‹ Cours professes à l' Ecole des mines de Paris, Deuxième partie. Cours d'exploitation des minesChapitre 15 sur 53 · TRAVAUX · texte numérisé non relu

TRAVAUX

On n'arriverait pas à ce résultat^ si Ton se contentait d'amorcer avec des étoupilles de même longueur allumées en même temps ; car elles ne brûlent pas avec une régularité parfaite, surtout si elles sont différemment comprimées, et la plus comprimée sera habituellement la plus lente.

Le seul moyen praticable, pour réaliser la simultanéité indiquée, est d'employer Télectricitê. Ce moyen, outre l'avantage ci-dessus établi, de rendre cette simultanéité complète, en possède un autre important, au point de vue de la sécurité des ouvriers, puisqu'il prévient absolument les causes multiples auxquelles sont dues les explosions, soit prématurées, soit tardives. Avec ce moyen, en efiet, le feu est mis à la poudre, à un instant parfaitement déterminé, sans aucun intermédiaire, et lorsqu'on s'est assuré que les ouvriers se sont mis à l'abri.

Le procédé a d'ailleurs encore un autre avantage, important, celui de faciliter et de simplifier beaucoup le tirage dans les roches humides ou sous l'eau.

On peut donc penser que l'emploi de l'électricité est appelé à se répandre de plus en plus, dans tous les travaux où il est possiblCj et par conséquent opportun^ de tirer à la fois plusieurs coups de mine.

D*ailleurson peut employer, ou l'électricité statique, au moyen de machines électriques ordinaires, ou l'électricité galvanique, soit au moyen de piles ayant un nombre suffisant d'éléments, soit au moyen de courants d'induction obtenus par la bobine de Rumkorff.

Sans entrer, sur ces divers modes d'emploi de rélectricité, dans des détails qui sont du domaine de la physique, nous nous bornerons à quelques indications sur les dispositions à prendre pouf l'application particulière qui nous occupe.

n faut toujours déterminer l'inflammation de la poudre, soit aa moyen d'une étincelle électrique, soit en portant au rouge un fil métallique très-fin faisant partie d'un courant.

Dans le premier cas, on met au milieu de la poudre une petite capsule en bois ou en carton, à moitié remplie d'un mélange fulmi« nant, composé de diverses manières, assez souvent de chlorate de potasse et de sulfure d'antimoine, par parties égales. Des fils de laiton^

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convenablement isolés par un enduit de colophane ou d'asphalte applique à chaud^ se recourbent dans Tintérieur de la capsule de façon à mettre leurs pointes presque en contact. La capsule est ensuite bouchée et entourée d'une petite masse de coton en laine. On la fixe à Pextrémité d'une baguette mince, qui présente à sa surface deux rainures longitudinales dans lesquelles se logent les deux fils, ou plutôt qui est formée de deux plaquettes de bois, collées l'une sur l'autre et formant par leurs rainures en regard l'une de l'autre deux petits conduits intérieurs qui reçoivent ces fils.

La capsule est introduite dans la cartouche, ou dans la masse de poudre déjà versée au fond du trou, et la baguette se place sur le côté comme une épinglette ; on peut, si l'on veut, pour rendre le bourrage plus commode, supprimer cette baguette, et maintenir simplement à la main les deux fils contre les parois du trou. L'extrémité de ces fils s'attache, l'une au fil conducteur qui vient de la machine, l'autre à un autre fil qui va à un second trou de mine, et ainsi de suite, jusqu'au dernier trou, dont le second fil revient à l'autre pôle de la machine, ou communique librement avec le sol qui ferme le circuit.

L'étincelle est produite par une machine électrique ordinaire, munie d'un condensateur convenable.

Un tel appareil comporte un petit volume, est facile à transporter et d'un maniement et d'un entretien plus commodes, peut-éfre, qu'une pile voltaïquc. On allume facilement, avec son aide, dix à douze coups de mine, à 1 kilomètre et plus de distance; ce qui dépasse les besoins de la pratique des mines.

On a pu d'ailleurs, dans des expériences où l'on a recherché quelle était la limite d'application du procédé, enflammer cinquante mines placées sur une ligne de 200 mètres, à plus de 10 kilomètres de distance.

Dans le cas d'un courant galvanique produit par une pile, les deux fils indiqués ci-dessus sont réunis, à l'intérieur de la cartouche, par un fil de platine assez fin pour opposer au courant, lorsqu'on ferme le circuit, une résistance^telle qu'il devienne incandescent. Le système peut être employé pour un petit nombre de coups et une distance de quelques centaines de mètres.

TRAVAUI D'ABATTAGE. 177

Pour aller au delà, il faudrait augmenter de plus ei^ plus le nombre des éléments de la pile.

On remplace avec avantage cet appareil par la bobine de Ruhmkorfr, qui donne des effets de tension électrique incomparablement supérieurs à ceux de tout autre procédé, et qui réalise, au moyen de Tétincelle, la simultanéité complète de l'explosion de divers coups de mine, comme avec la machine électrique.

(126) On sait que la poudre de mine ordinaire, employée en France, a la composition suivante :

Nitrate de potasse ou salpêtre 65 parties.

Soufre 20 —

Charbon 15 —

Total 100 —

Dans ces dernières années, de nombreuses tentatives ont été faites avec d'autres compositions explosibles, et il importe de se rendre compte des résultats obtenus.

En principe, une composition quelconque étant donnée, ses propriétés dépendront essentiellement de son volume spécifique, du volume correspondant des gaz que son explosion produit, de la température de ces gaz, et enfln de la rapidité avec laquelle cette production s'opère.

Le volume et la température des gaz sont les deux éléments desquels dépendrait la pression théorique initiale, dont l'intensité, plus ou moins grande, constitue les poudres fortes^ et les poudres faibles,

La rapidité, plus ou moins grande, du développement des gaz constitue les poudres vives, ou brisantes, et les poudres lentes.

Il faut tenir compte, en outre, de la nature des gaz développés, en ce sens que les phénomènes de dissociation dus à la très-haute température produite, sont variables avec celte nature. La dissociation tend à réduire la température initiale; puis, lorsque la temperature et la pression ont diminué suffisamment pour permettre la reproduction et le maintien des combinaisons définitives, il en résulte une nouvelle production de chaleur, et par suite la pression I ' -, 12

décroît moins rapidement, avec le temps ou avec l'augmentation du volume, que ne l'indiquerait la théorie.

Ainsi une matière explosible brisante par excellence^ serait celle qui donnerait, à la fois, avec une explosion très-rapide, une pression et une température des gaz très-élevées, et des produits gazeux définitifs^ non susceptibles d'être décomposés au premier instant par un phénomène de dissociation.

