CHAPITRE XXI
(954) Jusqu'ici nous nous sommes seulement occupés de la machine à vapeur, c'est-à-dire de l'appareil récepteur proprement dit, sur lequel vient agir la vapeur, ainsi que de ses accessoires immédiats.
Mais pour que cette vapeur agisse en efTet, il faut la produire dans un appareil spécial d'où elle se rend à la machine.
Cet appareil, qui n'est autre chose que la source supérieure de chaleur^ ou le calorifère qui existe dans toute machine thermique^ reçoit ici le nom de générateur^ ou, plus vulgairement, de chaudière à vapeur.
C'est, si l'on veut, une annexe de la machine, mais une annexe indispensable, sans laquelle la machine resterait inerte et ne produirait aucun résultat industriel.
Le générateur doit être établi dans des conditions de puissance en rapport avec celle qu'on veut donner à la machine. A vrai dire, c'est dans le générateur, par suite de la quantité de chaleur transmise à Peau qui s'échauffe et se transforme en vapeur, que se créent les éléments du travail moteur à produire sur la machine; celleci, comme l'indique son nom de récepteur, ne fait que recevoir ces éléments, et jamais la machine n'arrivera à rendre, sous forme de travail, plus que le générateur n'aura reçu sous forme de calories.
La puissance de vaporisation du générateur doit être assez grande pour remplir de vapeur, à une pression égale à celle de la chau-
dîère, ou du moins très-voisine, la capacité ouverte à l'admission par le jeu du piston. Si cette puissance est trop faible, il est évident qu'il doit se produire, de la chaudière à la machine, une chute de pression qui peut prendre une importance quelconque ; car le fait nécessaire, c'est que la machine, en marche continue, ne dépense ni plus ni moins de vapeur que la chaudière n'en produit; de sorte qu'il suffit, en principe, de savoir le poids évaporé et le volume débité, pour en déduire, en toute certitude, la pression maxima sous laquelle ce débit a lieu, quelle que soit d'ailleurs la pression plus élevée qui aura pu exister réellement dans la chaudière, ou être accusée par la charge des soupapes de sûreté.
Le générateur est un récipient métallique clos, habituellement en tôle de fer ou d'acier, et éventuellement en tôle de cuivre dans certaines parties, à l'intérieur duquel on entretient un volume d'eau déterminé à l'aide de la pompe alimentaire de la machine, tandis que la vapeur produite en poids égal à celui de Teau introduite, abstraction faite de l'eau enirainée à l'état liquide, s'écoule par un tuyau pour venir agir sur son piston. La chaleur nécessaire à la formation de celte vapeur est fournie par un foyer sur la grille duquel on brûle un combustible quelconque, le plus ordinairement de la houille ; les gaz chauds produits par la combustion circulent dans des conduits ou carneaux où ils sont en contact avec les parois du récipient; ils cèdent à ces parois une certaine quantité de chaleur, qui par suite de la conductibilité du métal est transmise à l'eau contenue dans le récipient.
Les gaz sont progressivement refroidis par cette cession de chaleur, mais ils doivent cependant conserver, à la fin de leur parcours dans les carneaux, une température plus élevée que la température ambiante. Cette différence de température doit être assez grande pour les rendre moins denses que Tair, bien qu'ils soient généralement plus denses à température égale, par suite de la transformation de loxygène de l'air en acide carbonique. En cet état, ils passent des carneaux dans une cheminée de hauteur et de section appropriées ; ils s'y élèvent par suite de leur moindre densité ; enfin arrivés au sommet, ils s'échappent et se répandent librement dans Tat* mosphère.
