‹ Cours pratique de l'art épistolaireChapitre 84 sur 86 · XVI. Emile raconté un voyage àChaudfontaine · texte numérisé non relu

XVI. Emile raconté un voyage àChaudfontaine

XVII. Benjamin décrit la grotte de Han , qu'il a visitée avec son père.

XVin. Nathalie dépeint à sa cousine Lisa le château de Godefroid de Bouillon.

XIX. Jules, dans une de ses promenades, a trouvé un nid de chardonneret. Joie vive que cette découverte lui a causée. Il va souvent visiter le nid. Les petits vont éclore. Il les mettra bientôt en cage. Il les destine à son ami.

XX. David a été témoin de l'incendie d'une ferme. Il décrit ce lugubre tableau à son ami Jacques.

XXL Aanette fait à Adrienne la description de son petit jardin.

ÇUINZIÈME SÉRIE.

DES LETTRES DAFFAiRES, DE COMMERCE.

MODÈLES

P' MODÈLE

P,'L. Courier à i/""* Courier.

^ Tours, Janvier 1816.

« Mes marchands de bois m'ont promis de m'apporter aujourd'hui les cinq mille francs, mais je n'ai garde d'y compter ; il faudra en venir aux coups, c'est-à-dire aux assignations. Us seront bien étonnés, car jamais je n'ai rien fait de pareil. Mais je vais les étonner bien plus en leur demandant en justice des dommages et intérêts pour l'exécrable massacre de mon pauvre bois. Je comprends maintenant pourquoi mon père avait toujours quelque procès ; c'était pour ne pas se laisser manger la laine iur le dos. Moi, je suis tombé dans l'autre excès, et on me dévore depuis vingt-cinq ans. Croirais-tu bien que d'une pièce de quatorze arpents de bois il ne m'en reste plus que six? Les huit autres sont passés du côté de mes voisins. Il y a des morceaux plus petits qui ont disparu entièrement ; on sait seulement par tradition que je dois avoir là quelque chose. J'ai fait toutes ces découvertes dans l'énorme fatras des papiers de mon père. On ne me croyait pas homme à mettre le nez là-dedans. J'ai fait bien d'autres découvertes. Par exemple, je croyais mes fermes au même prix que du temps de mon père ; cela me donnait de Thumeur. Le fait est qu'elles sont beaucoup plus bas. Il en est résulté ce-

pendant une sorte de bien, en ce que les fermiers, se regardant comme chez eux, ont beaucoup amélioré le fonds. Un seul m'a défriché, sans en être prié, six arpents de terre qui autrefois étaient incultes et inutiles ; un autre a rebâti une grange. Aussi me garderai-je bien de les dégoûter par des augmentations trop fortes ; je veux seulement les engager à me faire meilleure part de mon bien. L'heure de la poste arrive ; adieu. »

IP MODÈLE

P.-Ir. Courier à i/"' Courier.

Tours, le 10 novembre 1816.

€ Je cours toujours pour ma chienne de vente ; j'ai eu ce matin de bons renseignements ; écouter tout le monde est ma règle. Je ne vendrai pas aujourd'hui, je crois. 11 fait un temps afiFreux. Je vais être obligé de retourner demain' à Luynes ; c'est un rude métier que celui de ton intendant.

A deux heures et demie.

On a porté les enchères à 11,500 francs ; c'était un prix raisonnable, car le bois est diminué l'an passé : je n'ai pas voulu vendre. L'adjudication est remise à quinzaine; mais je crois que je ferai affaire avant ce temps ; ils viendront me tourmenter comme l'an passé. On prétend cependant que j'ai mal fait de remettre la vente. J'entends monter l'escalier; ce sont de mes gens qui sont sur mon dos. Ils me parlent pendant que j'écris ; je fais semblant de ne pas les écouter. Ils m'offrent 11,600 francs, moitié comptant. Je ne sais qui diable leur a dit que je voulais 12,000 francs. Les voilà qui m'offrent 12,000 franes : je refuse ; les voilà partis. Je vais diner chez Bidaut.