Tel serait, par exemple, le cas du chlorure d'azote, dont la déto- • nation produit deux corps simples, le chlore et l'azote, qui n'ont aucune tendance à se combiner de nouveau, quelles que soient la température et la pression. Ce corps produit instantanément toute la pression et toute la température dont il est capable ; puis il y a abaissement extrêmement rapide de cette pression et de cette température, par le contact des parois et par la détente résultant de leur écarlement.

Au contraire, avec la poudre ordinaire, la combustion est plus lente, et il peut se faire que les parois cèdent assez vite pour que l'augmentation de volume ait lieu avant même que la combustion soit entière (c'est même ce que l'observation la plus simple indique, en montrant que généralement le dégagement du gaz est accompagné de fumée, qui témoigne d'une combustion incomplète). Il en résulte que la pression initiale est moindre^ mais qu'elle se maintient plus longtempsy et par la continuation de la combustion, et par la reconstitution des produits définitifs de cette combustion, d'abord détruits par la dissociation.

En somme, la grandeur de la forée initiale est moindre, mais son impulsion (produit de la force parle temps), et son travail (pro* duil de la force par l'espace parcouru), sont plus grands, et, par conséquent, il en est de même soit de la quantité de mouvement, soit de la force vive imprimées aux parois qui cèdent à l'action de la force.

La première de ces deux substances sera donc essentiellement une matière brisante ; la seconde sera de préférence une poudre de projection.

On voit par cette théorie, empruntée à M. Berthelot (Compte rendu séances de l'Académie des ScienceS|tom.LXXI}» comment, cou-

TRàTAUI D'ABAnAGE. 179

naissant la composition d'un mélange explosif quelconque et la nature des produits de l'explosion, et étant en outre fixé par une expérience directe sur la rapidité avec laquelle la déflagration commencée en un point se propage dans la masse entière, on saura apprécier à Tavance à quelle catégorie le mélange appartiendra : soit à celle des matières brisantes, soit à celle des matières propres à lancer des projectiles. •

(187) Au point de vue de Tart des mines, une question se présente : A laquelle des deux catégories le mineur doit-il donner la préférence?

Dans le plus grand nombre des cas, la réponse n'est pas douteuse, car c'est la rupture et non la projection du rocher qu'il s'agit de produire. Cette opinion toutefois est loin d'être généralement admise, et même, en fait, la poudre de guerre et la poudre de chasse sont plus vives que celle qu'emploie le mineur. Beaucoup de personnes supposent qu'avec une combustion lente la force est mieux utilisée ; que le rocher, en d'autres termes, est mieux débité par une pression un peu prolongée que par un choc brusque.

C'est dans cet ordre d'idées, et aussi par économie, ou pour essayer de se soustraire au monopole de la régie, que dans ces dernières années ont été faites de nombreuses tentatives pour substituer à la poudre de mine des compositions plus lentes ; ainsi on a proposé de remplacer le nitrate de potasse par le nitrate de soude, qui est d'un prix moins élevé, mais qui a l'inconvénient d'être déliquescent et de rendre la poudre moins facile à préserver de l'humidité ; ainsi encore, on a complètement remplacé le charbon de bois par de la houille, ou partiellement par quelque autre matière organique, telle que le sucre en poudre, la farine, des résidus de tan, etc., on a réduit la proportion de soufre, etc., etc.

Tous ces mélanges, préconisés par leurs inventeurs sous les noms variés de lithofracteurs, de poudre jaune^ de poudré blanche, etc., oi;it eu chacun leur moment de succès. Mais la plupart, agissant €omme des poudres lentes, comparés à la poudre de mine ordi« naire, ne sont pas parvenus ^ se faire une> place définitive dans la .pratique des mines, où Ton peut dire que leur emploi est contre-

I8C COURS D'SXPLOITÀTIOK D£S MINES.

indiqué dam la plupart des cas où l'industrie des mines les utilise, c'est-à-dire avec des roches dures et cassantes.

Elles ne semblent applicables que dans ces deux cas :

En premier lieUj celui où Fexplosion se ferait dans un milieu peu consistant, tel que des remblais terreux, où les pressions ne se peuvent communiquer à la masse que par suite d'un mouvement fini des molécules qui forment les parois d^la chambre ; mouvement qui ne peut lui-même se faire, ni instantanément, ni sans une augmentation notable du volume de cette chambre (mais ce cas intéresse plutôt l'art militaire que celui de l'exploitation des mines).

En second lieu^ celui où Ton voudrait produire l'arrachement du rocher sans ébranler les parois de l'excavation, ou bien en conservant aux fragments de rocher abattus une forme et une dimension données, et en faisant le moins de menu possible ; car les poudres trèsvives, outre l'effet général de déchirement qu'on leur demande dans un sens déterminé, produisent tout autour de la chambre de mine des efTets de broiement plus ou moins considérables.

Hors ces cas, lorsque le résultat à obtenir est de faire Vexcavation, et non d'utiliser la matière abattue, c'est-à-dire dans le cas des ouvrages à travers bancs, on peut dire qu'habituellement on devra préférer les poudres fortes et brisantes^ qui produisent des déchirements considérables dans les roches dures, dont l'action est tellement rapide que le travail du bourrage peut être très-réduit, et dont l'effet utile n'est que peu atténué par l'existence de délits ou de druses aboutissant à la chambre de mine.

A leur suite viendront les poudres fortes et lentes ^celles qui conviennent le mieux pour les armes à feu).

Elles agissent sans produire les mêmes effets de broiement autour de leur chambre ; elles devront avoir un bourrage très-bien fait, très-bien tassé et offrant une masse suffisante.

Une structure déliteuse et drusique de la roche peut leur être extrêmement défavorable, en les faisant soufDer au moment de la décharge. Elles sont exposées à donner lieu à des phénomènes de projection considérables.

Les poudres faibles et lentes^ telles que la poudre de mine ordinaire, sont celles dont l'action est la moins favorable; de sorte que

TRAVAUI D'ABàTTAGB, 181

si la question du prix de la matière n'était pas aussi fortement en* gagée, la poudre de guerre ou, mieux encore, la poudre de chasse devraient être préférées par le mineur à la poudre qu'il est obligé d'employer, et que ces poudres elles-mêmes devraient céder le pas à des matières plus brisantes.

(1^8) C'est dans cet ordre d'idées, inverse en quelque sorte de celui qui a fait proposer les poudres lentes, qu'on a essayé dans ces dernières années le fulmi-coton, ou pyroxyle, employé à un état convenable de compression, la substitution du chlorate de potasse au nitrate, la nitro-glycérine, et enfin la dynamite^ préparation dont le principe actif n'est autre chose que la nitro-glycérine.

