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Expliquer et discuter cette pensée de M™^ de Staël à propos du théâtre tragique français : « Vingt ans de révolution ont donné à l'imagination d'autres besoins que ceux qu'elle éprouvait quand les romans de Crébillon peignaient l'amour et la société du temps. Les sujets grecs sont épuisés. » (De l'Allemagne, 2« partie, ch. xv.)

(Rennes. — Licence es lettres. — Composition, juillet 1897.)

Exposer et comparer les idées de Voltaire et de M™« de Staël sur le goût, d'après l'article Goût du Dictionnaire philosophique et le chapitre de M"^^ de Staël sur le Goût, dans son livre de V Allemagne.

(Alger. — École supérieure des lettres. — Licence, 1899.)

M'^'' de Staël a écrit, dans son livre de l'Allemagne : « Le cours des idées depuis un siècle a été tout à fait diri^^é par la conversation. On pensait pour parler, on parlait pour être applaudi, et tout ce qui ne pouvait pas se dire semblait être de trop dans l'ànie. » (1'^° partie, cliap. xi.)

Vous rechercherez si cette observation est juste. Vous déterminerez quelle empreinte l'esprit de conversation, au xvni^ siècle, avait marquée sur la littérature française tout entière. Vous examinerez l'opportunité de ce désaveu qu'en fait M"'*' de Staël, en 1810. Vous ferez voir que c'est là une date dans notre histoire littéraire.

(Agrégation des jeunes filles, 1900.)

Expliquer ce mot de M^^^ de Staël : <( Xos seuls grands poètes peut-être sont nos grands prosateurs, Bossuet, Pascal, Fénelon. » On supposera ce mot écrit vers 1900.

(Paris. — Baccalauréat, 1897.)

« L'étude de la langue est beaucoup plus favorable aux progrès des facultés chez l'enfant que celle des mathématiques ou des sciences physiques. » (M'^^ de Staël.)

Discuter cette opinion.

(Professorat des écoles normales. — Sciences. Morale. — Aspirantes, 1895.)

Que pensez-vous de ce mot de M»^«= de Staël : « La description animée des chefs-d'œuvre donne bien plus d'intérêt à la critique que les idées générales qui planent sur tous les sujets sans en caractériser aucun »? [De l'Allernagne, 2« partie, chap. XXXI.)

(Saint-Cloud. —Devoir de lettres.)

Expliquer celte pensée de M™° de Staël : « Tout ce qui fait de l'homme un homme est le véritable objet de l'éducation. »

(Direction des écoles normales. — Aspirantes, 1883.)

« Écrire, c'est exprimer à la fois son caractère et son esprit. » (M^^^ DE Staël, Corinne.)

(Fontenay-aux-Roses. — Sciences. — Devoir.)

Beaucoup avant M™« de Staël, Sénèque avait dit : « Le discours est la physionomie de l'àme; » et lui-même se souvenait sans doute de Platon, qui avaifrdit le premier : « Tel style, tel caractère. » Qui ne connaît le mot de Féneion : u On pense (esprit), on sent (caractère), et la parole suit;» et celui de Bufîon : « Bien écrire, c'est à la fois bien penser (esprit), bien sentir (caractère) et bien rendre (style)? » Gœthe ne craint pas d'écrire : « Le style d'un écrivain est la reproduction fidèle de son esprit... Si la langue ne trahit pas le cœur, il est inutile de faire à grand bruit la chasse aux idées. » Enfin, de notre temps Doudan n'a pas été moins affirmatif : « Le fond de soi doit éclater partout, dans la conversation, dans les lettres comme dans les écrits publics. »

Et ce n'est pas au hasard qu'ils ont ainsi parlé. Il n'y a, en effet, de véritable écrivain que celui qui pense et sent d'une manière personnelle, c'est-à-dire qui est quelqu'un. Si nous connaissons familièrement les grands écrivains d'autrefois, si nous savons distinguer à première vue Bossuet de Féneion, Corneille de Racine, Pascal de la Rochefoucauld, Voltaire de Montesquieu, c'est que nous avons pénétré leur manière de penser et de sentir, c'est qu'ils gardent à nos yeux une physionomie fortement individuelle. Alors même que les idées émises par eux sont empruntées à d'autres, ils se les approprient par une façon de les exprimer qui n'apparlient qu'à eux. C'est ce qu'on appelle le (( ton », qui est le rapport du sujet à l'esprit qui s'identifie avec lui. Le ton peut varier, mais ce qui ne varie point, c'est le trait dominant du caractère et de l'esprit, ce qui fait que tel écrivain est lui-même, et n'est pas un autre.