GËNÉRAIITËS SUR LA PRODUCTION DE hk VAPEUR. 341
Tel est le fait simple et élémentaire qui doit nous servir de point de départ pour Tétude que nous avons à faire des moyens de production de la vapeur. Ce fait est facile à comprendre, comme Test d'ailleurs celui de l'action qu'exerce sur le piston la vapeur produite. Mais, comme ce dernier aussi, il comporte de grands développements, et l'on peut dire qu'il n'est pas moins important de poser les principes, d'en avoir l'intelligence complète et de les bien appliquer, lorsqu'il s'agit de produire la vapeur dans une chaudière que lorsqu'il s'agit d'employer dans une machine la vapeur produite.
(755) Un combustible quelconque employé dans les arts est, en général, formé principalement d'hydrogène et de carbone, qui donnent par leur combustion complète de Teau et de l'acide carbonique. Un kilogramme d'un tel combustible nécessite, pour cette combustion complète, une certaine quantité d'oxygène pur, et par conséquent une quantité proportionnelle d'air atmosphérique. Ces quantités peuvent se déduire de sa composition chimique par un calcul élémentaire. Le résultat de la combustion est le dégagement d'un certain nombre de calories, qui sont comme la résultante des effets frigorifiques ou calorifiques des phénomènes chimiques divers qui se succèdent, depuis le moment où le combustible commence à sentir Taction du feu, jusqu'au moment où la combustion est complète. Ce nombre de calories a été déterminé expérimentalement pour la plupart des combustibles usuels.
Avec ces données, et connaissant en outre les chaleurs spécifiques de lair et des produits de la combustion, on a tous les éléments nécessaires pour déterminer la température initiale après la combustion. Cette température doit être prise en considération, aussi bien que le nombre des calories dégagées, si l'on veut se faire une idée de la valeur du combustible considéré dans son emploi à la vaporisation ; car le nombre de calories qui peut passer des gaz dans la chaudière, moyennant une surface de chaufTe suffisamment étendue, est proportionnel à V excès de la température de ces gaz sur celle de Tintérieur de la chaudière.
La température ci-dessus calculée est un maximum. Elle variera d'ailleurs selon la quantité d'air froid qui aura été réellement em-
342 COURS DE MâCHUIBS.
ployée à la combustion. Il est clair qu'un défaut ou qu'un ercè* d'air au milieu des produits de la combustion, entraine, pour le mélange, une diminution ie température, par suite de la chaleur inutilement communiquée aux gaz ou à l'air qui ne participent pas à la combustion.
En pratique, on s'arrange ordinairement pour qu'il y ait un ce^ tain excès d'air, afin que la combustion soit aussi complète que possible, principalement en vue d'obtenir le dégagement de la tota* litë des calories que comporte le combustible, accessoirement, comme on le dira plus loin, en vue de prévenir le dégagement de la fumée. Néanmoins, cet excès d'air ne doit pas être trop considérable, sous peine de voir diminuer, dans des proportions indéfinies, la température initiale.
On n'aurait plus aucun résultat à espérer, si cette température était celle même de la vapeur que l'on veut produire.
Les moyens généraux de satisfaire à la condition d'une combustion complète avec le moins d'excès d'air possible sont de faire en sorte que la température dans la chambre de combustion soit suffisamment élevée ; que les gaz dégagés par la distillation du combustible puissent
; . se mêler facilement, à une haute température, avec l'air destiné à les
brûler; que la grille soit convenablement proportionnée et chargée
r d'une couche de combustible qui laisse passer l'air en quantité suf-
fisante, etc., etc.
I Dans la pratique, on n'emploie pas habituellement de moyens
spéciaux pour doser la quantité d'air reçue dans un foyer. Presque toujours il en passe un excès notable, sans lequel, à défaut d'un
[ mélange suffisamment intime du gaz comburant avec les gaz
combustibles, une partie de ceux-ci échapperait à l'action du premier.
