anes pelviennes sont ou
se ^ queuses : les premières ne
soin, que des productions du péritoine qui tapisse la cavité abdominale , et les secondes revêtent l'intérieur des organes génitourinaires.
En décrivant les os du bassin et leurs symphyses , nous avons eu occasion de parler des ligamens qui contribuent à leur solidité.
6°. Nous terminerons par l'enveloppe commune des parties dures et des parties molles qui composent le bassin ; elle est formée par un tissu cellulaire plus ou moins abondant , selon l'embonpoint delà femme , et plus ou moins épais , selon les régions qu'il occupe. La peau qui le recouvre présente deux ouvertures , l'anus et la vulve , et trois p'is ou sillons : savoir , le pli de l'aine , le pli de la fesse et celui de la cuisse, qui s'effacent et se creusent par la flexion ou l'extension , par le rapprochement ou l'écartement des membres abdominaux.
ARTICLE III
Des modifications du bassin , à cause des parties molles dont il estrec ouvert.
Ces modifications s'observent dans le grand et le petit bassin.
i°. Le grand bassin, dans l'état frais ou naturel, n'offre plus ni échancrures ni parois distinctes. Les premières sont fermées, et les secondes réunies en une enceinte unique, continue, qui complète en bas celle de l'abdomen. Les fosses iliaques en sont moins profondes , et les gouttières lombaires plus superficielles.
La surface externe n'en est plus hérissée
de saillies ou d'éminences comme sur le squelette. Ce ne sont de toutes parts que des contours ou reliefs unis , moelleux et arrondis , qui se lient à l'extrémité inférieure du tronc.
2°. Les parties molles n'influent pas moins sur le petit bassin , dont elles modifient la forme et la capacité. D'abord les muscles psoas ou prélombo-trochantiniens descendent le long du détroit supérieur, et en diminuent la largeur de chaque côté ; de sorte cpie son diamètre transversal , le plus long sur le squelette , est un peu plus court que les autres sur la femme vivante. Quant aux diamètres obliques, ils perdent aussi quelque chose vers leur extrémité postérieure, à cause de ces mêmes muscles ; mais ils restent encore les plus longs, pourvu que le bassin ne soit pas mal conformé.
En second lieu ,1e détroit inférieur, naturellement plus étroit que le supérieur , est encore plus rétréci par les muscles qui le traversent , par le tissu cellulaire qui en borde le contour, et par les extrémités des conduits excréteurs qui s'y rendent. L'arcade sous-pubienne, les échancrures sacro-ischiatiques, le coccix et les tubérosités derischium, neparaissentplus.On n'y aperçoit que l'anus en arrière , la vulve en avant, et au milieu le périnée, espace charnu qui sépare ces deux ouvertures.
D'après ces dispositions , il est évident que les diamètres de ce détroit doivent être nécessairement raccourcis ; mais l'antéropostérieur ou cocci- pubien reste le plus long ou le plus susceptible d'allongement, à moins que la femme ne soit trop âgée, et que le coccix , à cause de la roideur de ses ligamens , n'ait perdu toute sa mobilité.
Enfin, l'excavation pelvienne perd aussi plus ou moins de sa capacité, suivant l'épaisseur des parties molles qui en tapissent la surface intérieure. La paroi postérieure ou sacrée en est moins profonde et plus allongée. Elle présente une courbure qui s'étend depuis la saillie s a cro -vertébrale jusqu'au bord antérieur du périnée, ou à la commissure postérieure de la vulve. Les plans inclinés latéraux ou ischiatiques sont plus rapprochés , et un peu plus allongés. Iln'y a que la paroi antérieure ou pubienne qui conserve à peu près sa longueur, quoiqu'elle augmente enépaisseurcomme lesautres.
Toutes ces modifications sont très-importantes à connaître , soit pour apprécier
DE L'ART DES ACCOUCHEMENS
plus exactement les dimensions du bassin chez la femme vivante, soit pour se rendre compte des obstacles plus ou moins difficiles, quelquefois impossibles à surmonter, qui peuvent compliquer le travail de l'accouchement.
ARTICLE IV
Des pelvimètres ou insn^umens propi'es à mesurer les dimensions du bassin.