MADAME DE SÏAEL 99

Les études littéraires perdraient beaucoup de leur charme si nous n'y goûtions pas à tout moment le plaisir que goûtait parfois Pascal : trouver un homme là où l'on croyait ne trouver qu'un auteur.

Le bon écrivain doit-il exprimer dans son style son caractère et son esprit? U est évident qu'il le doit, s'il veut être original. Gomme la Fontaine, il doit rendre siens tous les sentiments et toutes les idées dont il se fait l'interprète, car, c'est encore ^[mc dg Staël qui raffirme, le génie porte le caractère de l'individu qui le possède. Il ne sera éloquent que s'il est sincère, et il ne sera sincère que sïl se livre tout entier. Or l'homme a deux sortes de facultés : les facultés de l'esprit et celles du caractère, les facultés intellectuelles et les facultés morales, étroitement liées et inséparables. C'est donc toute son âme que l'écrivain devra faire passer dans ses écrits, et c'est toute son âme que nous y devrons chercher, sans oublier pourtant que l'œuvre, prise isolément, n'a pas tout son vrai sens, et que, pour en bien saisir les nuances, il faut la replacer à sa date, dans le milieu où elle a vu le jour, c'est-à-dire que la critique historique moderne, préoccupée de la biographie et delà psychologie des auteurs, doit venir au secours de l'ancienne critique exclusivement littéraire. En les complétant l'une par l'autre, on pénétrera jusqu'au fond de l'âme des écrivains, que le style, à première vue, nous aura permis de deviner. Il faut faire exception sans doute pour certains genres d'écrits où la personnalité se révèle avec plus de peine, et parfois même doit se réserver; mais, dans la plupart des cas, tout homme qui sait, à sa façon, selon le mot de la Bruyère, « exprimer le vrai », nous apparaît sous des traits distincts, qui s'imposent à notre souvenir.

Le lecteur peut-il toujours discerner la physionomie intelleckielle et morale de l'écrivain? Vauvenargues ne le croit pas : « Ce serait une témérité, dit-il, de juger de tous les hommes. Il est rare peut-être de trouver une proportion exacte entre le don de penser et celui de s'exprimer. Les termes n'ont pas toujours une liaison nécessaire avec les idées. » Dans cette mesure, l'objection est acceptable : non, le style ne donne pas toujours la mesure exacte du caractère et de l'esprit d'un écrivain. Il est même certains genres, comme le genre dramatique, où l'auteur doit apparaître le moins possible pour laisser parler et agir ses personnages; c'est ce qui fait que Molière, profondément humain, est si supérieur à Beaumarchais, qui se peint

lui-même sous les traits de Figaro. Puis, le style n'est pas nécessairement le miroir de Tàme, et c'est bien à tort qu'on a donné ce sens au mot Je Buiïon : « Le style, c'est l'homme même » (c'est-à-dire est de l'homme même, appartient seul en propre à l'homme). Un cœur sec peut écrire avec verve, un cœur chaleureux avec froideur. Mais il n'est question ici que des bons écrivains; or ne peut-on deviner iine partie de leur caractère d'après ce qu'ils ont écrit, d'après les préférences qu'ils manifestent pour certains sujets, la façon dont ils les conçoivent et les traitent, avec plus ou moins d'ordre (esprit) et de mouvement (caractère)? Un esprit éminent peut, il est vrai, être associé à un caractère vil et jouer un rôle; mais il ne le soutiendra pas longtemps devant des yeux exercés. Étroitement lié à l'esprit, le caractère exerce sur lui une action directe, et par là en exerce une aussi sur le style. Si donc on fait la part des exceptions, on jugera que le mot de M"^^ de Staël est vrai, surtout pour les genres, comme la correspondance, où le caractère a plus d'occasions de se révéler.

Bien que nous ne puissions nous flatter d'être des écrivains et d'en former, nous devons essayer : 1° pour nos élèves, dont les compositions permettent rarement d'apprécier tout l'esprit et tout le caractère, de les encourager à être originales en s' appropriant les idées qu'elles empruntent, à se montrer ellesmêmes sans fausse honte; — 2° pour nous, de nous faire une personnalité, pour nous faire une parole et un style, pour acquérir l'autorité que donne seul l'effort personnel.