La condition de n'introduire que la quantité d'air strictement nécessaire doit donc être considérée comme une sorte àQ desideratum, fort difficile à réaliser, parce que cette quantité devrait varier selon l'état de la grille, mais dont on cherche à se rapprocher, et dont
\ on se rapproche en effet plus ou moins, selon l'expérience et les
\ soins de l'ouvrier chargé de la conduite du foyer. Sous ce rapport,
r il existe de très-grandes différences d'un ouvrier à l'autre, et un
bon chauffeur est un homme dont le rôle est beaucoup plus important que la plupart des industriels ne se le figurent.
(756) Supposant qu'on ait satisfait à la condition d'une combustion bien complète^ réalisée avec la moindre quantité d'air po«sibk^ ce qui revient à supposer, en même temps, un foyer bien construit, une cheminée de tirage suffisamment active et un chauffeur habile et soigneux, on arrive à ce résultat que chaque kilo* gramme du combustible considéré développe un nombre déterminé de calories^ et dégage des produits gazeux dont la température initiale et la masse sont également déterminées.
En cet état, cette masse entre en contact avec les parois de la chaudière; elle suit le développement des carneaux, et elle arrive, plus ou moins complètement refroidie, à la base de la cheminée.
Quelle température la masse doit-elle conserver en ce point?
Ou pourrait dire que cette température est déterminée par la condition d'être suffisante pour produire le tirage par la cheminée; mais cette condition d'assurer le tirage ne fournit pas par ellemême une limite précise, attendu que l'activité du tirage varie, selon les circonstances, notamment avec la hauteur et surtout avec la section de la cheminée.
Si Ton voulait se placer sur le terrain de la théorie pure, on devrait considérer le générateur comme alimenté, dans les conditions du cycle de Carnot, avec de l'eau ramenée par la compression finale à la température même de la vapeur. On pourrait dire alors que cette même température serait celle que devraient avoir les gaz à leur issue des carneaux ; d'une part, en effet, une température plus élevée pourrait encore être utilisée sur un supplément de surface de chauffe, et, d'autre part, une température moindre n'aurait pu être obtenue par le contact des parois de la chaudière.
Si Ton alimente à la manière ordinaire avec de l'eau plus ou moins chaude, et si cette eau est introduite directement par la pompe alimentaire dans un corps de chaudière où la température est celle à laquelle se produit la vapeur, on trouvera la même limite de température que ci-dessus; car l'eau s'échauffe au fur et
à mesure qu'elle s'introduit, et aucune partie de la surface de chauffe n'est à une moindre température que les autres.
Mais il n'en sera plus ainsi lorsqu'on alimente a\ec de Teau froide, en l'envoyant d'abord dans des bouilleurs rechauffeurs où elle s'échauffe progressivement, en circulant en sens contraire des gaz chauds. On peut concevoir que la température de ceux-ci puisse être abaissée utilement, non pas seulement comme tout à l'heure jusqu'à la température de la vapeur^ mais bien jusqu'à la température de Veau envoyée par la pompe alimentaire (soit la température ambiante, soit celle du condenseur, soit enfm celle obtenue par un réchauffage quelconque dû à la vapeur d'échappement). Il faut d'ailleurs que cette condition s'accorde avec celle qui est nécessaire pour le tirage, c'est-à-dire que les gaz refroidis doivent conserver encore une densité inférieure à celle de l'air ambiant.
On remarquera d'ailleurs que ces deux limites, la température de la vapeur ou celle de Teau d'alimentation, suivant les cas, ne doivent pas être atteintes rigoureusement ; car lorsque l'écart de température des gaz et des parois de la chaudière est devenu déjà fort petit, cette partie de la surface de chauffe produit fort peu d'effet, et l'on ne diminuerait indéfiniment cet écart qu'en accroissant indéfiniment l'étendue de la surface de chauffe.