Ce n'est point une chose très-rare qu'on soit obligé, dans la pratique, de mesurer le bassin, pour en constater la bonne ou mauvaise conformation. Tantôt c'est une jeune vierge qui, pour calmer les sollicitudes d'une tendre mère, demande aux gens de l'art si elle peut s'engager avec sûreté dans les liens du mariage; tantôt c'est une épouse qui, déjà enceinte et sur le point d'être mère, doute encore si elle pourra mettre au jour le fruit qu'elle porte dans son sein; enfinilpeutarriver qu'une femme en travail s'épuise en vains efforts, et que l'accoucheur soit obligé de lui prêter une main secourable. N'est-il pas nécessaire, dans tous ces différens cas, et surtout dans le dernier , de calculer les dimensions de la filière que le fœtus doit traverser en venant au inonde, soit pour apprécier les obstacles qui pourraient s'opposer à l'accouchement, soit pour déterminer le nioyende suppléer à la nature impuissante ?
Le plus souvent, les femmes encore libres ou mariées qui se soumettent à l'application du pelvimètre ont été plus ou moins maltraitées dans l'enfance par le rachitis, ou bien il leur est arrivé ensuite quelque accident qui, en retardant ou en suspendant leur accroissement, a influé surleur organisation physique. De là des traits de lumière qui, à la vérité, peuvent éclairer les gens de l'art, et leur dicter quelquefois d'avance le jugement qu'ils doivent porter, maisqui ne les dispensent pas de faire des recherches ultérieures. En effet, on serait exposé à commettre les plus grandes et les plus funestes erreurs si, par trop de précipitation, on s'avisait de prononcer que le bassin est défectueux chez toutes les femmes qui ont été nouées dans leur bas âge, ou dont le système osseux a souffert des allérations à une époque de la vie plus avancée. L'expérience etl'observationn'ont-elles
pas attesté nombre de fois que cette espèce de canal pouvait conserver sa forme et ses dimensions naturelles au milieu des désordres qui bouleversaient la charpente osseuse?
Nous en avons vu unexempleàl'hospicede l'Ecole, sur une femme âgée de quarante ans, qui venait y chercher du soulagement pour quelque affection chronique. Cette infortunée , outre la plus bizarre contoi> sion des membres et l'inflexion de la colonne vertébrale, avaitlapoitrine enfoncée et le dos surmonté d'une saill^» ; fïlérable; marques ineffaçables. testes
d'une maladie qu elle disai, ,3e à
l'âge de dix-huit ans. Le p^ i ^ine
Dubois lui ayant demandé (ftgiij£>Cgg cariée, elle répondit affirmativement, eiùijvuta qu'elle était mère de six enfans, dont elle était accouchée sans la moindre difficulté. Il est donc très-probable que son bassin n'avait souffert aucun dommage dans sa forme ni dans ses proportions. Une autre femme, non moins bizarrement contrefaite que la précédente , devint enceinte , il y a vingt ans, à la suite d'un commerce qu'elle eut avec un grenadier : sa difformité était telle , que , vers la fin de la grossesse , la hanche, d'un côté, remontaitvers l'aisselle correspondante, à cause de l'inflexion de la colonne vertébrale et de l'inclinaison du bassin. Elle accoucha cependant neuf mois après , dans notre amphithéâtre , d'un enfant vivant et assez volumineux , au grand étonnement des élèves , et surtout de quelques accoucheurs qui l'avaient condamnée au couteau césarien. Nous ferons observer que cette femme n'avait perdu sa bonne conformation qu'à l'âge de douze ans , époque où les os du bassin eurent vraisemblablement assez de solidité pour résister aux atteintes du mal qui avait fléchi l'épine et tordu les membres. Cette même femme accoucha encore très-naturellement au mois d'octobre i8i3, en présence du docteur Barbette , notre prévôt, et de quelques élèves sage-femmes; mais elle succomba, environ deux mois après, à une hydropisie générale : et l'ouverture du cadavre nous fit voir que le bassin , quoique vicié dans sa forme , conservait néanmoins assez de largeur pour livrer passage à un foetus de volume ordinaire.
Ces deux exemples qui noussontpropres, et nombre d'autres qu'on trouve dans les auteurs, prouvent donc que le rachitis peut
PRINCIPES
respecter les os du bassin chez les individus qui sont sortis de la première enfance.