A dix heures du soir.

Ma foi, c'est fait pour 12,250 francs à Beaujan ou Boa-

jan, dont tu dois te souvenir. Les paroles sont données, sans témoins à la vérité ; mais foi de paysan vaut bien foi . de gentilhomme : je ne crois pas avoir mal fait. Le marché s'est fait chez Desnœuds ( qui par parenthèse est mort, c'est le gendre qui tient la maison ) ; j'étais là à jouer aux échecs : mon homme entre et me prend à part. Nos débats commencèrent à sept heures, et vers les dix heures nous conclûmes. J'ai écouté pendant trois heures toujours la même antienne : Je suis connu, ce n'est pas pour dire, je vous payerai bien, demandez à M. un tel. Enfin nous avons frappé dans la main; si je suis attrapé, ma foi..., qjie veux-tu? Les enchères n'ont été portées qu'à 11,500 francs. Tout le monde me conseillait d'adjuger à ce prix ; on prétendait que, l'assemblée une fois rompue, je ne retrouverais plus les mêmes offres. J'ai tenu bon, et j'ai gagné 750 fr. Ai-je bien fait, maître? '

Tout est fini, on m'approuve fort. Il est certain que le bois a diminué d'un quart depuis deux ans. Enfin tout le monde trouve mon affaire bien faite. L'opinion du public varie sur mon habileté ; on me prend tantôt pour un nigaud, tantôt pour un fin matois.

Adieu, je vais mettre ceci à la poste, et pars pour Luy nés.»

III* MODÈLE

Fénelon à J/™" la marquise de Laval.

A Yersaines, 10 jumet 1692.

« Je VOUS renvoie, ma chère cousine, la vaisselle que vous avez eu la bonté de me prêter si longtemps. Je ne saurais vous renvoyer de même les autres choses que j'ai usées depuis trois ans. Comme vous en avez le mémoire, je vous conjure, avec la dernière instance, d'en régler le prix, et de vouloir bien le joindre au compte de ce que je vous

devais. D'ailleurs, ne croyez point que ce soit un défaut de confiance ; il n'y a personne à qui je voulusse devoir comme à vous. Je vous dois trop pour avoir là-dessus aucune mauvaise délicatesse ; mais un compte final est absolument nécessaire pour voir clair dans ma petite économie et pour prendre mes mesures justes. Ne vous mettez point en peine de faire ce compte exactement, ni de me le montrer en détail. Pourvu que la somme soit fixée, il ne m'importe de combien elle sera. Jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée précisément, je serai dans une vraie inquiétude, dont vous^ pouvez me soulager par un demi-quart d'heure d'attention à finir ce compte. Faites-moi donc cette grâce au plus tôt. Je vous la demande aussi fortement qu'on peut demander quelque chose, et vous me mettriez dans une peine trèssensible si vous me la refusiez. Je commence enfin à croire que vous ne voulez point venir me voir. Nous avons encore, avant l'arrivée du roi, un temps fort libre et fort commode. Je voudrais avoir un équipage à vous envoyer. »

IV" MODÈLE

Voltaire à l'abbé Moussinot.

« Je vous prie, mon cher abbé, de faire chercher une montre à secondes chez Leroi, ou chez Lebon, ou chez Tiout; enfin la meilleure montre, soit d'or ou d'argent, il n'importe; le prix n'importe pas davantage. Si vous pouvez charger l'honnête Savoyard que vous nous avez déjà envoyé ici à cinquante sous par jeur, et que nous récompenserons encore outre le prix convenu, de cette montre à répétition, vous l'expédierez tout de suite, et vous ferez là une affaire dont je serai satisfait.

D'Hombra, que vous connaissez, a fait banqueroute; il me devait l4),000 francs : il vient de faire un contrat avec

ses créaociers, que je n'ai point signé. Parlez, je vous prie^ à un procureur, et qu'on m'exploite ce drôle, dont je suis très-mécontent.