La nitro-glycérine est un liquide qui, d'après sa densité et sa composition, peut, sous le même volume que la poudre, produire au moment de son explosion une pression théorique initiale huit à dix fois plus grande ; la matière peut, d'ailleurs, pendant la détente due à la dilatation de la charge, reprendre une certaine quantité de chaleur par la reconstitution d'éléments d'abord dissociés. Elle participe donc ainsi, à la fois, des propriétés que nous avons indiquées ci-dessus, pour le clilorure d'azote et pour la poudre ordinaire.

Elle est moins absolument brisante que le chlorure d'azote ; elle peut, plus que lui, produire des effets de projection.

M. Nobel est le premier qui Tait fabriquée en grand pour l'usage des mines, et qui soit arrivé à préciser les conditions, en apparence bizarres et paradoxales, sous lesquelles sa propriété explosive peut se développer.

Quoique infiniment plus détonante que la poudre, elle ne s'enflamme pas au contact d'un corps incandescent, ou, si elle s'enflamme, elle brûle tranquillement et sans fumée.

Contenue dans une enveloppe non résistante et jetée dans le feu,

elle brise son enveloppe et brûle tranquillement ; si l'enveloppe est

résistante, elle fait explosion après un chauffage suffisamment pro*

; longé. I

En couche très-mince, et soumise à un choc violent entre deux corps durs, comme entre une enclume et son marteau, elle fait

18S COURS D'EIPLOITATION DES VINES.

explosion sur le point choqué, sans que cette explosion se communique latéralement au reste de la couche.

Enfin une masse de nitro-glycérine au sein de laquelle, ou simplement au voisinage de laquelle on détermine l'explosion de corps fulminants (phénomène équivalant à un choc violent) détone toujours.

Ces diverses circonstances s'expliquent par l'état liquide de la substance et la faible conductibilité qui en est la conséquence, par sa grande chaleur spécifique, et enfin par sa propriété de se décomposer lentement sous l'action d'une chaleur graduellement croissante, et de se décomposer, au contraire, avec explosion, si la masse est portée rapidement à une certaine température (environ 190 à 200^).

On conçoit l'explosion due à un choc vif appliqué en un point de la masse, en se représentant que ce choc transforme la force vive du corps choquant en vibrations de la masse choquée et du corps choquant lui-même. Si les pressions qui résultent du choc sont trop subites pour avoir le temps de se répartir dans la masse, les premières couches peuvent prendre des vibrations équivalentes à celles que produirait l'application instantanée d'une température supérieure à 200*. Cette première couche se décompose donc brusquement, et les gaz qui se dégagent peuvent, à leur tour, produire, sur une seconde couche entourant la première, l'équivalent d'un choc, et ainsi de suite. la propagation de l'explosion a donc lieu dans toute la masse, chaque couche recevant, du choc des gaz développés dans la couche précédente, un mouvement vibratoire, ou une température qui détermine sa propre décomposition, et la fait agir, à son tour, sur la couche suivante.

Lé moyen de produire à coup sûr l'explosion de la nitro-glycérine une fois trouvé, l'emploi de cette sjubstance n'a pas tardé à se répandre dans la plus grande partie de l'Europe et en Amérique, et en France également, quoique sur une moins grande échelle.

Partout on a trouvé que son emploi diminuait la dépense et aug- :iientait la rapidité du travail.

Mais la matière est restée peu commode à l'emploi, à cause de son état liquide, difficile et dangereuse à transporter, et produisant, en

TRAVAUX D^ABATTAGE. Ifô

cas d'accident, des phénomènes de destruction d'une intensité exceptionnelle. Ces dangers ont été jugés tels, que, môme en Angleterre, où, en général, on laisse beaucoup de liberté d'action aux industriels, un acte du Parlement en a interdit le transport, et n'a permis de l'employer qu'à la condition de la fabriquer sur place. C'est pour éviter ces divers mconvénients, qu'à la nitro-glycérine M. Nobel a proposé de substituer la dynamite^ ou, pour parler plus exactement, les dynamites, qui semblent le système auquel la pratique donne aujourd'hui la préférence, à l'exclusion de plus en plus complète du pyroxyle et de la nitro-glycérine liquide.

(129) On désigne sous ce nom générique de dynamite des mélanges plus ou moins intimes de nitroglycérine avec une substance solide d'une nature chimique quelconquey assez poreuse pour absorber une proportion convenable de nitro-glycérine et pour l'y retenir, 'de manière qu'il n'y ait pas à craindre son exsudation pendant le transport et pendant sa conservation en barils* ou en cartouches, lors môme qu'une certaine pression viendrait à être exercée à la surface.

On conçoit que la nitro-glycérine ainsi emmagasinée, en quelque sorte, dans les pores d'une matière inerte, soit soustraite à l'effet de chocs d'une certaine intensité, et puisse être transportée et maniée avec une certaine sécurité.

La dynamite agit selon le poids de nitro-glycérine qu'elle contient sous un volume donné, et il faut par conséquent que la matière inerte jouisse d'un pouvoir absorbant aussi élevé que possible. II convient aussi qu'elle soit d'une faible densité et d'une faible capacité pour la chaleur, afin que sous un volume^ donné la matière présente le moins de vide possible, et afin que la substance inerte ne diminue pas trop la température des gaz au moment de l'explosion. On a indiqué, pour le mélange, une foule de matières; les unes sont inertes, telles que la silice poreuse, facile à réduire en poudre, d'une apparence farineuse plus ou moins analogue à la meulière, le tripolî, Falumine, le kaolin, etc. ; d'autres, telles que le coke ou la houille pulvérisés, le sucre et autres matières riches en carbone, jouent un certain rôle actif, en utilisant la petite quan-

184 COURS D'EXPLOrrATION DES MIIiES.

tité d'oxygène en excès qui résulte de Tezplosion de la nitro-glycé* ' rine, outre les produits ordinaires de la combustion complète d'une matière organique (reau, l'acide carbonique et Tazote).

)n peut ajouter enfin une cerlaine proportion d'une autre matière explosive, telle que la poudre ordinaire ou le pyroxyle, de manière à obtenir un mélange des deux matières qui participe, plus ou moins, des propriétés caractéristiques de l'une et de l'autre; telle est, par exemple, la dnaline, où la matière absorbante est la' sciure de bois saturée de nitrate de potasse, et transformée en pyroxyle par un traitement à l'acide nitrique.