Si Ton ajoute, à ce qui précède, d'après le n"* 38!d, que la température donnant le maximum de tirage est au voisinage de 300^, et qu'il n'y a aucune raison de se tenir aux environs de ce maximum, si d'autres motifs conduisent à s'en écarter, sauf à modifier la section de la cheminée, nous pourrons formuler les conclusions suivantes :
En tant qu'il s'agit d'utiliser le mieux possible la chaleur d*un foyer à la vaporisation de l'eau, les gaz doivent s'échapper des carneaux à une température inférieure à celle qui déterminerait le maximum de tirage pour la cheminée dont ce foyer est muni.
A mesure que l'on consent à étendre l'étendue de la surface de chauffe, cette température des gaz, pour des chaudières alimentées directement, tend à s'abaisser jusqu'à une limite qui est la température même à laquelle on forme la vapeur.
Pour les chaudières munies de bouilleurs réchauffeurs, avec
GÉNÉRALITÉS SUR LA PRODrCTION DE LA VAPEUR. 345
chauffage méthodique, la limite est la température de Veau d^alimentation à son entrée dans ces bouilleurs.
On Yoit, d'après tout ce qui précède, que la température et la masse des gaz, à leur entrée en contact avec la surface de chauffe^ dépendent, pour un poids donné d'un combustible quelconque, de la perfection plus ou moins grande de la combustion, ainsi que de la proportion plus ou moins grande de l'air en excès qui se trouve dans la masse gazeuse, et que la température de cette même masse, à sa sortie des carneaux, ou au pied de la cheminée, variable, pour une chaudière donnée, avec l'étendue de la surface de chaufTe, a une limite qui ne dépend, suivant les cas, que de la température Ae la vapeur ou de celle de Veau d'alimentation.
L'écart entre la température initiale et la température finale des gaz correspond à la chaleur, qui a traversé la surface de chauffe pour être employée théoriquement à la formation de la vapeur, pratiquement à réchauffement de l'eau et à la formation de la vapeur.
(757) D'après l'exposé ci-dessus, on voit que la température finale, pas plus que la température initiale, ne suppose l'application à* un système déterminé de générateurs.
Quel que soit ce système, une combustion effectuée dans des conditions données détermine la température initiale; une étendue appropriée de la surface de chauffe permet de rapprocher, autant qu'on le veut, la température finale d'une limite déterminée, et par conséquent un poids donné de combustible, brûlé convenablement sous une chaudière munie d'une surface de chauife totale suffisamment étendue, produit toujours le même effet sur Veau de cette chaudière.
Ce résultat doit être regardé comme fondamental, lorsqu'il s'agit de la théorie* des générateurs.
Il doit être rapproché de ce que nous avons vu pour les récepteurs.
De même que ceux-ci donnent toujours le même travail théorique^ par kil. de vapeur, qu'ils soient rotatifs ou à mouvement alternatif, à un ou à plusieurs cylindres, à cylindres fixes ou oscillants, etc., pourvu que la vapeur y entre et en sorte dans des conditions déterminéesy de même tous les générateurs, dont les dispositions ne sont pas moins variées que celles des récepteurs, donneront toujours la
même quantité de vapeur par kilogramme d*un combustible donné, pourvu que le combustible y soit btiUéy et quêtes produits delà corn" bustion s'en échappent^ dans des conditions identiques.
Cette espèce de théorème^ commua aux récepteurs et aux générateurs, doit être entendu dans le même sens pour les uns et pour les autres. C'est un énoncé général, qui comporte, dans l'application, certaines réserves.
Deux machines à vapeur, qui utilisent un kilog. de vapeur dans des conditions identiques de pression initiale, de détente et de condensation, sont théoriquement identiques ; mais elles peuvent avoir, en .fait, certaines qualités ou certains défauts qui leur soient propres, et l'objet principal des chapitres précédents a été préydsément de mettre en relief les avantages et les inconvénients respectifs des différents types que nous avons considérés.
Tel type assure une marche régulière et un entretien facile de la machine.
Tel autre est particulièrement approprié à l'emploi de la détente sur une grande échelle.
Tel autre encore peut réduire Tinfluence des résistances passives de la machine.