Si, d'un autre côté, on considère que des femmes, par un insigne mais rare bienfait de la nature, sont accouchées heureusement, et sans de grandes difficultés, quoique leur bassin n'eût ni la forme ni les dimensions ordinaires ; si l'on considère encore que l'étroitesse du détroit supérieur peut aller jusqu'à deux pouces et demi, dans le sens du diamètre sacro-pubien, sans ôter aux femmes la faculté naturelle d'être mères , avec quelle méfiance ne prononcera-t-on pas sur la bonne ou mauvaise conformation du bassin? Le ministère de l'accoucheur, il faut en convenir, a quelque chose de bien délicat, nous dirons même de terrible, quand il s'agit de procéder à l'examen de ce canal; et l'on ne peut se dissimuler qu'on marche alors , pour ainsi dire, entre deux écueils; car, si par malheur on porte un jugement faux, la femme bien conformée est condamnée à une stérilité perpétuelle, et celle qui est contrefaite achète les plaisirs de l'hymen et les douceurs de la maternité par les plus cruelles souffrances, par le sacrifice même de la vie. Alternative épouvantable ! qui prouve certainement combien il faut apporter de soins et de lumières dans la considération du bassin.
En général, on peut présumer qu'il est bien conformé lorsque les hanches, médiocrement arrondies, et égales tant en hauteur qu'en largeur, présentent un écarlement de huit à neuf pouces entre les épines supérieures et antérieures ; lorsqu'il y a sept à huit pouces d'épaisseur entre le mont de Vénus et la pointe du tubercule épineux de la dernière vertèbre lombaire; lorsque le pubis n'est ni trop aplati ni trop convexe , et que le sacrum est légèrement déprimé à sa partie supérieure et postérieure; enfin lorsque le centre de cette dépression n'est éloigné de l'extrémité du coccix que de quatre ou cinq pouces. Au contraire, l'irrégularité de ces formes extérieures fait toujours soupçonner la mauVaise conformation du bassin : ainsi les hanches sont-elles inégalement arrondies et élevées , trop rapprochées ou trop écartées , plus larges et plus avancées , ou plus reculées l'une que l'autre , c'est un signe que le grand bassin est défectueux. De même le pubis trop aplati , et' la chute
des reins plus profonde qu'à l'ordinaire, annoncent que le détroit supérieur est resserré d'avant en arrière, tandis que la forme obtuse du mont de Vénus , jointe à la dépression de l'une des aines, n'annonce l'étroitesse que d'un seul côté. Lorsque le sacrum est trop saillant ou trop convexe en arrière, le petit bassin est trop évasé, et ses détroits sont resserrés. Enfin la pointe du coccix est-elle trop recourbée en dedans ou trop déjetée en dehors , c'est une preuve que le détroit périnéal est trop resserré ou trop large dans le sens de son diamètre cocci-pubien.
Mais tous ces signes extérieurs , quel que soit leur degré d'utilité , ne sauraient suffire pour faire apprécier exactement la difformité du bassin; et l'application des mains, que quelques praticiens conseillent, n'offrirait elle-même que des notions générales et incertaines sur un point aussi essentiel; il est donc nécessaire d'avoir recours à d'autres moyens qui , en procurant une connaissance sinon précise , du moins approximative des principaux diamètres du bassin , puissent mettre l'accoucheur à l'abri de toute erreur préjudiciable. On se sert pour cela de plusieurs instrumens , dont les uns s'appliquent à l'extérieur du bassin, et les autres se développent en dedans.
Parmi les premiers , le compas d'épaisseur est celui qu'on préfère , non-seulement parce qu'il ne cause point de douleur, mais encore parce que l'application en est facile et commode dans tous les temps et sur toutes les femmes. C'est un instrument composé de deux branches courbées à leur partie antérieure, et fixées postérieurement au moyen d'une charnière qui permet à leurs extrémités lenticulaires de s'approcher ou de s'éloigner suivant les cas. La portion droite de l'une de ces branches est creusée en forme de gouttière, et loge une échelle graduée qui n'en sort que pour traverser une mortaise pi'atiquée à l'autre blanche , où elle est fixée par une vis à tête plate. Cette échelle sert à calculer l'épaisseur du corps qui a été saisi par les branches du compas.