Le plus ordinairement, on s'en tient à la silice, et l'on fait deux ou trois numéros de produits : le n"" 1 contient jusqu'à 72 ou 75 pour 100 de nitro-glycérine, les deux autres une proportion plus faible. Ces derniers peuvent remplacer la poudre ordinaire avec avantage. En France, la régie des contributions indirectes vend ces trois numéros aux prix respectifs deOfr. 50 c, 6 fr. 50 c. et 4 fr. 50 c. le kilogramme, tandis que la poudre de mine ne coule que 2 fr. 25 c.

La dynamite a été soumise aux essais les plus variés, d'où il résulte qu'à la condition de ne pas y introduire un excès de nitro-glycérine, afin de n'avoir aucune exsudation qui en mette une partie en liberté, aucune des circonstances qui semblent pouvoir se présenter, dans le transport et dans le maniement de cette matière, ne pourra déterminer une explosion. La matière doit être considérée comme à rabri de tout danger^ toutes les fois qu'elle ne sera pas chauffée à 200* dans une enveloppe résistante, ou qu'elle ne sera pas exposée à un choc aussi vif et aussi violent que celui que peuvent produire, ou la chute d'un marteau sur une enclume, ou la pénétration d'un projectile de guerre dans la masse, ou encore la détonation d'une amorce fulminante au milieu ou au voisinage de la masse ; c'est dire, en définitive, qu'elle est moins dangereuse à manier que la poudre ordinaire, et que, par conséquent, il n'y a au* cune raison pour ne pas en autoriser la circulation, et l'application à l'industrie des mines, à laquelle elle peut rendre de très-utiles services.

Beaucoup plus forte que la poudre ordinairement employée, elle

TftâYAUX D'ABATTAGE. f85

diminue très-sensiblement le travail du mineur au rocher, soit celui du forage, en lui permettant de donner à ses trous de mine un moindre diamètre (0'°,25, par exemple, au lieu de O^^^SS, ce qui réduit le travail du forage dans le rapport de 49 à 25, ou de 50 p. 100, pour un trou d'une profondeur donnée), soit celui du bourrage, qui peut èlre fait d'une manière plus sommaire. La seule sujétion est celle de lallumage, qui ne peut se faire, ni par des canettes, ni par des mèches ordinaires de sûreté. Il faut que ces mèches soient introduites coiffées d'une longue capsule fulminante, qu'on place, au moment de remploi, sur le bout qu'on introduit dans la cartouche.

Si l'on veut combiner l'emploi de la dynamite avec la simultanéité des coups de mine dont nous avons plus haut indiqué les avantages (n"" 119), on remplacera la mèche de sûreté par deux fils métalliques aboutissant à une capsule fulminante placée dans une petite cartouche remplie de dynamite, qu'on introduira dans la cartouche principale, et on emploiera, pour mettre le feu, une quelconque des dispositions indiquées plus haut.

(f 30) On peut regarder que le mineur au rocher doit désormais élre habitué au travail de la dynamite.

Si l'on veut définir, de la manière la plus simple et la plus générale, le domaine de cet agent nouveau, on peut dire qu'il sera employé dans les ouvrages à travers bancs^ et cela avecjd'autant plus d'avantages que les roches seront plus dures à percer et plus cassantes, qu'elles présenteront plus de délits ou de druses, et que les ouvrages seront à plus grande section ; la poudre pouvant continuer d'être employée dans les chantiers d'abattage^ avec d'autant plus d'opportunité qu'il y aura plus d'intérêt à réduire la proportion des menus (tel serait le cas pour une exploitation d'ardoises ou de pierres de taille, pour un chantier à la houille, pour un filon dans les points très-riches en minerai massif, etc.).

En fait, on reconnaît que, môme dans les pays où l'on fait un usage étendu de la dynamite, il ne semble pas que l'emploi de la poudre en ait été sensiblement diminué.

(181) Ce qui vient d'être dit (n"" 112 et suivants) renferme la

fg6 COURS D'EÎPLOITATTON DES MINES.

description des procédés que le mineur emploie dans la plupart de ses travaux d'abattage, depuis les roches les plus ébouleuses jusqu'aux plus dures qu'il rencontre habituellement. U en est biea peu, si même il en existe, dont la dureté soit telle, qu'elle» ne puissent être aujourd'hui victorieusement attaquées par des coups de mine de petit diamètre, exécutés avec des burins en ader et chargés avec de la dynamite»

Dans le cas cependant où la circonstance se présenterait, il resterait un dernier moyen d'entaillement, consistante ^/onner d'abord la roche à l'aide du feu, et à l'attaquer ensuite par les moyens d'abattage ordinaires. L'action d'un feu vif sur une paroi dérocher tend à produire une sorte de décrépitation, qui est due, à la fois, à la vaporisation de l'eau de carrière qu'elle peut contenir, et à la volatilisation de certaines matières, telles que le soufre provenant de la décomposition des minerais contenus dans la masse, mais surtout à la faible conductibilité de cette masse, qui amène des fendillements, par la même cause qui produit, dans une lampe, la rupture d'un verre d'épaisseur trop inégale ou trop forte et mal recuit.

Le procédé du feu n'est plus employé qu'à titre d'exception, dans quelques localités d'Allemagne où le bois est encore abondant et à bas prix. Il est très-certainement appelé à disparaître, et il n'est pas en France une seule localité où l'emploi pût en être recommandé, du moins sous sa forme habituelle.

La figure 121, empruntée à un ouvrage ancien (celui de Delius), montre quelles dispositions on peut donner aux bûchers, pour exhausser, ou pour élargir dans le sens horizontal, un chantier d'abattage. On peut également faire une cheminée montante, en élevant le bûcher sur un massif de remblai occupant l'axe de la cheminée» et donnant ainsi un accès à Tair frais et une issue aux produits de la combustion {fig. 122).

On met ordinairement ces bûchers en feu dans la matinée du samedi, en commençant Uallumage par ceux des éta ges supérieurs. Oa laisse lamine abandonnée jusqu'au lundi, et on y rentre pour coni<> pléter le travail de l'abattage ébauché par le feu, faire tous les travam d'entretien et préparer de nouveaux bûchers pour le samedi suivant.

Je pense que dans le cas tout à fait exceptionnel oi il y aurait

lieu, chez nous, d'appliquer le procédé d'abattage par le feu, pour faire un percement donné, on devrait remplacer l'emploi du bois par celui de la houille. On pourrait utiliser un appareil portatif analogue à celui qu'on emploie, à défaut de gaz d'éclairage, dans le procédé imaginé par M. de Lapparent pour la conservation des bois (Voir chapitre VU).