Telles dispositions préviennent, ou au moins réduisent les condensations inopportunes de vapeur.
Telles autres permettent de réduire l'emplacement de la machine, etc.
Ce sont des avantages du même ordre^ que Ton recherche et que l'on obtient, dans les différents systèmes de générateurs dont nous allons avoir à nous occuper.
Il arrive ainsi bien souvent qu'un avantage obtenu à un certain point de vue est plus ou moins compensé par quelque inconvénient d'une autre nature, et en somme on peut dire que, parmi les divers types de chaudière qui se sont produits et qui se produisent encore tous les jours, aucun d'eux, jusqu'ici, ne réunit un ensemble d'avantages qui permettent d'affirmer sa supériorité sur tous les autres, à tous les points de vue.
On peut même douter qu'il existe un tel type, les divei^es conditions recherchées n'étant pas toujours concordantes, et pouvant
GËnÉRAUTÉS SUR U PRODUCTION DE LÀ VAPEUR. 547
même être parfois contradictoires. Les solutions peuvent, et môme doivent logiquement être difTérentes, suivant que les circonstances font attacher plus d'importance à une condition ou à une ^utre. La pratique est en cela d'accord avec les considérations ci-dessus, et l'on emploie avec raison, dans l'industrie, plusieurs types de chaudièresy comme on emploie plusieurs types de machines. L'essen* tiel est de les connaître, et de savoir quelles sont les propriétés carae» téristiques de chacun d'eux, sans oublier qu'au point de vue le plus important, du moins pour les grands appareils, celui de l'économie du combustible, ils sont, en théorie^ et ils peuvent être rendus à peu près, en fait, équivalents.
(768) Jlnsiste particulièrement sur cette propriété d'équivalence, parce qu'elle n'est pas toujours bien comprise, et que bon nombre de personnes, en proposant des dispositions nouvelles, ont recherché, et souvent même croient avoir obtenu des économies de combustibles plus ou moins importantes. Il est bien peu d'inventions qui ne soient annoncées au public, comme amenant des économies de 10 0/0, 15 0/0, 25 0/0 et souvent au delà.
Ces économies, fussent-elles même vérifiées par l'expérience, ont presque toujours leur origine dans ce fait que l'on compare un appareil neuf, en, parfait état, surveillé avec un soin spécial par l'inventeur lui-même ou par ses représentants, avec un appareil qui est en marche courante, quelquefois en état médiocre ou mauvais d'entretien, quelquefois aussi qui n'est qu'un spécimen incomplet ou imparfait du type auquel il se rapporte.
Ainsi un type quelconque sera relativement un mauvais appareil^ si la combustion s'y fait mal, ou s'il passe sur la grille une quantité d'air ou beaucoup trop grande ou beaucoup trop faible, ou encore si la surface de.chauffe est insufSsante en étendue, relativement au charbon brûlé sur la grille, ou enfin si l'étendue étant suffisante pour une chaudière en bon état, elle est rendue inefficace par un épais dépêt intérieur qui réduit par trop la conductibilité des parois, etc., etc.
Au contraire, un type quelconque sera à fort peu près équivalent à tout autre^ si les deux types comparés brûlent le combustible de
la même manière, et envoient les produits de la combustion à la même température dans leurs cheminées.
On reconnaît par un raisonnement direct qu'il en doit être ainsi. La chaleur développée par la combustion ne peut être en effet employée que d'une des manières suivantes :
Une partie de cette chaleur, et ce doit être la principale, traverse la surface de chauffe, et est utilisée à la vaporisation de l'eau.
Une seconde partie, assez importante également, s'échappe à /V/o/ de chaleur sensible^ avec les gaz qui entrent dans la cheminée.
Une troisième partie est enlevée par le rayonnement, soit du Toyer, soit des massifs du fourneau et des parties de la chaudière exposées à Tair libre.