Pour faire usage de cet instrument, après en avoir placé les extrémités lenticulaires sur les points extérieurs du bassin dont on veut mesurer la distance, on serre la vis à tête plate , et le nombre des points mar-
DE L'ART DES A^COUlHEMENS.
qués sur l'échelle jusqu'à la mortaise équivaut à celui des pouces compris entre les branches du compas. Si de cette évaluation on déduit ensuite l'épaisseur des parois correspondantes du bassin , le reste donne l'étendue de la dimension intérieure qu'on cherche. Par exemple, si de- l'épaisseur du bassin comprise entre la symphyse du pubis et le centre de la dépression lombaire , on déduit trois pouces , tant pour la base du sacrum que pour le pubis , on obtient pour résultat le diamètre sacro-pubien du détroit supérieur ou abdominal. Si, après cette soustraction, qui est presque toujours constante et invariable , 'au moins à une ligne près , il reste de trois pouces et demi à quatre pouces, c'est une preuve que le détroit supérieur jouit d'une bonne conformation. Dans le cas contraire, cette ouverture est d'autant plus défectueuse que la soustraction donne de plus petits restes.
On ne peut donc contester les précieux avantages de cet instrument, et on pourrait absolument se dispenser de tout autre, s'il suffisait d'examiner simplement le dehors du bassin pour en vérifier la bonne ou mauvaise conformation. Mais , comme Tintérieur de ce canal est quelquefois affecté d'exostose ou d'autres vices que le compas d'épaisseur ne peut déterminer, il a fallu nécessairement recourir à des moyens capables de suppléer à ce défaut. C'est ce qui a fait imaginer des instrumens qui se développent à l'intérieur du bassin , et entre autres le pelvimètre de Coutouly.
Ce dernier instrument, semblable en quelque sorte à celui dont le cordonnier se sert pour mesurer la forme du pied , est composé de deux branches , dont l'une se loge et se' meut dans le corps de l'autre , qui est creusé pour cet effet en forme de gouttière à queue d'aronde. Chacune d'elles est armée d'une équerre à son extrémité antérieure, et celle qui est creusée présente inférieurement ou sur sa partie convexe des crochets destinés à la maintenir, pendant qu'on introduit et qu'on développe la seconde ; celle-ci porte une échelle ponctuée à sa partie postérieure, pour marquer l'espace compris entre les deux équerres.
S'agit-il de mesurer le diamètre sacropubien du détroit supérieur ou abdominal, on introduit la branche creuse de cet instrument dans le bassin, et on applique son équerre sur la saillie du sacrum, où on la
soutient à l'aide des crochets dont elle est armée inférieurement; on fait glisser ensuite dans sa gouttière la branche mobile, jusqu'à ce que l'équerre en soit appuyée contre la symphyse du pubis ; enfln on examine l'échelle graduée, qui donne une certaine évaluation , de laquelle on retranche six ou huit lignes , tant pour l'épaisseur du pubis que pour l'inclinaison de l'instrument, et on obtient la longueur du diamètre qu'on cherchait.
Mais qui ne s'aperçoit déjà que cet instrument a mille inconvéniens qui le mettent au-dessous du compas d'épaisseur, et qui doivent le faire proscrire de la pratique? D'abord il n'est point d'une exactitude i*igoureuse, et l'introduction en est difficile à cause de la résistance que lui opposent les parties molles du bassin, d'où résultent quelquefois des douleurs plus ou moins incommodes; en outre, l'une des branches, appliquée sur le milieu de l'angle sacro-vertébral est sujette à se déranger pendant qu'on fait glisser l'autre vers le pubis ; enfin , qui oserait s'en servir chez les jeunes filles sans craindre de compromettre sa réputation, et de porter atteinte à l'innocence des mœurs ?
Quel serait donc l'instrument qui réuniraitle plus d'avantages pour l'examen dubassin, et auquel on pourrait donner le nom de pelvimètre par excellence? Ce serait sans contredit le doigt d'un accoucheur intelligent et exercé par une longue habitude , si toutefois on pouvait l'employer chez les jeunes filles qui n'auraient pas encore été déflorées. En effet, il n'y aurait pas de meilleur moyen non-seulement d'apprécier l'étroitesse des deuxdétroits et de l'excavation, mais encore d'en découvrir les autres vices, tels que les tumeurs que peuvent présenter les parties charnues et osseuses du bassin. Appliqué par son bord radial contre la sommité de l'arcade pubienne , et avancé vers la saillie du sacrum , en élevant le poignet, le doigt indicateur mesure une étendue oblique qui excède communément d'un demipouce le diamètre sacro-pubien : le même doigt, disposé comme ci-dessus, et dirigé vers la pointe du coccix, évalue aussi d'une manière assez exacte le diamètre cocci-pubien du détroit périnéal.