On obtiendrait ainsi une sorte d'effet de chalumeau, beaucoup plus localisé, mais aussi beaucoup plus efficace, comme semblent l'indiquer diverses expériences en petit faites par M. Daubrée.

(ta») Le procédé d'entaillement par l'eau est employé dans deux cas : celui de roches ébouleuses, ou affouillables, et celui de roches solubles.

Dans le premier cas, lorsque les localités s'y prêtent, c'est-à-dire lorsqu'il y a des différences de niveau convenables et que l'eau est abondante, son action peut venir très-largement en aide au travail de la pioche.

C'est ainsi que« dans la Nouvelle-Grenade, on fait des travaux de déblai considérables, sur des roches porphyriques aurirëres très-décomposées. On dévie un cours d'eau pour le faire arriver au sommet d'un escarpement le long duquel on le fait couler, les hommes venant en aide, à l'aide de leviers, au travail de désagrégation que produit l'eau dans sa chute. Les matières entraînées se rendent dans des canaux disposés en vue d'y retenir le mieux possible les parcelles d'or.

Des travaux du même genre ont été installés, sur la plus grande échelle, dans les districts aurifères de la Californie. On peut y trouver une grande économie de main-d'œuvre, et travailler ainsi sur des masses, avec un nombre restreint de bras. I On peut encore indiquer l'eau comme agissant par sa dilatation lorsqu'elle se congèle ; ou bien comme agissant pour gonfler cer^ tains corps, tels que le bois, lorsqu'ils s'en imprègnent. Le premier moyen est employé, parait-il, dans des canrières de granité à ciel ouvert des environs de Boston (Massachussets), pour faire éclater des trous de mine qu'on remplit d'eau, et qu'on bouche ensuite avec une forte cheville.

Le second moyen peut servir à faire éclater les pierres, telles que les meulières, que l'on veut obtenir en fragments bien réguliers. On trace à la pointe une rainure dans laquelle on chasse à refus des coins de bois bien secs, que Ton arrose d*eau pendant qu'ils sont en serrage.

Enfin M. Guibal a proposé remploi de Teau pour remplacer la poudre dans les coups de mine. Les cartouches, dites cartouches hydrauliquesy employées à cet efiet, se composent d'un sac en caout* chouc, maintenu entre deux viroles, dans Tintérieur duquel on comprime l'eau à Taide d'une vis de pression (/!$[. 123) ; la cartouche se gonfle et se moule sur les parois, qu'elle soumet à une pression énergique. Ce procédé, qui supprime tout danger pour l'ou* vrier, est applicable dans les chantiers où la présence du grisou ne permet pas l'emploi de la poudre.

Ces divers procédés, comparés à l'emploi de la poudre, reviennent à substituer une pression à un choc. C'est comme si Ton em* ployait une poudre extrêmement lente (voir n* 122).

(183) Appliquée aux roches solubles, c'est-à-dire au sel gemme, l'eau peut être considérée de deux manières : soit pour préparer simplement l'abattage au pic ou à la poudre, en faisant un travail préliminaire de sous-cave ou d'entaille; soit pour abattre la masse entière en la dissolvant.

Le premier cas s'appliquera avec avantage, lorsque la masse du gite sera assez pure pour êlre utilisée en nature pour les besoins de l'agriculture ou dans les fabriques de produits chimiques ; assez impure cependant pour exiger que la partie destinée à la consommation domestique soit raffinée. Si l'on exploitait tout à l'état solide, une partie arrivée au jour devrait être dissoute; il est plus simple de la dissoudre sur place et de l'élever au jour par des pompes, puisqu'en même temps on facilite, par cette dissolution, Tabattage du reste.

Lorsque la masse du gîte est tellement mêlée d'argile qu'on trouve que rien ne peut être utilisé en nature, on peut la dissoudre tout entière sur place, suivant diverses dispositions sur lesquelles on aura à revenir, en parlant des méthodes d'exploitation.

On se bornera, quant à présent, à remarquer que l'emploi *de l*eau peut se faire non-seulement dans les chantiers d'abattage, m ai? encore dans les travaux préparatoires, tels que puits ou chemin ev faits à travers le glle.

On exécutera une cheminée de bas en haut, en posant dans son axe un tuyau vertical, donnant un jet d'eau ascendant, qu'on prp*longera successivement.

On exécutera un puits, en y faisant arriver un jet descendant, qui trouvera son écoulement par un trou de sonde préalablement foré jusqu'à un niveau inférieur, par où l'eau trouvera à s'échapper (fiy. 124).

Ces travaux peuvent être -menés plus ou moins vite, selon qu'on fait agir l'eau avec plus ou moins d'abondance sur un point donné; mais comme il convient habituellement d'obtenir l'eau rapprochée du point de saturation, l'avancement des ouvrages est 'assez lent comparativement à ce quMl pourrait être par les procédés manuels ordinaires, et il faut que l'étendue du champ d'exploitation soit augmentée en conséquence, afin de compenser, parle nombre des chantiers, la faible production de chacun d'eux.

§ 3. — Applications et données numériques diverses.

(134) Nous avons à compléter ce qui a été dit, d'une manière générale, dans le paragraphe précédent, en considérant quelques cas particuliers, qui peuvent comporter certains détails spéciaux.

Exemple d'im chantier A ciel ouvert. — QuoiquC l'exploitation d'unc

mine se fasse habituellement par travaux souterrains, on a aussi quelquefois des travaux à ciel ouvert, soit si le gite affleure, soit s'il se trouve recouvert par une petite épaisseur de terrain. Le chantier peut avoir pour objet, soit le travail du découvert, soit l'exploitation du gîte lui-même.

Dans tous les cas, le front de Touvrage doit être aussi étendu que possible, et présenter la forme d'une série de gradins droits, afin qu'à chaque instant, la masse de rocher, actuellement en cours (Tabattage, so t détachée sur deux faces.

Lorsque le terrain est straiifié, le dessus de chaque gradin est \m plan de stratification. La surface peut donc être horizontale, ou inclinée en montant ou en descendant. La hauteur des gtadins dépend non-seulement de la nature des terrains, mais encore duj sens et de la grandeur de cette inclinaison. Le plus habituellement, avec une stratification sensiblement horizontale, une hauteur vert cale de 1*^,50 à 3 mètres est bien appropriée, quelle que soit la dureté de la roche. On peut fj^dre cependant des abattages plus considérables ; on va au double, ou au triple des chiffres ci* dessus ; on a même été jusqu'à 15 ou 16 mètres.