Le reste enfin est entraîné par conductibilité, au contact des gaz chauds avec le massif de la chaudière, et au contact de ce massif ou de la chaudière avec les corps environnants.
Par hypothèse, les deux premières parties sont identiques pour 2 générateurs que l'on compare. Les deux autres parties peuvent devenir fort petites, en empêchant le rayonnement direct du foyer avec l'extérieur, en employant des massifs épais de maçonnerie qui sont peu conducteurs de la chaleur, en munissant les surfaces des générateurs non protégées par la maçonnerie d'enveloppes analogues à celles qu'on emploie pour le tuyau de prise de vapeur et pour le cylindre moteur, etc., etc.
A ce point de vue, on peut dire peut-être que les chaudières à foyer intérieur ont'quelque avantage sur celles où la chauffe est extérieure ; qu'il faut tâcher d'obtenir une grande surface de chauffe sous un petit volume total ; que les massifs en épaisse maçonnerie valent mieux que les enveloppes minces, etc., etc.
Mais on n'établit ainsi, pour les divers appareils, que des différences entre des quantités qui peuvent être rendues individuellement assez petites. Il en donc de môme, à fortiori, de ces différences, et le principe de Véquivalence entre tous les types n'en subsiste pas moins d'une manière assez approchée, pour qu'il soit rationnellement possible de fixer son choix, dans chaque cas particulier, par la considération des avantages accessoires que peut présenter un type déterminé.
(769) D'après ce qui précède, on voit qu'une chaudière, sur la grille de laquelle on bn)le par unité de temps une quantité déterminée d'un certain combustible, comporte une étendue de la surface de chauffe à peu près proportionnelle à cette quantité, un peu moindre cependant pour les plus grands appareils dont les pertes relatives par rayonnement ou conductibilité sont un peu plus faibles.
Ainsi une chaudière d'un type donné vaut par Vétendue de sa surface de chauffe^ à la condilion qu'on y consomme une quantité de charbon sensiblement proportionnelle à cette surface. Mais il doit être entendu qu'en passant d'un type à un autre, deux surfaces de chauffe égales peuvent ne pas être équivalentes, ou que la puissance de vaporisation du mètre carré varie dans une certaine mesure.
Celte puissance est d'autant plus grande que les parois du gé* nérateur sont plus minces, et par conséquent plus perméables à la chaleur. Elle est plus grande aussi pour une chaudière bien nettoyée que pour la même chaudière revêtue à l'intérieur d'incrustations plus ou moins épaisses.
Elle dépend également de la position de la paroi chauffée, et elle est plus grande pour une paroi chauffée par-dessous que pour une paroi chauffée par-dessus ou que pour une paroi verticale. La différence tient à deux causes : premièrement à ce que, dans le courant de gaz qui parcourt un carneau, les divers filets fluides les plus chauds tendent à se porter constamment à la partie supérieure du carneau, et en second lieu au dépôt de menues escarbilles et de cendres qui se fait à la partie inférieure.
C'est l'expéi ience seule qui peut indiquer ce qu'est, dans les principaux types d'appareils, et pour des appareils en état moyen de propreté et d'entretien, cette puissance de vaporisation par mètre carré.
(760) Nous aurons à faire connaître les données pratiques sur lesquelles on peut s'appuyer pour apprécier la puissance de vaporisation d'une chaudière donnée, ou projeter une chaudière destinée à produire une vaporisation déterminée. Mais nous devons faire d'abord plusieurs observations importantes.
La première est que, pour évaluer la puissance de vaporisation, la considération de la chaudière seule est insuflisante, et que, de même que la force d'une machine est impossible à connaître d'après ses dimensions j si Ton ne donne pas le poids et la pression de la vapeur qu'elle reçoit, de même on ne connaîtra pas la puissance de vaporisation d'une chaudière d'après la seule étendue de sa surface de chauffe, si Ton ne connaît pas le poids et la qualité du charbon qu'elle consommera. En un mot, s'il faut, pour une machine d'une force donnée, une chaudière d'une puissance de vaporisation qui lui soit appropriée, il faut, pour cette chaudière, une consommation correspondante de charbon.