Quant aux dimensions latérales du bassin , on les estime avec assez de précision , soit en les parcourant du doigt indicateur ,
PRINCIPES
ce qui est toujours possible, même pour le détroit périnéal, à moins que la femme ne jouisse d'un embonpoint excessif; soit en jugeant de leur étendue par celle des dimensions antéro-postérieures ; car il est assez rare que le bassin soit bien conformé d'avant en arrière, sans jouir du même avantage en travers.
On ne doit donc jamais manquer de porter le doigt indicateur dans le vagin toutes les fois que l'état de la femme le permet, puisque ce procédé est plus suret plus commode pour l'examen du bassin que tous les instrumens dont nous avons déjà parlé.
Mais, nous le répétons encore, le compas d'épaisseur est le seul qui mérite la préférence, quand la personne qui se soumet à de telles recherches est encore libre ou qu'elle répugne trop à l'attouchement im^médiat du doigt et de la main. Cet instrument convient surtout pour mesurer la largeur du grand bassin, ou l'écartement des hanches, et le diamètre sacro-pubien du détroit abdominal; mais il n'a pas le même avantage pour le détroit inférieur , dont on ne peut guère estimer les dimensions qu'en palpant extérieurement la pointe du coccix et la sommité de l'arcade du pubis , lorsque la femme est debout, et les deux tubérosités ischiatiques , lorsqu'elle est accroupie.
Les accoucheurs ont encore cherché à déterminer la profondeur du bassin, de même que la hauteur de l'arcade sous-pubienne; mais la connaissance de ces dimensions n'est que d'une médiocre utilité auprès de la largeur des détroits et de l'excavation, de laquelle dépend toujours 1a facilité ou la difficulté de l'accouchement. D'ailleurs, n'est-ilpas évident quela profondeur du bassin se mesure en arrière par la longueur du sacrum, en devant par la longueur de la symphyse du pubis , et sur les côtés par la moitié de l'os des hanches? Enfin ne voit-on pas que la hauteur de l'arcade souspubienne égale la profondeur latérale du bassin, moins la longueur de la symphyse du pubis , et que la largeur de cette arcade s'estime , soit en palpant les grandes lèvres, soit en mesurant l'écartement des tubérosités ischiatiques?
Nous ferons observer que l'art de manier les instrumens pour mesurer les dimensions du bassin , outre les connaissances déjà indiquées, exige une certaine habitude , sans laquelle on s'expose à commettre les plus
grandes méprises. Voici un trait, peut-être l'unique de son espèce, qui prouve jusqu'où peuvent aller l'illusion, l'égarement, l'ignorance et la maladresse à cet égard. Un faiseur d'accouchemens, dans une grande ville d'Europe, convoque un jour chez lui quelques praticiens pour leur faire part d'un cas des plus rares. Il était question d'une jeune clame, sa pensionnaire, dont il assurait que le bassin n'avait qu'un pouce de largeur, et qu'il disait avoir accouchée, avec le forceps, d'un enfant à terme et bien conformé. Ce cas devait effectivement paraître peu commun aux gens de l'art éclairés. Faire passer avec le forceps une tête de trois pouces et demi par un bassin qui n'a cpi'un pouce de diamètre! quel prodige ! il ne s'agissait que de le vérifier. En conséquence on demande à visiter l'enfant et la mère. Celle-ci refuse obstinément de se soumettre au toucher. On lui propose le compas d'épaisseur qu'elle accepte. Aussitôt le plus âgé des praticiens assemblés applique les deux extrémités de cet instrument sur le bassin de l'accouchée, et ne trouve qu'une étendue de quatre pouces entre leurs extrémités lenticulaires. En défalquant de cette mesure trois pouces , tant pour l'épaisseur du pubis que pour celle de la saillie sacrovertébrale , il ne restait qu'un pouce : ce qui était bien conforme à l'évaluation déjà faite par l'accoucheur. Mais, pour plus d'exactitude dans l'opération , deux autres praticiens se joignent au premier, et découvrent qu'il n'a mesuré que le diamètre antéro-postérieur du détroit inférieur, c'està-dire la distance du pubis au coccix , laquelle n'est, dans le fait, que de quatre pouces. Ils élèvent donc l'instrument jusqu'au niveau du détroit supérieur, et en fixent les extrémités, l'une sur l'apophyse de la dernière vertèbre lombaire, et l'autre sur le pubis. Ils trouvent alors une ouverture d'environ huit pouces : ce qui, défalcation faite de l'épaisseur du sacrum et du pubis, donne pour reste une étendue de près de cinq pouces pour le diamètre antéro-postérieur. Or cette ouverture n'étaitelle pas plus que suffisante pour laisser passer la tête la plus volumineuse d'un enfant à terme? Après cette vérification, la méprise saute aux yeux et le prétendu prodige s'évanouit. Il ne reste que la honte et la confusion pour celui qui s'était cru un moment le phénix des accoucheurs.