Hais des dimensions excessives peuvent donner lieu à des dangers pour les ouvriers. Elles n'ont pas d'ailleurs autant d'avantage qu'on pourrait être porté à le croire, soit que l'on considère des roches ébouleuses, dont les grands. abattages n'augmentent pas les facilités de chargement, soit que l'on considère des roches dures, qui ne tomberont qu'en blocs immenses, sur lesquels il faudra faire ultérieurement un travail de débit à coups de mine, moins commode que celui qu'on aurait fait immédiatement, sur un chantier présentant une série de gradins de hauteur réduite.

On peut donc dire que ces très-grands gradins ne conviennent que pour des terrains qui ont en place assez de consistance, et qui sont, en même temps, assez délités pour que, dans un grand abattage, la majeure partie de la masse qui s'effondre tombe en blocs de dimensions maniables.

Tels pourraient être, par exemple, des terrains présentant une succession de petits bancs alternativement durs et tendres, comme des calcaires et des marnes, des grès et des schistes, etc.

Dans un cas semblable, le travail du sous-chevage pourra consister en une série de petites galeries de 4 ou 5 mètres de longueur, poussées perpendiculairement au front de taille, et reliées Tune à l'autre par une galerie parallèle à ce même front, réservant ainsi des piliers tournés de 2 à 3 mètres de côté, soutenant un massif qui a pour longueur la largeur du chantier, pour épaisseur la longueur des petites galeries, et pour hauteur celle du gradin. On en fera la tombée en sous-cavant les divers piliers, autant que la prudence le permettra, et produisant enfin Teffondrement, au moyen de forts

coups de mine ayant leur chambre dans Taie de chaque pilier et à une petite distauce au-dessus du sol.

On fera partir ces coups de mine, ou à la manière ordinaire, ou simultanément à Taide de Télectricité.

Le système indiqué est représenté en coupes verticale et horizontate, et en élévation, dans les figures 125.

(135) Bxcnple d*one galerie * traders hmmmm en roefae

Une galerie ordinaire de mines recevra une hauteur comprise entre 1",80 et 2°,50, et une largeur comprise entre 1",50 et 2"",50, soit par exemple, 2 mètres de largeur, avec pied-droit de 1 mètre de hauteur, surmontée d'une voûte en plein-cintre (fig. 82). Cette forme donne une section d'environ 5,5 mètrescarrés, et un égal nombre de mètres cubes par mètre courant.

L'avancement présente habituellemait un profil tel que ABCD, qui se déplace parallèlement à lui-même, et devient A'B'C^iy.

La ligne AB est transportée en A'B', au moyen de coups de mine, tels que 1, 2, 3, tirés dans Tordre des numéros.

Le gradin BCD, qu'on nomme aussi le stross, ou le rebanché, s'enlève en arrière, soit par des coups droits suivant CD', soit par des coups horizontaux suivant DD'.

Le profil ABCD a pour but d*obëir au principe de travailler toujours avec un rocher aussi dégagé que possible. Il permet d'ailleurs d'accélérer le percement, les^hommes pouvant travailler, à la fois, sans se gêner, à l'avancement et au stross. Il est entendu que le profil ABCD a été figuré dans l'hypothèse d'une masse homogène ne présentant pas de délits dans un sens déterminé* Mais il faut concevoir, et cette remarque s'applique à tous les travaux d'abattage, que le mineur doit avoir égard à la présence de ces délits ou cliva* gcs, pour y faire des sous-caves facilitant l'action de ses coups de mine.

Lorsqu'on emploie la dynamite, le travail est souvent poussé avec moins d'attention et de méthode, quant au placement des coups de mine.

Le front de taille est ordinairement rectiligne sur toute la hauteur, et on se borne, pour Tavancer, à faire une série de coups de

mine parallèles à Vaxe^ qui deviennent chacun Taxe d'autant d'entonnoirs coniques, dont les bases juxtaposées occupent la plus grande partie de la section {fig. 127).

En supposant que Ton donne aux trous de mine le tiers de la laideur de la galerie, soit 0",67 et qu'on charge avec des cartouches de 0°,12 à 0°,16, la roche sera broyée en arrière de ces trous jusqu*à CfSO, et Ton pourra, à l'aide de pics et de pinces, et au besoin en s'aidant de quelques petits coups de mine, obtenir un nouveau front de taille affranchi, à O^^SO du premier.

Si au lieu d'avoir à exécuter une galerie de mine à section ordinaire, on a un tunnel à grande section, comme pour un canal de navigation ou pour une ligne de chemin de fer, Tavancement se poursuit au cerveau de la voûte, avec une galerie à laquelle on pourra donner une section de 5 ou 6 mètres carrés, et qu'on mènera aussi activement que possible.

En arrière, on haï au large ^ à droite et à gauche, pour amener l'ouvrage à la largeur voulue ; puis on l'amène o hauteur au moyen de deux ou trois gradins droits ; de cette manière, on peut multiplier les chantiers, et pousser une galerie à grande section, aussi vite qu'une galerie de mines à petite section. La figure 128 indique dans quel ordre sont enlevées les diverses parties de la section totale de la grande galerie.

(136) Exemple d*aa palts de mine. — LeS puîts verticaUX peuvent recevoir des formes et des sections très-différentes, sur lesquelles on aura lieu de revenir.

Nous supposerons qu'il s'agisse d'un grand puitr. destiné à un service multiple d'extraction et d'épuisement, devant être sans revêtement dans les parties solides, et muraille dans les autres parties.

On lui donnera, très-convenablement, une section circulaire (Tun diamètre utile de 4 mètres, soit 5 mètres environ dans les parties à murailler, ou 19 à 20 mètres carrés de section.

Le travail s'exécute au moyen de coups de fond vers le centre de l'excavation, de manière à y faire une sorte de puisard ; on élargit successivement ce puisard par des coups de mine, d'autant plus droits qu on se rapproche davantage des parois. On a soin de com-

TRAVAUX D'ABATTAGB. i03

biner les coups de fond et les coups droits, de manière que la forme du puisard reste toujours accusée, afin d'y ramener les eaux.

Les coups de fond (1) de la figure 129 pourraient être remplacés par un gros trou central, chargé à la dynamite.

(187). Exemple dW grasd dbantler d'alNUtege, on d^me grande teiUe dans one condie nittee de heoille. — NoUS SUppoSOnS quMl s'a-

gisse d'une couche mince, analogue à celles de la Belgique et du nord de la France, ta couche n'est pas, en général, ea contact avec des assises de grès durs, mais, le plus souvent, avec des couches schisteuses ou avec des grès fins et micacés. Souvent aussi au contact même du toit, et plus souvent à celui du mur, il existe un Ut d'argile grasse noire, qui sert pour le havage. La masse de la couche se subdivise, sur sa hauteur, en plusieurs lits distincts, différents parla dureté et par la proportion de gros qu'ils donnent à l'abattage- Ces lits, ou sillons^ sont directement superposés, ou séparés par des nerfs de schiste ou de grès schisteux. Ils forment dans la houille des joints de facile division.

