la formation de laquelle nous venons de parler? Tient-elle au trans|iort des matières combustibles enlevées aux corps que la foudre vient d’atteindre ? ou bien enfin l’oxygène a-t-il acquis, sous l'influence de l’électricité, cet
ÉLECTRICITÉ
état particulier que l'on a désigné sous le nom d’oione? Chacune de ces opinions peut être soutenue, bien qu'il soit difficile d’accepter aucune d’elles comme définitive.
748. k ir«*t s phyBioioffiqaei. — Quant aux effets physiologiqtics, ils sont bien connus : la foudre tue, blesse les animaux, quelquefois ne produit qu’une syncope momentanée et d'autres fois enfin elle ne donne qu’une forte commotion.
Le tl juillet 1819 la foudre tomba pendant le service divin sur l’église de Cbàteauneuf-les-.Moustiers, elle tua raides 4-2 personnes et en blessa 82. C’est un des exemples les plus effrayants des effets do la foudre; mais il ne faudrait pas trop s’en émouvoir, car en réalité fis danger est très-minime. D’après Arago, la probabilité qu’il y a pour chacun des habitants de Paris de mourir foudroyé est moindre que celle d’être écrasé, en passant dans les rues, par la chute d’une cheminée ou d’un vase h fleurs.
S’il faut s’en rapporter à une croyance générale, on est beaucoup plus exposé en rase campagne que dans les villes. La précaution si souvent recommandée de ne point se réfugier souk de grands arbres pendant les orages, a surtout de l’importance, lorsqu’on se trouve au milieu d’une plaine unie et peu boisée. L’arbre qui sert d’abri contre la pluie représente, dans ce cas, à peu près le seul point culminant, qui puisse se trouver ît une petite distance du nuage orageux, et comme il est mouillé par l’eau pluviale, il constitue un bon conducteur tout naturellement destiné à l’écoulement du fluide électrique. La même raison devrait faire prohiber l'usage, assez généralement répandu, de sonner les cloches pendant les orages; non pas que le bruit puisse avoir quelque influence sur la direction que suivra l’étincelle électrique, mais le sommet du clocher est un point élevé, les cloches sont des niasses métalliques subissant promp- • testent l’influence du nuage orageux , et celui qui tient la corde établit une communication directe entre les cloches et le sol. Si la foudre tombe sur l’édifice, il est presque certain que le sonneur sera la première victime.
749. Choc f n retour. — Des animaux sont foudroyés, sans que la foudre les atteigne ; mais ils le sont au moment où elle tombe à distance et souvent même à une distance assez considérable. On explique ce fait par l’action du nuage orageux, qui, s’exerçant sur les hommes ou sur les animaux placés à la surface du sol, accumule, à mesure qu’il approche, une grande quantité d’électricité dans leurs organes. Cette accumulation, lente si le nuage arrive lentement, ne produit pas des changements brusques, et s’opère sans effet fâcheux. Mais que le nunge se décharge subitement, même à une assez grande distance, l’électricité développée par influence n’est plus retenue: les organes traversés alors rapidement par le fluide élec-