La seconde observation est que, pour un type donné de chaudière, et avec une consommation donnée de combustible, la surface de chauffe n'est pas un élément qui soit défini avec une fort grande précision, et qu'il peut au contraire varier entre certaines limites, sans modifier beaucoup l'effet utile du combustible ; ce qui revient à dire, sous une autre forme, qu'une surface de chauffe donnée comporte des variations analogues dans la quantité de combustible consommé.
On s'explique facilement ce résultat par celte circonstance que les diverses parties de la surface de chauffe sont très-inégalement efficaces, selon la température des gaz avec lesquels elles sont en contact. Les premiers mètres carrés recevant l'action des gaz venant du foyer, laissent passer une grande quantité de chaleur ; au contraire, les derniers mètres, en contact avec des gaz qui sont presque en équilibre de température avec eux, n'en laissent pour ainsi dire plus passer. On peut donc supprimer une certaine quantité de ces derniers mètres, ou l'on peut au contraire ^n o/ow^^r autant que Ton voudra, presque sans altérer le résultat final.
La troisième observation, analogue à la précédente, est relative à l'influence de l'épaisseur des parois sur la puissance de vaporisation d'une surface de chauffe donnée.
D'après ce qu'on sait sur les lois de la conductibilité de la chaleur, la quantité de chaleur qui traverse une plaque métallique dont les deux faces sont maintenues à des températures différentes, est direclement proportionnelle à la différence des températures, ainsi
qu'à l'étendue de la plaque, et inversement proportionnelle à son épaisseur ; on semblerait devoir en conclure que la puissance de vaporisation de deux chaudières de syslèmes et de dimensions donnés devrait être en raison inverse de V épaisseur des parois. En fait, il n'en est aucunement ainsi, comme il est facile de s'en rendre compte, et l'on est, au contraire, beaucoup plus près de la vérité en disant que cette puissance de vaporisation est pratiquement, entre certaines limites, indépendante de cette épaisseur.
On reconnaît, en effet, par un raisonnement analogue au précédent, que si les premiers mètres, de la surface de chauffe sont moins efficaces dans la chaudière épaisse que dans la chaudière mince, le contraire peut avoir lieu, par cela même, pour les derniers mètres, qui se trouvent en contact avec des gaz beaucoup moins refroidis dans leur premier parcours antérieur ; de sorte que les derniers mètres de la chaudière épaisse sont d'autant plus efficaces que les premiers l'ont été moins, et inversement pour la chaudière mince.
Une quatrième observation est relative à l'influence des incrusta'^ lions dont les parois internes de la chaudière peuvent être revêtues. Il est clair qu'elles diminuent beaucoup la conductibilité de la surface de chauffe, tant à cause de leur épaisseur, parfois beaucoup plus grande que celle du métal, qu'à cause de leur peu de conductibilité propre. Elles agissent donc comme une augmentation d'épaisseur qu'on aurait donnée à la paroi métallique, et le même raisonnement leur est applicable.
(961) En résumé, une chaudière étant munie d'une surface de chauffe d^une étendue donnée, dont on suppose que Ton fasse croître l'épaisseur des parois et celle des incrustations, on est placé dans une de ces trois alternatives, ou brûler la même quantité de charbon^ qui sera moins bien utilisée et produira moins de vapeur, ou obtenir le même degré d'utilisation de ce charbon, en en réduisant la quantité, ce qui entraine une nouvelle réduction dans la production de vapeur, ou bien enfin demander la même quantité de vapeur, ce qui entraîne une plus forte consommation, et en même temps une moins bonne utilisation du combustible.
Mais, et c'est là l'observation essentielle qui ressort de la discus-^