11 arrive, en outre, fréquemment que la masse est divisée par des plans perpendiculaires à la couche, et qui conservent entre eux une orientation constante dans toute l'étendue d'une mine ; quelquefois même il existe deux systèmes de plans semblables, et chaque morceau de houille offre alors une forme parallélipipëdique remarquable, due au joint de stratification et à une sorte de clivage dans deux sens perpendiculaires à ce joint.

Ces diverses circonstances sont mises à profit par le mineur pour l'abattage.

En principe, et en ne considérant les choses qu'au point de vue du travail du mineur, le chantier d'abattage, auquel on donne le nom de taille, doit être poussé aussi large que possible, et son front doit être parallèle au clivage principal de la houille.

On a des tailles de 10, 15, 20, 30 mètres et plus de largeur. On en a même, en Angleterre, qui ont plusieurs centaines de mètres.

Le long de ces tailles sont distribués les ouvriers mineurs, ayant chacun une largeur déterminée à abattre. Ils font le travail de la sous-cave, en maintenant provisoirement la masse, soit par des cales

IM COURS DTEXPLOUATIOll DES MUfES. *

en bois, soit par des buttes inclinées, soit par de petits tasseaux de houille qu'ils n'enlèvent qu'au dernier moment. Les ouvriers des extrémités de la taille font les entailles latérales, ou rout/Itires; enfin on fait la tombée avec des coins, ou avec quelques petits coups de mine, ou, si la présence du grisou ne le permet pas, avec les aiguilles décrites au n® 114 {fig. 111 ).

Si les circonstances demandent que le chantier avance dans une direction oblique sur le sens du clivage, on peut mener le front parallèle au clivage et oblique sur la direction (fig. 130).

11 y a une diiférence essentielle, sous le rapport de la facilité de rabattage, et aussi, jusqu'à un certain point, dans la proportion de gros, entre les chantiers dont le front est paraUèle et ceux dont le front est perpendiculaire au divage.

Aussi, quand on découpe un champ d'exploitation en piliers par deux systèmes de galeries rectangulaires, il arrive souvent qu'on fait une distinction entre ces deux systèmes : les galeries les plus importantes par leur nombre ou par leur étendue ont leur front parallèle au clivage, les autres étant de simples recoupes pour Taérage.

L'aspect du front de taille est très-différent dans les deux cas. Dans le premier, la houille en place se présente avec de large» faces planes miroitantes ; dans le second , avec une structure grenue.

(138) Exemple d'an éhaatfcr 4'abaUase

hcviiUie pntoMuiie. — Il arrive souvent que, dans une couche puissante (j'entends par là une couche d'une épaisseur sensiblement supérieure à la hauteur ordinaire des galeries de mines, laquelle ne dépasse guère S'^yOO à 2'°,50), les galeries de traçage se font seulement dans les bancs inférieurs de la couche, en laissant en couronne les bancs supérieurs, qu'on se réserve de rabattre^ en même temps que Ton dépilera les massifs réservés d'abord entre les galeries.

Ces galeries de traçage se mènent comme les chantiers dont il vient d'être parlé, et n'en diffèrent que par leur largeur, qui est moindre, et la hauteur, qui est plus grande. On leur donnera de

trâyaui d*abatt&gs. m

2 à 5 mètres de largeur, selon la dureté du charbon et la solidité du toit, et selon la durée que leur assigne le système d'exploitation qu'on se propose de suivre.

La hauteur, d'environ 2 mètres, dépendra de l'épaisseur des bancs ; car on prendra pour toit un délit existant entre deux de ces bancs, augmentant ou diminuant un peu la hauteur, selon qu'il le faut pour s'arrêter à un banc solide.

D'autres fois, on juge préférable de prendre la galerie sur toute la hauteur de la'couche, et alors on peut procéder de deux manières essentiellement distinctes : ou bien mener le chantier par une série de gradins droits {fig. 131), en commençant par les bancs voisins du toit> ou bien le mener en gradins renversés, en commençant par les bancs voisins du mur et rabattant successivement les bancs supérieurs (^.132).

Entre ces deux manières d'agir, la première est éminemment préférable, au point de vue de la sécurité des ouvriers. On peut, en effet, en commençant par la partie supérieure, faire tomber de suite, s'il y a lieu, le schiste peu solide, ou faux toit, qui existe souvent directement au-dessus de la couche, et avoir de suite un bon toit pour le chantier. La subdivision en gradins droits peut se faire, en ayant égard à la position des nerfs intercalés dans la couche, de manière à faciliter le travail du triage. On peut facilement augmenter, à me* sure que Ton descend, la largeur des gradins, de manière à donner une sorte de section ogivale , qui correspond , pour une largeur moyenne donnée au chantier, à un minimum de fatigue pour la roche du toit.

Dans l'ouvrage à gradins renversés, l'ouvrier travaille sous des roches dont il cherche à provoquer la chute^ et qui par conséquent menacent à chaque instant sa sûreté^ malgré les étais provisoires avec lesquels il les soutient ; ces roches tombent par blocs immenses, en se brisant, et formant une masse confuse dans laquelle il faut venir trier les gros morceaux de houille, en laissant une partie du menu enfouie au milieu des matières stériles provenant des nerfs qui sont tombés avec le charbon ou par-dessus lui. 11 y a donc danger pour les ouvriers, bris de charbon et gaspillage d'une partie plus ou moins importante du menu.

106 COl'RS D'EXPLOITATION DES MINES.

Le seul avantage à opposer à ces inconvénients parait être une économie de main-d'œuvre obtenue dans Tabattage, en rapportant la dépense à la quantité de gros obtenu, et considérant le menu comme étant sans valeur.

Mais il me paraît bien que le temps est passé, même dans les pays les plus riches en houille, où les menus pouvaient être considérés comme de nulle valeur. On ne verra plus, comme cela s'est fait si longtemps à Newcastle, les exploitants mettre le feu à des tas de menu, regardés comme une matière inutile et encom* brante dont on cherchait à se débarrasser. Avec la valeur croissante du combustible, avec les moyens variés qu'on a d'utiliser les menus les plus divers, soit en nature, soit sous forme de coke ou sous forme d'agglomérés, avec les voies de transport qui se créent journellement, on doit regarder comme suranné et inacceptable tout mode de travail qui ne permet pas Tenlèvement aussi complet que possible de la masse abattue.