J'ai lu répitre d'Arnaud .-je ne crois pas que cela soit imprimé ni doive Têtre. Dites-lui que ma santé ne me permet pas d'écrire à personne , mais que je Faime beaucoup. Retenez-le quelquefois à dîner chez M. DubreuU : je payerai les poulardes très- volontiers. Éprouvez son esprit et sa probité, afin que je puisse le placer.

Je vous le répète, mon cher ami, vous avez carte blanche sur tout, et je n'ai que des remerciements à vous faire.i

V* MODÈLE

Voltaire au comte d'Argental.

A Ferney, 23 de septembre.

Mon cher ange,

« J'ai profité de la permission que vous m'avez donnée. On viendra chez vous, vous présenter un billet de neuf mille quatre cents livres, avec un petit écrit de ma main au bas, par lequel je dis que le billet étant de dix mille livres, vous en avez payé six cents livres.

Ainsi, je vous supplie de vouloir bien ordonner que l'on compte au porteur neuf mille. quatre cents livres, dont je crois qu'il faudra que le porteur vous donne un reçu. • Préceptes.

La première et pour ainsi dire la seule qualité de ce genre de lettres, c'est la clarté, (1)

Il est aisé d'en comprendre l'importance, quand en songe qu'un défaut de clarté peut donner lieu aux plus grands inconvénients. (2)

I. QueUe est la principale et pour ainsi dire la seule qualité exigée dans les lettres d'affaires ou de commerce ? — 2. D'où résulte Tim-

La correction étant un élément de clarté, bannissez de vos lettres d'affaires le jargon de comptoir, les expressions incorrectes et barbares qui ont envahi le style commercial et que le bon goût réprouve aussi bien que la langue. Du reste, il n'est pas plus impossible dans une lettre d'affaires ou de commerce que dans toute autre rédaction épistolaire, de se passer des termes et des tournures qui ne sont ni avoués par la grammaire ni sanctionnés par le bon usage. Depuis longtemps d'ailleurs le ridicule a fait justice de ces néologismes barbares, tels que : l'honorée vôtre, votre incluse pour Lyon, le blé est au beau, etc.

A la clarté ajoutons la précision et le laconisme : que les mots s'arrêtent oii finissent les choses. Ici, pas de frais d'imagination : le sujet est tout trouvé, il ne s'agit que de lui donner une forme convenable, et avant tout claire et précise. (4)

Un élément de clarté qui n'est pas à dédaigner dans les lettres de commerce, c'est la disposition de certains détails de chiffres, l'arrangement des sommes, ainsi que l'usage des alinéas habilement ménagés pour faire ressortir les parties les plus importantes de la lettre. (5)

Nous n'avons pas voulu, dans ce manuel, empiéter sur le domaine des sciences commerciales. Ceux qui désirent des notions plus étendues et des modèles plus nombreux, pourront consulter avec fruit des ouvrages spéciaux, entre autres le Traité de comptabilité de M. Hippolyte Vannier,

porfance de la clarté dans ce genre de lettres? — Quels sont les défaut» qu'il faut éviter, en vue de la correction? Citez quelques néologisnnes ridicules. — La précision et le laconisme conviennent-iU aussi à ces lettres ? — 5. Quelles sont les détails qui peuvent concourir à la clarté?

auquel nous avons emprunté quelques-uns des sujets qui suivent.

SUJETS

I. Julien donne à son ami Ferdinand les renseignements que celui-ci lui a demandés sur une maison de commerce.

COiNSEILS.

Vous êtes heureux de pouvoir être utile à votre ami, et votre tâche est facile, puisque vous n'avez que du bien à dire. La maison T... est solide, fait toujours honneur à ses .engagements et jouit de la confiance publique. Du reste, vous avez eu plus d'une fois l'occasion d'apprécier la loyauté de M. T, qui est un homme intègre, et de^plus, un excellent ami, dont vous souhaitez que Ferdinand fasse la connaissance.

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