DE L'ART DES ACCOUCHEMENS
ARTICLE V
Différence du bassin de la femme avec celui de l'homme.
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le bassin de la femme, pour en saisir la différence avec celui de l'homme , tant sous le rapport de sa forme que de ses proportions.
En effet, qu'on examine ce canal dans son ensemble ou dans chacune de ses parties , on y remarque des nuances qui établissent , pour ainsi dire , une ligne de démarcation entre les deux sexes.
Les crêtes , ainsi que les tubercules antérieurs et supérieurs des os des îles , sont plus éloignés chez la femme , ce qui donne plus d'évasementaux fosses iliaques, et plus de capacité au grand bassin. Les deux détroits qui terminent la cavité pelvienne ne présentent pas des différences moins sensibles dans l'un et l'autre sexe; le contour du détroit abdominal est plus large et plus arrondi chez la femme , la saillie sacro-vertébrale moins prononcée ; les deux tubérosités ischiatiques sont aussi moins âpres , moins saillantes et plus écartées que chez 1 homme; enfin l'extrémité du coccix s'approche moins de l'arcade sous-pubienne, ce qui donne au détroit périnéal plus de largeur d'avant en arrière.
Quant à l'excavation , elle est moins creusée à la partie postérieure chez la femme, parce que le sacrum a moins de longueur et de courbure ; l'arcade sous-pubienne est plus large, et les branches en sont aussi plus contournées en dehors et en avant, la région du pubis estmoins convexe , et le cartilage qui en forme la symphyse , plus épais et plus court , présente vers le dedans du bassin un bourrelet plus sensible que chez l'homme.
Mais, outre ces différences qui sont purement sexuelles , on en remarque encore d'autres qui sont individuelles , ou qui ne tiennent qu'à la stature et à l'âge de l'individu. Ainsi il est de fait que le bassin est plus large et moins profond chez les femmes dune taille médiocre que chez celles dont la taille estsveîte et démesurée. L'observation atteste aussi que le diamètre sacro-pubien du détroit abdominal est plus long que le transversal chez les femmes impubères, tandis qu'on observe le con-
traire à un âge plus avancé : différence remarquable que l'analogie fait retrouver encore chez les femelles des quadrupèdes dont le bassin n'achève de se développer , et n'acquiert la forme et les proportions nécessaires pour l'expulsion du foetus , qu'à Tépoque de la puberté.
Parmi toutes ces différences que la nature a su ménager pour rendre l'accouchement plus facile, il en est cependant qui exposent la femme à certaines incommodités qu'on observe plus rarement chez l'homme; ainsi les tubercules supérieurs qui terminent antérieurement les crêtes iliaques ne peuvent être plus écartés , sans donner plus de longueur au ligament suspubien qui forme l'arcade crurale ; d'où il résulte que l'intestin et l'épiploon trouvant en cet endroit moins de résistance et plus d'espace , doivent s'échapper plus fréquemment de leur enceinte , et produire des hernies plus ou moins fâcheuses : sorte de maladie qui se trouve compensée chez l'homme par les hernies inguinales auxquelles il est plus sujet , parce que l'anneau sus-pubien a plus d'ouverture.
D'un autre côté , la femme ayant les hanches plus écartées, doit nécessah-ement marcher avec moins de sûreté que l'homme. Car , dans la progression , lorsqu'une jambe est élevée , le centre de gravité du corps se porte moins promptement sur l'autre qui est fixée sur le sol ; d'où résulte une espèce de claudication ou de marche vacillante, dans laquelle le tronc et les membres abdominaux , au lieu d'avancer directement ou en ligne droite , décrivent des arcs de cercle plus ou moins grands : ce qui donne à la progression de la femme , au moins quand elle fait de grands pas, une certaine ressemblance avec celle des oies ou des canes.