Nous reviendrons sur ce point important, en parlant des méthodes d'exploitation.

(489) Exemple d'oBe galerie d'allooffenieBt po— ée

filon. — Une galerie en direction poussée dans un filon pourrait être conduite comme une galerie à travers bancs, si le filon avait fine dureté analogue à celle de la roche encaissante, s'il y était fortement adhérent, et si le minerai était assez uniformément disséminé dans les gangues, pour que deux fragments quelconques de f élite dimension pussent être considérés comme ayant la mime composition moyenne.

Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut procéder habituellement, soit pour tirer parti des circonstances qui peuvent faciliter l'abattage, soit pour ménager le minerai. On doit profiter de la présence des salbandes, pour faire l'équivalent d'une sorte de sous-cave, ce qu^on appelle dépouiller le filon ; puis procéder à l'abattage du filon ainsi dépouillé, au moyen de pics à rocher ou de leviers, ou avec de petits coups de mine placés de manière à faire tomber les masses riches en minerai en les entamant le moins possible. Les précautions à prendre doivent être d'autant plus grandes que le minerai

TRAVAUX D'ADATTAGE. M

est plus précieux et plus friable. A la limite, ravancement de lu galerie se fait en quelque sorte dans la roche encaissante, ou en dehors du gîte. On laisse ainsi le filon intact sur une des parois, et on le prend à loisir en arrière du front de taille, le débitant, pour ainsi dire, sur place, avec des précautions analogues à celles qui viennent d'être indiquées, au numéro précédent, pour Tabattage de la houille.

(140) Les divers exemples ci-dessus (n^ 154 à 139) suffiront pour donner une idée générale de la manière dont sont conduits les travaux d'abattage, dans les diverses circonstances qui peuvent se présenter. Un premier principe général est toujours de présenter, autant que le permettent la forme et les dimensions de l'ouvrage, la masse à abattre détachée sur autant de faces que possible. Un autre principe, fort important à observer, est de conduire le travail de manière à ménager la matière, qui a généralement, ainsi qu'on l'a déjà dit, plus de valeur marchande, ou qui est plus avantageuse à élaborer à l'état de morcqaux quà l'état de menu.

Le premier principe s'applique pour faciliter le travail de l'ouvrier, et augmenter ainsi l'avancement, ou la quantité de matière abattue. Le second principe considère essentiellement la qualité de celte matière; mais il est habituellement, en même temps, favorable à la quantité. D'ailleurs, dans l'un comme dans l'autre cas, les ouvriers doivent être intéressés au résultat obtenu, et le travail à la journée n'est pas admissible pour dos travaux de ce genre. On mettra donc les ouvriers à prix fait, soit au mètre courant d'avancement, soit au mètre carré d'entaille, soit à l'hectolitre ou à la tonne de matière utile obtenue, en fixant un prix pour le gros et un prix moindre pour le menu ; si on veut les stimuler encore davantage, on fixera un prix pour teUe quantité minima obtenue dans une qum- %aine, avec un prix plus élevé, et rapidement croissant, pour les quantités supplémentaires obtenues, etc., etc.

Pour les travaux pressés, le travail se continuera de jour et de nuit, les ouvriers se relayant au chantier, ou, comme on dit, les our tik en main, lis peuvent être à 2 postes de 12 heures, ou à 3 postes de 8 heures. Quelquefois, surtout dans les puits où il pleut beau-

lOS COUKS D'BXPLOITATIOW DES MINES.

coup, la durée du poste n'est que de 6, ou même de 4 heures. On peut considérer qu'avec de bons ouvriers le travail à 8 heures n'est pas plus cher que le travail à 12 heures, un ouvrier donnant, en huit heures bien employées, tout ce qu'il peut produire d'effet utile journalier. On peut ainsi, sans supplément de frais, augmenter de 50 pour 400 lavancement qu'on obtiendrait avec des postes

de 12 heures.

Dans un travail au rocher, on doit faire les mesurages, qui servent à établir les comptes de quinzaine ou mensuels, à partir d'un point constant, en ne mesurant que les longueurs affranchies, c'està-dire amenées aux formes et dimensions définitives, et ayant leur «oie à la cote de hauteur convenable.

On doit tenir en effet, à ce que l'ouvrage conserve exactement ses dimensions, son orientation et son inclinaison; et cela ne laisse pas que de demander une surveillance assidue, à cause de la tendance qu'ont les ouvriers à rétrécir leur chantier, à trop monter, ou à se dévier dans le sens où ils rencontrant le moins de difficultés. Les dimensions se constatent par une mesure immédiate. La verticalité d'un puits est donnée par des fils à plomb, placés sur le pourtour de l'orifice en des points convenables. L'orientation d'une galerie est donnée au moyen de deux fils à plomb, fixés à des chevilles placées au toit dans l'axe de la galerie. Une lampe, placée à Tavancement et au milieu de la largeur de la galerie, doit être toujours dans le plan de ces deux fils. Pour conserver l'inclinaison, le niveau est déterminé, en un point, par une cheville arasée à une hauteur donnée, sur laquelle les mineurs doivent se régler pour marcher de niveau, jusqu'à ce qu'on leur en place une aulre.

Dans tout travail, on doit tâcher de simplifier l'objet du prix à forfait, en ne donnant, par exemple, que Vavaneement même de chantier, et réservant à d'autres ouvriers l'enlèvement des déblais, les travaux de soutènement à faire en arrière, la pose des voies, etc. î^

Cela peut être mains cammodey en ce qu on a besoin d'une plus ^ grande surveillance pour faire marcher ces divers travaux en concordance convenable ; mais on a les avantages qui résultent de la division du travail, et on n'emploie pas, à des traouux de manœuvre^ des ouvriers dont la spétialUé comporte une rémunération supérieure.

TRAVAUX D'ABATTAGB. W

Nous reviendrons sur cette question générale de l'organisation du travail dans une mine.

(141) Nous ajouterons seulement, pour terminer, quelques indications numériques, au moyen desquelles on pourra se faire, a priori, un aperçu du coût des différents ouvrages que l'on aurait à faire exécuter dans des terrains donnés.

Nous supposons d'abord qu'il s'agisse d'une galerie à travers bancs, d'environ S'^ySO carrés de section, la journée des ouvriers ressortant à 4 francs, et le kilogramme de poudi*e à 2 fr. 50 e.

Le nombre des journées et le poids de poudre à dépenser par métré courant, le prix de revient du mètre courant de galerie, celai du métré cube de vide, et l'avancement mensuel obtenu, en marchant à 2 postes et comptant 25 jours de travail par mois, sont donnés dans le tableau suivant, pour différentes natures de roches.

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