Expliquer ce mot de M°i° de Staël : « Toutes les véritables vertus dérivent de la bonté. »

(Fontenay-aux-Roses. — Section des sciences. Devoir.)

Visiblement, M'^^ de Staël songe à elle-même en écrivant ce mot, et l'idée qu'elle y exprime revient souvent dans ses livres sous une autre forme. « Je n'ai jamais vu, dit Benjamin Constant, une femme meilleure, ayant plus de grâce et de dévouement. » Elle espérait sans doute que cette bonté naturelle lui tiendrait lieu des qualités moindres qui lui manquaient; c'est pourquoi elle réunit et confond dans la bonté toutes les vertus véritables, c'est-à-dire spontanées, dédaignant les vertus

MADAME DE STAËL lOl

acquises par un effort persévérant. Ses héroïnes, comme Delphine, sont bonnes comme elle, d'une bonté facile, expansive, ennemie de la contrainte. En cela elle est bien fille de ce xviii° siècle où le sentiment a été exalté peut-être outre mesure, et disciple de Rousseau, qui aime à répéter aussi : «L'essentiel est d'être bon aux gens avec qui l'on vit. » (Emile.) La mère de M'"^ de Staël, M°^° Necker, se contentait de penser que (c la bienveillance est le véritable bien social »; M™« de Staël est plus hardie et plus exclusive.

Dans quelle mesure a-t-elle raison? Il semble bien que la bonté soit la vertu primordiale, essentielle, vraiment humaine, et que Bossuet n'ait pas tort de dire : «< Lorsque Dieu fit le cœur de l'homme, il y mit premièrement la bonté. » Mais ce germe ainsi déposé en nous peut rester stérile. Il convient, en effet, de distinguer entre la bonté innée, mais qui reste latente et souvent dégénère en faiblesse, et la bonté qui se manifeste au dehors par des actes. La première a été définie par Charron : a Cette preudhommie naturelle et aysée et comme née avec nous s'appelle proprement bonté, qualité d'âme bien née et réglée. » Mais cette bonté, disposition du tempérament plus encore parfois que de l'àme, reste souvent passive; elle peut n'être qu'une bienveillance vague et banale, épanchée au hasard sur tous, indifférente au bien et au mal. L'autre bonté, la seule qui mérite ce nom, c'est la sympathie active, c'est une habitude constante de l'âme, qui ne se contente pas de sentir, mais agit, et agit à tous les instants, sans défaillance, car pour être vraiment bon il ne suffit pas de l'être tel jour, à telle heure, il faut affermir la vertu d'abord indécise par une série d'actes isolés dont la réunion compose un ensemble continu et harmonieux. La volonté doit soutenir, éclairer, diriger le sentiment, qui sans elle est inutile ou dangereux même. Alors seulement les grands sacrifices seront possibles et faciles. Qu'est-ce que la charité, sinon la bonté militante? que le dévouement, sinon la bonté exaltée? «Celuilà est bon qui fait du bien aux autres; s'il souffre pour le bien qu'il fait, il est très bon. » (La Bruyère.)

Entendu ainsi, le mot de M^'^ de Staël contient une grande part de vérité. La sympathie active pour l'homme, la charité, le dévouement, la pitié (car « la pitié naturelle est fondée sur les rapports que nous avons avec l'objet qui souffre » [Bcpfon]}, presque toutes les vertus sociales, ont la bonté pour principe. Mais est-elle le principe unique de toutes les vertus véritables?

i02 COURS DE LITTÉRATURE

Écartons les vertus, plus apparentes que réelles, qui dérivent de la seule habitude ou qu'imposent les convenances sociales : c'est sans doute à ces vertus tout extérieures que M""^ de Staël pensait lorsqu'elle glorifiait par opposition les vertus innées, les sentiments spontanés. Mais « on n'est pas vertueux parce qu'on a de bons sentiments; on est vertueux lorsque, par devoir, on réussit à combattre ses sentiments déréglés. « (Vinet.) C'est surtout et presque exclusivement, semble-t-il, des vertus sociales que M°^« de Staël s'est préoccupée. Encore plus d'une vertu sociale est-elle fondée sur la justice autant que sur la bonté : la tolérance par exemple. Prenons cette idée de justice et opposons-la à cet instinct de bonté; nous nous convaincrons bien vite que ce n'est pas par bonté qu'on est juste, puisqu'il faut l'être même envers ses ennemis. Justice, devoir, effort de volonté, discipline sévère de nous-mêmes, tous ces mots, toutes ces idées, semblent former un contraste naturel avec le mot et l'idée de bonté, de cette bonté universelle et souriante, à qui font défaut parfois

ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

La pensée de M'^'' de Staël serait-elle donc fausse? Non, elle est seulement incomplète, ou plutôt elle est vraie au fond et contestable dans la forme. S'il n'est pas vrai que toutes les vertus dérivent de la bonté, presque toutes, et les meilleures, et les plus humaines, en dérivent pourtant. Disons mieux : toutes ont besoin d'être complétées et, pour ainsi dire, couronnées par la bonté. Sans la bonté, telle vertu excellente, comme l'économie, deviendrait vite un défaut, car il y a des vertus (improprement appelées de ce nom) qui peuvent n'être que des formes raffinées de l'égoïsme. Sans elle, l'idée de justice elle-même, la plus haute que les hommes aient conçue, semblera bien sèche et bien froide; le courage perdra de son prix à nos yeux s'il n'est attendri par le voisinage, par l'alliance nécessaire de cette bonté dévouée. Ainsi la bonté n'est pas la source unique de toutes les vertus; elle en est plutôt le fondement presque toujours indispensable, le complément et comme l'achèvement toujours utile, pour ne point dire davantage. C'est en ce sens qu'on peut accepter sans réserve les vers de Victor Hugo, poétique paraphrase du mot de M°^^ de Staël :

La bonté, c'est le fond des natures augustes. D'une seule vertu Dieu lit le cœur des justes, Comme d'un seul saphir la coupole du ciel.

En résumé, si la justice etiabonté sont desvertus distinctes, on ne les conçoit guère séparées. L'idée a besoin d'être échauffée parle sentiment; le sentiment a besoin d'être conduit par l'idée. Ainsi l'homme vraiment homme doit être à la fois bon et juste : « L'homme conduit par la charité et appuyé sur la justice, dit Cousin, marche à sa destinée d'un 'pas réglé et soutenu. »

« Il existe une telle connexité entre toutes les facultés de l'homme, qu'en perfectionnant même son goût en littérature, on agit sur l'élévation du caractère. »

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de littérature.)

M"^^ de Staël a dit : « Tout ce que l'homme a fait de grand, il le doit au sentiment douloureux de l'incomplet de sa destinée. » Est-ce entièrement vrai? La littérature française, en particulier, n'est-elle grande que par là?

(Fontenay-aux-Roses. — Devoir de seconde année.)

Caractériser l'intluence de Rousseau sur M™*^ de Staël. (Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

Comparer M'"^ de Staël à. G. Sand.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

D'après les chapitres inscrits au programme, indiquez par où M™« de Staël incline vers l'Allemagne et par où elle reste Française presque malgré elle.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

i04 COURS DE LITTERATURE

Définir le génie allemand selon M'"^ de Staël, l'opposer au génie français tel qu'elle le voit et tel que vous le voyez.

(Fontenay-aux-Roses. — Leçon.)

Commenter ce mot de M™^ de Staël : « En tout genre, nous autres modernes, nous disons trop. »

Expliquer ce qu'a voulu dire M'"» de Staël quand elle a écrit [De VAIlematjne, n, 29) : « C'est presque un homme d'État qu'un grand historien. »

a Je ne dissimulerai pas que les romans, même les plus purs, font du mal; il nous ont trop appris ce qu'il y a de plus secret dans les sentiments. » {De V Allemagne, ii, 28.) Après avoir lu les romans de M™« de Staël, que pense-t-on de cet arrêt?

VilIefrancbe-de-Rouergue. — J. Bardons, imprimeur.

Librairie CH. DELA GRAVE,

rue Soulllot, Paris

COURS DE LITTÉRATURL.

Pur Félix HÉMON

1 X S P E C T E l R DE L ' A C \ D K M 1 K I ' E PARIS

Chaque tome forme 1 1res fort vol. in-1'2, rel. percaline.

Tome I. — LA CHANSON DE ROLAND. — JOINViLLE. — MONTAIGNE. — CORNEILLE 4

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